Politique
Note de lecture

Chine : "Alerte virale" de Xu Zhangrun, l'intellectuel qui prédit la fin de Xi Jinping

L'intellectuel chinois Xu Zhangrun, ancien professeur de droit constitutionnel à l'Université Qinghua à Pékin. (Source : BBC)
L'intellectuel chinois Xu Zhangrun, ancien professeur de droit constitutionnel à l'Université Qinghua à Pékin. (Source : BBC)
Le livre de Xu Zhangrun ne fait que 73 pages, mais chacune d’elle est brûlante. Écrit et publié au début de la crise du Covid-19 en Chine, Alerte virale, quand la colère est plus forte que la peur a valu à son auteur, intellectuel chinois prestigieux et réputé, d’être brièvement emprisonné avant d’être démis de ses fonctions de professeur de droit constitutionnel à l’université de Qinghua à Pékin. C’est que dans cet essai, paru le 17 août dernier dans sa traduction française aux éditions R&N, Xu prédit la fin du régime de Xi Jinping qui, selon lui, a accumulé les erreurs stratégiques depuis quelques années à propos de Hong Kong et de Taïwan. Le principal architecte de ces errements funestes est le président chinois lui-même, accuse l’auteur, devenu ainsi l’artisan de sa propre disgrâce.
Aux yeux de Xu Zhangrun, la Chine est aujourd’hui mise au ban de la communauté internationale en raison de sa politique de répression effrénée contre les Ouïghours au Xinjiang, les Tibétains et la population de Hong Kong où toute velléité de démocratie a été réduite au silence. Une autre Chine – que l’auteur veut galvaniser – est à la recherche d’une modernité perdue depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012.

« Débarrassons-nous de la nuit pestilentielle »

Xu pose une nécessité : pour pouvoir rejoindre un jour cette communauté internationale et retrouver le rôle qui doit être le sien, la Chine n’a pas d’autre choix que d’embrasser les valeurs universelles que sont la liberté d’expression, le multipartisme, une justice indépendante et une presse libre.
Aujourd’hui, le pays ne rayonne plus du tout sur le monde, lui qui a illuminé la planète pendant des siècles alors que l’Europe était plongée dans les disettes, des épidémies de lèpre ou de peste bubonique, lancée dans des croisades et des guerres de religions. Désormais, conclut Xu Zhangrun, le temps est compté pour Xi Jinping et ses sbires. La fin est inexorable. Cinq ans ? Dix ans ? Vingt ans ? Nul ne peut le dire, mais l’issue est claire. Aussi l’auteur adresse-t-il une supplique à ses compatriotes à la dernière page de son ouvrage : « Face au chaos du monde, je vous conjure, mes compatriotes, mes mille quatre cents millions de frères et sœurs, qui formez ce peuple si nombreux qui n’a aucun moyen de fuir cette terre, emportons-nous contre l’injustice ! Faisons brûler nos vies d’une flamme de dignité ! Débarrassons-nous de la nuit pestilentielle et accueillons ensemble les premières lueurs de l’aurore ! Avec force, avec nos cœurs, avec nos vies, accueillons le soleil de la Liberté, pour qu’il rayonne enfin sur ce bout de terre ! »
« Xu Zhangrun, écrivain et professeur éminent de droit à Pékin, est sans conteste l’un de ceux qui maîtrisent le mieux toute l’étendue de cet héritage littéraire. Dans une série d’essais puissants publiés entre le début de l’année 2016 et juin 2020, Xu emploie un style élégant et lapidaire qui combine le classique et le moderne avec une aisance qui fait penser aux passages les plus envoutants de la tradition littéraire, des débats historiques et de la pensée philosophique chinois », écrit le sinologue Geremie Barmé, historien et éditeur de la revue numérique China Heritage, dans sa préface à cet ouvrage.
« Dès qu’il a pris le pouvoir au sein du Parti en 1934, Mao n’a cessé de se méfier des intellectuels, rappelle dans son avant-propos Jean-Philippe Béja, chercheur émérite au CNRS et au CERI Sciences-po (Centre de recherches internationales). La suspicion à l’égard des intellectuels s’est transmise avec plus ou moins de force à tous les dirigeants suprêmes du Parti : seul Hu Yaobang a échappé à cette tradition, mais il faut bien reconnaître qu’il n’a jamais été le véritable numéro un du PC, même s’il en a été le président puis le secrétaire général. » Xi Jinping, lui aussi, nourrit une profonde méfiance à l’égard des intellectuels, souligne le sinologue : « Il a renforcé son contrôle sur les universités, craignant que celles-ci ne se transforment en centres d’opposition. Depuis la répression du mouvement pour la démocratie de 1989, le Parti tentait d’empêcher le développement des idées libérales. »
Xu Zhangrun faisait partie de l’Unirule Institute of Economics, think tank indépendant, favorable à des réformes libérales et surtout l’une des rares voix critiques du gouvernement. L’institut a dû fermer en 2019. Xu vit aujourd’hui sous surveillance constante de la police. Il ne peut pas quitter Pékin.

Extraits

« Morale, politique, société, économie : rien n’échappe aujourd’hui en Chine à ces désastres dont les hommes sont la cause et qui sont pires que ceux d’une guerre totale. Oui, je n’ai pas peur de le dire : la situation aujourd’hui me semble plus grave encore que lors d’une guerre totale. Aucun ennemi de l’extérieur n’aura réussi à infliger des dommages pareils aux ravages que nos bandits de l’intérieur ont causés à notre pays. »
« Si les États-Unis font en effet tout pour essayer de saper notre économie, notre « Axe » n’a pas besoin d’eux : il se débrouille très bien tout seul. Au moment même où l’épidémie devenait critique, Il passait encore son temps a déclaré qu’Il allait s’occuper « personnellement » d’y mettre fin, se voulant rassurant et énergique, et dans le même temps ne faisait rien. Là où la bouche et le cœur ne parlent plus de concert, il y a hypocrisie. Cette hypocrisie, le peuple la sentit et, perdant confiance, rempli de désespoir, fit connaître son indignation. Oui, il fit connaître son indignation ! Car, tel un volcan en éruption, un peuple en colère peut soudainement déchaîner sa fureur. Car un peuple en colère ne connaît pas la peur. »

« Cessez de consentir à votre propre servitude ! »

« Mes chers compatriotes, après avoir observé les différents régimes du monde, considéré les cycles politiques internationaux et analysé l’évolution de la Chine depuis l’avènement de la « Nouvelle Ère » en 2018, je vous soumets, humblement, les neuf conclusions auxquelles je suis arrivé : »
« Une nouvelle ère en faillite morale. Le régime politique actuel est corrompu et sa moralité sérieusement entamée. Préserver les intérêts de son clan. « régner sur ses fleuves et montagnes » est devenu l’unique préoccupation de ce régime et du dirigeant qui se trouve à son sommet. Les « masses populaires » qu’ils invoquent si souvent ne sont en réalité aux yeux de ce régime qu’une masse indéterminée de numéraux fiscaux que l’on peut bien passer par pertes et profits tant que l’on maintient sous contrôle. Pour ce système totalitaire, les masses populaires ne sont ainsi que le dos sur lequel viennent se nourrir les innombrables parasites de toutes tailles qui le composent. […] Le pouvoir se croit tout-puissant, bercé dans cette illusion par le Chef suprême. Je l’ai déjà dit, son unique centre d’attention, l’idée fixe qui l’obsède jour et nuit, ce sont « ses fleuves et ses montagnes », c’est-à-dire asseoir l’autorité de l’État. Mais l’épidémie n’a cure de ses volontés : tous les efforts qu’il a produits dans le but de la dissimuler ne l’auront pas empêché de faire irruption sur le devant de la scène. […] Les désastres qui se sont succédé depuis plus de soixante-dix ans ont enseigné aux Chinois ; l’épidémie nous le démontre encore une fois, d’une manière claire et irréfutable. Mes chers compatriotes, que vous soyez jeune ou vieux, n’oubliez pas ces leçons du passé ! Abandonnez votre mentalité d’esclave ! Cessez de consentir à votre propre servitude ! Je vous en conjure : réfléchisses et abordez rationnellement les affaires publiques. Ne vous laissez plus écraser par ce pouvoir totalitaire et sans scrupules ! Faute de quoi il finira, vous aussi, par vous faucher. »
« Une nouvelle ère où la tyrannie remplace la technocratie. Il ne resta malheureusement guère plus sur le devant de la scène que ces médiocres serviles, tous issus du même clan, tandis que les technocrates les plus talentueux étaient découragés, ayant de moins en moins de raisons de faire preuve de motivation et de dévouement. Sans que l’on s’en rendit compte, la promotion au mérite disparut. Pire encore, la sélection exclusive d’individus aux « gènes rouges » réduisait toujours plus le vivier de personnes capables : écartant incessamment de nombreux aspirants de bonne volonté, déçus et même désespérés de l’iniquité de ce système de castes, tout cela contribua à amenuiser par la même occasion la loyauté de ces derniers envers le régime. Il en résulte qu’aujourd’hui ce sont la médiocrité, la servilité et la lâcheté qui règnent partout en maîtres. […] Nous sommes revenus à une époque où règne un Chef suprême et où notre prétendue « gouvernance moderne » ne fait que gripper l’ensemble de l’appareil étatique. »
« Une nouvelle ère de gouvernance affaiblie. Toute la gouvernance du pays s’est effondrée d’un seul coup, au point que nous avons désormais atteint un état de décomposition avancée. Cela se manifeste de deux manières : tout d’abord, par ce déclin économique qui semble inexorable et voué à s’aggraver encore cette année, déclin tel que nous n’en avions pas connu depuis la « Tempête ». À travers lui, ce sont les ravages qu’ont causés ensemble les « désordre organisationnels » et « l’impuissance institutionnelle » poussés à leur extrême que nous pouvons observer, comme peuvent également en témoignent la spectaculaire chute de confiance qui traverse le pays, la peur bleue de voir disparaître le droit à la propriété privée, la colère et la frustration que l’on sent omniprésentes dans le monde politique et universitaire, le fait que la société toute entière se referme sur elle-même, sans parler du déclin de l’industrie culturelle et de la presse. Il ne nous reste plus en effet en la matière que ces écœurantes chansons « rouges » et ces séries télévisées du même acabit, qui dégoulinent de bons sentiments et de bêtise ; et je ne parle même pas de tous ces plumitifs aux ordres qui chantent servilement les louanges du régime ! »

« Tant qu’il sera accablé par de tels dysfonctionnements, notre pays sera condamné à rester un géant boiteux »

« Mais ce qui est plus préoccupant encore, ce sont les erreurs de jugements et les mauvaises décisions prises concernant Taïwan et Hong Kong. En ce qui concerne cette dernière, la promesse non respectée d’instaurer le suffrage universel direct contenu dans la loi fondamentale de Hong Kong, les faux-pas sans cesse répétés et les décisions aussi maladroites qu’hasardeuses auront achevé de ruiner complètement la crédibilité de la gouvernance politique du territoire. Si bien que les habitants de ce qui a été la ville la plus riche et civilisée de Chine ont perdu toute confiance dans le gouvernement central. Au moins cet épisode aura révélé au monde entier la laideur de ce régime odieux. »
« Et pendant ce temps-là, les relations sino-américaines se font de plus en plus tumultueuses, au risque d’affecter le destin même du pays. […] Résultat : nos relations internationales sont devenues une pagaille sans nom. On peut se rappeler la formule de Mao selon laquelle « les impérialistes n’ont de cesse de vouloir nous anéantir ». Cette citation reste d’actualité sauf que, comme nous pouvons le constater amèrement, elle s’est inversée : c’est « l’Axe » qui a réussi à nous causer du tort, là où nos ennemis avaient échoué. […] Cette situation est l’aboutissement logique d’un pragmatisme vulgaire et sans scrupules qui aura été poussé à l’extrême dans le champ politique. Nos dirigeants actuels ont été formés par la Révolution culturelle, avec sa politique d’envoi des jeunes instruits dans les campagnes à des visées de rééducation : à cette aune, l’échec de cette dernière est total, tant sur le plan moral qu’intellectuel. Au point que nous pouvons l’affirmer sans sourciller : nos dirigeants d’aujourd’hui sont les pires des quarante dernières années. »
« Il faut supprimer la censure des journaux ; mettre fin à la surveillance et à l’espionnage généralisés d’internet ; garantir la liberté d’expression, ce qui mettrait en même temps fin à l’autocensure ; instaurer la liberté de manifester et la liberté d’association ; respecter et faire respecter les droits de l’ensemble des citoyens, notamment le droit à des élections libres. Enfin, il faut établir une commission indépendante qui aura pour charge de retracer les origines de l’épidémie, d’identifier les responsables qui ont dissimulé sa survenue puis son évolution et d’identifier les lacunes institutionnelles qui ont permis cette catastrophe. »
« Une nouvelle ère sous la tutelle des courtisans. La carotte a disparu, mais pas le bâton. Sans liberté d’expression, sans fonction publique moderne digne de ce nom, sans contre-pouvoir, sans la possibilité même de s’opposer à « Sa Majesté », plus rien n’entrave ce système de surveillance dirigé d’une main de fer par la Commission de la Sécurité Nationale qui peut, à sa guise, châtier en toute impunité les dissidents. »
« Une nouvelle ère de totalitarisme numérique. Le Parti étend désormais son emprise en appliquant ce que j’appelle le « totalitarisme numérique big data » et au moyen du « terrorisme de WeChat ». […] Il en découle que l’idée même de débat public est devenue impossible : la vérité n’est plus une notion valable, les mécanismes d’alerte sont anéantis, la diffusion d’informations étouffée. À la place, s’est installée une tyrannie, une sorte de dictature militaire qui prend appui sur une idéologie que je caractérise de « stalinisme fasciste-légiste ». C’est dans ce contexte qu’apparaissent le « désordre organisationnel » et « l’impuissance institutionnelle », symptômes du caractère autodestructeur du régime. […] Abandonnées à leur sort, dans la solitude et l’angoisse, elles [les populations] n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Saurons-nous jamais combien de personnes ont ainsi été condamnées à une mort prématurée ? Voilà la réalité de ce prétendu « État tout-puissant ». Cet oxymore découle du monopole de l’information exercé par le Parti ; sous sa coupe, toutes les sources d’informations de la société civile ont été soigneusement éliminées. Tant qu’il sera accablé par de tels dysfonctionnements, notre pays sera condamné à rester un géant boiteux – et encore, nous pourrons nous estimer heureux si, à l’avenir, il sera toujours possible de le qualifier de géant. »

« Comment un régime qui ne saurait traiter correctement son peuple pourrait-il traiter respectueusement le reste du monde ? »

« Une nouvelle ère dans l’impasse. Depuis que fin 2018 il fut déclaré que « nous devons résolument réformer ce qui devrait et pourrait être changé » et qu’en même tempos « nous ne devons résolument pas changer ce qui ne devrait pas et ne pourrait pas être changé », et que fut publié, à l’automne dernier, le communiqué de la quatrième session plénière du dix-neuvième congrès du Parti, nous pouvons assurer avec certitude que la Troisième grande phase de réformes et d’ouvertures de l’histoire moderne de la Chine est désormais close. »
« Une nouvelle ère d’isolement. En raison de cette longue dégringolade, il est presque certain que la Chine va, une fois de plus, se retrouver à l’écart du reste du monde. […] Ces dernières années toutefois, l’attitude de plus en plus agressive de la Chine sur la scène internationale l’a placée en décalage avec la puissance et les moyens réels de l’État, tandis que le renforcement sur le plan de la politique intérieure, de ce stalinisme fasciste-légiste suscitait l’inquiétude et l’appréhension chez les autres grands acteurs du jeu international, alertés d’une possible émergence d’un « Empire rouge » chinois. La Chine a beau claironner son slogan de « communauté de destin partagé pour l’humanité », dans les faits elle se trouve, jour après jour, davantage isolée, s’excluant elle-même de la communauté internationale. »
« Aussi complexe que tout cela pût sembler, tout se résume cependant en une question d’une simplicité désarmante : comment un régime qui ne saurait traiter correctement son peuple pourrait-il traiter respectueusement le reste du monde ? Comment un État qui refuse de manière aussi flagrante de s’intégrer dans le système mondialisé pourrait-il partager un destin avec le reste de la communauté internationale ? Voilà pourquoi, malgré le développement massif des échanges économiques, la Chine, en tant que civilisation, est bel et bien en train de s’isoler. Ce fait n’est pas dû à une quelconque « guerre de cultures », ni avec la prétendue « guerre des civilisations ». Il ne se limite pas non plus au ressentiment de ces pays qui, refusant désormais d’accueillir les voyageurs chinois, manifestent des sentiments antichinois de plus en plus marqués, ou au retour du « Péril jaune » sur le devant de la scène. Il est dû au comportement de nos illustres dirigeants qui, tant qu’ils agiront ainsi, condamneront notre peuple aux discriminations et à l’isolement. »
« Cet isolement pousse à se poser la question des valeurs universelles et de la communauté internationale. La reconnaissance mondiale de valeurs universelles fut le fuit des soubresauts de l’histoire, un long et douloureux conflit qui vit se faire face leurs partisans et leurs éléments fondamentaux des traités et accords signés entre membres de la communauté internationale. Devons-nous embrasser ces valeurs et nous insérer dans ce système ou bien les rejeter mais nous condamner dans le même temps à l’isolement ? Nos décisions détermineront comment nous voulons vivre et penser en tant que peuple et en tant que nation. »
« Si nous faisons le choix d’embrasser ces valeurs, nous prospérerons. Si nous faisons celui de nous y opposer, nous déclinerons. Nous arriverons en effet à un tel état d’isolement que nous n’aurons presque plus aucunes relations internationales. Si nous voulons renverser l’ordre des choses, si nous voulons rétablir l’image d’une grande nation responsable, nous devons prendre à bras-le-corps nos responsabilités et pour cela commencer par mettre de l’ordre dans notre politique intérieure : nous devons emprunter à notre tour – il n’y a pas d’alternative – la grande et glorieuse voie des valeurs humaines universelles, et surtout réaffirmer un principe fondamental, condition sine qua non de la pérennité de l’État : la souveraineté politique se fonde sur le Peuple.
« Une nouvelle ère où la Liberté triomphera de la Peur. Le Peuple n’a plus peur. Or c’est bien lui, au final, qui compte. Ce peuple a une vie difficile mais, tant bien que mal, survit aux malheurs qui s’abattent sur lui, ne croyant plus depuis longtemps, désillusionné, aux mythes du pouvoir. Il ne fait nul doute qu’il n’acceptera plus de se soumettre et d’obéir à ce régime tyrannique, qu’il refusera de renoncer à ses maigres libertés ou à son gagne-pain, deux choses qu’il acquiert si chèrement. »
« Une nouvelle ère dont le temps est compté. Les premiers signes de l’effondrement du régime sont apparus et le compte à rebours est désormais lancé ; le moment d’établir un régime constitutionnel approche à grands pas. […] Le déclin du système devient de plus en plus apparent. En plus de la perte du soutien populaire il y a eu les grands ratés stratégiques envers Hong Kong et Taïwan, l’évolution turbulente des relations sino-américaines, le déclin inexorable de notre économie, l’isolement de la Chine sur la scène internationale ; autant de parfaites illustrations de l’échec patent de nos gouvernants. La « politique de l’homme fort », allant à l’encontre des règles communément admises de la politique moderne, produit exactement les résultats inverses de ceux revendiqués par le Chef. »
« Tous, nous nous inquiétons que cette situation étouffante devienne une impasse ; tous nous cherchons désespérément à en trouver une issue et à renverser la table. Alors qu’il semblait vain d’espérer que la situation puisse être débloquée par un mouvement spontané qui proviendrait de l’intérieur du pays, Taïwan et Hong Kong ont percé l’armure du régime et fait apparaître une lueur d’espoir. Peut-être les péripéties influenceront-elles le centre ; peut-être montreront-elles le chemin d’une transition pacifique, donnant ainsi le coup d’envoi à la grande transition chinoise. »
« L’instant est critique : alors que le pouvoir autoritaire s’obstine à refuser de suivre la volonté du Peuple, ce n’est désormais plus qu’un champ de ruines qu’il défend. La sublime porte s’ouvre : il est écrit que nombreux sont ceux qui tomberont juste avant que ne débute ce nouveau jour. […] Je voudrais néanmoins répéter ce qui pour moi est fondamental : en attendant que notre pays ait enfin un régime politique normal, en attendant que notre peuple et notre civilisation accèdent enfin à la modernité, nous devons continuer à aller de l’avant avec force d’âme et espoir ; nous devons faire tout notre possible pour établir une démocratie constitutionnelle et instaurer une véritable République populaire. Cela fait plus d’un siècle et demi que nous sommes dans cette vague de modernisation. C’est en la menant à son terme que nous jouerons un rôle. Je dis bien nous, le Peuple, car combien de temps encore devrons-nous, « tels des cochons, patauger joyeusement dans la boue, aboyer servilement comme des chiens, vivre dans la fange comme de vils vers de terre ». »
Par Pierre-Antoine Donnet

À lire

Xu Zhangrun, Alerte virale, Quand la colère est plus forte que la peur, R&N éditions, 10 euros.

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A propos de l'auteur
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée. Son dernier ouvrage, "Chine, le grand prédateur", est paru en 2021 aux Éditions de l'Aube.