Revue de presse Asie - 12 septembre 2016

Tensions intercoréennes, "feu vert" de Duterte et exercices militaires Pakistan-Russie

Séoul s'attend à un nouvel essai nucléaire de la part de Pyongyang, et l'armée se tient prête. Copie d'écran de Yonhap, le 12 septembre 2016.
Séoul s'attend à un nouvel essai nucléaire de la part de Pyongyang, et l'armée se tient prête. Copie d'écran de Yonhap, le 12 septembre 2016.

Asie du Nord-Est

Yonhap – Pyongyang est-il prêt à lancer son sixième essai nucléaire ? Voilà les craintes de l’administration sud-coréenne, selon laquelle son voisin du Nord pourrait réitérer le test du vendredi 9 septembre « d’ici la fin de l’année », rapporte l’agence Yonhap. « La Corée du Nord semble tout à fait prête à réaliser un nouvel essai nucléaire d’ici peu de temps sur le site de Punggye-ri. Nous étudions de très près tout signe indiquant une nouvelle manoeuvre », a ainsi déclaré un officiel de Séoul sous condition d’anonymat.

Quoi qu’il advienne, l’armée sud-coréenne est prête à faire face. Le Korea Times révèle l’adoption d’un nouveau « concept opérationnel » par Séoul : celui d’un « barrage préventif de missiles » lancés en cas de détection d’une attaque nucléaire en préparation au nord du 38e parallèle. Son nom : Korea Massive Punishment and Retaliation (KMPR) – punition et représailles massives coréennes. Concrètement, il s’agit de « réduire en cendres » les districts de Pyongyang dans lesquels Kim Jong-un et son leadership militaire sont susceptibles de se cacher, avant qu’ils n’emploient l’arme atomique.

Néanmoins, ces options militaires ne doivent pas éclipser le canal diplomatique, insiste le quotidien sud-coréen. Séoul cherche activement à faire adopter de nouvelles sanctions internationales à l’encontre de Pyongyang, avec le soutien des Etats-Unis. Une démarche « risible », a déclaré la Corée du Nord, alors que son ministre des Affaires étrangères est arrivé à Pékin ce lundi 12 septembre d’après le Straits Times. Aucune information n’a été livrée sur la nature de sa visite.

South China Morning Post – Xi Jinping poursuit ses coupes parmi les grosses huiles du PC chinois. C’est au tour de Huang Xingguo, maire et chef du Parti communiste de Tianjin, d’en faire les frais. Accusé d’avoir « violé la discipline » du parti – c’est-à-dire d’être touché par des affaires de corruption – sa double destitution alimente la course au Bureau politique du PC, qui doit être remanié à l’issue du 19e congrès du parti fin 2017.

Certains cadres pourraient en effet considérer les postes suprêmes de Tianjin – municipalité de rang provincial à l’instar de Pékin ou de Shanghai – comme un « tremplin » pour accéder au Politburo, note le Souch China Morning Post. Mais étant donné « l’étroite interconnexion » du réseau politique de la ville, il est fort possible que les associés de Huang soient rapidement écartés eux aussi, estiment certains analystes relayés par le quotidien hongkongais.

The Straits Times – 133 morts, 395 disparus, des dizaines de milliers de sans-abri et plus de 100 000 déplacés : c’est le lourd bilan humain des inondations qui ont frappé la Corée du Nord dans ses régions septentrionales, à la frontière avec la Chine. Des chiffres avancés par Pyongyang et relayés par le Bureau onusien de la coordination des affaires humanitaires auxquels s’ajoutent les 35 500 maisons touchées par la montée des eaux – dont près de 70 % seraient complètement détruites. Le temps presse désormais : il s’agit de reloger tous les sinistrés avant que l’hiver, particulièrement rude, ne frappe la Corée du Nord.

Si l’ONU, la Croix Rouge ainsi que des ONG internationales ont d’ores et déjà apporté leur aide – distribution de nourriture, de couvertures et de kits de cuisine -, Pyongyang insiste sur l’implication du Parti des Travailleurs dans le règlement de la crise. Le but : « Transformer la zone sinistrée en un paradis des travailleurs d’ici la fin de l’année grâce à la grande unité et au tout harmonieux formé par l’armée et la population. » La Corée du Nord est particulièrement vulnérable aux inondantions dans la mesure où son territoire vallonné a été massivement déboisé afin de récolter du bois de chauffe et d’établir des rizières en terrasse – ce qui permet à l’eau de pluie de s’écouler sans obstacle, explique le Straits Times.

Asie du Sud-Est

The Jakarta Post – Il était attendu pour obtenir sa grâce. Mais le président Rodrigo Duterte a donné son accord ce lundi 12 septembre à son homologue indonésien, Joko « Jokowi » Widodo pour l’exécution d’une ressortissante philippine : Mary Jane Veloso. Suspectée d’implication dans un trafic de drogue, elle est emprisonnée en Indonésie depuis avril 2010. « J’ai expliqué la situation de Mary Jane au président Duterte, a déclaré Jokowi. Je lui ai dit qu’elle avait été jugée coupable d’avoir transporté 2,6 kilogrammes d’héroïne et je lui ai donné la date de l’exécution lors de cette conversation. »

L’année dernière, Mary Jane avait échappé de justesse au peloton d’exécution grâce à un témoignage de dernière minute. L’homme suspecté de l’avoir employée avait été arrêté aux Philippines où une enquête parallèle avait aussitôt été ouverte. Le 30 avril dernier, elle figurait de nouveau dans la liste des futurs exécutés avant que son nom en soit retiré, l’enquête étant toujours en cours dans son pays d’origine.

Lors de son investiture en 2014, Joko Widodo avait déclaré la guerre à la drogue. En 2015, 14 personnes suspectées d’être liées au trafic de drogue ont été exécutées dont deux Australiens, un Brésilien et un Nigérian. D’autres étrangers sont toujours dans le couloir de la mort comme le français Serge Atlaoui et la britannique Lindsay Sandiford. Duterte s’est lui engagé dans une guerre anti-drogue bien plus radicale puisque plus de 2 000 personnes ont déjà été exécutées depuis le début de son mandat. Apparemment, il n’aura pas voulu se déjuger en intercédant pour une compatriote.

Phnom Penh Post – Des manifestations dans tout le pays. Voilà la réponse de Kem Sokha, l’un des leaders de l’opposition cambodgienne, à sa condamnation à cinq mois de prison ferme vendredi 9 septembre lors d’un procès par contumace. Le vice-président du Cambodia National Rescue Party, principal parti d’opposition, était jugé pour avoir refusé de se présenter à un interrogatoire concernant une liaison présumée avec une coiffeuse. Cette absence lui a valu cinq mois de prison ferme et une amende de 200 dollars.

A l’annonce de sa condamnation, Kem Sokha a dénoncé un procès politique « injuste » et a donc appelé à la mobilisation générale de son camp. « Nous envisageons d’utiliser notre droit d’organiser des manifestations dans l’ensemble du pays et à Phnom Penh », a t-il déclaré dans les locaux de son parti où il est retranché depuis plusieurs mois, de peur d’être arrêté. « Nous ne pouvons pas abandonner, les laisser nous empêcher d’agir et nous obliger à nous taire. Même les animaux tenteraient de se débattre. »

Depuis quelques mois, le climat politique se tend au Cambodge où le Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 31 ans, est accusé de vouloir se maintenir à son poste malgré l’approche d’élections prévues en 2018. L’année dernière, Sam Rainsy, leader de l’opposition condamné à 11 ans de prison a été obligé de s’exiler à Paris. Kem Sokha a, quant à lui, un mois pour faire appel de la décision du tribunal qui vise selon lui à l’évincer des prochaines élections.

The Straits Times – L’arrivée du virus Zika en Thaïlande peut-il affecter le tourisme ? C’est la grande crainte des autorités thaïlandaises qui n’hésitent pas à minimiser les risques d’infection. Alors que Singapour a noté une forte hausse de personnes contaminées par le virus et multiplie les mesures de prévention, la Thaïlande continue à uniquement pulvériser des produits sur les zones possiblement infectées. Au total, plus de cent patients touchés par le virus Zika ont été répertoriés dans le pays, l’un des chiffres les plus élevés en Asie du Sud-Est.

Vendredi dernier, le 9 septembre, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a averti ses ressortissants de la propagation du virus Zika en Thaïlande. 22 nouveaux cas ont été confirmés ce dimanche dans les rues chic de Sathorn à Bangkok, au coeur du quartier d’affaires. Une annonce sitôt nuancée par les autorités thaïlandaises. « C’est un sujet sensible, prévient Anuttarasakdi, épidémiologiste auprès du ministère de la Santé. Si l’on dit que telle région connaît des cas de personnes infectées alors tous les regards vont se tourner vers cet endroit. Si la région est touristique, cela aura forcément un impact. Nous ne voulons pas alarmer les gens. »

Selon Watcharee Chekojindachai, professeur de médecine tropicale à l’université Mahidol de Bangkok, les autorités sanitaires ne traitent pas le virus Zika aussi sérieusement que la dengue qui se transmet elle aussi par un moustique. « La dengue est considérée comme plus grave car elle peut entraîner la mort, explique t-il. Diagnostiquer le Zika est plus cher, aussi. Ca prend du temps : huit heures. Pour la dengue, il faut à peine 15 minutes. » Au total, 31 000 cas de dengue ont été répertoriées en Thaïlande depuis août 2015. Le virus Zika est particulièrement dangereux pour les femmes enceintes puisqu’il peut conduire à des cas de microcéphalies chez le nourrisson. Actuellement, sur les 30 femmes thaïlandaises enceintes et atteintes par le virus, six ont pu accoucher sans complication.

Asie du Sud

Times of India – La Cour suprême indienne est revenue sur son jugement dans la guerre de l’eau. Ce ne sont plus 425, mais 340 mètres cubes par seconde du fleuve Cauvery que les autorités de l’Etat du Karnataka sont intimés de livrer au Tamil Nadu, situé en aval – soit une baisse de 20% par rapport au premier verdict. La plus haute juridiction indienne s’est donc montrée attentive aux remarques du Karnataka, réticent à libérer le débit du fleuve sous prétexte que son Etat voisin ne « connaît pas de crise de l’eau » – alors même que ce dernier se dit « à l’agonie ». Mais si la Cour suprême s’est voulue compréhensive, elle a néanmoins rappelé l’obligation de respecter son verdict : « Les citoyens et les cadres de ce pays doivent acepter et obéïr aux ordres de la Cour à moins qu’ils soient modifiés. Si la Cour émet un jugement, il faut s’y plier ou en demander la modification. Les individus ne peuvent pas faire leur propre loi. »

Ce rappel à l’ordre intervient alors que les tensions entre les deux Etats indiens ont pris un tour violent ce lundi 12 septembre. Un hôtel de Chennai – capitale du Tamil Nadu – et géré par des personnes originaires du Karnataka a été pris pour cible par des individus mal intentionnés rapporte le Hindustan Times. Un groupe de manifestants armés de bâtons en bois et de barres de fer a brisé les fenêtres du bâtiment avant de pénétrer à l’intérieur. L’attaque n’a fait aucune victime. Par ailleurs, plusieurs véhicules immatriculés au Karnataka (bus et voitures individuelles) ont été saccagés au Tamil Nadu, dans la ville de Rameswaram.

The Express Tribune – C’est une première. Le Pakistan et la Russie effectueront leur premier exercice militaire conjoint de leur histoire d’ici la fin de l’année. Une annonce qui signe une nouvelle étape dans la coopération militaire entre les deux pays, traditionnellement rivaux depuis la Guerre froide. Au total, 200 militaires russes et 200 Pakistanais devraient prendre part à cet entraînement.

Voilà qui marque la rupture du Pakistan avec son allié traditionnel – les Etats-Unis. Islamabad a décidé d’ouvrir sa politique étrangère après que ses relations se sont détériorées avec Washington. En mai 2011, le raid secret de l’armée américaine au Pakistan, qui avait conduit à la mort d’Oussama Ben Laden – leader historique du groupe islamiste Al Qaeda – avait entraîné la mort de 24 soldats pakistanais le long de la frontière avec l’Afghanistan. Peu après cet épisode, le Parlement avait le projet de se rapprocher des Russes.

Ces quinze derniers mois, les dirigeants de l’armée de terre, de l’air et des forces navales pakistanaises ont effectué plusieurs voyages en Russie se concluant par l’achat par Islamabad de quatre hélicoptères MI-35 en août 2015. En acceptant ce marché, Moscou marque de son côté sa rupture avec New Delhi. Longtemps la Russie avait ainsi ignoré le Pakistan afin de maintenir ses relations avec l’Inde. Mais face à la coopération grandissante entre New Delhi et Washington ces derniers mois, Moscou a finalement accepter de se tourner vers Islamabad.

The Indian Express – Le bilan de la catastrophe de l’usine Tampaco Foils Ltd. s’est alourdi à 31 morts, ce lundi 12 septembre. L’explosion d’une chaudière avant-hier samedi y avait déclenché un violent incendie, alimenté par l’embrasement des produits chimiques stockés dans l’entrepôt situé dans la banlieue de Dacca. Huit personnes sont encore portées disparues tandis que 13 autres sont actuellement prises en charge dans un hôpital de la capitale – six d’entre elles se trouvant dans un état critique. La sécurité industrielle est un enjeu crucial au Bangladesh, relève The Indian Express. Le pays abrite des centaines d’ateliers de confection et d’emballage destinés à approvisionner les entreprises internationales comme H&M ou Walmart. En 2013 déjà, l’effondrement d’un complexe industriel avait causé la mort de 1 135 ouvriers – la plus grande catastrophe industrielle du pays.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta