Revue de presse Asie - 10 octobre 2016

Trump détesté ou attendu en Asie, sanctions birmanes et attaque anti-indienne

Les deux candidats semblent privilégier les questions de politique intérieure aux questions internationales. Copie d'écran du South China Morning Post, le 10 octobre 2016.
Les deux candidats semblent privilégier les questions de politique intérieure aux questions internationales. Copie d'écran du South China Morning Post, le 10 octobre 2016.

Le débat Trump/Clinton vu d'Asie

Dawn – Les Américains d’origine pakistanaise s’inquiètent. « Le programme politique de Donald Trump ne sort pas de nulle part. Il exploite les peurs et angoisses qui existaient déjà dans un pays qui se remet lentement d’une crise économique dans un contexte de menace terroriste internationale. » Voilà ce que raconte Jannat Majeed, arrivée de Lahore aux Etats-Unis quand elle avait huit ans. Mais cette dernière, étudiante en relations internationale, ne manque pas de noter les conséquences des paroles du candidat républicain : « Selon le New York Times, les crimes de haine contre les musulmans ont atteint des chiffres records, plus de 78%, en 2015″, affirme t-elle en déplorant que « les crimes de haine sont de plus en plus fréquents ».

Une arrivée à la Maison blanche de Trump aurait aussi des conséquences sur les Pakistanais désireux de s’installer aux Etats-Unis. Non seulement, l’impétueux candidats républicains voudrait baisser le nombre de migrants, les sélectionner sur « leurs chances de réussite aux Etats-Unis », mais il s’agirait aussi de soumettre les nouveaux arrivants à des tests psychologiques et idéologiques. Une façon, pour Jannat Majeed, de viser particulièrement les musulmans. Selon l’institut Pew Research Center, en suivant la politique migratoire de Trump, « au moins 30 millions de personnes » ne pourraient plus immigrer aux Etats-Unis d’ici 2065.

En parallèle, pour le South China Morning Post , Trump jette les Indiens dans les bras de Clinton. Supratim Chakravarty, un Américain d’origine indienne arrivé aux Etats-Unis dans les années 1960 résume la situation : « Les nouveaux votent Hillary pour sa politique égalitaire. Quand ils voient leur salaire augmenter, ils se mettent à voter pour Trump pour payer moins de taxes. » Pourtant, pour les Indiens interrogés, la politique étrangère et économique de Trump ne vise que les personnes blanches, de classes moyennes aisées. Et aucun ne se retrouve dans les paroles du candidat

South China Morning Post – A peine quatre références. Voilà à quoi se sont résumées les mentions de la Chine lors du second débat entre Hillary Clinton et Donald Trump hier, dimanche 9 octobre. Si, lors du premier débat, les relations entre Washington et Pékin, plus gros partenaire commercial des Américains, avaient joué un rôle primordial dans les discours des deux candidats, cette fois-ci, la question a été éclipsée par les propos sexistes de Donald Trump ou encore le scandale des e-mails privés d’Hillary Clinton.

Il a fallu attendre 90 minutes pour que l’enjeu chinois soit mis sur la table des discussions. Allusion faite lorsque les deux candidats ont abordé les questions énergétiques et le commerce de l’acier. Après cette soirée de débat, les experts chinois sont unanimes : si la Chine est oubliée c’est parce que les deux candidats veulent mettre avant tout en avant les questions de politique intérieure afin de capter l’attention d’un maximum de citoyens.

Le débat a été suivi dans toute l’Asie, et très fiévreusement à Singapour, où les habitants ont hâte d’en finir avec les élections américaines pour que Washington s’intéresse de nouveau aux questions asiatiques ; que ce soit le conflit en Mer de Chine du Sud ou l’influence de la Chine dans la région, rappelle le South China Morning Post. En effet, pour les Singapouriens, les Etats-Unis sont les seuls à pouvoir s’opposer au géant chinois. Plutôt que les scandales à tout va, Singapour aimerait ainsi que les Etats-Unis se concentrent sur le partenariat trans-pacifique (le TPP) et la lutte contre le changement climatique.

Contrairement aux Indiens ou aux Pakistanais, Trump ne fait pas peur à tout le monde en Asie. Il pourrait même accomplir un exploit : celui de motiver les immigrés chinois aux Etats-Unis à se rendre aux urnes le 8 novembre prochain, note le South China morning Post. Jusqu’alors, ces derniers ont quasi systématiquement été en retrait des élections américaines. Mais face à ce nouveau candidat conservateur, qui fait office d’outsider et qui bouleverse les codes politiques, certains se sont pris au jeu et soutiennent maintenant vivement le camp républicain. Pour cause, ils apprécient son conservatisme et souhaitent, en votant pour lui, mettre fin à la discrimination contre les Chinois dans le pays.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – L’avertissement est sans amiguïté. Dans un mémo interne diffusé aux gouvernements locaux et cité par le quotidien hongkongais, le président chinois Xi Jinping et son Premier ministre Li Keqiang ont décidé de passer à la vitesse supérieure dans l’immobilier. Les villes de premier et de deuxième rang doivent « rester en alerte » pour éviter les « bulles », a demandé Xi. Plus direct, Li s’est dit « inquiet de voir les prix de l’immobilier devenir hors de contrôle » et a prévenu que les officiels locaux seraient tenus pour responsables s’ils ne parvenaient pas à garder les prix sous contrôle.

Voilà qui explique la « mobilisation » de 21 municipalités à la veille de la « Golden week » de la fête nationale du 1er octobre. Ces municipalités, dont Pékin, connaissent toutes un boom des profits immobiliers et ont décrêté des mesures pour refroidir cette flambée : le durcissement des critères requis pour le paiement du solde d’un emprunt immobilier et l’interdiction aux investisseurs d’acheter un deuxième ou un troisième bien immobilier, entre autres. Ces mesures, d’après le South China Morning Post, ont été prises à la suite d’une réunion le 30 septembre avec les dirigeants de cette vingtaine de villes, convoqués en urgence par le pouvoir central. Selon un économiste de la Banque de Chine cité par le quotidien hongkongais, la bulle immobilière en Chine, encouragée par les prêts bancaires tous azimuts, est « le plus gros risque encourru par l’économie chinoise ». Elle conduit, précise l’économiste, au creusement accru des inégalités de richesses et à la possibilité d’une crise financière majeure dans le pays.

Taipei Times – Pas de changement de discours pour la présidente taïwanaise. Pour le « double 10 », la fête nationale ce lundi 10 octobre, Tsai Ing-wen a de nouveau rappelé son désir de maintenir à la fois la paix avec Pékin et le système démocratique dans l’île. La présidente appelle ainsi à la reprise du dialogue mais ne reconnaît toujours pas le « principe d’une seule Chine ». Dès son investiture en mai dernier, elle avait refusé d’endosser le « consensus de 1992 » qui consiste pour Pékin et Taipei à accepter qu’il n’y ait qu’une Chine, tout en laissant chacun libre d’interpréter si elle est incarnée par le gouvernement de Pékin ou celui de Taipei. Un principe que Ma Ying-jeou, le prédécesseur de Tsai à la présidence taïwanaise, avait accepté de reconnaître.

« En 1992, les deux gouvernements représentant les deux rives du détroit ont tenu un sommet, nous repectons ce fait historique, a déclaré Tsai Ing-wen dans son discours cité par le South China Morning Post. Nous défendons le fait que les deux rives doivent collectivement chérir et maintenir les fruits de plus de 20 ans d’interactions et de négociations inter-détroit depuis 1992. » Pékin a suspendu les négociations ainsi que tout autre canal offciel de communication avec le gouvernement de Tsai Ing-wen dans un geste perçu comme une pression pour qu’elle accepte le « consensus de 1992 ». « Nous ne céderons pas à la pression, a encore promis la présidente, et, bien sûr, nous ne reviendrons pas sur le vieux chemin de la confrontation. »

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Voilà encore un autre symbole depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi. Barack Obama a finalement abrogé le texte qualifiant la junte militaire, au pouvoir jusqu’en 2011, de menace pour les Etats-Unis et a ainsi mis fin à près de 20 ans de sanctions économiques. « C’est un hommage à tous les changements accomplis par la Birmanie ces dernières années. Ils permettront au gouvernement en place et aux citoyens birmans de poursuivre leurs réformes politiques et leur ouverture économique », a affirmé le département américain au Trésor dans un communiqué. Le président Obama avait promis de lever les sanctions le mois dernier lors de la visite d’Aung San Suu Kyi à la Maison blanche, la première depuis l’arrivée de la Ligue nationale pour la démocratie au pouvoir en novembre 2015.

Mi-mai, les Etats-Unis avaient pourtant décidé de maintenir les sanctions. La centaine de personnes toujours inscrites sur liste noire, empêchant les Américains de conclure des contrats avec eux, ont à présent été retirées. Parmi les compagnies fraîchement sorties : Asia world, le plus gros conglomérat de Birmanie dirigé par l’homme d’affaires Steven Law, proche de l’ancienne junte militaire. Cependant, quelques embargos restent en place comme celui sur les vente d’armes.

Si cette décision réjouit les milieux d’affaires américains puisqu’elle ouvre un nouveau marché, les associations de défense des droits de l’homme ne la voit pas d’un bon oeil. Selon elles, il est trop tôt pour supprimer cette liste noire où sont inscrits de nombreuses personnes proches de l’ancienne junte militaire. Ces associations craignent ainsi que cela ne bloque le processus de démocratisation. Autre inquiétude : la levée des sanctions autorisent de nouveau l’importation de rubis et de jade, dont l’extraction donne souvent lieu à des pratiques abusives avec les employés.

Straits Times – Son état n’est « pas stable ». Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, qui souffre d’une défaillance rénale, a été placé sous assistance respiratoire cette semaine, a annoncé le Palais royal à Bangkok. Selon un communiqué, sa tension artérielle s’est effondrée alors qu’il se préparait à recevoir une dialyse. Le roi, âgé de 88 ans, détient le record du plus vieux monarque en exercice avec 70 ans sur le trône. Ces deux dernières années, il a été hospitalisé de manière quasi continue pour des infections bactériennes, des difficultés respiratoires, des problèmes cardiaques ou en encore une hydrocéphalie, accumulation de liquide céphalo-rachidien dans le cerveau. Vénéré en Thaïlande où ses portraits sont omniprésents à travers le pays, la question de sa santé reste un tabou et inquiète d’autant plus qu’il n’a pas été vu en public depuis plus d’un an.

La famille royale est protégée par une des lois de lèse-majesté les plus sévères au monde. En août 2015, un homme a été condamné à 30 ans de prison pour avoir publié sur Facebook plusieurs messages jugés insultants. Alors que le culte de la personnalité envers les membres de la royauté s’est renforcé depuis le coup d’Etat en mai 2014, la question de la succession reste sensible, son héritier le prince Maha Vajiralongkorn souffrant d’une très mauvaise réputation dans le pays.

Asie du Sud

Firstpost – Les attaques se succèdent dans le Cachemire indien. Ce matin, lundi 10 octobre, une fusillade a éclaté dans la ville de Pampore, dans le sud du Jammu-et-Cachemire. Selon des témoins, deux ou trois hommes (leur nombre n’est pas encore confirmé) auraient pénétré dans un bâtiment gouvernemental dès 6 heures du matin, heure locale, en mettant le feu au rez-de-chaussée. La fusillade aurait démarré dès l’arrivée des forces de sécurité ; un soldat et un policier aurait déjà été blessés, selon le journal Times Now cité par le sindien Firstpost. Vers midi, la fusillade se poursuivait et les assaillants étaient toujours à l’intérieur de ce grand bâtiment de sept étages. Des tirs pouvaient toujours être entendus par intermittence et les forces de police avait entièrement encerclé le bâtiment.

En février dernier, cet institut gouvernemental situé sur la route stratégique qui relie Jammu à la base militaire de Srinagar avait déjà été sous le coup d’une attaque pendant trois jours consécutifs. Le bâtiment principal avait été détruit alors que des militants l’avaient pris d’assaut et avaient attaqué les forces de police. Trois personnes avaient alors été tuées.

Dans le même temps, L’Inde montre qu’elle n’hésitera plus à franchir la ligne de contrôle pour chasser les terroristes, rapporte le Times of India. Le 29 septembre dernier, Narendra Modi a déjà annoncé avoir franchi cette frontière de facto entre les deux Etats pour procéder à des « frappes chirurgicales ». La ligne de contrôle pourrait donc progressivement disparaître. Les combats se sont renforcés dans le Jammu-et-Cachemire depuis l’attaque de la base militaire indienne d’Uri le 18 septembre dernier, affrontement le plus meurtrier depuis ces quinze dernières années.

The Hindu – New Delhi et Pékin trouveront-ils un accord sur le nucléaire ? Peu avant la visite du président chinois Xi Jinping en Inde, ce dernier s’est dit prêt à discuter d’une potentielle entrée de New Delhi dans le groupe des fournisseurs nucléaires. Cette décision n’est pas du seul ressort de la Chine, l’ensemble des 48 pays déjà membres devant eux aussi accepter cette proposition. Cette dernière annonce montre le rapprochement opéré entre Pékin et New Delhi ces derniers mois. Jusqu’alors la Chine était en effet réticente à l’entrée de l’Inde dans le groupe et ce dernier l’accusait par ailleurs de bloquer sa candidature, rappelle Dawn. Mais la question de l’avenir de Masood Azhar, soupçonné d’être à l’origine de l’attaque de la ville indienne de Pathankok, pourrait bien faire échouer ces débuts de négociations. L’Inde souhaite en effet que les Nations unies sévissent contre ce chef du groupe terroriste islamiste Jaish-e-Mohammed, mais la Chine refuse de soutenir cette cause, arguant qu’il s’agit avant tout d’une décision politique de la part de New Delhi.
Par Joris Zylberman et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris