Revue de presse Asie - 19 avril 2016

Conséquences des séismes japonais, accusation de népotisme en Thaïlande et attaque à Kaboul

Copie d'écran de "Japan Times", le 19 avril 2016
Copie d'écran de "Japan Times", le 19 avril 2016

Asie du Nord-Est

Japan Times – L’île de Kyushu et particulièrement la préfecture de Kumamoto sont les zones plus affectées par les tremblements de terre qui ont frappé le Japon la semaine derniere. Si la priorité est à la recherche des personnes disparues, d’autres problèmes surgissent.

Tout d’abord, la catastrophe a déjà un sérieux impact sur l’économie de l’archipel : les industries principales sont fermées et le cours du Nikkei a baissé de 3,2 %. Le secteur agricole est lui aussi touché puisque les rizières sont partiellement endommagées. Kumamoto, important centre industriel, manque de nourriture : une situation provoquée par les glissements de terrain qui ont bloqué les routes menant à la ville. De même, le secteur des transports a été frappé de plein fouet avec la suspension des vols commerciaux et du Shinkansen en direction de Kyushu. Au niveau des infrastructures, la région manque d’eau et d’électricité. Enfin, si les trois centrales nucléaires de la région n’ont pas été affectées, les autorités de Régulation nucléaire vont toutefois tenir une session extraordinaire lundi pour discuter du désastre.
Du point de vue humain, les médias japonais, enfin, ont confirmé la mort de 42 personnes, et 10 sont encore portées disparues. Par ailleurs, 190 personnes sont sérieusement blessées et 110 000 ont été déplacées.

Taipei Times – Dans son éditorial du mardi 19 avril, le quotidien taïwanais se demande si le Parti démocrate progressiste (DPP) ne ressemblerait pas de plus en plus au Kuomintang (KMT). Les membres du DPP ont beau assurer qu’ils ne vont pas se transformer en membres du KMT, les activistes du « mouvement des Tournesols » se sentent préoccupés par les propositions du DPP concernant les relations inter-détroit (les relations entre Pékin et Taipei).
En effet, lors de leur dernière assemblée générale, les députés DPP ont proposé une loi nommée « règles concernant la gestion des accords entre la Chine et Taïwan ». Or, dans la dernière version de cette dernière, les noms « Taïwan » et « Chine » ont été remplacés par « Zone Taïwan » et « Zone continentale ». Selon les députés, le changement s’est fait conformément à la Constitution et aux lois sur les relations inter-détroit dans le but justement d’éviter d’initier une polémique.
Les journalistes du Taipei Times estiment de leur côté qu’utiliser ce genre de termes est dégradant pour la souveraineté nationale. Cela montre que la vision des relations inter-détroit par les membres du DPP ne diffère pas de celle du KMT.
C’est sur un ton « colérique » que le quotidien tente ainsi de rappeler qu’une conscience taiwanaise se forge dans l’opinion publique depuis plusieurs années.
La future présidente Tsai Ying-wen a pourtant affirmé que son gouvernement s’efforcerait de protéger les intérêts nationaux et d’élever la dignité nationale. Mais la population se méfie des promesses en l’air : elle craint que le futur gouvernement n’ait d’autre choix que de continuer sur les traces du Président KMT sortant Ma Ying-jeou, conclut l’éditorialiste.
South China Morning Post Un vaste programme de surveillance des activités des conjoints et des proches des membres du Parti communiste chinois (PCC) en vigueur à Shanghaï depuis le milieu de l’an dernier va être étendu à quatre nouvelles provinces ou municipalités autonomes (Pékin, Xinjiang, Guangdong et Chongqing) annonce ce mardi 19 avril le quotidien hongkongais. Ce dernier de noter que cette annonce intervient quelque jours après les révélations des « Panama papers » impliquant les parents d’au moins huit membres actuels ou anciens du comité permanent du Politburo du PC chinois, l’organe suprême du pouvoir à Pékin, dans l’utilisation de sociétés offshore.

Selon les médias chinois officiels, ce programme n’est qu’une « corde » supplémentaire à « l’arc » des mesures anti-corruption de Xi Jinping. En effet, selon les normes actuellement en vigueur à Shanghaï, les « épouses des membres haut-placés du PCC n’ont pas le droit d’exercer une activité tant dans des entreprises privées que dans des entreprises étrangères » ; de même que les enfants des dits membres qui – s’ils peuvent s’engager dans des activités lucratives – ne peuvent le faire dans les domaines de compétences de leurs parents. De plus, toujours en accord avec ce programme pilote, chaque membre du PCC doit signaler toutes ses activités annexes, ainsi que celles de ses proches à la commission ad hoc.

Selon l’agence de presse Xinhua, ces nouvelles règles devraient bientôt « être institutionnalisées et devenir à long terme une pratique « normale » ».

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – La faute à la reproduction sociale ? Le frère cadet du Premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-ocha, le Général Preecha Chan-ocha, doit faire face à des accusations de népotisme. La nomination de son fils, Patipat, comme sous-lieutenant de la 3ème Armée aux Affaires civiles a fait réagir dès lundi l’Association pour la protection de la Constitution. Son secrétaire général, Srisuwan Janya, a demandé l’examen de la nomination à la Commission nationale anti-corruption ainsi qu’au bureau d’Ombudsman, chargé d’étudier des différends de type administratif, publics ou privés. En tant que secrétaire d’Etat permanent à la Défense, le général Preecha a dû approuver la nomination de son fils, ce que Srisuwan Janya qualifie de répréhensible au titre de la loi anti-corruption de 1999 et de la loi relative à la procédure administrative de 1996. « Les actes du Général Preecha ne font pas qu’enfreindre la loi » a-t-il déclaré, « ils vont à l’encontre des objectifs annoncés par le Conseil national pour la paix et l’ordre lorsqu’il s’est saisi du pouvoir pour s’occuper des mauvais comportements des hommes politiques. ». Srisuwan compte également demander une enquête à l’Assemblée nationale législative, dont le Général Preecha est membre.

Le Général s’est défendu lundi d’une nomination abusive. Assurant que son fils avait toutes les qualifications nécessaires pour le poste, il a également expliqué que de nombreux enfants d’officiers de haut rang intégraient l’armée quand des places s’y libéraient. Il a ajouté que le Premier ministre, Prayuth Chan-ocha, n’y avait vu aucune objection tant que le processus de nomination était légitime. Le ministre de la Défense, Prawit Wongsuwon a également apporté son soutien à la nomination du neveu de ce dernier. Face aux journalistes, il s’est publiquement interrogé sur les fuites répétées de documents militaires mais a néanmoins évité la question du népotisme.

The Irrawady avec AP – Lors de son allocution télévisée à l’occasion du nouvel an bouddhiste, la Dame de Rangoun s’est engagée à ce que la Constitution birmane soit amendée. Aung San Suu Kyi, Premier ministre de facto depuis les dernières élections en Birmanie, a assuré que la politique du nouveau gouvernement viserait à assurer la paix et la réconciliation nationale, le respect de la loi, l’amendement de la Constitution et le dynamisme démocratique. « La Constitution doit pouvoir donner vie à une véritable union démocratique » a-t-elle insisté. L’amendement de la Constitution risque néanmoins d’être fortement entravé par l’armée – à l’origine du texte actuel – dont le pouvoir politique reste très important en Birmanie où elle détient 25 % des sièges au Parlement. C’est d’ailleurs la Constitution actuelle qui alloue aux militaires des positions clés au Parlement et au gouvernement. Les ministères de l’Intérieur, de la Défense ou des Affaires frontalières sont ainsi toujours dirigés par des militaires. Aucun gouvernement ne peut donc amender la Constitution sans l’accord de l’armée. Or, les premières actions d’Aung San Suu Kyi au gouvernement – comme la libération de prisonniers politiques – auraient irrité les militaires alors même que celle-ci avait cherché à apaiser les relations avec ces derniers lors des élections.
The Jakarta Post – Pour faire face à la menace croissante de la piraterie, l’Indonésie, les Philippines et la Malaisie ont décidé de mener une action conjointe. La coopération militaire des trois pays doit notamment se traduire par la création de patrouilles maritimes dans les zones où les pirates sévissent le plus souvent selon le vice-président indonésien Jusuf Kalla. Le vice-président a indiqué avoir reçu l’accord du président Joko Widodo avant que celui-ci ne parte en Europe – où le chef d’Etat est en visite officielle jusqu’au 22 avril. Le président aurait demandé au ministre des Affaires politiques et de la sécurité chargé de la coordination, Luhut Binsar Pajaitan, de préparer la coopération avec les gouvernements de Manille et Kuala Lumpur afin d’assurer la protection des échanges commerciaux dans la région. L’initiative fait suite à plusieurs incidents récents, notamment le détournement de deux bateaux indonésiens et la prise en otage des 10 membres de l’équipage par le groupe armé islamiste Abou Sayyaf le 26 mars dans le sud des Philippines. Deux autres bateaux, également indonésiens, ont été attaqués vendredi 15 avril entre les Philippines et la Malaisie. Jakarta enquête toujours sur l’identité des responsables de la seconde attaque afin d’établir s’il s’agit de nouveau, ou non, du groupe Abou Sayyaf.

Asie du Sud

Channel News Asia – Une explosion s’est faite entendre au centre de Kaboul mardi 19 avril. Selon les dernières estimations le bilan s’élève à 28 morts et 327 blessés en fin d’après-midi. Selon l’agence de presse AFP, la plupart des victimes sont des civils et beaucoup se trouvent dans un état préoccupant. Les forces de sécurités affirment qu’un camion piégé aurait déclanché l’explosion, et s’inquiètent que d’autres kamikases puissent avoir pris la fuite.

Si aucun groupe n’a encore revendiqué les attaques, le porte-parole des Talibans a déclaré que des membres du mouvement extrémiste auraient infiltré les bureaux de l’Amaniyat, la principale agence d’espionnage du pays (National Directorate of security).
Les journalistes sur place observent de la fumée sortant du quartier des ambassades, qui comporte notamment le siège de la principale mission de l’Otan en Afghanistan, et des coups de feu ont été entendus près de l’Amaniyat.

La réapparition du groupe Taliban en Afghanistan remet en question les capacités des forces afghanes. Des négociations entamées l’été dernier en faveur d’un règlement du conflit ont été interrompues. Pour cause, la révélation il y a deux ans du décès du leader du mouvement extrémiste, Mullah Omar qui a provoqué des conflits internes au sein du groupe (sur cet homme, relire le reportage de notre correspondante Sylvie Lasserre Yousafzai).

First Post – Les gouvernements de Pékin et de New Delhi semblent prêts à coopérer pour apaiser progressivement les tensions territoriales qui existent entre les deux nations. Le ministre chinois de la Défense Chang Wanquan s’est déclaré en faveur du projet de création d’une ligne téléphonique militaire avec l’Inde pour gérer les problèmes le long de la frontière contestée – un désaccord qui résulte de la guerre frontalière de 1962. Selon l’agence de presse chinoise Xinhua, le ministre de la Défense chinois, qui rencontrait son homologue indien Manohar Parrikar, a également « suggéré que les deux pays renforcent leur collaboration militaire et assurent conjointement la paix et la tranquilité de la zone transfrontalière ». Le ministre indien de la Défense s’est dit prêt à travailler conjointement avec la Chine pour maintenir la stabilité à la frontière. Pékin revendique plus de 90 000 kilomètres carrés en Inde, dans l’est de l’Himalaya. L’Inde accuse également la Chine d’occuper 38 000 kilomètres carrés de son territoire dans le nord-ouest du plateau himalayen et reste méfiante vis-à-vis du soutien chinois au Pakistan, son rival traditionnel.
Korea Times – Une source anonyme affirme que deux Nord-Coréens, en possesssion de 168 000 dollars, ont été arrêtés à l’aéroport de Colombo. Le Sri Lanka est le premier Etat à bloquer des devises en direction de Pyongyang depuis que la résolution 2270 des Nations unies a été votée. Les deux hommes ont certifié que la somme provenait de plusieurs salaires : leur propre salaire et ceux d’autres Nord-Coréens employés sur les chantiers de construction du sultanat d’Oman. Ces travailleurs expatriés qui reversent au régime nord-coréen la presque totalité de leur salaire représentent une véritable manne financière pour Pyongyang.
Par Antoine Richard, Juliette Buchez, Alice Hérait et Juliette Morillot, avec Sylvie Lasserre Yousafzai à Islamabad et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris.