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Expert – Politique chinoise

Chine : comment Xi Jinping remanie les baronnies provinciales

Le président chinois Xi Jinping et Wang Qishan, membre du comité permanent du Politburo du Parti et chef de la commission centrale d'inspection et de discipline lors de l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire à Pékinle 3 mars 2016. (Crédits : AFP PHOTO / GREG BAKER / AFP PHOTO / GREG BAKER)
Le président chinois Xi Jinping et Wang Qishan, membre du comité permanent du Politburo du Parti et chef de la commission centrale d'inspection et de discipline lors de l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire à Pékinle 3 mars 2016. (Crédits : AFP PHOTO / GREG BAKER / AFP PHOTO / GREG BAKER)
22 provinces, 4 municipalités sous l’autorité directe du gouvernement central et 5 régions autonomes. Le contrôle de la scène provinciale est et continuera d’être un enjeu majeur pour quiconque tente d’étendre et maintenir son emprise sur la République populaire de Chine. Xi Jinping tient à présent les 4 grandes municipalités (lire notre article sur le sujet). Plus encore, c’est l’ensemble de l’échiquier provincial qui se trouve bouleversé depuis l’arrivée au pouvoir de Xi en 2012. Il commence à échapper aux « anciennes » factions au profit des hommes du président chinois. Ces derniers regroupent en grande partie son « armée du Zhejiang » (Zhejiang tiejun – 浙江铁军), ses alliés de Shanghai, d’anciens « jeunes instruits » (zhiqing – 知青) envoyés dans les campagnes durant la Révolution culturelle, d’anciens étudiants de Qinghua (Xin Qinghua bang – 新清华帮), des responsables issus des grandes entreprises militaires [jungongxi – 军工系] et des cadres du Shaanxi [Shaanxi laoxiang – 陕西老乡]. Sans oublier des personnes liées à la famille de Xi, surtout son père Xi Zhongxun de l’époque des purges maoïstes.

Janvier 2017 : à 9 mois du 19ème Congrès du Parti, qui contrôle quoi ?

Depuis 2012, Xi et Wang Qishan ont commencé un nettoyage (qingxi – 清洗) de la faction de Jiang Zemin et de ses deux plus proches lieutenants, Zeng Qinghong et Zhou Yongkang. Aujourd’hui, la faction de Jiang ne compte plus que 5 « hauts cadres » (gaogan – 高干) : Zhang Dejiang (张德江), né en 1946, Zhang Gaoli (张高丽), né en 1946, Meng Jianzhu (孟建柱) né en 1947, Han Zheng (韩正), né en 1954 et Wu Zhiming (吴志明), né en 1952. Les deux Zhang, Meng et Wu, soit 4 sur 5, devront se retirer en 2017 en raison de leur âge avancé. Il ne restera alors que Han Zheng, l’actuel secrétaire du Parti de Shanghai, et Yang Xiong [杨雄], ancien maire de la même municipalité. Cela dit, ce dernier n’est pas inclus dans le calcul du fait que depuis son départ (17 janvier), il n’a pas été réassigné. Prendra-t-il une retraite anticipée ? Cette réalité, soit la disparition progressive de la bande de Jiang Zemin de la scène provinciale, est clairement explicitée par la carte 1.
Cartographie des allégeances des cadres provinciaux chinois
Cette carte nous livre plusieurs enseignements : 1) le poids des hommes de Xi sur la scène provinciale actuelle, 2) « l’élimination » de la clique de Jiang Zemin, et 3) l’endiguement des alliés de Hu Jintao par Xi Jinping. Ce troisième point fait référence à la présence des hommes de Xi directement « en dessous » des alliés de Hu, pour la plupart à des postes de secrétaire du Parti. Ce qui conduit à les isoler et à les pousser vers la sortie ; c’est actuellement le cas de Han Zheng, encerclé par les alliés de Xi Jinping à Shanghai.

La mainmise de Xi et la mise en échec des autres factions en province

Même si cette carte démontre presque un « Xi tout puissant », c’est sans compter les nombreux départs prévus dans les prochaines années et la montée en force des « tuanpai » – alliés de Hu Jintao issus de la Ligue des jeunesses communistes, qui seront très présents dans les génération 6.5 et 7 (nés après 1965 et 1970). Hu et ses alliés, mais principalement Wen Jiabao et Li Keqiang, peuvent encore compter sur une dizaine de secrétaires provinciaux alors que Xi en « possède » plus de quinze. La grande différence se situe au niveau des gouvernements : le président chinois peut compter plus de 20 gouverneurs de régions autonomes dans ses rangs, alors que le cercle de Hu n’en compte que quatre. Cette différence sera significative surtout lorsque viendra le temps de remanier les effectifs entre 2019 et 2022, période durant laquelle plus d’une trentaine de responsables mentionnés sur la carte 1 et la liste 1 ci-dessous devront prendre leur retraite.
Date de naissance et date de départ prévue des cadres provinciaux, en Chine (1/3)
Date de naissance et date de départ prévue des cadres provinciaux, en Chine (2/3)
Date de naissance et date de départ prévue des cadres provinciaux, en Chine (3/3)
En fait, ces responsables représentent la génération 5 et 5.5. En ce sens, et cela était prévisible, la majorité des cadres que Xi a placés l’accompagnera durant la transition (2017) jusqu’à l’arrivée de la prochaine équipe en 2022 – voir notre tableau 1 :
Classe d'âge des cadres dirigeants chinois par génération
Classe d'âge des cadres dirigeants chinois par génération
Xi Jinping semble vouloir, du moins pour l’instant, « encadrer » la prochaine équipe à l’instar de Jiang Zemin avec Hu Jintao en 2002, en plaçant à ses côtés Zeng Qinghong et Zhou Yongkang par exemple. Malgré cette présence accrue des hommes de Xi aux postes de premier plan en province, qu’en est-il des cadres qui secondent ces derniers ? On se souviendra par exemple du cas de Han Zheng (lire notre article) qui se retrouve maintenant complètement isolé sur la scène shanghaïenne. Ce faisant, il sera important d’observer qui sont les autres cadres et surtout, à qui ils ont voué allégeance.
A propos de l'auteur
Alex Payette
Alex Payette (Phd) est co-fondateur et Pdg du Groupe Cercius, une société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique. Ancien stagiaire post-doctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines (CRSH). Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa (2015). Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique (2013), l’International Journal of Chinese Studies (2015/2016), le Journal of Contemporary Eastern Asia (2016), East Asia : An International Quarterly (2017), Issues and Studies (2011) ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie (2013/2015). Il a également publié une note de recherche faisant le point sur le « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.