Société
Billet

Récit d'une quarantaine en Chine : des combinaisons sur le tarmac

Les hommes en combinaisons sur le parking de l'hôtel à Pékin. (Copyright : Stéphane Lagarde)
Les hommes en combinaisons sur le parking de l'hôtel à Pékin. (Copyright : Stéphane Lagarde)
On a beau connaître la Chine, y revenir par temps de Covid donne l’impression de débarquer sur la lune. Depuis le tarmac jusqu’à votre hôtel de quarantaine, tous les Chinois que vous croisez portent une combinaison de protection. Le passage par deux semaines d’isolement est obligatoire pour tous les voyageurs arrivant de l’étranger, et jusqu’à preuve du contraire, vous êtes considérés comme potentiellement porteur du virus. Aucune sortie, aucun contact n’est permis en dehors des personnels qui vous braquent un thermomètre infrarouge sur le poignet deux fois par jour. Même l’aspirateur entraperçu au fond du couloir est promené par un drôle de cosmonaute, ou plutôt par un taïkonaute lui aussi emballé comme un saumon.

Contexte

L’épidémie, c’est fini en Chine, ou presque. À Wuhan, les écoliers et les collégiens sont retournés en classe le visage découvert cette semaine, même s’ils devaient prévoir un masque dans leur cartable. Signe de la confiance retrouvée, les images de la fête de la bière dans la ville berceau de la pandémie coulent à flots sur les écrans de la propagande. Sourires également à Pékin, où le dernier patient Covid est sorti de l’hôpital le 26 août dernier. Mais pas question de relâcher la vigilance ! L’objectif « zéro Covid » et les restrictions qui vont avec restent de mise, au risque de tourner à la tyrannie sanitaire. À la moindre étincelle, au moindre foyer d’infection, le couvercle s’abat sur les quartiers, voir sur des mégalopoles entières. Sans parler du contrôle aux frontières destiné à freiner une envolée de ce que les épidémiologistes qualifient peu élégamment de « cas importés ». Les vols internationaux à destination de la capitale étaient suspendus depuis le 23 mars dernier. Ils viennent de reprendre pour huit pays, mais toujours sous conditions. Tous les voyageurs arrivant de l’étranger sont soumis à l’obligation de quarantaine. 14 jours d’isolement que nous revivons pour la deuxième fois en six mois, cette fois à Xi’an au centre de la Chine avant de regagner Pékin. Récit.

J’ai pris l’avion pour aller chez le coiffeur. Six mois plus tard, j’ai toujours la coupe en bataille, à l’image probablement d’une planète sens dessus dessous et du chaos mondial déclenché par la nouvelle pneumonie virale. Curieux de songer à ses problèmes capillaires dans un moment pareil. C’est pourtant la première chose qui m’est venue à l’esprit en regardant filer le bitume sous les ailes de notre vol charter, tout juste posé à Xi’an. Trois heures de ciel bleu depuis la grande île de Jeju au sud de la Corée du Sud, et nous voilà arrivés dans la capitale de la province chinoise du Shaanxi. La ville est connue des touristes pour le mausolée de l’empereur Qin et sa célèbre armée de terre cuite. Bon, pour les musées, c’est raté. Un rapide coup d’œil au hublot laisse deviner la suite du programme. Sur le tarmac, la moiteur grise d’une fin de mousson combinée à l’immensité cimentée fait ressortir les silhouettes blanches qui attendent de nous recevoir. C’est le genre de combinaisons une pièce qu’on avait l’habitude de croiser lors de reportages à l’hôpital. Ici, le comité biohazard a pris ses quartiers à l’aéroport. Est-ce là le monde d’après, version chinoise ? Un monde déshumanisé, une vie sans contact dans une Chine encore traumatisée par la vague épidémique qui a submergé la province du Hubei l’hiver dernier ? Une fois les procédures administratives passées, nous sommes vite rassurés. La bulle aseptisée ne vaut que pour l’arrivée. Les rues de Xi’an sont animées et même partiellement démasquées, ce qui surprend un peu quand on arrive de Corée du Sud. Mais pour nous, le SAS sanitaire va encore durer 14 jours.
L'accueil dans l'aéroport de Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)
L'accueil dans l'aéroport de Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)

Voyageurs passés au désinfectant

Mais avant cela, retour à la case dépistage. Le test PCR est lui aussi obligatoire pour entrer en RPC. On en a passé un cinq jours avant le départ. Il faut recommencer à l’arrivée. Deux écouvillons enfoncés dans les narines, deux autres pour vous gratter la glotte, c’est le tarif pour pouvoir quitter l’aéroport. Allez, on sort ! Enfin, pas complètement… Juste le temps de remonter dans un bus hermétiquement scellé. Impossible de demander au chauffeur où il nous emmène. C’est probablement un homme prudent. Pour se protéger de potentiels pestiférés fraîchement débarqués de pays perçus comme contaminés, celui-ci conduit à l’abri d’une grande bâche en plastique. On ne sait pas où on va, mais on roule, c’est déjà ça ! Les forêts de béton de la croissance chinoise défilent par les vitres qui ne s’ouvrent pas. Puis, la Chine d’avant revient dans le décor. C’est peut-être la montagne de cartons sur le tricycle du chiffonnier qui nous donne cette impression de retour en arrière. Tel un doryphore avançant avec peine au pied des remparts de l’ancienne capitale des Zhou, le vieillard à vélo nous rappelle les charrettes à bras tirées par les Sisyphes des photos en noir et gris, de ce qui était autrefois la porte orientale des routes de la soie. La carte postale s’arrête là. Elle est aussitôt remplacée par les centres commerciaux et les tours de bureaux d’une mégapole de douze millions d’habitants. Là aussi, l’heure n’est pas au shopping. PNC aux portes ! Un dernier virage après une heure de route, la caravane se pose dans l’arrière-cour d’un hôtel, dont nous avons à peine vu la façade.
Trois, peut-être quatre cars sont garés en enfilade. Les dernières formalités sont les plus longues. Elles se font à l’abri des regards. Le boulevard en face de l’établissement ne sait probablement pas qui sont les hôtes de ces lieux, ni que les barnums, les tables et les chaises installées à l’extérieur servent désormais de réception. Les différences avec un séjour en villégiature sont nombreuses, à commencer par la désinfection générale des bagages et des clients à la descente des bus. Les ordres fusent en chinois. Les paupières se ferment. « Tournez-vous ! » Pschitt. « Levez les pieds ! » Pschitt, pschitt. « Plus haut les bras ! » Re-pschitt. Plus loin, posé sur un muret, un carton contenant une dizaine de bidons vides témoigne de ces pulvérisations à répétition. On comprend dans cette petite cour, l’effort et les moyens mis par la Chine pour prévenir un retour de l’épidémie. Tout l’orchestre est mobilisé, tout est millimétré comme du papier à musique, même si la partition produit quelques couacs. C’est long ! Le temps se fige dans la chaleur humide. Les plus jeunes entament la danse du pipi. Un tour aux sanisettes, avant que les valises à roulettes ne reprennent leur course sans broncher. Les voyageurs sont fatigués. Il y a là une majorité de Sud-Coréens – la première communauté étrangère en Chine. Il y a aussi « des jeunes Chinois venus des États-Unis ou d’Europe », fait remarquer un camarade de file d’attente. « Ah bon, et comment le sait-on ? » « Ils connaissent le dress code, ils portent aussi des équipements de protection », répond notre expert levant les sourcils en direction d’un couple en combinaison blanche et bagages colorés.
La file d'attente dans la cour de l'hôtel à Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)
La file d'attente dans la cour de l'hôtel à Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)

Business de la quarantaine

Après une aussi longue attente, l’accès aux chambres d’hôtel est une délivrance. C’est aussi le début d’un enfermement. Une fois le gîte et le couvert réglés, deux mains gantées vous rendent votre carte bleue avec déférence. Mais les passeports sont conservés le temps du séjour par l’aubergiste et ses amis.
Question : « C’est pour éviter que les reclus se fassent la malle ? »
Un réceptionniste : « Euh… Vous avez les chambres 731 et 732. »
Question : « Ok, est-ce qu’il est possible de passer cette quatorzaine avec mon épouse et mon fils ? Il a six ans… »
« Le règlement prévoit un adulte par chambre », répond gêné un autre préposé à l’accueil, le doigt pointé vers le ciel.
Si les ordres viennent d’en haut, ils ne discutent pas. Au final, nous nous en tirons avec 2 clés + 3 x 3 x 14 plateaux repas + une autre question : « Comment le grand Howard Hugues – 1m92 – a fait pour passer la fin de sa vie dans les hôtels ? » C’est vrai, c’est chouette l’hôtel, mais le tarif n’est-il pas un peu élevé pour tourner en rond pendant deux semaines ? En même temps, les règles sont les mêmes pour tout le monde. On se souvient de ces ouvriers migrants qui ont eu du mal à rentrer de leur province au printemps. Beaucoup ne pouvaient pas s’offrir le prix de ces quarantaines collectives. Et puis, nous avons de la chance. Nos chambres sont spacieuses. Il y a même une baignoire et un gros savon bleu mis à disposition pour laver à la main nos vêtements. Certains sont moins chanceux. « On en est rendu à récupérer individuellement des droits à manger ce qu’on veut et donc à commander à l’extérieur, fulmine un professeur européen en quarantaine dans une ville du Sud. Pour cela, nous avons dû signer une déclaration de non responsabilité si nous tombons malade à cause de la nourriture commandée ! » Sur un groupe WeChat, des reclus Coréens à Qingdao, dans l’est du pays, racontent avoir été soumis à un test Covid à l’anus.
« On en est rendu à récupérer individuellement des droits à manger ce qu’on veut et donc à commander à l’extérieur. Pour cela nous avons dû signer une déclaration de non responsabilité si nous tombons malade à cause de la nourriture commandée. »
La quarantaine est un business pour les hôteliers durement affectés par la crise sanitaire. Interdiction de se faire livrer des plats de l’extérieur, nous est-il précisé dès notre arrivée. Nous pouvons en revanche commander de l’eau, du lait, des en-cas. Les prix sont plus élevés que dans le commerce, car nous devons passer par le site de l’hôtel. Pour ce qui est des consignes, tout dépend des villes et des établissements d’accueil. Dans notre hôtel, alcool et tabac sont strictement interdits. À d’autres endroits, certains laissent entendre qu’ils ont pu se faire livrer de la bière. Tolérance d’un côté, rigidité de l’autre. Un Français en quarantaine à Tianjin, à l’est de Pékin, demande à la réception des lames de rasoir qu’il a oubliées. On lui refuse au nom de la prévention des… suicides !? Mais n’exagérons rien. La quatorzaine à l’hôtel est très loin d’être la prison. Certains font de l’expérience une retraite, un moment propice à la méditation. D’autres en profitent pour démarrer une thèse, ou se lancent dans un roman. Si vous avez oublié votre tapis de yoga, et si surtout le wifi de l’hôtel accepte les VPN permettant d’accéder aux sites étrangers, vous avez aussi l’option yeux rouges. Les boulimiques de l’écran tueront le temps avec Netflix. Sinon, il faut songer au puzzles, aux livres ou aux souvenirs de lecture. En 1935, Ella Maillart et Peter Fleming font escale à Xi’an, avant de reprendre leur route vers l’Ouest. Tous deux vont faire, chacun, le récit de ce voyage extraordinaire dans une Chine alors marquée par la guerre civile. La vie du Britannique, correspondant du Times en Chine, inspirera le personnage de James Bond à son frère Ian Fleming. Celle de l’écrivaine suisse, reporter au Petit Parisien, repoussera l’horizon de nombreuses adolescences, dont la mienne. Je n’ai pas les ouvrages avec moi. Je me souviens simplement que c’est à Xi’an qu’Ella et Peter obtiennent le passeport pour la suite de leurs aventures, et notamment cette incroyable traversée du Xinjiang alors sous influence des Soviets. Quatre-vingt-cinq ans plus tard, nous aussi attendons les documents nécessaires pour rentrer à Pékin. Et les oasis du désert du Taklamakan sont toujours interdites. La dernière fois que nous avons traversé le Far-West chinois, nous avons été suivis par des messieurs à oreillettes jusqu’aux toilettes.
Les couvertures "Oasis interdites" d'Ella Maillard et "Courier de Tartarie" de Peter Flemming. (Copyright : Stéphane Lagarde)
Les couvertures "Oasis interdites" d'Ella Maillard et "Courier de Tartarie" de Peter Flemming. (Copyright : Stéphane Lagarde)

Une vie de Robinson à la maison

C’est reparti pour quatorze jours ! D’une épidémie à l’autre, c’est presque devenu une habitude. La vie de Robinson à la maison, on l’a découverte à Pékin, en rentrant de reportage à Wuhan fin janvier. C’était le tout début des quatorzaines, juste après la mise sous cloche de la capitale du Hubei. La quarantaine, c’est d’abord une odeur. Celle de l’eau de javel sur le palier, à l’heure du petit-déjeuner. Ce sont aussi les coups de fil du comité de quartier s’enquérant des évolutions du thermomètre. Un mois plus tard, rebelote ! En arrivant en Corée du Sud pour rejoindre la famille et couvrir la nouvelle épidémie qui démarrait, la quarantaine s’est faite plus high-tech : suivi médical sur application et interdiction de se rendre dans les endroits fréquentés. Cette fois, nous sommes à l’hôtel, ce qui rallonge la punition. 14 jours, c’est long dans 28 m2, surtout pour les enfants un peu remuants. Allo Kafka ? Nous avons passé les cinq derniers mois ensemble, nous avons voyagé ensemble, mais je dois me séparer de mon fils et mon épouse qui sont enfermés dans la chambre voisine. La moquette du couloir est une mer de feu. Les caméras ont l’œil et les taïkonautes ne sont jamais loin. Alors, on ne bouge pas. On ne se voit pas ! Si loin, si proche… On tente le morse via la cloison. Toc, toc, toc ! La conversation est limitée. Pour l’histoire du soir, ce sera par téléphone. Et puis, il y a les repas. À six ans, les plateaux sont les mêmes que pour les adultes :
« – Papa, aujourd’hui on a du « riz en slip » et un drôle de légume poilu.
– C’est de l’igname sauvage. C’est un peu comme les patates douces, il parait que c’est très bon pour la santé. Vas-y mange ! »
Les repas font l’objet d’échanges nourris sur le groupe WeChat des Coréens en quarantaine à l’hôtel. L’un d’eux affirme avoir improvisé une cuisine dans sa salle de bain. Un autre indique qu’il a payé un supplément de bagages pour pouvoir emmener avec lui un rice-cooker, un mini réchaud et des victuailles de son pays.
« Papa, aujourd’hui on a du « riz en slip » et un drôle de légume poilu. » « C’est de l’igname sauvage. C’est un peu comme les patates douces, il parait que c’est très bon pour la santé. Vas-y mange ! »
Plateau repas à l'hôtel de Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)
Plateau repas à l'hôtel de Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)
Il ne se passe pas grand-chose en quarantaine. C’est un peu comme au monastère, sans les prières. Les repas ponctuent le quotidien. Driiiing ! « Le déjeuner est servi ! » À peine le temps d’enfiler son masque et d’ouvrir la porte, que la combinaison est déjà au fond du couloir. De toute façon, là aussi la conversation est limitée et il ne se passe rien à la fenêtre. Ah si… Un matin, une ambulance est arrivée dans la cour. Re-driiiing ! « Tu as vu, l’ambulance me demande mon épouse au téléphone ? J’espère que ça va aller… » On ne nous a pas encore donné le résultat des tests. Est-ce qu’il y a un positif dans l’hôtel ? Et s’il y en avait plusieurs ? Dans ce cas, est-ce que nous allons être transférés dans un centre d’isolement collectif ? Les questions n’ont pas eu le temps de faire le tour qu’un pied émerge par la portière, puis une main. C’est le chauffeur ! Il ne porte pas de surchaussures, pas de gants en nitrile, pas de surblouse non plus. Ouf ! Si c’était le corona, les combinaisons blanches auraient déjà débarqué avec leur longs coton-tiges. 22h30, un autre jour… Ce sont cette fois des hurlements qui nous ramènent à la fenêtre. Les mots n’ont pas de sens. Est-ce un fou qui confond le trafic avec une attaque des Mandchous ? Ou est-ce un reclus qui trouve le temps long ? Une fois, l’ambulance est venue chercher un claustrophobe, racontent les Coréens sur WeChat. On ne saura jamais. Une heure plus tard, la nuit a gommé la rue, les cris se sont tus, Xi’an ronronne. C’est comme au temps de l’épidémie, quand Pékin ou Busan avaient peur. Les villes ne font pas le même bruit quand elles ont peur. Les chiens aboient dans les cours pékinoises, mais la caravane ne passe plus. En février, la capitale chinoise (22 millions d’habitants) ressemblait à une station balnéaire en hiver. En mars, les collines de la deuxième ville de Corée du Sud (3,5 millions d’habitants) étaient à leur tour plongées dans le coton. La vie en sourdine, ou quand l’épidémie met les mégalopoles en quarantaine.

Année du rat

C’était il y a six mois, le coiffeur était fermé en bas de chez moi. À l’époque à Pékin, à part peut-être mon copain Antoine, sinologue et prof d’histoire, personne ne pensait que l’affaire durerait aussi longtemps. Le corona, c’était chinois. Mais à peine arrivés en Corée, l’épidémie a débarqué. Puis, la planète s’est mise à tourner Covid. Les frontières chinoises se sont fermées. Et six mois plus tard me revoilà en Chine avec les cheveux trop longs. On s’en fout, c’est vrai, mais moi, ça me fait penser à un truc. On pense à un tas de trucs en quarantaine, notamment à ce conseil d’un camarade de l’AFP. C’était dans le monde d’avant, juste avant de partir pour Wuhan. « Prends aussi une charlotte, me conseillait alors mon confrère. Ça évite de ramener le virus quand tu te passes la main dans les cheveux. » Je n’avais pas de charlotte à l’époque, plus tard j’ai acheté une casquette. Ça donne un coup de jeune, parait-il. Avoir une tronche de quarantaine, quand on approche la cinquantaine… De quoi se plaint-on ?
À la sortie de l'hôtel de Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)
À la sortie de l'hôtel de Xi'an. (Copyright : Stéphane Lagarde)
J’ai commencé à écrire ce billet dans le « Gaotie » – le TGV chinois -, je les termine à Pékin. Car oui, on est sorti. Nous avons quitté l’hôtel de quarantaine le jeudi 3 septembre dans l’après-midi ; comme prévu, 14 jours après notre arrivée. Un dernier test avant de partir, un dernier coup de pschiiit sur les chaussures et les bras au cas où le méchant virus traine dans les couloirs. À l’extérieur, les combinaisons ont disparu. Les blouses qui les ont remplacées nous rendent nos passeports. Et on repart ! Le conducteur ne se cache plus derrière une bâche. Ce sont des bus de touristes qui nous ramènent à la gare. La fin d’un mauvais rêve ? Devant un supermarché de Busan fin mai dernier, nous avons croisé une jeune femme en sweat à capuche orange. Dans le dos, le motif d’une bouche qui baille. Devant, le mot « INSOMNIE » en majuscules.
« – C’est un mot français, vous savez ce que ça veut dire ?
– Bien sûr, on se réveille d’un cauchemar. »
Au prix de sacrifices importants sur le plan des libertés et d’une politique de lutte contre l’épidémie qui ne laisse rien passer, la Chine semble s’être débarrassée du cauchemar corona, même si des foyers se rallument de temps en temps. Dans l’appartement que nous retrouvons à Pékin, les vêtements d’hiver ont largement eu le temps de sécher sur le fil à linge. Les cartes de vœux de l’année du rat achetées lors de vacances à Taïwan attendent d’être envoyées. C’était quoi déjà l’horoscope de l’année du rat ? « Selon les préceptes de l’astrologie chinoise, l’année 2020 sera placée sous le signe de l’imagination et de la débrouille. En effet, le rat ingénieux petit animal se démarque par sa capacité à trouver des solutions astucieuses pour sortir de l’embarras. »
Par Stéphane Lagarde
A propos de l'auteur
Stéphane Lagarde
Stéphane Lagarde est l'envoyé spécial permanent de Radio France Internationale à Pékin. Co-fondateur d'Asialyst, ancien correspondant en Corée du Sud, il est tombé dans la potion nord-est asiatique il y a une vingtaine d’années.