Revue de presse Asie - 29 juin 2016

Evacués chinois à Istanbul, faux vaccins indonésiens et blasphème au Pakistan

Aucun ressortissant n'aurait été blessé dans l'attaque. Le bilan provisoire fait état de 41 morts et de plus de 200 blessés. Copie d'écran du South China Morning Post le 29 juin 2016.
Aucun ressortissant n'aurait été blessé dans l'attaque. Le bilan provisoire fait état de 41 morts et de plus de 200 blessés. Copie d'écran du South China Morning Post le 29 juin 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Ils sont hors de danger. 47 Chinois et 80 Hongkongais ont été évacués de l’aéroport d’Istanbul après l’attentat-suicide qui a fait au moins 41 morts et plus de 200 blessés hier mardi 28 juin. Les ressortissants chinois étaient originaires de la province du Hubei, du Zhejiang, du Jiangsu ou encore de Shanghai. Le consul de Chine à Istanbul a mis sur pied un groupe de travail pour la coordination des recherches et pour aider les compagnies chinoises basées dans la ville.

Quant aux ressortissants hongkongais, ils voyageaient avec quatre tours opérateurs. La Turquie a été intégrée à « la liste des destinations à risque » par Hong Kong, rappelle le South China Morning Post.

Mardi 28 juin, aux alentours de 22h, heure française, trois kamikazes ouvraient le feu dans l’aéroport Ataturk d’Istanbul, le troisième plus fréquenté en Europe, précise le quotidien de Hong Kong. D’après les autorités turques, l’attaque serait l’oeuvre de l’Etat islamique, mais aucune revendication n’a été faite pour l’instant.

Taipei Times – C’est un succès pour le tout premier mouvement social des stewards et hôtesses de la compagnie aérienne taïwanais. Hier mardi 28 juin, un accord a été conclu entre les salariés et la direction de China Airlines, évitant ainsi une grève inédite prévue ce vendredi 1er juillet. Après des négociations tendues, direction et syndicat ont ainsi signé un accord formel. Mais le directeur général Hsieh Shih-chien a refusé de donner plus de détails. Selon des représentants présents pendant la réunion, des modifications mineures, mais acceptables, ont été apportées aux revendications des grévistes.

Les employés réclamaient notamment une amélioration des conditions de travail ainsi qu’un retour de la majoration salariale basée sur l’ancienneté, depuis longtemps gelée. « Nous avons reçu à travers cet accord ce que nous doit la direction de China Airlines depuis 20 ans, » s’est exclamée la porte-parole du syndicat, Wang Chao-jung. En étant solidaires, on peut obtenir ce qu’on veut. Nous n’avons pas eu besoin de prendre les gens en otage pour parvenir à un accord. »

Les précédentes négociations entre le président de China Airlines, Ho Nuan-hsuan et le syndicat avaient échoué lundi 27 juin, après trois tentatives, rapporte le Taipei Times. Le syndicat avait alors décidé qu’un tiers de ses membres ferait grève vendredi.

Pour mieux comprendre cette grève inédite, lire notre article Taïwan : la grève nouvelle génération à China Airlines.

Korea Times – Le gouvernement va mettre en place un plan de près de 16 milliards d’euros pour lutter contre les effets du Brexit et relancer l’économie sud-coréenne. Parmi ces crédits, 8 milliards d’euros seront alloués à l’extension du budget. « Au vue de la situation de l’économie du pays, je presse les législateurs d’adopter ce plan au plus vite », a demandé le ministre sud-coréen des Finances, Yoo Il-ho. Pour financer cette rallonge budgétaire, le gouvernement va s’appuyer sur les recettes de l’an dernier et les suprlus de taxe de cette année, précise le Korea Times. Concernant les 8 autres milliards, le gouvernement misera sur les entreprises d’Etat, les prêts publics et les fonds d’Etat. L’objectif est fixé sur la « création d’emplois et l’amélioration du quotidien des gens », a promis le gouvernement.

C’est la première fois en 13 ans que les autorités sud-coréennes ne s’appuient pas sur les bons du trésor. En 2013 et 2015, le gouvernement de Park Geun-hye avait été obligé d’émettre des bons du trésor en raison de la faiblesse de la recette fiscale. Cette année, le gouvernement s’attend à un surplus fiscal d’environ 7 milliards d’euros. Les autorités sud-coréennes espèrent que ce plan de relance fera grimper le taux de croissance de 0,25 à 0,3%, selon le Korea Times.

« C’est un plan pour limiter l’impact du Brexit et du potentiel chômage de masse, plutôt qu’une politique agressive de relance », nuance un analyste économique cité par le quotidien sud-coréen. Beaucoup d’observateurs restent ainsi « sceptiques » sur les chances de réussite de ce plan.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Il est recommandé pour les parents indonésiens de consulter le médecin pour re-vacciner leur enfant. Un « scandale massif » de faux vaccins a touché l’Indonésie, rappelle Channel News Asia. 16 personnes, désignées comme les « cerveaux » de l’opération ont été arrêtées pour avoir distribué de faux vaccins contre la tuberculose, l’hépatite B ou encore le tétanos.

« Nous travaillons avec l’agence nationale de contrôle des produits alimentaires et des médicaments pour collecter les données et prendre les mesures nécessaires », a assuré le ministre de la Santé. 30 cliniques seraient concernées par le scandale, « sans que l’on ne sache encore son ampleur », affirme Channel News Asia. Le scandale avait éclaté le 24 juin dernier et poussé le président Joko Widodo à traiter l’affaire avec la « plus grande fermeté ».

Myanamar Times – La « conférence de Panglong du XXIème siècle » se soldera-t-elle par un échec ? Pour éviter un nouveau revers, hier mardi 28 juin, la conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi a rencontré les représentants des groupes ethniques armés. Organisées à la demande des groupes ethniques qui avaient signé l’accord de cessez-le-feu en octobre dernier, ces discussions avait notamment pour but de calmer leurs inquiétudes d’être laissés pour compte lors du sommet.

Aung San Suu Kyi a ainsi tenté de rassurer les représentants ethniques. « Je veux vous dire que le gouvernement n’a aucune intention cachée », a-t-elle déclaré. Notre seule intention est de construire une nation fédérale où les citoyens pourront vivre en paix et de façon prospère. » Elle a également exhorté les représentants des groupes signataires de faire confiance au gouvernement et de ne pas avoir peur du changement, rapporte le Myanmar Times.

Pourtant, la conférence qui devait se tenir début juillet est déjà repoussée : « Le calendrier a été modifié. La conférence se tiendra avant la fin août », a ainsi déclaré U Khin Zaw Oo, membre du gouvernement en charge des négociations pour la paix. De quoi alarmer les représentants de groupes ethniques qui, de leur côté, se rappellent de l’échec de la conférence de Panglong de 1947 organisé par le Général Aung San, le père de la « Dame de Rangoun ». Ils craignent par ailleurs que le gouvernement laisse de côté certains d’entre eux, comme ce fut le cas avec l’ancien gouvernement soutenu par la junte, sous l’ex-président Thein Sein (2007 à 2011).

Selon le colonel Khun Okkar, membre de l’Organisation nationale de libération des Pa-O (septième groupe ethnique de Birmanie), les groupes participants ont tout de même pu proposer des solutions pour coopérer avec le gouvernement pendant les négociations pour la paix. « Bien que nous n’ayons pas pu avoir de véritable interaction au cours de ces discussions, nous avons abordé certains sujets tels que les programmes de réinsertion et de réhabilitation, de développement, et la mise en place d’un accord de cessez-le-feu au niveau national », raconte-t-il. « On ne peut construire la paix du jour au lendemain », a tenté de tempérer Aung San Suu Kyi. Avant de rappeler qu’il faut tout de même hâter le processus d’unification de la Birmanie, pays qui a acquis l’indépendance il y a 70 ans.

Cette semaine, les autorités birmanes organiseront une réunion avec le Comité de contrôle mixte du cessez-le-feu (Joint monitoring Committee). En parallèle, elles rencontreront la Délégation pour la négociation politique, conseil qui représente plusieurs groupes non signataires, membres du groupe armé du Conseil fédéral des nationalités unies. Calendrier chargé également pour les groupes ethniques signataires qui rencontrent aujourd’hui mercredi 29 juin le chef des forces armées birmanes (Tatmadaw), le général Min Aung Hlaing.

Malaysiakini – Le G25, une association de musulmans modérés pointe du doigt Abdul Tahman Osman. Le mufti est accusé de favoriser les intérêts de l’Etat islamique en Malaisie. « D’après l’Etat islamique (EI) il serait permis de prendre le sang [tuer] des non musulmans ou d’autres car ils ont un point de vue différent sur l’islam », affirme le G25 qui s’insurge : « Ce raisonnement est très dangereux pour notre pays multi-racial et multi-religieux. Le gouvernement et les autorités devraient urgemment s’emparer de ce problème. »

Le mufti Abdul Rahman Osman avait déclaré « haram » (pêché), le Democratic Action Party (DAP), à majorité chinoise et première force d’opposition au gouvernement malaisien de Najib Razak. Le DAP est « opposé à l’instauration d’un code pénal islamique », régi par les « hudûd », précise le site « haram » s’appliquait à tous ceux qui s’opposaient à l’Islam.

Cette affaire intervient dans un contexte où l’attitude du Premier ministre Najib Razak face à l’EI est contestée. « Les Malaisiens ne peuvent qu’acquieser les condamnations d’Erdogan sur la violence et le terrorisme », affirme dans un autre article Malaysiakini. Le journal reprend l’argumentaire du président turc, après l’attaque de l’aéroport d’Istanbul, attribuée à l’EI par les autorités d’Ankara et qui a fait au moins 41 morts hier mardi 28 juin. Le même jour, une grenade a explosé dans un bar à Puchong (au sud de la Malaisie), faisant huit blessés. Une attaque revendiquée par l’EI. Le journal malaisien attaque le Premier ministre, accusé d’« avoir échoué à se dresser contre les prêcheurs officiels de l’Etat islamique », faisant référence aux propos du mufti Abdul Rahman Osman. A l’échelle internationale, Najib Razak dénonce l’extrémisme religieux, affirme le quotidien qui déplore une attitude bien différente sur le plan local.

Asie du Sud

Firstpost – Onze personnes seraient détenues, après une descente de l’Agence nationale d’investigation (ANI). « Trois ou quatre raides ont été menés dans la vieille ville d’Hyderabad, au centre de l’Inde, conjointement avec la police locale », a annoncé un officier de l’agence. Ce mercredi 29 juin, au petit matin, les « recherches étaient encore en cours », faisait savoir l’ANI sur Twitter, précisant que « des armes, du matériel explosif et de fortes sommes d’argent en liquide » avaient été trouvés.

Cette année, 14 personnes suspectées d’être des « sympathisants » de l’Etat islamique ont été incarcérées par les autorités indiennes, rappelle Firstpost. 150 personnes, majoritairement du sud du pays, seraient liées à l’Etat islamique, d’après un rapport de l’ANI, publié en novembre 2015. Si l’Etat islamique n’est pas implanté sur le territoire indien, affirme le quotidien, l’organisation terroriste « serait fortement attractif » pour la jeunesse, avance Firstpost.

Dawn – Très critiquée, la loi sur le blasphème continue de s’appliquer durement au Pakistan. Le juge de la Cour anti-terroriste de Gujranwala a choisi la peine capitale pour Anjum Naz Sindhu et Javed Naz, chrétiens ainsi que Jaffar Ali, de confession musulmane, pour blasphème. Selon Asif, petit-frère d’Anjum Naz Sindhu, directeur d’une chaîne d’établissements scolaires, celui-ci aurait licencié Javed, qui travaillait dans l’une de ses écoles. Ce dernier se serait retourné contre lui et à l’aide de son ami Jaffar Ali, aurait tenté de faire chanter son ancien employeur. Il aurait réclamé une forte somme d’argent contre un enregistrement audio dans lequel Sindhu tenait des propos blasphématoires. Pour Asif, son frère a payé, mais les demandes d’argent ont continué. A tel point que Sindhu a décidé de porter plainte pour extorsion de fonds.

La police a ainsi arrêté les deux maitres chanteurs. Mais elle ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Après avoir saisi le fichier audio en question, les forces de police ont enregistré un cas de blasphème à l’encontre des trois protagonistes au nom de l’Etat. Asif clame que son frère Sindhu a été condamné à mort sur de fausses accusations. En plus de la peine de mort, Javed Naz et Jaffar Ali ont également écopé de 35 ans de prison et d’amendes de plusieurs millions de roupies pour chacun des trois condamnés.

The Express Tribune – Un événement rarissime. Mardi 28 juin, une délégation du ministère des Affaires religieuses a quitté le Pakistan pour la Chine. Dans quel but ? Vérifier si les autorités chinoises ont interdit le jeûne du Ramadan au Xinjiang, province des Ouïhgours, ethnie musulmane de langue turque. Des accusations dont se défend Pékin, qui rappelle que la Constitution chinoise garantit la liberté de culte.

Habituellement, la Chine refuse toute enquête indépendante sur la répression religieuse au Xinjiang. Un moyen pour Pékin de soigner son image auprès d’Islamabad ? En effet, les deux Etats sont engagés dans le développement du corridor de Gwadar, sur lequel les autorités chinoises comptent énormément, notamment pour faciliter les importations de pétrole pour la Chine.

Pour tenter d’améliorer son image internationale, le gouvernement de Pékin a officiellement invité le Pakistan à effectuer une « expertise indépendante », rapporte The Express Tribune. La délégation pakistanaise passera ainsi 4 jours au Xinjiang. Ses membres rencontreront la population ainsi que certains religieux de différentes mosquées, afin de vérifier si les autorités chinoises ont interdit la pratique du Ramadan aux fonctionnaires, étudiants et enfants de la région.

La Chine compte 20 millions de musulmans, et la province de Xinjiang habrite près de 10 millions de Ouïghours de confession musulmane. Le Parti communiste chinois a interdit la pratique du Ramadan depuis des années, s’attirant les foudres des groupes de défense des droits de l’homme, rappelle The Express Tribune. Pour le quotidien, l’interdiction s’est répétée encore en 2016. « Les établissements de restauration ouvriront aux horaires habituels pendant le Ramadan, » disait une note postée en juin sur le site internet du service Food and Drug Administration du district Xian de Jinghe.

D’après les associations de défense des droits des Ouïghours, les restrictions imposées par les autorités chinoises ne font qu’aggraver les tensions ethniques dans la région, où des affrontements ont déjà entraîné des centaines de victimes depuis les émeutes inter-ethniques de juillet 2009.

Par Joris Zylberman, Liu Zhifan et Jeremy Masse, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris