Revue de presse Asie - 4 avril 2016

Panama papers, bateau chinois au Vietnam et Jammu-et-Cachemire

En Chine, les proches du président Xi Jinping et de l'ex-membre du Comité permanent du Bureau politique Jia Qinglin
En Chine, les proches du président Xi Jinping (centre) et de l'ex-membre du Comité permanent du Bureau politique Jia Qinglin (gauche) sont impliqués dans l'affaire des "Panama papers", qui contiennent la liste des personnalités ayant créé des sociétés offshore au Panama. Copie d'écran de Quartz, le 4 avril 2016.

L'Asie et les Panama Papers

On l’évoque comme la plus grande fuite de données de l’histoire du journalisme. L’affaire des « Panama papers » a éclaté dans la nuit d’hier dimanche 3 à aujourd’hui lundi 4 avril. Pas moins de 107 rédactions de 76 pays ont eu accès aux archives du cabinet de conseil panaméen Mossack Fonseca, spécialisé dans les sociétés offshore. Au total, 11,5 millions de fichiers ont été épluchés – et parmi eux ont émergé des noms asiatiques de chefs d’Etat, de célébrités et d’anonymes.
Quartz – La presse chinoise est restée volontairement muette ce lundi 4 avril. Et pour cause, les « Panama papers » n’ont pas épargné la classe dirigeante du pays. Au moins 8 hauts fonctionnaires seraient concernés, mais les noms de seulement 4 d’entre eux ont été révélés : Deng Jiagui, beau-frère de Xi Jinping à la tête de deux sociétés dormantes domiciliées aux Îles Vierges britanniques (BVI) ; Li Xiaolin, fille de l’ancien Premier ministre Li Peng (1987-1998), propriétaire avec son mari d’une fondation au Liechtenstein elle-même seule actionnaire d’une entreprise offshore aux BVI ; Jasmine Li, petite-fille de Jia Qinglin (membre du Comité permanent du Bureau politique du PC de 2002 à 2012), unique actionnaire de l’entreprise Harvest Sun Trading Ltd. domiciliée aux BVI depuis 2009 ; la fameuse Gu Kailai, épouse de Bo Xilai (aujourd’hui en prison), qu’un architecte français a aidé à implanter une société immobilière aux BVI en 2000. Force est de constater que la campagne anti-corruption de Xi Jinping n’empêche donc pas l’évasion fiscale, conclut Quartz. En 2014 déjà, une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ, à l’origine des « Panama papers ») pointait du doigt les proches de certains dirigeants pour leurs placements financiers dans des entreprises offshore.
Malaysiakini – La corruption et les montages fiscaux seraient-ils une affaire de famille en Malaisie ? Pas forcément – toujours est-il que le nom du fils de Najib Razak, Premier ministre malaisien, est sorti dans l’affaire des « Panama Papers ». Mohd Nazifuddin Mohd Najib a en effet dirigé deux sociétés offshore domiciliées aux Îles Vierges britanniques : Jay Marriot International et PCJ International Venture Limited. L’intéressé a exercé son droit de réponse auprès du Consortium international des journalistes d’investigation, expliquant qu’aucune des deux entreprises n’avait enregistré d’activité commerciale, ce pourquoi il s’est retiré de leur direction.
The Indian Express – Plus transparente, la presse indienne ne se retient pas de relayer les dernières informations des « Panama papers » concernant ses ressortissants. Au total, ce sont plus de 500 Indiens qui seraient liés à des entreprises offshore ayant traité avec le cabinet Mossack Fonseca. Parmi les noms les plus célèbres, The Indian Express cite les stars de Bollywood Amitabh Bachchan et Aishwarya Rai, les hommes d’affaires K P Singh (Delhi Land & Finance) et Sameer Gehlaut (Indiabulls), les politiciens Shishir Bajoria (West Bengal) et Anurag Kejriwal (Delhi). La plupart de leurs montages fiscaux auraient été opérés en toute illégalité, selon le quotidien indien, qui reprend les informations diffusées en infographies.
The Straits Times – Certes, Nawaz Sharif ne dirige pas de société offshore d’après le cabinet Mossack Fonseca. Mais le fait que quatre de ses enfants soient nommés dans l’affaire des « Panama papers » soulève des questions, relève le président du Centre indépendant du Journalisme d’Investigation au Pakistan cité par le Straits Times. Hussain Sharif s’est défendu de ses opérations, déclarant qu’elles étaient « légales du point de vue du droit britannique », et qu’elles visaient à « éviter des taxes superflues via des sociétés offshore ». Il a en effet quitté le Pakistan en 1992, ce qui lui permet de ne plus déclarer ses avoirs, et réside désormais au Royaume-Uni. Les autres enfants ne se sont pas encore exprimés. Au total, note le quotidien singapourien, ce sont plus de 200 Pakistanais dont les noms ont été diffusés, dont certains avocats, parlementaires et membres de la magistrature.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, se veut confiant. D’après lui, la rencontre de jeudi dernier (31 mars) entre Xi Jinping et Barack Obama a contribué à « calmer les tensions » en mers de Chine. La délégation américaine se serait en effet engagée à « ne pas prendre parti » dans la région. Mais la déclaration chinoise semble bien mal venue, puisque c’est aujourd’hui que débutent les exercices militaires conjoints entre les Etats-Unis et les Philippines – l’un des pays dont l’opposition à Pékin est la plus forte en mer de Chine du Sud. Serait-ce un message subliminal de Wang Yi pour rappeler Washington à l’ordre ?
Channel News Asia – La rhétorique nord-coréenne se pare de nouveaux atours. D’après une dépêche de l’agence de presse KCNA, les sanctions imposées par Washington et les Nations unies – les plus sévères jamais prises à l’égard de Pyongyang – plongeraient la Corée du Nord dans une situation de blocus similaire à celui de Léningrad pendant la Seconde Guerre mondiale et Cuba pendant la guerre froide. Se disant soutenues par une population « dont la détermination ne cesse de se renforcer », les autorités nord-coréennes ont également réitéré leur menace d’attaque nucléaire sur les Etats-Unis.
Sankei – Les propos de Masahiko Koumura du Parti libéral-démocrate (PLD) enflamment l’opposition et les médias. Des paroles entendues lors de l’émission « Débat du dimanche » sur la chaîne nationale NHK. Masahiko Koumura était sur le plateau avec 8 autres représentants de partis politiques pour débattre d’une récente proposition visant à abandonner les lois de défense adoptées l’été dernier sous l’impulsion de Shinzo Abe. Le vice-président du PLD a rejeté catégoriquement la possibilité de l’adoption du texte, affirmant que cette démarche « ternit les relations nippo-américaines ». Il avait affirmé, et ce devant le chef de l’opposition, qu’une partie des élus du Parti démocrate progressiste (nouveau nom officiel de la fusion du parti démocrate et du parti de l’innovation) avait demandé de manière informelle que le texte ne soit pas examiné, remettant en cause la bonne foi du parti nouvellement créé. Katsuya Okuda, président du nouveau parti et leader majeur de l’opposition a violemment réagi sur le plateau, réclamant des noms que le vice-président du PLD n’a pas donnés. Selon le quotien Asahi, le manque de position commune de l’opposition sur la politique de défense est une réalité.

Asie du Sud-Est

The Straits Times – Le Vietnam continue son jeu de go actif dans le conflit territorial en mer de Chine du Sud. Les garde-côtes vietnamiens ont saisi un navire chinois déguisé en bateau de pêche qui transportait 100 000 litres de carburant dans le golfe de Tonkin. Le capitaine aurait admis que l’essence était destinée aux bateaux de pêche chinois se trouvant dans la zone maritime du Vietnam. Cette saisie est fort inhabituelle de la part des autorités maritimes vietnamiennes qui chassent souvent des bateaux de pêche chinois hors de ses eaux territoriales sans toutefois les arrêter. Pékin n’a pour le moment pas réagi.
Ce nouvel incident intervient alors que la Chine a récemment été accusée d’avoir pénétré dans les eaux indonésiennes et malaisiennes. D’autant qu’hier dimanche 3 avril, un sous-marin japonais, escortés par deux navires destroyers armés de missiles guidés, est arrivé aux Philippines pour des exercices annuels avec les forces militaires locales et américaines. Ce même sous-marin est ensuite attendu dans la baie de Cam Rhan au large du Vietnam, une première historique.
International Business Times – Quand un film portant sur les actions frauduleuses d’un trader à Wall Street se retrouve mêlé au scandale financier du fonds étatique d’investissement stratégique malaisien 1MDB… Selon le Wall Street Journal, une petite société de production, Red Granite Pictures, aurait collecté près de 100 millions de dollars pour financer le film à succès de Scorsese sorti en 2013 : Le Loup de Wall Street. Des investisseurs, indique le journal, soupçonnent que l’argent ainsi mobilisé ait été détourné de 1MDB. Or, le président de la boîte de production pour le moins méconnue ne serait autre que le beau-fils de l’actuel Premier ministre Najib Razak, lui-même déjà accusé d’avoir reçu près de 700 millions d’euros de la part du fonds d’investissement 1MDB. Dans un communiqué relayé notamment par Channel News Asia, le fonds souverain a nié ce dimanche 3 avril toute participation au financement du long métrage. Tandis que dans une interview pour la chaîne CNBC, le ministre malaisien de la Planification économique Abdul Wahid Omar, a reconnu que la structure du fonds d’investissement était de toute façon vouée à l’échec en raison d’un capital trop faible et d’une dette trop élevée.
Bangkok Post – Le Premier ministre Prayuth Chan-ocha voit-il rouge ? À l’approche de Songkram, la célébration du nouvel an bouddhiste thaïlandais, le chef du gouvernement s’est lancé dans une chasse effrénée aux bols rouges où sont inscrits des voeux pour la nouvelle année de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, évincé en 2006. La traque a débuté suite à la découverte d’un de ces bols au domicile d’un ancien député parlementaire du Pheu Thai (parti de Yingluck Shinawatra, la soeur de Thaksin, elle aussi ancienne Premier ministre renversée en 2014). Les autorités semblent considérer que ces bols véhiculent un message séditieux et en ont saisi près de 8 900 jusqu’à présent. Le Premier ministre déchu Thaksin Shinawatra a répondu aux mesures du général Prayuth sur son compte Instagram. Il était de coutume pour lui, a-t-il précisé, d’offrir des bols gratuits pour célébrer Songkram. Thaksin en a profité pour tacler le gouvernement « qui devrait plutôt consacrer son temps à s’occuper de la sécheresse, de l’agitation dans le Sud et des problèmes de drogue ».
Jakarta Globe – Voilà plus d’une semaine que les forces armées indonésiennes et philippines sont en discussion pour savoir qui interviendra dans la libération des dix otages indonésiens retenus aux Philippines par Abou Sayyaf. La ministre indonésienne des Affaires étrangères s’est rendue à Manille pour coordonner et discuter du plan de secours avec son homologue philippin. Des développements que le président Joko Widodo dit surveiller de près. Bien que le ministre indonésien de la Défense ait indiqué la semaine dernière que l’armée nationale n’interviendrait qu’avec le feu vert de Manille, 500 soldats sont impliqués dans des exercices militaires de libération d’otages en mer et sur terre depuis dimanche à Tarakan, une île proche des Philippines. « Nous avons surveillé tout ce qu’il se passait et nous nous sommes préparés au cas où on nous demanderait d’agir », a rappelé le général Gatot Nurmantyo, commandant des Forces armées indonésiennes. Les dix marins indonésiens sont retenus par le groupe séparatiste islamiste philippin depuis le 26 mars dernier.

Asie du Sud

The Indian Express – La fille aînée de l’ancien ministre en chef de l’Etat le plus septentrional de l’Inde prend le poste de son défunt père. C’est la première femme à accéder à cette fonction, mais elle se déclare confiante déclarant que pour elle, « s’il y a compétition en politique, le statut de femme n’intéresse personne ». Le nom de son père, Mufti Mohammad Sayed, lui donne un prestige immense, mais le Parti démocratique populaire qu’il lui lègue est au plus bas. Les alliés historiques du Parti Bharatiya Janata (nationaliste hindou) du Premier ministre Narendra Modi, n’ont pas apporté leur soutien à cette dirigeante anciennement attachée à l’autonomie de son parti, et elle devra se faire une place par ses propres moyens. Mais avant tout, elle devra gérer les velléités séparatistes du territoire du Cachemire, alors que le Jammu est manifestement favorable aux positions du parti nationaliste. Cependant, la carrière politique de Mehbooba Mufti ne s’est jamais résumée à une marche dans l’ombre de son père, ce qui laisse le quotidien indien Indian Express optimiste sur les qualités de cette juriste de formation.
The Express Tribune – Un « événement climatique inhabituel » a provoqué des inondations et des glissements de terrain meurtriers. Les pluies diluviennes ont détruit un grand nombre d’habitations et d’infrastructures ce dimanche 3 avril dans la province du Khyber-Pakhtunkhwa. Le service météorologique du Pakistan attribue la violence inouïe de ces précipitations au changement climatique. Le pays s’attend à des phénomènes météorologiques similaires dans les jours à venir, et la population a été avertie par les autorités. Qamaruz Zaman Chaudhry, vice-président de l’Organisation météorologique mondiale, très respecté au Pakistan, y voit la preuve de la nécessité d’une politique nationale de son pays pour le changement climatique.
The Kathmandu Post – C’est le prix d’un enfant népalais au Royaume-Uni, vendu par des mafias indiennes auprès de foyers britanniques qui les emploient comme domestiques. Une enquête menée par le quotidien britannique The Sun révèle les faits après une collecte d’informations auprès d’un passeur du nom de Makkhan Sing. Theresa May, secrétaire d’Etat britannique à l’Intérieur appelle la National Crime Agency à lancer une enquête sur ce qu’elle désigne comme « un crime ignoble ». Elle réclame l’application de la loi sur l’esclavage moderne adoptée dans son pays en octobre 2015, qui prévoit l’emprisonnement à vie pour les coupables. Le quotidien The Sun est aussi appelé à contribuer à l’enquête, en partageant ses sources et les informations obtenues sur ce trafic. Les victimes de l’esclavage moderne sont à compter en millions selon le Kathmandu Post, et les victimes du séisme du Népal du 25 avril 2015 ont fait grimper ces chiffres.
Par Alexandre Gandil, Juliette Buchez et Ryôma Takeuchi, avec Sébastien Farcis à New Delhi et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris