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Violences au Capitole et manifestations à Hong Kong : la propagande chinoise jusqu’à la lie

Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le 7 janvier 2021 en conférence de presse à Pékin : "Lorsque des événements similaires [aux violences commises par les partisans de Donald Trump au Capitole] se sont produites à Hong Kong, certains Américains et médias des États-Unis ont réagi différemment." (Source : FT)
Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le 7 janvier 2021 en conférence de presse à Pékin : "Lorsque des événements similaires [aux violences commises par les partisans de Donald Trump au Capitole] se sont produites à Hong Kong, certains Américains et médias des États-Unis ont réagi différemment." (Source : FT)
L’opposition décimée à Hong Kong. Ce mercredi 6 janvier, la police a arrêté 53 opposants hongkongais, dont certaines figures célèbres comme James To, Andrew Wan et Lam Cheuk Ting, au nom de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, la plupart pour des accusations de « sédition ». Un avocat américain figure parmi les personnes arrêtées lors de la plus vaste opération menée en vertu de ce texte drastique imposé par Pékin le 30 juin dernier. Ce même 6 janvier, le Capitole, saint des saints de la démocratie américaine, était envahi par une foule de partisans extrémistes chauffés à blanc par Donald Trump pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden à la présidentielle du 3 novembre, pourtant confirmée par toutes les instances électorales des États-Unis. La Chine, par la voix de la porte-parole de sa diplomatie, s’est empressée de dresser le parallèle avec les manifestants pro-démocratie à Hong Kong en 2019.
Il fallait s’y attendre ! Au moment où la police hongkongaise arrête plus de cinquante personnes, au prétexte qu’ils ont voulu renverser le gouvernement hongkongais en juillet dernier, en organisant un vote non reconnu pour désigner des candidats démocrates aux élections du parlement qui de toute façon ont été reportées sine die, pour raison de Covid-19 (et de possible victoire du camp démocrate), le gouvernement chinois, par la voix de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, ose la comparaison entre les événements du Capitole et l’irruption des manifestants hongkongais au siège du LegCo (Legislative Council), le parlement de Hong Kong, le 1er juillet 2019.
Le niveau de mauvaise fois, et le sourire d’une Hua Chunying, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, convaincue de marquer des points, en dit encore long sur l’aisance du gouvernement de Pékin à manier les doubles standards.
Faut-il encore rappeler que l’intrusion du LegCo par les manifestants hongkongais s’est faite de manière impromptue, sans leader, sans « plan diabolique » ? Elle s’est déroulée après des semaines de contestations contre une loi d’extradition mal faite. Si cet événement marque en effet une forme de radicalisation d’une partie de la jeunesse hongkongaise, c’est devant l’arrogante sourde oreille d’un gouvernement hongkongais sûr seulement de son bon droit pékinois.
Faut-il encore rappeler que les manifestants hongkongais, le visage masqué, conscient des risques qu’ils prennent, sont en colère contre des autorités – chinoises et hongkongaises – qui ne respectent ni leur parole, ni leur signature ?
Faut-il encore rappeler le désespoir de ces gens qui voient les promesses trahies, leur mode de vie disparaître sous leurs yeux sans moyens légaux ni de se faire entendre, ni de se défendre ?
Carrie Lam et ses sbires, qui traitaient les manifestants hongkongais « d’ennemis du peuple », jubilent en rappelant le soutien de Nancy Pelosi aux manifestants démocrates hongkongais.
Ann Chiang, député pro-pékin au LegCo, mérite d’être citée en longueur tant sa jubilation anti-démocrate déborde de son commentaire : « Aujourd’hui, le bureau de Pelosi a aussi été occupé. Les législateurs américains peuvent enfin faire l’expérience de cette violence démocratique et avoir un avant-goût de ce que signifie l’occupation du parlement. »
L’outrecuidance et le sarcasme des commentaires n’a qu’un but : en sortant deux événements de leurs contextes, et en s’attachant aux similarités visuelles superficielles de foules en colère pour des raisons différentes, en dressant un parallèle illogique entre deux événements, il s’agit de discréditer ses adversaires pour encore dénigrer, diffamer, condamner, railler, dénoncer, insulter la démocratie comme forme de gouvernement.
Dans le même temps, faire un parallèle entre les débordements de manifestants luttant sans espoir contre la plus grande dictature du monde et une foule armée et sûre de son bon droit cherchant à renverser une élection que toutes les institutions de la plus grande démocratie du monde ont validés procède d’un argument simple, voire simpliste : toute contestation publique d’une décision politique est par essence la loi de la plèbe.
L’art de délégitimer toute revendication est ainsi faite. Pour simpliste que soit la méthode, on peut craindre qu’elle fonctionne pour un public chinois biberonné aux difficultés multiples des démocraties dans le monde et gavé jusqu’à la lie des succès constants d’un Parti communiste qui contrôle tout. À bon entendeur.
Par David Bartel

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A propos de l'auteur
David Bartel
Chercheur indépendant, David Bartel vit à Hong Kong depuis dix ans. Obtenue en 2017 à l'EHESS, sa thèse porte sur les Lumières chinoises du XXème siècle et leur reconfiguration contemporaine. Il s'intéresse particulièrement aux liens entre histoire, politique et langage. La cooptation des discours théoriques postmodernes et postcoloniaux - en Chine et ailleurs - par la rhétorique nationaliste, et l’effacement de la culture au nom du culturel sont au cœur de ses recherches.