Politique
CARTES ET INFOGRAPHIES

Corée du Sud : Park Geun-hye ou la tentation de la dictature

Photo de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye
La présidente sud-coréenne Park Geun-hye s'incline face à l'autel de ses parents Park Chung-hee et Yuk Young-soo à Gumi, en 2008. Cet héritage controversé cristallise aujourd'hui encore toutes les critiques à son encontre. (Crédit: JEON YOUNG-HAN / AFP)
Dans l’esprit des Sud-Coréens, la présidente Park Geun-hye reste très étroitement liée au passé du pays. Personne n’a oublié la spectaculaire reconstruction de la Corée dans les années 1970, le fameux « miracle économique », orchestré sous la poigne de fer de son père, Park Chung-hee. Cependant, dans cette démocratie encore jeune (le premier scrutin présidentiel libre a eu lieu en 1987), son élection en 2012 avait attisé les craintes de l’opposition. Vers quel avenir se dirigeait la Corée avec à sa tête cette femme qui avait appris la politique dans l’ombre d’un dictateur ?
Pas facile en effet pour la nouvelle présidente de se détacher de l’image de ce père arrivé au pouvoir par un coup d’État (en 1961) et pourtant paradoxalement aimé de tous. Jamais être « fille de » n’aura été aussi difficile à porter. Car désormais les moindres gestes de la présidente sud-coréenne seront scrutés, analysés à la lumière de l’encombrant héritage. À un peu plus d’un an de la prochaine élection présidentielle, Asialyst s’interroge en cartes et infographies sur les dérives et les scandales qui ont marqué les années Park Geun-hye.

Contexte

*Dans le monde politique anglo-saxon,l’expression « lame duck » désigne un élu dont le mandat arrive à terme, et plus particulièrement un élu toujours en poste, alors que son successeur est déjà élu mais n’occupe pas encore le poste.
Pour Park Geun-hye arrivée au pouvoir en 2013, l’heure est déjà au bilan. Alors qu’approche l’élection présidentielle, qui se tiendra le 20 décembre 2017, les journaux d’opposition comme le Hankyoreh s’interrogent : la présidente est-elle entrée dans une phase de « canard boiteux »* ? Les scandales à répétition auront-il finalement raison de sa popularité ?

En attendant, impassible face aux critiques, Park Geun-hye poursuit son chemin, menant de front un agenda particulièrement chargé en Corée comme à l’international. En pleine négociations pour la mise en place du bouclier antimissile américain THAAD (Terminal High Altitude Area Defence) dans la péninsule, elle doit faire face à l’opposition virulente des habitants du site de déploiement choisi conjointement avec Washington. Au programme aussi, une visite d’État à Moscou les 2 et 3 septembre pour le forum économique oriental. L’occasion de discuter avec Vladimir Poutine du THAAD, auquel il est lui aussi opposé.

Comment la présidente envisage-t-elle la fin de son mandat? Si l’on en croit les analystes, elle serait loin d’avoir dit son dernier mot et préparerait un dernier coup d’éclat. De quoi inverser la tendance au dernier moment et faire mentir les pronostics.

La dictature de Park Chung-hee, première initiation au pouvoir ?

« Park Geun-hye, the strongman’s daughter ». La « fille de l’autocrate ». C’est ainsi qu’en décembre 2012, l’hebdomadaire américain Time magazine qualifie la candidate à l’élection présidentielle de Corée du Sud. Aujourd’hui, quatre années ont passé mais les journalistes et les analystes la renvoient inexorablement à son statut de « fille de ».
Photo de Park Geun-hye
Park Geun-hye est la onzième présidente de la Corée du Sud. (crédit : Korean.net/via Flickr)
Contrairement à son frère et à sa sœur, Park Geun-hye a joué un rôle important durant la dictature de son père, Park Chung-hee. En effet, après l’assassinat de sa mère, le 15 août 1974, c’est à elle que Park Chung-hee confie le rôle de Première dame. Elle n’a alors que 22 ans, vient de quitter Grenoble où elle étudiait le génie électrique et la langue française. Et ne connaît rien à la politique. Désormais pourtant, c’est elle qui va accompagner le président lors des cérémonies officielles. C’est elle aussi qui accueillit le président des États-Unis Jimmy Carter et sa femme en visite officielle à Séoul en 1979. Cette fonction, elle va l’occuper pendant cinq ans, jusqu’à l’assassinat de son père le 26 octobre 1979 par le directeur des services secrets sud-coréens.
Aujourd’hui toutefois, c’est à sa mère, l’ancienne Première dame Yuk Young-soo que Park Geun-hye se réfère pour parler de sa vision du pouvoir. En août 2012, quelques mois avant son élection à la présidence, elle évoquait ainsi son image lors de cérémonies en son hommage. « Le souhait de ma mère était de créer un pays où les non privilégiés pouvaient réaliser leur rêve. Ce souhait est maintenant le mien. » Le site internet de campagne de Park Geun-hye présentait même une grande photo de Yuk Young-soo.
Photo de Park Chung-hee
Park Chung-hee (1917-1979) arriva au pouvoir par un coup d'État. Cet ancien général, père de l'actuelle présidente sud-coréenne Park Geun-hye gouverna la Corée du Sud de 1962 à sa mort en 1979. Sous son régime autoritaire, la Corée prit son essor économique devenant l'un de vingt pays les plus riches de la planète. (crédit : wikimedia)
Si cette période troublée de sa jeunesse a sans nul doute joué un rôle important dans son action politique, il faudra encore de longues années avant qu’elle ne revienne sur le devant de la scène politique. Park Geun-hye rejoint le Grand National Party (GNP) à sa fondation en novembre 1997, une formation politique descendante directe du Democratic Republican Party, fondé par son père en 1963 et du Democratic Justice Party de Chun Doo-hwan, le successeur de Park Chung-hee en 1980. Une première opportunité s’offre alors à elle : des législatives partielles à Daegu, la ville de son enfance. En 1998, elle remporte confortablement ce premier mandat démocratique avec 62,5% des voix.
Mais c’est grâce aux élections législatives de 2004 que Park Geun-hye fait ses preuves aux yeux du GNP. Elle en sera nommée présidente à l’approche des élections législatives, dans un contexte bien particulier. À cette époque, affaibli par de nombreux scandales, le GNP est en difficulté. Les analystes sont formels : cette élection sera une défaite cuisante pour le parti conservateur. Il arrivera finalement second, réussissant à sécuriser 121 des 300 sièges de l’Assemblée nationale. Un exploit qui vaut à Park Geun-hye le surnom de « Reine des élections », qui la suit encore douze ans plus tard.

Un héritage lourd à porter ?

Forte de ce premier succès, Park Geun-hye se présente aux primaires du GNP pour l’élection présidentielle de 2007. Mais le vote ne tarde pas à tourner au combat entre deux factions au sein du parti conservateur. Son concurrent le plus sérieux est alors l’ancien maire de Séoul, Lee Myung-bak. Les deux candidats sont au coude à coude, si proches qu’il faudra les départager par un processus double : le vote des militants sera donc associé à des enquêtes d’opinion. Le résultat est tendu : les militants donnent 400 voix d’avance à Park Geun-hye. Mais la popularité de Lee Myung-bak a plus de poids dans les enquêtes d’opinion. C’est donc lui qui remporte l’investiture et qui est élu président. Il va alors nommer de proches collaborateurs aux postes clefs du gouvernement et laisser sur le banc les proches de Park qui, dépités, vont faire sécession et quitter le GNP. Park Geun-hye, contre toute attente, fait le choix de rester dans l’ombre de Lee Myung-bak. Un choix stratégique.
Mais la roue tourne : le clan de Lee Myung-bak enchaîne les scandales de corruption et d’évasion fiscale. Alors que la popularité du GNP est en chute libre, un comité d’urgence se réunit. Park Geun-hye est choisie pour incarner le renouveau et est nommée présidente d’un nouveau parti conservateur : le Saenuri. Un nom hautement symbolique (littéralement « nouvelle frontière ») qui permet à la future présidente de se désolidariser de Lee Myung-bak.
Cependant, si Park Geun-hye démontre son habileté politique, sa victoire n’est pas acquise pour autant. Dans cette société coréenne profondément confucéenne, il apparaît difficile pour une femme de se faire accepter comme dirigeante. Toutefois l’assassinat de ses parents lui a forgé dans l’opinion publique une stature équivalente à celle d’un homme. D’ailleurs, cette célibataire endurcie à la réputation de femme froide et hautaine, a déclaré considérer les Sud-Coréens comme ses enfants. On raconte qu’en apprenant la mort de son père, sa première réaction aurait été de demander : « Quelle est la situation à la frontière avec la Corée du Nord ? » Un « homme » en quelque sorte, maître de lui, inflexible et courageux. Le 20 mai 2006, en pleine campagne pour les élections locales dans la ville de Daejeon, alors qu’un déséquilibré vient de lui taillader le visage à coup de rasoir, elle aurait demandé à son équipe de campagne venue lui rendre visite à l’hôpital : « Comment se porte Daejeon ? » Autant d’anecdotes qui lui ont permis de construire une image de femme forte et pleine d’abnégation.
Carte éléctorale de 2012
Carte éléctorale de 2012
En 2012, Park Geun-hye est la candidate du parti conservateur Saenuri (Nouvelle frontière) à l’élection présidentielle. Cette femme qui, à 60 ans, a voué toute sa vie à la politique, va remporter le scrutin face à Moon Jae-in, le candidat du centre-gauche. Derrière la victoire, à l’issue de la campagne présidentielle la plus serrée de la toute jeune démocratie sud-coréenne, une profonde fracture générationnelle.
Lors de l’élection présidentielle en 2012, son programme est assez peu différent de celui de son concurrent, le démocrate centre-gauche Moon Jae-in qui, ironie du sort, est un ancien opposant de Park Chung-hee contre lequel il avait dirigé une manifestation étudiante en 1972.
Les analystes se sont donc interrogés sur les raison profondes de sa victoire. Mises à part les provinces du Jeolla, historiquement marquées à gauche depuis les années 1970 et la première candidature présidentielle de l’opposant historique Kim Dae-jung, le reste du pays reste majoritairement favorable à Park Geun-hye. Une tendance qui peut s’expliquer par un profond fossé générationnel. Si les jeunes en 2012 ont massivement voté pour Moon Jae-in, leurs parents et grands-parents qui ont vécu sous la présidence de Park Chung-hee ont eu tendance, quant à eux, à voter pour Park Geun-hye.
En effet, Park Chung-hee jouit d’une bonne cote de popularité auprès des Sud-Coréens, nostalgiques de la forte croissance du pays au lendemain de la guerre de Corée (1950-1953). Décrit comme le principal artisan du « miracle de la rivière Han », qui a fait de la Corée du Sud une grande puissance économique, les Coréens n’ont pas oublié qu’entre son arrivée au pouvoir en 1961 et son assassinat en 1979, le PIB par habitant est passé de 91 dollars à 1857 dollars. Selon The Diplomat en 2015, près de 75% des Sud-Coréens ont une opinion générale positive de Park Chung-hee, et plus de 90% plébiscitent son bilan économique. Selon un sondage Gallup publié la même année, l’ancien général est même considéré comme le meilleur président qu’ait connu la Corée du Sud depuis sa fondation en 1948.
Cet héritage positif ne fait toutefois pas oublier que Park Chung-hee était un autocrate qui gouverna avec une poigne de fer. Sous sa présidence, les libertés de parole et de la presse étaient limitées et les opposants jetés en prison, torturés ou exécutés. Si Park Geun-hye a tenté à plusieurs reprises de se désolidariser de ce père controversé, ses déclarations et ses excuses, jugées ambiguës et tardives, n’ont jamais vraiment convaincu. Aujourd’hui encore, c’est justement cet héritage qui cristallise les critiques à son encontre. Et le moindre des mouvements de Park Geun-hye est passé au crible.

La présidence de Park Geun-hye, une série de dérives dictatoriales ?

Le 14 juillet dernier, le bimensuel américain Foreign Policy s’interroge dans un article intitulé : « Est-ce que la Corée du Sud régresse en une dictature ? »Les dérives semblent en effet se multiplier. Dernière en date, un procès contre un grand leader syndical. Han Sang-gyun, dirigeant de la puissante confédération coréenne des syndicats, a été condamné le 4 juillet dernier à cinq ans de prison et plus de 400 dollars d’amende. La raison de cette sanction : il est considéré comme l’instigateur des violentes manifestations du 14 novembre 2015. Les Sud-Coréens étaient alors descendus dans la rue pour protester contre plusieurs réformes sociales facilitant les licenciements et l’adoption dans les lycées d’un livre d’histoire unique approuvé par le gouvernement. Des heurts avec les forces de l’ordre avaient éclaté. Les magistrats lors du procès ont souligné que des manifestants avaient incendié des véhicules de police et tenté de renverser les bus qui leur bloquaient la route. Mais ils ont omis de rappeler la brutalité de la répression, qui a choqué l’opinion dans le pays. En effet, la police avait fait usage de canons à eau pour disperser la foule, blessant grièvement un agriculteur de 69 ans, aujourd’hui toujours dans le coma. La récente condamnation de Han Sang-gyun été qualifiée par Amnesty International de « diminution du droit de manifester pacifiquement en Corée ».
Un nouveau coup de canif dans une démocratie où les dérives semblent se multiplier : ainsi les attaques en justice pour diffamation contre des journalistes et des organes de presse, vues comme une façon de museler la liberté d’expression. Les poursuites en justice d’un reporter japonais du Sankei Shimbun qui avait osé critiquer la présidente après le naufrage du Sewol en 2014, avaient entraîné une levée de boucliers.
La dissolution de l’Unified Progressive Party (UPP) en décembre 2014 après un procès organisé par le gouvernement est là aussi vu comme une grave dérive. Ce petit parti de gauche était accusé d’être impliqué dans un complot en faveur de Pyongyang en cas de conflit armé entre les deux Corées. Les leaders de l’UPP ont été condamnés à douze ans de prison. Il s’agissait de la première dissolution de parti en Corée depuis 1958.
Park Geun-hye, en mai 2016, est accueillie par le ministre iranien de l'Économie Mohammad Reza Nematzadeh à l'aéroport Mehrabad de Téhéran.
Park Geun-hye, en mai 2016, est accueillie par le ministre iranien de l'Économie Mohammad Reza Nematzadeh à l'aéroport Mehrabad de Téhéran. (Crédits : Hamed Malek pour Wikimedia)
Alors, Park Geun-hye, dictatrice en devenir ? La situation n’est pas si simple. Car en dépit d’atteintes indéniables à la démocratie et aux libertés, la politique de son gouvernement reste plébiscitée sur certains points, notamment en terme de rayonnement à l’étranger. Park Geun-hye a ainsi été le premier chef d’État sud-coréen a effectuer un voyage officiel en Iran, elle a joué un rôle majeur dans la création de l’Asian Development Bank et a lancé les négociations avec l’Australie pour la ratification d’un traité de libre-échange.
Plus étonnant toutefois, Park Geun-hye était pour un rapprochement entre Séoul et Pyongyang au début de son mandat. C’est elle ainsi qui a donné l’impulsion pour le complexe intercoréen de Kaesong, zone économique spéciale gérée conjointement par Séoul et Pyongyang et symbole du rapprochement entre les deux frères ennemis. Début 2013, elle avait fermé les yeux lors de la crise diplomatique entre les deux Corées provoquée par un troisième essai nucléaire au Nord. Cependant, le refroidissement récent des relations avec Pyongyang au lendemain d’un nouveau test nucléaire en janvier 2016 a mis fin à ce rapprochement. Le complexe de Kaesong est aujourd’hui fermé.

Une phase de « canard boiteux » plus d’un an avant les élections ?

À un an et demi de l’élection présidentielle, les analystes reviennent déjà sur le bilan mitigé de la présidence Park. Pour beaucoup, elle ne fera pas de second mandat, pour la simple raison qu’avant même le lancement de sa campagne, elle serait déjà entrée dans une phase de « canard boiteux » (« lame duck », 레임덕). Car en plus de ses « tentations » dictatoriales, Park Geun-hye se trouve aussi impliquée dans un certain nombre d’affaires la touchant plus ou moins directement.
Parmi les plus retentissants des scandales, l’affaire du naufrage du Sewol, qui en avril 2014 a fait 304 morts, tient une place particulière car la plupart des victimes étaient des lycéens en voyage scolaire. On reproche à la présidente d’avoir « disparu » et d’être restée injoignable pendant sept heures durant le drame. Malgré la création d’un ministère de la Sécurité publique dans les semaines qui suivirent pour éviter qu’une telle chose ne se reproduise, le gouvernement a été accusé d’avoir très mal géré la crise.
Une autre polémique a, semble-t-il, sérieusement terni sa popularité : l’épidémie de MERS. Durant l’été 2015, plusieurs personnes ont été hospitalisées après avoir contracté le dangereux coronavirus. Malgré la quarantaine, les infections se sont alors multipliées, déclenchant un vent de panique. Là encore, pour beaucoup, la présidente n’a pas été à la hauteur. Les mesures prises étaient avant tout cosmétiques, comme le nettoyage du métro de Séoul, alors que les spécialistes pointaient du doigt les manquements dans les procédures de quarantaine des hôpitaux.

Mais ce ne sont pas les seuls scandales affectant la Maison Bleue. De nombreux proches de la présidente sont en effet impliqués dans des affaires de corruption. Un comble pour Park Geun-hye qui pendant sa campagne critiquait Lee Myung-bak, se posant comme une adversaire de la corruption des élites. Park Geun-hye n’est certes pas directement touchée par ces scandales mais les coupables sont des collaborateurs et elle est accusée de mal choisir son entourage. La dernière enquête remonte au 27 juillet dernier. Elle vise Woo Byung-woo, secrétaire d’État aux affaires présidentielles, longtemps soutenu par la présidente en dépit des critiques. Pour le quotidien Korea Herald, cette enquête pourrait bien être une façon pour Park Geun-hye de gagner du temps afin de préparer sa propre défense au cas où de nouvelles révélations embarrassantes surgiraient.
À ces divers scandales, s’additionnent les dérapages de sa sœur, Park Geun-ryeong, dont elle a pourtant vainement essayé de se distancier. Le 5 août 2015, tandis que Séoul se lançait dans des négociations avec Tokyo pour obtenir des compensations pour les « femmes de réconfort », anciennes esclaves sexuelles de l’armée nippone, sa cadette qualifiait ainsi les demandes sud-coréennes « d’inappropriées ». Elle avait déjà soutenu le gouvernement nippon quand Shinzo Abe déclarait que la question des femmes de réconfort avait été réglée par le traité sino-japonais de 1965. Mais ce n’est rien par rapport aux accusations de corruption dont elle est aujourd’hui l’objet. Depuis août 2016, soupçonnée d’avoir « exagéré son influence » pour recevoir d’importantes sommes d’argent, elle est en effet au cœur d’une enquête pour trafic d’influence et extortion de fonds (voir notre revue de presse du 23 août 2016). Le petit frère Park Ji-man, impliqué quant à lui dans la fuite de document secrets de la présidence en mars 2015, ne lui facilite pas la tâche non plus.
Autant de faiblesses qui poussent son propre camp à critiquer Park Geun-hye. Le Saenuri, uni derrière elle en 2012, commence aujourd’hui à se fracturer. Les anciennes rivalités refont surface. Pour les observateurs, ce serait une stratégie des adversaires de la présidente pour créer une faction plus importante au sein du parti avant les élections. Les pro-Park, quant à eux, gardent le silence et leur laissent le champ libre, à l’image de Park Geun-hye dont la communication se fait rare. C’est cette atmosphère particulière qui fait parler de période de « canard boiteux » avant l’heure.
Pour autant, Park Geun-hye n’a pas dit son dernier mot. Les analystes s’attendent à un dernier coup d’éclat qui pourrait faire changer le sens du vent. Elle pourrait se concentrer sur sa politique étrangère, pour laquelle son bilan est le plus positif. Une action importante pour le rayonnement de la Corée pourrait permettre à Park de recouvrer son image auprès des Sud-Coréens. De quoi rappeler à ses adversaires qu’avant d’être une « fille de », elle est avant tout une redoutable femme politique.
Par Nicolas Baranowski
A propos de l'auteur
Nicolas Baranowski
Historien de formation, Nicolas Baranowski est diplômé de l'École Publique de Journalisme de Tours (EPJT) et s'apprête à partir une année à la Korea University de Séoul. Passionné par les deux Corées, il s'intéresse de près à leur relation mouvementée.