Revue de presse Asie - 14 octobre 2016

Deuil national en Thaïlande, missiles de Clinton sur la Chine et partenariat indo-russe

La journée du vendredi 14 octobre sera marquée par une série de rites funéraires en l'honneur du roi thaïlandais, décédé hier. Copie d'écran du South China Morning Post, le 14 octobre 2016.
La journée du vendredi 14 octobre sera marquée par une série de rites funéraires en l'honneur du roi thaïlandais, décédé hier. Copie d'écran du South China Morning Post, le 14 octobre 2016.

Après la mort du roi de Thaïlande

Bangkok Post« Le 13 octobre 2016. Nous avons finalement vécu ce moment craint par tous. » C’est ainsi que le Bangkok Post ouvre son article hommage au roi Bhumibol ce vendredi 14 octobre. L’heure est au deuil après le décès du monarque, intervenu hier dans la 89e année. Le journal décrit ainsi le roi, considéré tel un demi-dieu par ses sujets, comme un homme dévoué à son pays et celui derrière qui tout les Thaïlandais se rassemblent. « Dans des périodes de troubles, le roi était toujours là pour nous sortir de ces méandres et pour maintenir la cohésion entre les gens », peut-on lire. « Le roi symbolisait l’unité et l’honnêteté ».

La mort du roi Bhumibol Adulyadej met fin à un règne de 70 ans. Un grand nombre de Thaïlandais n’ont donc jamais connu d’autre souverain, et pour beaucoup s’ouvre aujourd’hui « un nouveau chapitre » de l’histoire du pays. « Sa majesté le roi a tenu ses promesses. Il a reigné avec justesse apportant du bonheur à son peuple. Il a vécu en nous guidant et en montrant qu’on peut dépasser tous les orages en préservant ses valeurs », conclut cet article d’hommage. Et d’ajouter : « Il est entré dans un nouveau royaume, mais sa sagesse nous guidera toujours vers un monde sûr. Même en son absence, sa majesté reste la lumière qui nous guide. »

Ce vendredi 14 octobre a été déclaré jour férié par le gouvernement et des millions de Thaïs parés de noir se préparent à assister aux différentes cérémonies funéraires bouddhistes en l’honneur de leur, roi détaille le Bangkok Post dans un second article. Son corps devrait être déplacé de l’hôpital où il est décédé jusqu’au Palais royal au cours d’une procession. Les Thaïlandais ont ansi été invités à descendre dans la rue. La journée est aussi marquée par le bain de la dépouille – un rite funéraire. D’autres suivront encore pendant plusieurs semaines.

Khaosod News – Le roi est mort, vive le roi ? L’adage ne s’applique pas (encore) en Thaïlande. Alors que le monarque Bhumibol (Rama IX) s’est éteint hier jeudi 13 octobre à l’âge de 88 ans, après 70 ans de règne, son fils Vajiralongkorn a refusé de prendre immédiatement sa succession – à la surprise générale. D’après le Bangkok Post, il estime en effet ne pas être prêt à assumer ses fonctions : le prince héritier (désigné comme tel par Bhumibol dès 1972) souhaite respecter le deuil de son père avant de porter la couronne, a-t-il expliqué au Premier ministre et chef de la junte Prayuth Chan-ocha. Conséquence : la constitution prévoit l’intronisation d’un régent, en la personne du président du Conseil privé du roi – à savoir l’ex-Premier ministre (1980-1988) et général Prem Tinsulanonda, âgé de 96 ans.

Plusieurs experts s’inquiètent de cette décision ainsi que de sa mise en oeuvre. Car le président de l’Assemblée nationale, Pornpetch Wichitcholchai, n’a pas solenellement proposé au prince héritier de prendre la succession de son père – contrairement à l’article 23 de la constitution, explique un professeur de droit de l’université Thammasat à Khaosod. En outre, en vertu texte suprême, le régent doit théoriquement « exercer le pouvoir au nom du monarque », alors que la Thaïlande n’en a justement pas, commente à son tour l’historien et auteur exilé Somsak Jeamteerasakul.

Bien qu’il ne soit pas encore intronisé en tant que Rama X, Vajiralongkorn aura beaucoup à faire, annonce le Straits Times : il devra non seulement « chausser les bottes » de son père, mais aussi s’affirmer en tant que nouveau mornarque. Marié (et divorcé) trois fois, le prince hériter passait la plupart de son temps en Europe jusqu’à ce que sa santé de son père ne se dégrade véritablement. Il s’est donc chargé d’assurer les fonctions cérémoniales que le monarque n’était plus à même d’assumer. Pourtant, Vajiralongkorn ne jouit pas de la même popularité que Rama IX : souvent accusé d’entretenir des « moeurs légères », la presse thaïlandaise lui demandait déjà, à l’encontre du crime de lèse-majesté, ce que cela faisait d’être « le vilain petit canard », rapporte le quotidien singapourien.

South China Morning Post – Le décès du roi Bhumibol se secoue pas seulement la Thaïlande. Car en ouvrant une « période d’instabilité », c’est l’ensemble des stratégies régionales qui risquent de patir de sa disparition – au premier rang desquelles le « pivot » américain vers l’Asie, « plus en danger que jamais » titre le South China Morning Post. Alors que monarque thaïlandais constituait un important « ciment » des relations entre Bangkok et Washington, son décès « rajoute une couche d’incertitude » sur les ambitions des Etats-Unis en Asie pacifique, déjà écornées par les atermoiements de l’Accord de Partenariat transpacifique (TTP) – que ni Hillary Clinton, ni Donald Trump ne soutiennent. En outre, les autres pays d’Asie du Sud-Est semblent moins enclins que la Thaïlande à soutenir les projets américains : alors que la Malaisie et l’Indonésie tendent à se replier sur leurs enjeux internes, les Philippines s’affirment comme de plus en plus hostiles depuis l’intronisation du président Rodrigo Duterte au mois de juin.

Le quotidien hongkongais rappelle néanmoins que le coup d’Etat de mai 2014 avait déjà relégué Bangkok à « l’arrière plan » des enjeux régionaux ; une situation qui risque désormais de s’empirer. Notamment car le prince héritier, Vajiralongkorn, ne nourrit pas la même proximité que son père avec les Etats-Unis (Bhumibol était né dans le Massachussets) et incarne une figure « inconnue et imprévisible », d’après les mots de l’ancien conseiller Asie du président américain, Evan Medeiros. Désormais, Washington n’a d’autre choix que de se reposer sur le Vietnam afin de mener à bien sa politique en Asie pacifique, conclut le South China Morning Post – même si les autorités d’Hanoï ne paraissent pas encore disposées à « ouvrir grand la porte » aux Etats-Unis.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Les révélations de Wikileaks continuent – et cela ne fait rien pour arranger les affaires d’Hillary Clinton avec Pékin. Toujours lors d’un discours prononcé devant des banquiers de Goldman Sachs en 2013, au cours duquel elle avait déjà expliqué que l’appellation « mer de Chine du Sud » pourrait bien inciter les Etats-Unis à rebaptiser l’océan pacifique « mer américaine » (voir notre revue de presse du 13 octobre), la candidate démocrate aux élections présidentielles de 2016 est également allée de son lot de critiques sur la politique chinoise à l’égard de la Corée du Nord.

Prétextant que l’armée chinoise constitue « le plus grand soutien d’une Corée du Nord provocatrice », Hillary Clinton aurait ainsi déclaré : « La Chine, soit on la contrôle, soit on s’en défend. » Conséquence : Washington aurait juré à Pékin que le territoire chinois serait « encerclé par des systèmes anti-missile » s’il n’était pas mis un terme au programme nucléaire de Pyongyang. Des propos qui résonnent particulièrement dans le contexte du déploiement du bouclier anti-missile américain THAAD sur la péninsule coréenne, auquel Pékin s’oppose fermement. Washington a pourtant toujours nié que ce dispositif était destiné à viser la Chine. Néanmoins, l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012 et son contrôle renforcé sur l’Armée populaire de Libération (APL) a plutôt bien été accueilli par la candidate démocrate : « Avec le nouveau leadership de Xi et de son équipe, la Chine dit non aux Nord-Coréens et à l’APL, leur demandant de réfreiner leurs actions provocatrices. »

The Mainichi – « Kouriles du Sud » pour les Russes, « Territoires du Nord » pour les Japonais : la question de la souveraineté sera-t-elle bientôt tranchée ? Sans pêcher par optimisme, le dossier – dont le non-règlement a empêché la Russie et le Japon de signer un traité de paix a l’issue de la Seconde Guerre mondiale – aura le mérite d’être rouvert par Shinzo Abe et Vladimir Poutine lors de leur rencontre du 15 décembre. La date vient d’être fixée par des diplomates des deux pays, lors du premier dialogue stratégique bilatéral tenu depuis février 2013. Parmi les arguments dans l’escarcelle du Premier ministre nippon, note le Mainichi : un plan de coopération économique en huit points, valorisé à 9,6 milliards de dollars – sans que plus d’informations n’aient été dévoilées.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Le nombre de morts continue d’augmenter dans l’Etat birman de l’Arakan. Il s’élevait à 40 personnes ce vendredi 14 octobre alors que des milliers de personnes tentent de fuir cette région de l’ouest de la Birmanie, en proie à des tensions entre bouddhistes et musulmans. Dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 octobre, l’attaque de postes de police à la frontière avec le Bangladesh a mis le feu aux poudres. Désormains, les combats s’enlisent et font craindre la répétition des violences de 2012, qui avaient provoqué la mort de 200 personnes et le déplacement de centaines de milliers de personnes – notamment issues de la minorité musulmane Rohingya très présente dans la région.

Aujourd’hui, la question de l’identité des coupables est au centre de l’attention. Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi refuse de propager de quelconques accusations, mais certains responsables ont publiquement pointé des militants Rohingyas en les affiliant à des groupes armés venus du Bangladesh. « L’Arakan connaît la plus importante période de violences depuis 2012 et il y a maintenant des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrant des soi-disant Rohingyas armés, appelant au djihad au nom de la cause Rohingya », explique un journaliste du Myanmar Times dans un second article. Les membres de l’armée régulière, le Tatmadaw, prennent les armes contre eux. Certains diront que c’est de la défense, d’autres de l’attaque. Des représentants de la minorité ont cependant démenti toute responsabilité.

The Jakarta Post – Joko « Jokowi » Widodo est parvenu à moderniser la région. Mais le président indonésien n’a pas réussi à rétablir la paix en Papouasie, la région la plus lointaine de la capitale Djakarta. Pourtant, à son arrivée au pouvoir en 2014, il avait promis d’en finir avec le « javanisme » – faisant référence à l’île centrale de Java. 45 cas de non respect des droits de l’homme ont été reportés dans la région depuis neuf mois contre 16 l’année dernière selon l’Insitut Setara, spécialisé dans le respect des droits de l’Homme.

« La plus grande erreur de Jokowi est de penser qu’il peut améliorer le sort de la Papouasie uniquement grâce au développement économique. Mais il ne s’agit pas uniquement de prospérité ; il s’ahit aussi de dignité. Les habitants doivent être traités de la même façon que les autres Indonésiens », lance le vice président de l’Institut, Bonar Tigor Naipospos. Selon l’Institut indonésien des sciences, quatre facteurs expliquent cet échec de Jokowi : la discrimination envers les Papous, leur marginalisation, leur manque d’intégration à la société indonésienne et la violence dans la région. Il appelle ainsi le président à un dialogue constructif avec les différents groupes papous.

Asie du Sud

Firstpost – Cela va-t-il donner un coup de fouet aux relations entre Moscou et New Delhi ? Vladimir Poutine est arrivé en Inde ce vendredi 14 octobre – où il doit assister au 8e sommet des BRICS à Goa, mais aussi rencontrer le Premier ministre Narendra Modi dans le cadre du 17e sommet annuel Inde-Russie. Un partenariat initié en 2000 par Vladimir Poutine lui-même.

Cette visite intervient dans un contexte relativement incertain, explique le quotidien Firstpost. Car New Delhi s’inquiète du rapprochement entre Moscou et Islamabad, alors que les rapports entre les deux pays d’Asie du Sud sont au plus bas. Il y a quelques jours, la Russie et le Pakistan ont en effet conclu leur première série d’exercices militaires conjoints (du 24 septembre au 10 octobre). Mais que le peuple indien se rassure, annonce le journal : dans le même temps, Moscou et New Delhi conduisaient également de tels exercices, mais à un niveau « bien plus sophistiqué » (du 23 septembre au 2 octobre).

Cependant, pourquoi la Russie cherche-t-elle tout de même à développer ses relations avec le frère ennemi de l’Inde ? Deux raisons à cela : combattre le terrorisme et le trafic de drogue venus d’Afghanistan, et consolider les relations bilatérales dans un contexte post-guerre froide et post-retrait des troupes américaines en Afghanistan. « Rien d’anti-indien », donc, tient à souligner Moscou. Néanmoins, difficile pour New Delhi de ne pas y voir une réaction face à son rapprochement avec Washington…

Quoi qu’il en soit, la Russie reste « le principal partenaire stratégique » de l’Inde, tient à souligner Firstpost : 70 % des équipements indiens de défense proviennent de ce pays – ce qui ne crée pas pour autant de déséquilibre dans leur relation. Car la « collaboration » et le « transfert de technologies » est au coeur de leurs rapports (comme pour les sous-marins nucléaires) – ce que les Etats-Unis ou les autres pays occidentaux sont encore « réticents » à faire avec New Delhi. De plus, les deux Etats nourrissent « le même constat que l’architecture mondiale de sécurité actuelle, dont ses mécanismes fondés sur le droit international, ne garantissent pas l’égalité entre toutes les nations » : ce qui laisse présager que la Russie restera « le principal allié » de l’Inde pour les années à venir.

Channel News Asia – Cela faisait 30 ans qu’un président chinois ne s’était pas rendu au Bangladesh ; et cela valait certainement le coup d’attendre. Pékin vient en effet d’accorder un prêt à hauteur de 24 milliards de dollars à Dacca – un moyen de concurrencer l’Inde et le Japon, qui investissent massivement dans le pays, commente Channel News Asia. Avec ce montant, la Chine s’engage à financer environ 25 projets, dont la construction d’une centrale électrique, un port en eaux profondes et des autoroutes. Un développement des infrastructures nationales qui répond au soutien bangladais à l’initiative chinoise des « nouvelles routes de la soie ». Il s’agit là de la « plus importante ligne de prêt étranger » dont le Bangladesh n’ai jamais bénéficié, commente le Times of India.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris