Politique
Analyse

JO d’hiver de Pékin en 2022 : les appels au boycott se multiplient

Action de militants appelant au boycott des Jeux Olympiques d'hiver de Pékin prévus du 4 au 20 février 2022, pour dénoncer les violations des droits de l'homme par la Chine à Hong Kong, au Xinjiang, au Tibet ou en Mongolie-Intérieure. (Source : SCMP)
Action de militants appelant au boycott des Jeux Olympiques d'hiver de Pékin prévus du 4 au 20 février 2022, pour dénoncer les violations des droits de l'homme par la Chine à Hong Kong, au Xinjiang, au Tibet ou en Mongolie-Intérieure. (Source : SCMP)
Depuis quelques semaines, les appels au boycott des Jeux Olympiques d’hiver qui doivent se tenir à Pékin du 4 au 20 février 2022 se multiplient dans le camp occidental. L’idée d’un boycott diplomatique se cristallise pour condamner les persécutions et l’internement massif des Ouïghours au Xinjiang. En colère, Pékin dénonce une campagne de désinformation.
Lundi 7 juin, un groupe de responsables politiques en Europe et en Amérique du Nord a lancé des initiatives législatives demandant un « boycott diplomatique » des JO d’hiver de Pékin. Ces responsables politiques, résidant dans onze pays, font pression sur leurs gouvernements, leurs parlements, leurs élus et leurs chefs d’État pout qu’ils déclinent les invitations qui pourraient être reçues pour ces jeux en raison de « violations grossières des droits de la personne humaine » par le gouvernement chinois.
Aux États-Unis, une résolution soutenue par le président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants, Gregory Meeks, demande au Comité Olympique International (CIO) de prendre des mesures en urgence pour trouver un autre endroit que Pékin pour accueillir les jeux du fait des « crimes contre l’humanité perpétrés actuellement par le gouvernement hôte ».

Le Comité international olympique interpellé

Dix eurodéputés vont soumettre une question parlementaire sur l’envoi ou non par l’Union européenne d’une délégation aux Jeux, tout en demandant également aux sponsors de ces olympiades de réexaminer leurs contrats.
En Italie, une motion demande aux radios et télévisions du pays de consacrer leurs émissions sur les Jeux à la couverture des violations des droits de la personne humaine en Chine plutôt qu’aux ompétitions, tandis que des élus en Suisse comptent demander au Conseil fédéral des garanties sur la liberté de la presse qui va couvrir ces JO.
« Cet effort coordonné menés par des élus dans de nombreux pays démocratiques envoie un message au Comité international olympique qui ne peut être ignorer : si le CIO peut discuter d’un report des Jeux de Tokyo en raison de problèmes sanitaires, il peut certainement déplacer les JO de Pékin sur la base d’internements de masse dans ces camps de concentration de millions d’individus », a déclaré Tom Malinowski, vice-président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre à Washington, dans un communiqué cité par le South China Morning Post.
D’autres motions similaires ont été introduites au Royaume-Uni, au Canada, aux Pays-Bas, en République tchèque, au Danemark, en Allemagne, en Lituanie et en Suède. Une campagne conduite depuis l’an dernier par Interparliamentary Alliance on China (IPAC), un groupe de pression qui défend des politiques plus dures de la part de l’Occident contre la Chine. Toutes ces motions mettent en avant des actes de persécution sur les Ouïghours au Xinjiang. Des actes décrits comme un « génocide ».
Ces motions sont les dernières en date prenant pour cible les Jeux d’Hiver. Ils font suite à des appels dans ce sens exprimés par des groupes de militants qui se disent représenter des Ouïghours, des Tibétains et des habitants de Hong Kong. Ces militants ont appelé en mai à un boycott total des Jeux.
En mai également, la présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi a jeté tout son poids dans la balance en faveur d’un « boycott diplomatique : « Pour les chefs d’État, se rendre en Chine au vu du génocide en cours, au moment même où vous êtes assis sur votre chaise, suscite immédiatement une question : de quelle autorité morale êtes-vous doté alors pour parler encore des droits de la personne humaine dans quelque endroit que ce soit dans le monde ? »

Sport et morale

Interrogée par le quotidien hongkongais, l’ambassade de Chine à Bruxelles n’a pas souhaité répondre aux demandes d’explications. Mais Pékin avait auparavant condamné dans des termes virulents les menaces de boycott des Jeux. « La Chine déplore et rejette les tentatives de certains individus aux États-Unis de jeter de la boue au visage de la Chine et de saboter la préparation et la tenue des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin prétextant les droits de la personne humaine sur la base de supposés préjudices idéologiques et politiques. Les propos tenus par ces gens sont un tissu de mensonges éhontés et de désinformation. Ce type de propos qui trouvent leur origine aux États-Unis est une farce qui ne rencontrera aucun soutien et est condamné à échouer, a lancé en mai Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Ces initiatives ont pour but de semer des troubles en Chine. »
Dans le camp des athlètes, le sentiment est très différent. C’est ainsi que la championne olympique américaine de slalom à ski Mikaela Shiffrin a déclaré à CNN en mars qu’il était injuste pour les athlètes de se trouver contraints de choisir entre leur « moralité » et leur « travail » : « Vous ne souhaitez certainement pas être mis en position de devoir choisir entre les droits humains comme la morale et la possibilité de faire votre métier. Un métier qui, d’un autre côté, peut faire un peu de lumière sur certaines questions ou peut apporter un peu de réconfort au monde qui traverse une période difficile. »
Il reste que les militants en faveur du boycott trouveraient un écho nettement plus favorable s’ils se contentaient de demander un boycott diplomatique. C’est « quelque chose de très facile à organiser et surtout plus acceptable par les gouvernements car il est simple à mette en œuvre, explique Mandie McKeown, directrice générale de l’International Tibet Network, également cité par le quotidien de Hong Kong lundi 7 juin. Cela signifie littéralement de ne pas envoyer de délégation aux Jeux. Ainsi par exemple pour le Royaume-Uni, le Prince William ou quiconque serait un représentant du chef de l’État ne se rendrait pas à Pékin. L’ambassadeur à Pékin s’abstiendrait également. Boris Johnson n’irait pas non plus. »
Par Pierre-Antoine Donnet

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A propos de l'auteur
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée.