Revue de presse Asie - 22 juillet 2016

Pokémon Go en Asie, nucléaire nord-coréen et recensement religieux birman

Le phénomène Pokémon Go débarque au Japon ce vendredi 22 juillet. Un partenariat a été conclu avec McDonald's pour que les enseignes servent d'arènes et de PokéStops
Le phénomène Pokémon Go débarque au Japon ce vendredi 22 juillet. Un partenariat a été conclu avec McDonald's pour que les enseignes servent d'arènes et de PokéStops (Crédit : TORU YAMANAKA, via AFP).

Pokémon Go débarque en Asie

Mashable – Il était temps ! Le pays qui a vu naître Pikachu, Bulbizarre et tous leurs congénères Pokémon a enfin accès à son incarnation vidéo-ludique. L’application Pokémon Go a été lancée ce vendredi 22 juillet au Japon, faisant de l’archipel le premier pays d’Asie à pouvoir accéder officiellement au jeu de réalité virtuelle. Un jeu qui bat tous les records de téléchargement dans chaque pays où il passe, révèle le site internet Mashable. Pour l’occasion, les responsables de Japan’s Game Freak et de Niantic, qui ont co-créé le jeu phénomène, ont tenu à annoncer la nouvelle dans une vidéo. Après avoir souligné l’origine japonaise des Pokémon, John Hanke, PDG de Niantic, a tout de même glissé une petite mise en garde à l’encontre des utilisateurs : « Gardez les yeux levés, regardez le monde autour de vous, et soyez prudents. »

De son côté, McDonald’s a coupé court à la rumeur en confirmant l’accord de partenariat avec Pokémon Go. Environ 400 restaurants serviront ainsi d’arènes Pokémon, tandis que les 2 500 autres se constitueront en PokéStops. Jusqu’à présent, Pokémon Go a été un franc succès pour ses créateurs. Une réussite fulgurante aux Etats-Unis qui a fait s’envoler les actions de la société Nintendo la semaine passée, rappelle Mashable. Anticipant la fièvre Pokémon Go, les autorités japonaises ont publié un avis de sécurité pour les futurs « dresseurs » (utilisateurs du jeu, ndlr) en amont de la sortie.

Jakarta Globe – Le gouvernement indonésien redouble de crainte à l’égard de Pokémon Go. Alors que les fonctionnaires du pays ont reçu l’interdiction formelle de télécharger l’application au nom du « secret d’Etat », c’est au tour du ministre de la Défense de proférer des menaces à l’encontre du jeu.« Pokémon Go pourrait menacer la paix dans l’archipel, a-t-il déclaré hier à Jakarta. Et ce ne sera plus drôle du tout. » Ryamizard Ryacudu met en cause l’usage de la géolocalisation, qui permet de capturer les petits monstres. Le ministre craint en effet un usage à mauvais escient des données cartographiques par les renseignements étrangers, quelques jours après qu’un Français en quête de Pokémon s’est infiltré par inadvertance dans une base militaire de Java. « Nous ne serons jamais trop prudents », a conclu le ministre.
Malay Mail Online – Jouer à Pokémon Go serait-il un pêché ? La question se pose en Malaisie. Shahrizan Daud at-Turabi, un prédicateur religieux de Kuala Lumpur considère le jeu à réalité augmentée comme incompatible avec l’Islam, et estime qu’il éloignerait les musulmans du droit chemin. D’après lui, Pokémon Go contiendrait des éléments de pari, du fait des récompenses accordées aux joueurs lorsqu’ils capturent des Pokémon. Ce qui créerait ainsi une addiction, illicite en Islam. D’autant plus que le jeu amènerait les « dresseurs » à mettre leur vie en danger : « Des rapports établissent que des gens pénètrent dans des zones d’accès restreint juste pour attraper une créature Pokémon », a ajouté le prédicateur, selon le Malay Mail Online. La presse internationale a effectivement rapporté plusieurs accidents, comme aux Etats-Unis, à Baltimore, où un conducteur chassant des Pokémon a percuté une voiture de police – ou en Bosnie, où un groupe de joueurs s’est rendu sur une zone minée. En Arabie Saoudite, une fatwa a été prononcée pour interdire Pokémon Go, qui inciterait au polythéisme. En Malaisie, le jeu pourrait être attendu pour la semaine prochaine. L’Etat, de plus en plus conservateur, pourrait-il également l’interdire ? Affaire à suivre.

Asie du Nord-Est

Reuters« Il est nécessaire d’identifier où la Corée du Nord enrichit son uranium ». L’Institute for Science and International Security américain pense avoir localisé une ancien site de développement du nucléaire militaire de la dictature. Il serait situé dans une usine de pièces détachées pour l’aviation, dans une montagne près de la base aérienne de Panghyon. Situé à une quarantaine de kilomètres de l’institut de recherche nucléaire de Yongbyon dans le Pyongan du Nord, l’usine aurait possédé « entre 200 et 300 centrifugeuses » selon une source officielle anonyme. Les recherches ont été lancées en juin 2010, après la parution d’un article dans la presse japonaise. Une source anonyme chinoise y indiquait l’existence d’une telle base secrète, sans en préciser la localisation exacte.

Pour l’institut, cette découverte pourrait « avoir un impact critique sur un accord sur le nucléaire ». Les États-Unis cherchent à négocier avec la dictature l’arrêt de ses recherches atomiques. La Corée du Nord refuse cet appel en indiquant que Washington « n’a pas le droit de parler de sa dénucléarisation ». Pyongyang avait indiqué en novembre 2010 posséder une usine d’enrichissement de ce type dans le site de Yongbyon, en ajoutant qu’ils n’en possédaient pas d’autre.

South China Morning Post« La Chine est encore un pays en développement. Nous ne pouvons pas porter sur nos épaules les principales responsabilités de l’économie mondiale. » C’est ainsi qu’a réagi le Premier ministre chinois Li Keqiang après que le Fonds monétaire international (FMI) a réévalué à la hausse son estimation de la croissance chinoise pour 2016 (6,6%, soit +0,1% par rapport à sa précédente estimation). Et ce, alors même que ses estimations de la croissance mondiale ont été revus à la baisse pour 2016 et 2017 (respectivement 3,1% et 3,4%, soit -0,1% pour chaque année). Une grande « pression » mise sur la Chine, que Li Keqiang a tenu à écarter. D’après lui, la reprise économique mondiale ne doit pas être menée par Pékin, mais par plusieurs nations « de concert ».

Cet avertissement ne tempère pas moins la volonté de la Chine de s’insérer dans le système de gouvernance économique mondiale, note le South China Morning Post. Li Keqiang s’est en effet exprimé lors d’un sommet « exceptionnel » tenu à Pékin, réunissant le Premier ministre chinois et cinq chefs d’institutions financières et commerciales internationales (FMI, Organisation mondiale du Commerce – OMC, Organisation internationale du Travail – OIT, Organisation de Coopération et de Développement économiques – OCDE, Conseil de Stabilité financière – FSB).

Japan Times – Le bras de fer judiciaire autour du déplacement de la base américaine de Futenma reprend. Ce vendredi 22 juillet, le gouvernement central intente un nouveau procès à l’encontre de Takeshi Onaga. Tokyo reproche au gouverneur de la préfecture d’Okinawa de ne pas avoir annulé la révocation de la permission de construction au nord de l’île, comme il le lui avait été ordonné. Un geste qui rompt l’accord trouvé en mars, pour le Japan Times. En octobre 2015, Onaga avait suspendu l’accord pour les travaux de la base d’Henoko, site choisi pour le déplacement de la base problématique de Futenma, « la plus dangereuse au monde » car située dans une zone densément peuplée. L’accord trouvé à l’issue d’une médiation judiciaire avait autorisé la suspension des travaux et intimé le gouvernement central et la préfecture d’Okinawa à engager des négociations. Onaga avait appelé les deux parties à mener de « sincères discussions » en juin et avait annoncé qu’il n’engagerait plus de poursuites judiciaires et privilégierait le dialogue. Pour le quotidien japonais, la mesure entreprise par Tokyo est une tentative de remettre sur les rails le déplacement de Futenma le plus vite possible.

La population d’Okinawa se plaint fréquemment de la base de Futenma, rappelle le Japan Times. Les résidents japonais, et tout particulièrement ceux de la ville de Ginowan, jouxtée par la base américaine, critiquent les nuisances sonores et craignent les accidents d’avion. Pour Tokyo, la « seule solution » pour concilier l’élimination du danger et les exigences qu’entraînent l’alliance de sécurité nippo-américaine est de déplacer la base à Henoko, au nord de l’île.

Dans le même temps, la construction d’héliports pour l’armée américaine a repris ce 22 juillet, en Okinawa, en dépit des protestations locales, révèle le Mainichi Shimbun. Une entreprise qualifiée d’« intolérable » par le gouverneur, censée « soulager le fardeau » des habitants d’Okinawa pour le gouvernement.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Deux ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que le gouvernement birman dévoile les résultats du volet « religion » du recensement national, organisé en 2014. Les chiffres avaient été tenus secrets jusque-là, de peur qu’ils ne « fassent voler en éclat » la stabilité du pays. En cause : des appréhensions quant à la part de la population musulmane dans le pays, alors que les émeutes interreligieuses et les persécutions envers les Rohingya se sont multipliées ces dernières années.

Pourtant, les résultats ne divulguent que des « changements minuscules » dans la composition religieuse du pays, alors que le dernier recensement avait été effectué en 1983. Entre-temps, la part de la population musulmane aurait décliné : elle représenterait 2,9% de la population totale du pays en 2014 contre 3,9%. Mais, comme l’avertit le Myanmar Times, les Rohingya ont été exclus du recensement. En les prenant en compte, la part totale de la communauté musulmane en Birmanie passerait donc à 4,3%. Les Bouddhistes, quant à eux, continuent de représenter une écrasante majorité de la population nationale – 87,9%. Seule la communauté chrétienne a connu une expansion notable, passant de 4,6% en 1973 à 6,2% en 2014.

La polémique n’est donc pas celle que les observateurs attendaient. Pourquoi avoir pris tant de précautions si la part de la communauté musulmane n’a que faiblement évolué depuis le dernier recensement, conduit 30 ans auparavant ? Alors que l’ONG Burma Campaign UK accuse le gouvernement précédent d’avoir « exagéré au sujet du poids de plus en plus important des musulmans dans le pays », le leader de l’Arakan National Party demande un nouveau recensement dans les campagnes de son Etat, où la part des musulmans est la plus importante du pays – 35%. De son côté, la coordinatrice de l’ONG birmane Kachin Peace Network a critiqué les chiffres du recensement dans l’Etat Kachin, déclarant que la part des chrétiens y a été largement sous-estimée. Mais malgré l’ensemble des doutes qui planent sur l’authenticité des chiffres dévoilés par Nay Pyi Daw, le gouvernement central birman s’est défendu de toute manipulation : « Les résultats sont vrais et les plus exacts possible », a affirmé le ministre de l’Immigration et de la Population.

Channel News Asia – Le mystère reste entier, mais « les espoirs disparaissent ». Dans une déclaration commune, les ministres malaisien, chinois et australien des Transports ont indiqué suspendre les recherches des débris du vol MH370. La résolution deviendra effective dès que la zone de 120 000 km² où l’appareil devrait se trouver sera complètement ratissée, entre octobre et novembre 2016. « Malgré nos efforts, la probabilité que nous retrouvions l’avion s’amenuise », ont-ils regretté. Ils ont tenu à ajouter que cette suspension ne signifiait pas qu’ils « arrêtaient [immédiatement] les recherches » et qu’ils étaient « persuadés qu’ils fouillaient la bonne zone ». La veille, Fugro, la compagnie chargée des recherches sous-marine, avait fait part de ses doutes. L’entreprise se demandait si elle n’agissait pas « dans la mauvaise partie de l’océan depuis deux ans ».
Channel News Asia – Najib Razak à nouveau dans la tourmente ? Ce jeudi 21 juillet, le Premier ministre malaisien s’est exprimé sur les rebondissements de l’affaire 1MDB aux Etats-Unis. S’il a été officiellement écarté de l’enquête en Malaisie, son fonds d’investissement 1MDB, qu’il a créé en 2009, est au coeur d’un scandale de corruption dans plusieurs pays – et ses opposants l’accusent d’y être mêlé. Il y a quelques jours, les autorités étasuniennes ont intenté des poursuites civiles afin de saisir les biens liés au fonds 1MDB (voir notre revue de presse du 20 juillet). Devant les médias, Najib Razak a déclaré : « Il est nécessaire que ce soit clair : il s’agit d’une procédure civile, et non pénale. Nous ne voulons pas tirer de conclusions tant que le procès n’est pas fini. Nous devons d’abord établir des faits. Je veux réaffirmer que nous sommes intransigeants en matière de bonne gouvernance. » Le chef de l’UMNO a également affirmé que les Etats-Unis obtiendront la pleine coopération du gouvernement, rapporte Channel News Asia.

Ces nouveaux rebondissements dans l’affaire 1MDB relancent les appels à la démission du Premier ministre. Selon Malaysiakini, Maria Chin Abdullah, à la tête du mouvement civil Bersih, a confirmé que de nouvelles manifestations sont en préparation. Bersih, qui appelle à des élections justes et transparentes, avait mobilisé les foules à travers la Malaisie durant l’été 2015, lorsque l’affaire de corruption et blanchissement d’argent avait été révélée.

Asie du Sud

The Indian Express – Le Cachemire est encore une fois source de tensions entre l’Inde et le Pakistan. Jeudi 21 juillet, les autorités indiennes ont critiqué « l’ingérence déplorable » de son voisin au Cachemire, et l’ont appelé à « évacuer la zone du Cachemire illégalement occupée », rapporte The Indian Express. Le Pakistan, qui estime être le porte-parole légitime de la cause cachemiri (voir notre revue de presse du 18 juillet) a célébré le 19 juillet la « Journée de l’adhésion du Cachemire au Pakistan », et le 20 juillet, a organisé une « Journée noire » en hommage à Buhrhan Wani, chef du groupe séparatiste Hizbul Mujahideen, dont la mort a causé de violents affrontements entre des manifestants et les forces de l’ordre dans l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire ces dernières semaines. Face au parti pris non dissimulé du Pakistan, Vikas Swarup, porte-parole du ministère indien des Affaires extérieures a condamné « l’encouragement et le soutien dont les terroristes et leurs activités bénéficient de la part de l’Etat pakistanais ».

Parallèlement, Reporters Sans Frontières a dénoncé un embargo médiatique au Cachemire indien. Selon le quotidien pakistanais Dawn, les journalistes de la région seraient intimidés par les autorités locales depuis le 8 juillet, lorsque Burhan Wani a été assassiné par les forces de sécurité et que des manifestations ont éclaté. Afin d’empécher toute critique du gouvernement, les journalistes subiraient des pressions et plusieurs raids ont été opérés dans les locaux des journaux de l’Etat du Jammu-et-Cachemire pour saisir des milliers de tirages.

NDTV – Scandale au parlement indien. Le député AAP Bhagwant Mann a filmé mardi 19 juillet son trajet incluant tous les contrôle de sécurité, et l’a diffusé en direct sur Facebook. Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le ministre des Affaires du Parlement a ainsi déclaré qu’on « ne joue pas avec la sécurité du Parlement » et que diffuser une telle vidéo aussi largement n’était pas une bonne chose. Un député du BJP a demandé à ce que l’on attende de savoir s’il s’agissait d’un « acte idiot » ou s’il avait été fait sous une influence extérieure.

De son côté, Bhagwant Mann reste imperturbable. « Est-ce un crime de montrer au peuple ses questions portées au parlement ? Ils nous ont élu et ont le droit de savoir tout cela », s’est-il défendu. Il compte diffuser une autre vidéo ce vendredi 22 juillet. Selon The Indian Express, les députés du BJP demandent que des sanctions soient prises à son encontre, et que ses privilèges parlementaires lui soient retirés.

Dawn – Une lueur d’espoir dans la lutte contre les violences faites aux femmes ? C’est le souhait relayé dans l’édito du quotidien pakistanais Dawn, ce vendredi 22 juillet. Hier jeudi 21 juillet, une commission parlementaire a finalisé deux projets de loi visant à lutter contre les « crimes d’honneur » et les viols, après un débat de longue haleine. Cette annonce intervient une semaine après le meurtre de la starlette Qandeel Baloch, assassinée par son frère pour des « questions d’honneur » (voir notre revue de presse du 18 juillet et du 19 juillet). Pour l’éditorialiste, il est possible que la disparition de celle que l’on appelait la « Kim Kardashian pakistanaise » soit l’élément déclencheur ayant poussé le gouvernement à agir. Le projet de loi sera ainsi très prochainement soumis au vote des parlementaires.

Il est surprenant que le parti de Nawaz Sharif ait attendu si longtemps pour s’atteler à une réforme de la loi qui permet aux meurtriers de « crimes d’honneur » d’échapper à toute condamnation, note Dawn. Activistes, parlementaires et médias soulignent en permanence les atrocités faites aux femmes et réclament justice pour les centaines de victimes tuées par un membre de leur famille chaque année au Pakistan. La pression grandissante que subit le PML-N, parti au pouvoir, n’est pas que nationale, comme le révèle Dawn dans un autre article. La contestation internationale gronde. Le meurtre de la starlette a même été évoqué jusqu’à Westminster. « Il n’y a aucun honneur dans une violence soit disant justifiée par l’honneur » a déclaré la Premier ministre britannique Theresa May, mercredi 20 juillet.

Le Premier ministre pakistanais avait de son côté entamé des démarches pour réviser la loi en mars, rappelle Dawn, afin que les familles ne puissent plus pardonner les « crimes d’honneur », comme cela est normalement possible au Pakistan. Pourtant, les projets de loi visant à interdire ces crimes et les viols présentés ce même mois de mars au Parlement ont été rejetés par les lobbys religieux, arguant de leur caractère contraire aux préceptes de l’Islam. Depuis, rien n’avait été entrepris.

Par Alexandre Gandil, Nicolas Baranowski, Jeremy Masse et Myriam Sonni

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