Politique

Corée du Sud : Park destituée, et maintenant ?

Des militants anti-gouvernement célèbrent la destitution de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye en brandissant des panneaux "Park Geun-Hye en prison !" à Séoul le 10 mars 2017. (Crédits : AFP PHOTO / JUNG Yeon-Je)
Des militants anti-gouvernement célèbrent la destitution de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye en brandissant des panneaux "Park Geun-Hye en prison !" à Séoul le 10 mars 2017. (Crédits : AFP PHOTO / JUNG Yeon-Je)
« Park mise à la porte. » C’est la manchette du Korea Times après la décision prise à l’unanimité par les 8 juges de la Cour constitutionnelle sud-coréenne, ce vendredi 10 mars, de confirmer la destitution de la présidente votée le 9 décembre dernier. Un verdict historique qui doit mettre un terme à plusieurs mois de scandales impliquant sa confidente de l’ombre, Choi Soon-sil, surnommée la « Raspoutine sud-coréenne ».
Le mandat de la première femme présidente de la Corée du Sud, mis entre parenthèses depuis trois mois, a donc pris fin. Park Geun-hye a été destituée pour avoir « sérieusement altéré l’esprit de la démocratie et de l’État de droit », explique le juge en chef de la Cour constitutionnelle du pays. Plus précisément, les 8 juges responsables du verdict ont retenu les charges d’abus de pouvoir à son encontre, ayant laissé sa confidente Choi Soon-sil s’ingérer dans les affaires de l’État. Celle par qui le scandale avait éclaté fin octobre 2016 s’est d’ailleurs excusée à l’annonce de la nouvelle, auprès de la présidente comme auprès du peuple. En revanche, les accusations d’abus de pouvoir portant sur la nomination et la destitution d’officiels, ainsi que celles d’atteinte à la liberté de la presse, ont été abandonnées par la Cour faute de preuves suffisantes, souligne le Korea Times.
Park avait été investie à la tête de L’État en 2012 après avoir enregistré le plus fort pourcentage de voix de l’histoire de la Corée du Sud démocratique (51,56%) lors d’une élection présidentielle, rappelle le South China Morning Post. Elle doit désormais quitter la Maison-Bleue d’où elle n’était quasiment plus sortie depuis le vote du Parlement. Les modalités de son départ n’ont cependant pas encore été définies, explique son porte-parole Kim Dong-jo cité par le Straits Times. De même, aucune déclaration publique n’est encore prévue, informe l’agence de presse Yonhap.
Park est d’autant moins pressée de quitter les murs du palais présidentiel qu’elle risque désormais la prison, souligne le South China Morning Post. Car en confirmant sa destitution, la Cour constitutionnelle a également levé une immunité présidentielle qui l’empêchait jusqu’alors d’être poursuivie pour les affaires de corruption liées à Samsung et aux fondations dirigées par Choi Soon-sil.
Pour l’instant, une grande majorité de Sud-Coréens (70 % d’après un sondage) se satisfont déjà de sa simple destitution. Près de 3 000 manifestants anti-Park, rassemblés devant le parvis de la Cour Constitutionnelle, ont ainsi « explosé de joie » lors de la prise de parole du juge en chef, d’après le Straits Times. La capitale Séoul avait été placée à son plus haut niveau d’alerte dans l’attente du verdict, avec près de 21 000 policiers mobilisés pour encadrer les mouvements de foule. Deux personnes soutenant la présidente ont néanmoins succombé à leurs blessures lors d’un rassemblement contre son impeachment, rapporte Yonhap – sans livrer plus de détails sur les circonstances de leurs décès.
De son côté, le principal parti d’opposition sud-coréen (Minjoo Party of Korea) a qualifié le verdict de « victoire pour le peuple ». « La Cour constitutionnelle a pris une décision historique aujourd’hui, et prouvé que la nation conserve sa rationalité malgré le fait d’avoir été malmenée par la corruption », confie son président au Korea Herald.
Le pays doit désormais tourner la page et faire face à de nouveaux défis. Si le Premier ministre Hwang Kyo-ahn continue pour l’instant d’assurer l’intérim – il avait repris les fonctions de Park Geun-hye suite au vote du Parlement en décembre, rappelle le Straits Times -, le peuple sud-coréen doit élire son nouveau président d’ici 60 jours. Les candidatures peuvent déjà être soumises à la Commission électorale, rapporte toujours le Korea Herald dans un autre article.
Par ricochet, les résultats de cette élection anticipée pourraient bien remodeler l’architecture de sécurité en Asie du Nord-Est. En effet Moon Jae-in, candidat pressenti de l’opposition et en bonne passe de remporter le scrutin, s’oppose – contrairement à l’administration Park – au déploiement du bouclier antimissile américain THAAD en Corée du Sud. Le dispositif de défense avait déclenché l’ire de la Chine et de la Corée du Nord, en atteste la dégradation récente des relations entre Séoul et Pékin et les tirs de missiles opérés par Pyongyang en début de semaine. La remise en cause de ce projet constituerait néanmoins un important revers américain dans la région, selon le site d’information australien ABC, après le rapprochement sino-philippin voulu par Rodrigo Duterte. L’impeachment de Park Geun-hye pourrait donc bien avoir des répercussions sur l’ensemble de l’Asie-Pacifique.
Par Alexandre Gandil

Les autres faits du jour en Asie du Nord-Est

– La Chine évoque les « séparatistes du Xinjiang » comme la « plus grande menace contre la stabilité et la sécurité nationales », rapporte le South China Morning Post

– Le Japon n’étendra pas la mission de ses forces d’autodéfense au Soudan, qui prendra donc fin ce mois-ci, rapporte le Japan Times

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