Politique
Analyse

Vers un rapprochement entre la Chine et la Turquie ?

Le Président chinois XI Jinping serre la main du Président turc Recep Tayyip Erdogan le 3 septembre 2016, à Hangzhou, en Chine. (Source : Foreign Policy)
Si un rapprochement entre la Chine et la Turquie a longtemps semblé impossible, les deux États auraient aujourd’hui de nombreux intérêts à coopérer. Parmi eux, les « Nouvelles routes de la soie » chinoises, les besoins d’investissements et de financements de la Turquie renforcés par la crise du coronavirus. Pour Ankara, ce rapprochement semble désormais d’autant plus important que la défiance du président Erdogan face à l’Occident ne cesse de s’accroître.
Pour les analystes occidentaux, pendant longtemps, l’affaire était entendue. La Turquie ne pourrait jamais s’accorder ni avec la Russie, ni avec la Chine. En cause, le panturquisme et le soutien supposé éternel de la Turquie à des causes séparatistes dans les deux États (le Xinjiang en Chine et la Tchétchénie en Russie). Cette situation semblait ainsi assurer, même après la fin de la guerre froide, la convergence des intérêts turcs et occidentaux.
Mais une telle approche pèche par sa définition, trop large, des intérêts nationaux. La Turquie, comme la grande majorité des États, défend en priorité des intérêts concrets, qui la concernent en premier lieu. Citons l’inviolabilité de ses frontières – et, de là, la lutte contre le nationalisme kurde -, les moyens de sa stabilité économique et politique ou encore sa capacité à être un acteur de poids dans la région. La cause de peuples considérés comme « frères » au nom d’une certaine idéologie nationaliste pèse donc bien peu face aux réalités diplomatiques et économiques. C’est sans doute ce qui explique pourquoi on constate un rapprochement entre la Turquie et la Chine. Un rapprochement qui pourrait bien se confirmer sur la longue durée.

Raisons d’un rapprochement

De 1971 aux années 1990, les relations entre la Chine et la Turquie étaient relativement limitées. Elles se sont d’abord renforcées grâce au commerce : après la guerre froide, les Chinois fournissaient à la Turquie un armement que l’Occident limitait au nom de la question kurde. C’est ainsi grâce à Pékin que les Turcs ont pu développer leur armement balistique et leur artillerie. Une coopération militaire plus poussée entre les deux pays n’a cependant pas été possible. Pour cause, des pays occidentaux, au sein de l’OTAN, se sont opposés à un projet turc qui prévoyait de construire son système de défense anti-missiles avec une compagnie chinoise. Cette dernière offrait le meilleur prix, les meilleurs délais, et une réelle coopération technologique. La Turquie avait accepté la proposition chinoise en novembre 2013. Elle a donc dû l’abandonner en 2015. Aujourd’hui encore, l’idée d’une Turquie abandonnant totalement ses alliés au sein de l’OTAN pour la Chine, d’un point de vue sécuritaire et militaire, ne fait pas vraiment sens.
Si cette coopération militaire a été limitée, le développement économique chinois, dans la période post-guerre froide, a permis la possibilité d’un renforcement des relations bilatérales entre Pékin et Istanbul. Des économistes turcs, comme Emre Alkin, considèrent ainsi que la stabilisation de la monnaie nationale, la lire turque, passe par la coopération avec des pays comme la Chine. Cette année, la lire a perdu 30 % de sa valeur. Le chômage s’élève à environ 13,4 % selon les chiffres officiels fournis au mois de juin et à 23-25 % selon des chiffres non officiels soutenus par certaines analyses. Pour la Turquie, le besoin de partenaires économiques solides se fait donc de plus en plus pressant. L’impact économique futur lié à crise du Covid-19 va par ailleurs forcément faire souffrir l’économie turque déjà en difficulté. Cela rend le rapport à la Chine, qui a bien résisté à la crise sanitaire et continue de vivre une croissance économique enviable, encore plus attractif pour Ankara.
Pékin a par ailleurs déjà montré sa capacité à soutenir le pouvoir turc face à ses difficultés économiques. Par exemple, en 2018, la banque d’État ICBC (Industrial and Commercial Bank of China) a fait un prêt de 3,6 milliards de dollars à la Turquie pour soutenir ses projets énergétiques et de transport après que la lire a perdu 40 % de sa valeur. La Chine a montré son désir de soutenir le développement économique turc sans que le président Erdogan ait à se plier aux pressions occidentales. Cela en fait un partenaire précieux pour le pouvoir en place.
La Chine bénéficie également d’une évolution politique et intellectuelle favorable au sein de l’AKP et plus largement parmi les élites politiques turques autour du président Erdogan. Il semblerait que l’approche dominante depuis quelques années soit celle des « Eurasistes ». Ces derniers voient la Turquie comme un État sur la défensive, politiquement et économiquement, qui a besoin de tisser des liens forts, y compris économiques, avec de prospères pays non-occidentaux. Dans leur recherche d’investissements et d’accords commerciaux pouvant assurer l’indépendance de leur pays, la Chine s’impose donc comme un partenaire naturel.
Les « Nouvelles Routes de la Soie » chinoises (Belt and Road Initiative – BRI) sont un autre élément-clé du rapprochement entre Pékin et Ankara. Le président Erdogan l’a clairement exprimé lors de sa visite en Chine en juillet 2015 : la Turquie voit favorablement tout investissement chinois, notamment dans ses infrastructures, et se rêve en base logistique et industrielle pour les entreprises chinoises. Vue de Pékin, la Turquie est destinée à être le cœur des « Nouvelles Routes de la Soie » entre l’Europe et la Chine, notamment pour le fret ferroviaire. Pour l’exemple, depuis novembre 2019, il est possible, pour la première fois, pour un train de marchandises d’aller sans escale de Xi’an, dans le centre de la Chine, vers l’Europe, grâce au tunnel de Marmaray construit et financé par les Chinois. Le principal investissement chinois en Turquie (1,7 milliard de dollars) est également lié à la BRI : il s’agit de la construction de la centrale thermique de Honutlu, annoncée le 22 septembre 2019. Elle doit permettre de renforcer la sécurité énergétique du pays et l’aider à devenir, à terme, une réelle plaque tournante du commerce international. La Chine s’intéresse aussi aux ports turcs, à associer à des projets de développement ferroviaire.
Rapprochement ne signifie cependant pas alignement : les liens sécuritaires et économiques anciens entre les Turcs et les Occidentaux ne vont pas disparaître soudainement. On constate par ailleurs chez les experts chinois les plus en vue un certain malaise face à ce qui est considéré comme de l’expansionnisme turc en Méditerranée orientale. L’implication d’Ankara en Libye et la rivalité entre Turcs et Saoudiens sont également des situations qui vont contre les intérêts de la Chine au Moyen-Orient. Après tout, les « Nouvelles Routes de la Soie », et les investissements qu’elles impliquent, demandent une certaine stabilité régionale. La politique régionale turque, surtout si elle reste sur une ligne présentée comme « néo-ottomane », pourrait donc bien continuer à avoir un impact négatif sur les intérêts chinois au Moyen-Orient.
Mais de la même manière, l’influence très importante des Américains sur certains pays de la péninsule arabique, la guerre froide entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, ou l’incapacité israélienne à trouver, une bonne fois pour toutes, un moyen de faire la paix avec les Palestiniens, sont également des sujets d’inquiétude pour les Chinois aux Moyen-Orient. Et pourtant, cela n’empêche pas Pékin d’avoir des relations de plus en plus fortes avec tous les pays moyen-orientaux. Le « néo-ottomanisme » turc, que l’on peut considérer plutôt comme une approche émotive de l’Histoire et de la nation plutôt qu’un projet expansionniste concret ne sera pas forcément aussi dangereux pour les intérêts chinois que le désir israélien et saoudien d’en découdre avec l’Iran dans les années à venir. Ce serait donc une erreur que de penser que la politique étrangère du président Erdogan puisse gêner ce rapprochement sino-turc.

Le Xinjiang peut-il empêcher un rapprochement sino-turc ?

On pourrait imaginer le Xinjiang comme le contentieux empêchant tout rapprochement sérieux entre la Chine et la Turquie. Mais la réalité des relations internationales n’est pas forcément dominée par l’identité ethnique, ou par les « grands principes ». L’accord entre Israël et les Émirats, qui voit une partie du monde arabe prête à abandonner une cause pourtant chère aux peuples arabes, celle des Palestiniens, ou la guerre au Yémen où des pays arabes n’hésitent pas à bombarder sans pitié une autre population arabe, le prouvent. Des intérêts nationaux plus immédiats, plus concrets, des besoins économiques aussi, prennent souvent le pas sur les questions plus théoriques ou idéologiques.
L’accent a tellement été mis sur le caractère turcophone des Ouïghours, qu’on en a oublié quelques points importants. Par exemple, la Turquie, comme la Chine, craint le séparatisme. Cette peur ne peut pas être considérée comme triviale : elle est presque dans l’ADN de ces deux États. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les deux Empires étaient sur le déclin, menacés d’émiettement. Ils ont vécu sous la menace d’un démembrement qui aurait signifié leur anéantissement. Cet anéantissement a même été une réalité pour la Turquie, à la fois héritière de l’Empire ottoman et née de la mort de ce dernier. Dans l’imaginaire politique, à Ankara comme à Pékin, la crainte du démembrement soutenu par des puissances étrangères hostiles reste une réalité. Cela entraîne, de fait, une certaine inquiétude face à des périphéries habitées par des minorités ethniques potentiellement hostiles, en tout cas du point de vue du pouvoir central. Entre les tensions avec les Kurdes et le danger spécifique représenté par le groupe État islamique, Ankara se retrouve ici dans une situation qui rapproche la position turque de celle de la Chine, sur la lutte contre le séparatisme et le djihadisme.
Cela explique, sans doute, une certaine évolution du pouvoir turc sur la question ouïghoure. En juillet 2009, des affrontements éclatent au Xinjiang, entraînant la mort de 197 personnes. Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, parle alors d’une « sorte de génocide » contre les Ouïghours. Lors de sa visite de juillet 2015, cette fois en tant que président, le discours change. Erdogan affirme notamment l’opposition de la Turquie à toute forme de terrorisme et à toute remise en cause de l’intégrité territoriale de la Chine. Un peu avant cette visite, en réponse à des manifestations antichinoises, il avait dénoncé comme suspect les reportages dénonçant la situation des Ouïghours. Il avait aussi condamné les violences de certains activistes en Turquie contre la représentation diplomatique thaïe dans le pays (la Thaïlande venait de renvoyer des Ouïghours en Chine) et contre des touristes est-asiatiques.
On remarque, durant cette période, un même désir d’apaisement du côté chinois. En témoigne la gestion d’un scandale qui aurait pu être fatal pour les relations bilatérales au moins sur le court terme. Peu avant la visite du président turc en Chine, on apprend que des diplomates turcs en Asie du Sud-Est donnent des passeports turcs à des Ouïghours ayant quitté illégalement la Chine. Pire encore, certains de ces Ouïghours se sont retrouvés, ensuite, en Syrie, à combattre dans les rangs djihadistes. Malgré tout, le discours officiel chinois, après avoir évité pendant un temps de pointer du doigt spécifiquement la Turquie dans l’aide aux migrants illégaux ouïghours, s’est assuré de faire la différence entre le gouvernement turc, dont l’attitude n’est pas jugée négativement, et certains diplomates dans les ambassades et consulats turcs. Clairement, à Pékin comme à Ankara, on refuse de voir la question ouïghoure gêner les possibilités d’un rapprochement notamment via la BRI. En mai 2016, le gouvernement turc prouve qu’il reste dans le même état d’esprit avec l’arrestation d’une centaine de Ouïghours chinois dotés de faux passeports, en transit par l’aéroport d’Istanbul vers l’Arabie saoudite. Plus récemment, en juillet 2020, un parti d’opposition propose une motion au parlement turc appelant à une enquête sur la situation des Ouïghours en Chine. Elle a été rejetée, avec succès, par le parti du président, l’AKP, et ses alliés du parti d’extrême-droite MHP (le Parti d’action nationaliste).
On peut imaginer que selon l’évolution des relations bilatérales entre Ankara et Pékin, on verra la « carte ouïghoure » de nouveau utilisée par le pouvoir turc. Elle reste un outil de pression sur les Chinois dans le cas d’un bras de fer passager, sur des questions économiques ou diplomatiques. L’approche des « Eurasistes » d’une amitié se renforçant dans le temps pourrait aussi se concrétiser. Dans ce cas, l’entente entre les deux pays serait telle que le sujet pourrait être discuté dans le cadre d’une relation bilatérale apaisée, dans un sens qui pourrait satisfaire autant les intérêts sécuritaires chinois mais aussi l’opinion publique turque. Quoi qu’il en soit, la question du Xinjiang ne va pas empêcher le réchauffement des relations sino-turques constaté plus haut.

Des relations de plus en plus difficiles avec l’Occident

Les mauvaises relations avec l’Occident poussent certainement, en partie, la Turquie dans les bras de la Chine. Dans de nombreux discours, Erdogan affirme ainsi être prêt à abandonner la longue quête turque d’intégration dans l’UE pour mieux devenir membre de l’Organisation de Coopération de Shanghai. Une prise de position qui peut sonner comme une boutade, mais qui n’aurait jamais été prononcée publiquement vingt ans plus tôt.
Ces dernières années, l’anti-américanisme s’est aussi renforcé. Une majorité de Turcs considère désormais la Russie comme un meilleur allié même s’il s’agit sans doute plus du reflet d’un agacement face à Washington que l’expression d’un réel retournement d’alliance. Pour rappel, les relations américano-turques n’ont jamais été de tout repos. Citons, pour l’exemple, des tensions autour de Chypre dans les années 1960-1970, la guerre en Irak de 2003… les raisons d’agacement mutuel sont nombreuses. Mais ces dernières années, les sources de mécontentement se sont multipliées et nourrissent un climat de méfiance qui risque de gêner la relation bilatérale sur le plus long terme. Du côté turc, on a pointé du doigt le soutien américain aux enclaves kurdes au nord de la Syrie et le refus d’extrader le leader politico-religieux Fethullah Gülen, considéré à Ankara comme responsable du coup d’État manqué du 15 juillet 2016.
Il y a tout de même des raisons d’espérer un réchauffement limité dans les relations turco-américaines. Géopolitiquement, la Turquie est un acteur incontournable : s’aliéner de façon permanente un tel pays reviendrait, pour les Américains, à limiter leur capacité d’action dans l’environnement régional de la Mer Noire, en Europe du Sud-Ouest, et surtout en Méditerranée orientale. Plus spécifiquement, Ankara pourrait bien être la seule force régionale capable de contrer l’ambition russe d’avoir des bases militaires en Méditerranée ailleurs qu’en Syrie. Par ailleurs, l’armée turque est une des mieux équipées au Moyen-Orient, et est un pilier non négligeable de l’OTAN. De leur côté, les Turcs ont aussi besoin des États-Unis pour préserver leur statut de puissance régionale : ils ont besoin de l’appui financier américain, surtout en cette période de fort ralentissement économique. Pour réduire leur dépendance au gaz naturel russe, ils ont également besoin du gaz liquéfié américain. Mais est-ce que cela sera suffisant pour amener Ankara à s’aligner totalement sur Washington ? C’est en fait peu probable : ce qui gêne dans la capitale américaine, c’est le désir d’indépendance turc, qui ne risque pas de disparaître.
Ce qui est probable, c’est un mariage de raison turco-américain, qui n’aurait rien à envier à un autre mariage de raison, sino-turc. Tout va se jouer dans les prochains mois, au début de la prochaine administration Biden. Le prochain président connaît bien la Turquie : c’est lui qui, en tant que vice-président, est allé à Ankara après le coup d’État manqué de juillet 2016, alors que certains accusaient les Américains d’avoir soutenu cette tentative de renversement d’Erdogan.
Si les relations bilatérales turco-américaines sont devenues difficiles, mais peuvent encore être réparées, on peut être plus pessimiste en ce qui concerne le rapport à l’Europe. Pour s’en convaincre, on lira avec intérêt un article de Luuk van Middelaar, ancien conseiller de Herman Van Rompuy (président du Conseil européen de 2009 à 2014), traduit et publié par le Grand Continent. Son analyse est intéressante parce qu’il montre la méconnaissance alarmante d’un voisin comme la Turquie, même au sein des élites européennes les plus cultivées.
L’auteur y éclipse tout ce qui a pu entraîner un désamour du côté turc, du début de la décennie 2000 à aujourd’hui. Notamment le fait que, depuis l’accord d’Ankara du 12 septembre 1963, on fait miroiter à Ankara une possible entrée dans l’Union, malgré de fortes résistances dans un certain nombre d’États membres. Autre fait intéressant, il semble s’offusquer de voir le pouvoir turc vouloir reprendre pleinement son rôle de puissance régionale. On peut critiquer, vue d’Europe, un certain nombre de décisions diplomatiques du gouvernement actuel ; par contre, refuser à la Turquie son statut de puissance régionale relève du vœu pieux qui nie l’histoire et la géographie de ce pays.
Le point le plus important est l’affirmation que l’intégration de la Grèce et de Chypre dans l’UE signifiait prendre le parti de ces pays dans leurs querelles de voisinage. On aurait pu s’attendre à ce que la logique d’une intégration grecque et d’une candidature turque signifie reproduire la réconciliation franco-allemande entre deux autres ennemis historiques, en Méditerranée cette fois. Au contraire, l’auteur y confirme ce qui a toujours été vu comme une terrible possibilité, et une crainte, côté turc, notamment chez les nationalistes : l’Union européenne serait en fait un « club chrétien » qui ne pourra voir la Turquie que comme un ennemi civilisationnel.
Cet article est, à bien des égards, significatif de tensions entre l’Europe et la Turquie qui dépassent la simple actualité. Des forces politiques et des intellectuels au sein de l’UE considèrent de plus en plus la Turquie comme une Russie méditerranéenne, avec laquelle on ne peut pas discuter. Et en Turquie même, d’autres forces politiques, d’autres intellectuels, sont prêts à endosser ce rôle d’ennemi au nom de leur idéologie nationaliste. Il y a donc fort à parier que les relations euro-turques ne s’apaiseront pas vraiment sur le court terme : si les Américains ne sauvent pas leur relation avec les Turcs, la Turquie risque de s’éloigner plus encore du camp occidental.
Et si tel est le cas, elle n’aura pas d’autre choix que de renforcer plus encore ses relations avec la Chine. La Russie est en effet un partenaire utile, mais limité. On est loin d’une alliance entre le Kremlin et Ankara : 12 guerres ont opposé la Turquie et la Russie du XVIIème au XXème siècles, les deux pays n’ont pas les mêmes intérêts nationaux dans le Caucase, en Asie Centrale, au Moyen-Orient… On constate qu’en Syrie, les deux pays sont engagés dans un difficile compromis qui peut vite s’effriter. En Libye, Turcs et Russes s’opposent frontalement, les premiers soutenant le gouvernement de Tripoli, et les seconds le général Haftar. Les deux puissances sont tout simplement trop proches géographiquement, avec des intérêts trop différents, pour se rapprocher durablement. Par contre, la Chine a la capacité financière et la distance géographique qui en font, potentiellement, un allié clé pour la Turquie du début du XXIème siècle.
Si ce rapprochement sino-turc se consolide dans le temps, il s’agira d’une grande victoire diplomatique pour Pékin. Il aura réussi à faire d’un potentiel adversaire politique et idéologique un allié diplomatique et un partenaire économique. Et comme toute victoire, elle est au moins autant due à la stratégie du vainqueur qu’aux erreurs des autres acteurs, en l’occurence, les Occidentaux.
Par Didier Chaudet

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A propos de l'auteur
Didier Chaudet
Didier Chaudet est un consultant indépendant, spécialisé sur les questions géopolitiques et sécuritaires en Asie du Sud-Ouest (Iran, Pakistan, Afghanistan) et en Asie Centrale post-soviétique. Il est également le Directeur de la publication du CAPE, chercheur non résident à l’IPRI, l’un des principaux think tanks pakistanais, et attaché scientifique de l’IFEAC (Institut français d’études sur l’Asie centrale). Il intervient régulièrement dans les médias français (France Culture, Huffington Post, Radio Vatican, Réforme, entre autres). D’octobre 2013 à début 2015, il a vécu en Iran, en Afghanistan, et au Pakistan, où il a été chercheur invité par plusieurs think tanks locaux. Auparavant, il a été chercheur à l’ISAS (Institute for South Asian Studies – National University of Singapore) en charge de l’analyse sur le Pakistan et l’Afghanistan, enseignant à Sciences Po (Collègue universitaire), chercheur à l’IFRI (en charge de l’Asie Centrale). Pour Asialyst, il suit principalement les évolutions sécuritaires et géopolitiques de l’Asie Centrale, de l’Afghanistan, et du Pakistan.