Revue de presse Asie - 12 mai 2016

Levée de l'embargo sur les armes au Vietnam, contradictions chinoises et attentat au Pakistan

Barack Obama et Nguyen Phu Trong, secrétaire général du Parti communiste vietnamien, en juillet 2015, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. A la veille de la venue du président américain, le Vietnam espère une levée définitive de l'embargo. Copie d'écran de The Japan Times, le 12 mai 2016
Barack Obama et Nguyen Phu Trong, secrétaire général du Parti communiste vietnamien, en juillet 2015, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. A la veille de la venue du président américain, le Vietnam espère une levée définitive de l'embargo. Copie d'écran de The Japan Times, le 12 mai 2016

Asie du Sud-Est

The Japan Times – La présence de poids lourds de l’armement américain (Boeing et Lockheed Martin) à Hanoï présagerait-elle une levée totale de l’embargo américain qui depuis quarante ans pèse sur le pays communiste ? Cette semaine se tient en effet au Vietnam un symposium de Défense et d’armement exceptionnel, dont la préparation a été tenue secrète et qui demeure entouré de mystère puisqu’aucun media n’a reçu d’autorisation pour couvrir l’événement. En 2014 déjà, les États-Unis, dans le cadre du pivot vers l’Asie du président Obama, avaient effectué une levée partielle de l’embargo, mais uniquement pour répondre aux « besoins spécifiques de la région en matière de sécurité maritime. » La levée totale de l’embargo, évoquée alors, avait été soumise à une condition expresse : l’amélioration nette et franche des droits de l’homme.

Aujourd’hui, à la veille de la venue de Barack Obama, le 22 mai, la première visite en une décennie d’un président américain en exercice, le Vietnam se prend à rêver d’une levée définitive de l’embargo. Il est vrai que, depuis la fin de la guerre en 1975, jamais le Vietnam, huitième importateur d’armes au monde, n’a autant investi dans l’armement. Parmi ses principaux fournisseurs, la Russie, son ancien allié de la Guerre froide, mais récemment aussi d’autres puissances régionales plus inattendues comme le Japon. Face à la montée en puissance de la Chine et son attitude de plus en plus provocatrice en mer de Chine méridionale, le Pentagone semble hésiter, freiné dans sa volonté de s’affirmer en Asie-Pacifique par les défenseurs de droits de l’homme qui soulignent un bilan insuffisant. A leurs yeux, la levée de l’embargo serait synonyme de donner l’imprimatur américain à un pays qui continue à « harasser, arrêter et emprisonner » son peuple.

The Philippine Star et Channel News Asia – Pour Rodrigo Duterte, le futur président des Philippines, élu triomphalement avec 38,6% des voix devant ses principaux rivaux Mar Roxas, le candidat adoubé par le président sortant (23,12%) et la sénatrice Grace Poe (21,76%), a sonné l’heure du repentir. Langage cru, vulgarité et saillies provocantes sont devenues au cours de la campagne de ce populiste une sorte de marque de fabrique qui lui a valu dans la presse le surnom « Trump philippin ».

Mais en novembre dernier, Duterte avait dépassé les limites dans ce pays où 80% de la population est catholique, en traitant le pape de « fils de pute », le sommant même de rentrer chez lui, lui reprochant d’avoir causé un gigantesque embouteillage dans les rues de Manille. « Qu’il remporte ou non l’élection, explique aujourd’hui son porte-parole, il avait déclaré son intention de se rendre au Vatican afin de présenter ses excuses en personne au pape et demander son pardon. »

Aujourd’hui aux Philippines, après les invectives et une campagne électorale haute en couleurs, l’heure semble être aussi venue de l’apaisement du côté du sénateur Alan Peter Cayetano. Ce jeudi 12 mai, concédant la défaite dans la course à la vice-présidence, il a ainsi reconnu que sa rivale, l’activiste et juriste Maria Léonor « Leni » Robredo, était de facto la vice-président présomptive. « Perdre une élection est douloureux, a-t-il déclaré beau joueur, mais rien n’est plus douloureux que de voir son pays déchiré. »

Channel News Asia – Ce jeudi 12 mai, le Premier ministre singapourien, Lee Hsien Loong a chaudement félicité son homolgue malaisien Najib Razak et le ministre en chef du Sarawak, Adenan Satem, pour la victoire triomphale du parti au pouvoir, le Barisan Nasional, aux récentes élections qui se tenaient dans la partie insulaire orientale de la Malaisie. C’est en effet avec une majorité écrasante de 72 sièges sur 82 que la coalition menée par le Barisan Nasional a remporté le samedi 7 mai ces élections régionales considérées par les observateurs comme un véritable test de la popularité du Premier ministre Najib Razak, en difficulté depuis son implication dans le scandale 1MdB.

Mais si ces résultats lui offrent une bouffée d’optimisme, ils ne peuvent en aucun cas être compris comme un indicateur fiable pour les prochaines élections nationales en 2018. En effet, Najib Razak, accusé d’avoir détourné plus de 700 millions de dollars, doit avant tout se refaire un nom et une crédibilité.

Les Etats de Sarawak et de Sabah, les deux Etats de Malaisie orientale sur l’île de Bornéo, riches en ressources naturelles, ont rejoint la fédération en 1963, dans l’espoir de jouir d’une plus grande autonomie qu’à l’époque de la Fédération malaise fondée en 1948 par les Britanniques. L’opposition, très faible au Sarawak car désunie, reproche aux politiciens locaux de s’être enrichis aux dépends de la population, et ce, avec le soutien du Barisan Nasional. L’ancien ministre en chef de Sarawak, Taib Mahmud, au pouvoir pendant trente-trois ans, était ainsi devenu multimillionnaire.
Pour Meredith Weiss, professeur associé de politique à l’université d’Etat de New York, à Albany, citée par Forbes Asia, cette victoire est avant tout le fruit du « patronage massif » du Barisan Nasional, ancré depuis des années au Sarawak.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Qui décide de la politique économique en Chine? Lundi 9 mai, un éditorial du Quotidien du peuple, l’organe de presse officiel du gouvernement chinois, relatait les propos d’une source « proche du pouvoir » rejetant le modèle de croissance du pays, soit-disant alimenté par la dette. Quelques heures plus tard, le site internet du cabinet du Premier ministre chinois affirmait que le gouvernement avait renoncé à une relance de taille. Pourtant, dès mardi, la transcription d’un discours du président Xi Jinping apparaissait à son tour dans le Quotidien du peuple, indiquant que les réformes structurelles de l’offre étaient l’avenir de la nation. Quel avenir alors pour la politique économique du pays?

Les signaux sont si contradictoires qu’on pourrait croire à une lutte de clans entre le président chinois et son Premier ministre. « D’un côté une personnalité influente critique la relance, et de l’autre, une autre personnalité nie l’existence même d’une telle relance », confie un professeur d’économie de l’université de Fudan au quotidien hongkongais South China Morning Post. Un professeur en finance de l’université Tongji estime, quant à lui, que ces messages contradictoires sont « anormaux » et « irresponsables », et rappelle que Mao s’était, lui aussi, caché derrière l’étiquette « source d’autorité » pour attaquer son rival Chiang Kai-shek pendant la guerre civile.

The Korea Times -Il est grand temps que la Corée du Sud adopte une politique plus souple avec la Corée du Nord et s’engage de nouveau sur la voie du dialogue et ce, en dépit de la menace latente d’un cinquième essai nucléaire. C’est en substance l’avis de nombreux observateurs en Corée du Sud.

En effet, la semaine dernière, la présidente Park Geun-hye a refusé la main tendue par Pyongyang qui demandait la reprise du dialogue intercoréen militaire en vue d’apaiser les tensions. Mais en Corée du Sud, nombreux sont les politiciens et les experts qui considèrent que la ligne dure de la présidente va droit dans le mur et ne fait qu’attiser les tensions. Citant l’exemple américano-soviétique pendant la Guerre froide, l’opposant Ahn Cheol-soo l’a fermement invitée à reconsidérer la politique de sanctions envers Pyongyang, se demandant si « de telles mesures peuvent avoir un impact réel sur le développement nucléaire de la Corée du Nord ».

« Il est évident que nous devons discuter avec Pyongyang, a ainsi déclaré Yang Moo-jin, professeur à l’université des Études nord-coréennes de Séoul. « Le gouvernement Park doit mieux gérer la sécurité sur la péninsule et il est clair que son approche confrontationnelle n’a fait que durcir la position de Pyongyang et l’inciter à développer son programme nucléaire. » Pour Yang, engager un nouveau dialogue avec Pyongyang et apaiser la crise sur la péninsule pourrait même bien être ce succès qui manque à la présidente et ferait oublier aux Coréens le piètre bilan de sa présidence, avant les prochaines élections en 2018.

Mainichi Shimbun – Le groupe d’électronique Sharp est dans le rouge pour la deuxième année consécutive. Jeudi 12 mai, l’entreprise annonce une perte de 256 milliards de yen (soit 2 milliards d’euros pour l’année 2015/2016). La perte est liée à une baisse de 11,7% de ses ventes en 2015 et à des frais de restructurations. L’entreprise basée à Osaka passera sous la coupe du Taïwanais Hon Hai/Foxconn. C’est Tai Jeng-wu, le vice-président de Hon Hai, qui prendra les rênes.

Sharp n’a pas encore annoncé de prévisions pour l’année en cours , qui a débuté le 1er avril. L’entreprise doit en premier lieu évaluer les résultats du rachat.

Asie du Sud

The Indian Express« La mortalité infantile dans certaines tribus du Kerala est encore plus effrayante qu’en Somalie » . Dimanche 8 mai, Narendra Modi a exprimé ses préoccupations lors d’un rassemblement. « A Peravoor, on a vu des enfants aborigènes fouiller dans les poubelles pour de la nourriture », s’inquiète le Premier ministre indien. L’image incriminée montre quatre enfants sur un tas d’ordures dans la province du Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde. La déclaration de Modi a provoqué un tollé. Le chef du gouvernement du Kerala, Oommen Chandy, dans une lettre vigoureuse adressée au Premier ministre, lui demande de retirer sa déclaration. Selon lui, la situation au Kerala est bien moins effrayante qu’en Somalie. D’autre part, le chef du district de la décharge concernée affirme que ces enfants sont en train de sécher les cours, et que leurs familles ne manquent de rien.
The Express Tribune – La dernière attaque datait du 3 mai 2016. Deux policiers ont trouvé la mort aujourd’hui dans une explosion à Quetta, dans le Baloutchistan. Les médias pakistanais reportent par ailleurs cinq blessés, dont la plupart sont des policiers. Le bilan pourrait s’alourdir. L’agence chinoise Xinhua elle, évoque onze blessés. Le groupe Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) revendique les attaques et affirme avoir ciblé des policiers.

Les forces de sécurité et les organes gouvernementaux sont régulièrement visés par les insurgés baloutches et des groupes illégaux tels que TTP.

The Times of India – Encore une violente dispute au sein de l’élite politique indienne. Cette fois, c’est sur la question du Népal que les parlementaires du Parti du congrès et du Parti Bharatiya Janata (BJP) se sont affrontés. Nashikant Dubey, un membre du BJP, a qualifié le pays voisin de « petit pays dépendant de l’Inde » qui cherche maintenant à « menacer » l’Inde en cherchant le soutien de la Chine. En parlant ainsi, Dubey se positionne contre la politique des anciens parlementaires Jawaharlal Nehru, Indira Gandhi et Rajiv Gandhi vis-à-vis du Népal, politique qui aurait provoqué le problème actuel. Les députés du Parti du congrès, ont protesté contre cette déclaration. L’Inde ne doit pas parler de ses voisins de cette manière.
Par Juliette Morillot, Alice Hérait, Joris Zylberman et Alexandre Gandil, avec Anda Djoehana Wiradikarta