Revue de presse Asie - 20 Juillet 2016

Taïwan en Mer de Chine, enquête cambodgienne et Pokémon Go en Asie

Huit députés taïwanais se sont rendus ce mercredi 20 juillet sur l'île de Taiping en mer de Chine du Sud dans une volonté d'affirmer la souveraineté de Taipei. Douze pêcheurs se sont également rendus sur place afin de revendiquer leurs droits de pêche dans la zone. Copie d'écran du South China Morning Post, le 20 juillet 2016.
Huit députés taïwanais se sont rendus ce mercredi 20 juillet sur l'île de Taiping en mer de Chine du Sud dans une volonté d'affirmer la souveraineté de Taipei. Douze pêcheurs se sont également rendus sur place afin de revendiquer leurs droits de pêche dans la zone. Copie d'écran du South China Morning Post, le 20 juillet 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Le verdict de la Cour d’arbitrage de La Haye n’en finit plus de faire des remous. Aujourd’hui mercredi 20 juillet, huit parlementaires issus du Parti démocrate progressiste [parti au pouvoir, ndlr] et du Kuomintang (KMT) se sont envolés pour rejoindre l’île de Taiping. Un geste visant à revendiquer la souveraineté taïwanaise sur l’île située en mer de Chine du Sud. La délégation est présidée par le député KMT Chiang Chi-chen, qui avait fortement critiqué le gouvernement de Tsai Ing-wen pour sa gestion du dossier de la souveraineté dans la région. Dans le même temps, douze pêcheurs taïwanais sont partis en direction de Taiping pour défendre ce qu’ils considèrent être les « droits de pêche légitimes de Taïwan ».

Le 12 juillet, la Cour internationale de La Haye avait rétrogradé l’île de Taiping au statut de « rocher » limitant l’extension territoriale de Taïwan. Alors qu’une île se voit attribuer une zone économique exclusive de 200 miles nautiques, un rocher n’en dispose que de 12, explique le South China Morning Post. Un verdict « inacceptable », rejeté immédiatement par les autorités taïwanaises, qui n’étaient pas partie au procès (voir notre revue de presse du 13 juillet).

Taipei Times – Hier mardi 19 juillet, un car transportant des touristes chinois a pris feu sur l’autoroute nationale N°2, tuant les 26 personnes à bord, rapporte le Taipei Times. Arrivé à Taïwan mardi 12 juillet, le groupe de touristes, originaire de Dalian [ville de la province du Liaoning dans le nord de la Chine, ndlr], était en route pour l’aéroport international de Taoyuan. D’après le bureau de police rattaché à la sécurité des autoroutes, le car aurait fait une embardée après avoir pris feu. Les images montrent de la fumée s’échappant du toit du car avant que celui-ci ne termine sa course contre la rambarde de sécurité. A l’arrivée des secours, le véhicule était déjà envahi par les flammes. « Ils n’ont pas eu le temps de s’échapper » a confié le chef des pompiers de Taoyuan à la presse. Reste à éclaircir l’origine de l’incendie.

Selon un article du South China Morning Post, le car disposait de huit sorties de secours mais le feu empêchait les passagers d’atteindre les portes à l’avant. Les issues de secours à l’arrière quant à elles auraient été bloquées par la rambarde de sécurité. Depuis 2008, 98 accidents ont entraîné la mort de 90 touristes chinois et fait 390 blessés, rappelle le Taipei Times. Parmi ceux-ci, 38 concernent des cars. L’accident d’hier était le plus meurtrier.

Hankyoreh – Quand les Pokémons s’invitent dans le débat politique. Le jeu Pokémon Go n’est pour le moment ni distribué ni même autorisé en Corée du Sud. Pourtant l’application pour smartphone compte déjà plus d’un million d’utilisateurs dans le pays depuis le 8 juillet. Et parmi eux, de nombreux joueurs mécontents qui demandent au gouvernement de donner les données cartographiques du pays à Google. Selon eux, le programme qui fonctionne avec les données GPS et Google Maps « nécessite une carte précise pour être utilisée sérieusement ». Une thèse infirmée par le ministère du Territoire, des Infrastructure et du Transport qui a annoncé que « les données cartographiques précises ne sont pas nécessaires » au bon fonctionnement du jeu. Le gouvernement prend comme exemple Ingress, un autre jeu pour smartphone fonctionnant par géolocalisation avec les données Google Maps actuelles.

Séoul refuse toujours de donner ces données sensibles au géant américain, le pays étant toujours officiellement en état de guerre avec son voisin du nord. Pour le moment le jeu ne fonctionne que dans la ville de Sokcho, dans le Gangwon, où affluent les Coréens. Google a officiellement demandé à la Maison Bleue les données cartographiques. Elle a jusqu’au 25 août pour donner sa réponse.

Si Pokémon Go aura du mal à faire fléchir le gouvernement sur ce dossier, il réussit tout de même à faire bouger les lignes. Le couvre-feu pour les moins de 16 ans sur les jeux en lignes a été abrogé, rapporte le Korea Times. Pour éviter les problèmes d’addiction, les serveurs des jeux en ligne devaient couper la connexion des plus jeunes entre minuit et 6 heures. Une obligation qui n’a plus lieu d’être selon une source au ministère de la Culture. « Comme on le voit avec la popularité de Pokémon Go, le jeu vidéo est une culture, pas une drogue. »

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Un coup d’Etat serait-il en préparation contre Hun Sen ? L’armée cambodgienne prend la menace au sérieux : elle enquête sur la possible planification d’un coup d’Etat pour renverser le Premier ministre, a annoncé un porte-parole du ministère de la Défense ce mercredi 20 juillet. Les investigations se concentrent autour d’un homme, Vichea Som, qui a parlé de ses plans pour s’opposer à Hun Sen dans des vidéos postées sur Facebook et YouTube, et qui a appelé les Cambodgiens à se joindre à sa cause. Vêtu d’un costume et placé devant un arrière-plan camouflage, il accuse dans ses vidéos le Premier ministre Hun Sen et son parti, le Parti du peuple cambodgien, d’être à l’origine d’importantes expropriations de terres dans les pays les plus pauvres d’Asie du Sud-Est, d’assassinats politiques et de violations des droits de l’Homme, rapporte Channel News Asia. « Les autorités sont en train d’enquêter et de se renseigner sur lui, » a déclaré à Reuters un officiel du ministère de la Défense, sans apporter d’autres informations sur le suspect. Cette annonce arrive au lendemain de l’appel des Etats-Unis à reprendre les négociations entre le gourverment et ses rivaux politiques. Kem Ley, opposant à Hun Sen, au pouvoir depuis 30 ans, a été assassiné le 10 juillet à Phnom Penh, (voir notre revue de presse du 10 juillet) : si les autorités ont conclu à un règlement de compte liée à une dette non payée, les critiques du régime pensent à un assassinat politique.
Bangkok Post« Un menace pour la sécurité. » C’est ainsi que le ministre indonésien de la Défense a qualifié le jeu Pokémon Go. « Au début [le jeu] semble mignon, mais en y regardant de plus près, ce n’est pas une bonne chose », a-t-il ajouté. Mercredi 20 juillet, le gouvernement a officiellement interdit aux policiers et aux militaires indonésiens d’utiliser l’application pendant leur service. Une annonce qui fait suite à l’arrestation d’un Français qui s’était retrouvé par inadvertance dans une base militaire en jouant au jeu. Le porte parole de la police a indiqué son inquiétude quant à la popularité grandissante de Pokémon Go dans les forces de l’ordre. « Le rôle des policiers est de servir le public. Leur travail demande de la concentration. »

Cette crainte s’applique aussi à la sécurité du palais présidentiel. Le Jakarta Post indique que le jeu y a été interdit pour le personnel comme pour les visiteurs. Pour le responsable des relations avec la presse du président, la raison de cette restriction est simple : « le palais n’est pas un terrain de jeu. » Autoriser l’application poserait trop de problème de sécurité selon lui.

Channel News Asia – L’enquête autour du scandale du fonds malaisien 1MDB se poursuit aux Etats-Unis. Les procureurs fédéraux américains devraient intenter des poursuites civiles dès ce mercredi 20 juillet, rapporte Channel News Asia. Les autorités pourraient ainsi saisir les biens liées au scandale du fonds d’investissement malaisien, incluant des propriétés et d’autres biens matériaux achetés avec l’argent du 1Malaysia Development Berhad. Najib Razak n’a en revanche pas été cité dans ce nouveau rebondissement. Des officiels du bureau du Premier ministre de la Malaisie ont affirmé ne pas encore avoir eu accès à ses informations, diffusées par le Wall Street Journal. Le 1MDB a été fondé par Najib Razak en 2009, rapidement après être entré en fonction. Il fait aujourd’hui l’objet d’enquêtes dans six pays dont les Etats-Unis, la Suisse et Singapour, car il est suspecté de servir à blanchir de l’argent.
Inquirer – Le secrétaire d’État américain John Kerry prépare sa visite en Asie du Sud-Est. Il doit se rendre les 25 et 26 juillet prochain à Vientiane au Laos, au forum régional de l’ASEAN. Dans un communiqué ce mercredi 20 juillet, le département d’État américain a annoncé les principaux thèmes qu’il y abordera. Ses discours concerneront bien entendu, entre autre, les problématiques en mer de Chine méridionale. John Kerry effectuera ensuite une visite en Philippines les 26 et 27 juillet. Il souhaite discuter avec la nouvelle équipe au pouvoir après l’élection de Duterte. Les États-Unis veulent s’assurer de leur coopération avec Manille. Selon Inquirer, leur principal sujet de discussion sera sans doute là aussi la mer de Chine et « la résolution pacifique du conflit après l’arbitrage en faveur des droits souverains des Philippines ».

Asie du Sud

Hindustan Times – Zakir Naik n’aurait pas provoqué les attentats de Dacca. Le prédicateur indien, sous les feux des projecteurs depuis l’attentat au Bangladesh du 2 juillet, est accusé d’avoir incité au terrorisme à travers ses sermons, diffusés notamment dans son émission sur Peace TV – désormais interdite au Bangladesh (voir notre revue de presse du 11 juillet). Suspecté d’avoir inspiré deux des terroristes de Dacca, Zakir Naik a fait l’objet d’un rapport préliminaire à la demande du gouvernement bangladais. Mais selon les premières recherches de la police de Mumbai, où il est basé, rien de concret n’a été trouvé pour pouvoir accuser l’imam d’incitation au terrorisme. « La police a écouté les sermons et les discours du prédicateur et tout le contenu répréhensible a été noté », a affirmé un policier au Hindustan Times. Cependant, les autorités n’ont pas jugé les prêches « provocantes » ou « anti-nationales ». Le rapport préliminaire sera étudié par les chefs de police pour décider si une enquête à l’encontre de Zakir Naik doit être ouverte.
Dawn – Les autorités allemandes ont jeté le doute sur l’origine de l’adolescent qui a fait cinq blessés dans un train en Bavière, lundi 18 juillet. D’abord décrit comme « demandeur d’asile d’origine afghane », le jeune homme de 17 ans, abattu alors qu’il s’en prenait à la police, pourrait bien être d’origine pakistanaise, rapporte Dawn. Selon des sources proches des services de sécurité allemands, l’auteur de l’attaque à l’arme blanche aurait prétendu être Afghan à son arrivée en Allemagne afin d’avoir de meilleures chances d’obtenir le statut de réfugié, des propos révélés par la chaîne de télévision ZDF. Dans une vidéo – authentifiée par les autorités allemandes – diffusée par le groupe Etat islamique hier mardi 19 juillet, le jeune homme apparait parlant un dialecte Pashto utilisé au Pakistan, mais pas en Afghanistan, avec un accent clairement pakistanais, d’après les experts. A cela s’ajoute un document pakistanais découvert dans la chambre de l’assaillant. Enfin, le nom utilisé dans la vidéo est celui de « Mohammed Riyadh », qui ne correspond pas à celui que l’assaillant a utilisé lors de son entrée en Allemagne.

L’adolescent était arrivé en Allemagne en tant que mineur non-accompagné en juin 2015. Avant que la chaîne de télévision ZDF n’aborde la question de la nationalité de l’assaillant, le ministre allemand de l’Intérieur avait mis en garde contre toute diabolisation des réfugiés : « Il est indiscutable que [l’assaillant] était un réfugié et s’il n’avait pas été là, il n’aurait pas pu commettre cet acte. Mais je pense qu’il faut éviter tout amalgame autour de la question des réfugiés. »

First Post« Leur vie et celle d’autres personnes peuvent être sauvées si nous les trouvons » a annoncé la police. Au Bangladesh, au moins 261 personnes sont portées disparues. Elles sont soupçonnées d’avoir rejoint les rangs de Daech. Le 19 juillet à minuit, le Rapid Action Battalion (les forces de sécurité d’élite du pays) ont publié leur nom sur Facebook en demandant de l’aide à leur proches. « Nous devons les retrouver » a annoncé le porte parole du RAB. Il a ensuite demandé à la population de les prévenir « si un des membres de [leur] famille a disparu ». « N’ayez pas peur que les forces de l’ordre emportent vos fils », a-t-il terminé.

Les terroristes de l’attentat de Dacca le 1er juillet et de l’Aïd el-Fitr le 7 juillet « avaient disparu depuis des mois » selon leur famille et la police. Le Bangladesh craint de nouvelles attaques alors que les médias locaux indiquent que les personnes rejoignant l’organisation Etat Islamique se font de plus en plus nombreuses. « Des douzaines de personnes dont des docteurs, des ingénieurs, et des étudiants de grandes universités sont allées en Proche-Orient » pour rejoindre les terroristes, selon le First Post.

Par Antoine Richard, Nicolas Baranowski, Jeremy Masse et Myriam Sonni