Revue de presse Asie - 11 août 2016

Avertissement de Pékin à Hanoï, pleins pouvoirs en Thaïlande et explosion à Quetta

Une fois n'est pas coutume, des gardes-côtes japonais portent secours à des pêcheurs chinois en mer de Chine. Copie d'écran du Straits Times, le 11 août 2016.
Une fois n'est pas coutume, des gardes-côtes japonais portent secours à des pêcheurs chinois en mer de Chine. Copie d'écran du Straits Times, le 11 août 2016.

Asie du Nord-Est

Titre – L’arroseur arrosé ? Dans un éditorial, le quotidien officiel chinois Global Times réagit sèchement à une info de Reuters. L’agence britannique a dévoilé hier mercredi 10 août le déploiement ces derniers mois par le Vietnam de nouveaux lance-roquettes mobiles sur 5 bases des îles Spratleys très disputées. Ces lances-rockets seraient capables d’atteindre les routes de commerce et aéroports chinois de la région. Pour le Global Times, « l’action de Hanoï ne va faire qu’augmenter les tensions dans la région ». Des tensions qui avaient encore monté depuis le rejet chinois de la l’arbitrage de La Haye demandé par les Philippines (voir notre Revue de presse du 15 juillet). Le 12 juillet dernier, la cour internationale avait déclaré sans fondement légal les revendications de souveraineté par Pékin de la quasi-totalité de la mer de Chine du Sud.

« S’il se confirme », écrit le Global Times, ce renforcement militaire des îles avec des lances-rockette montrera la détermination de Hanoï à renforcer son déploiement militaire dans la région. Le ministère vietnamien des Affaires étrangères a cependant indiqué que l’information de Reuters était « inexacte » sans donner plus de détails. « Si ce n’était pas le cas, avertit l’éditorial chinois, cela serait une terrible erreur du Vietnam qui avait promis, comme les autres pays concernés par les litiges territoriaux en mer de Chine, de reprendre le droit chemin ; à savoir résoudre les conflits spécifiques via la consultation des partis directement concernés. »

Mais dans l’imprévisible mer du Chine du Sud, les rôles peuvent aussi s’inverser pour le meilleur. Une fois n’est pas coutume, un navire de garde-côtes japonais a secouru des pêcheurs chinois, rapporte le Straits Times. Leur chalutier était entré en collision avec un navire marchant grec. Les Japonais ont sauvé 6 matelots chinois et sont partis à la recherche des disparus. Ce que Pékin a salué en exprimant sa « reconnaissance ».

The Mainichi – Une loi spéciale plutôt qu’une révision législative. Le gouvernement japonais envisage un projet de loi qui permettrait à l’Empereur Akihito d’abdiquer sans avoir à réviser la Loi de la Maison Impériale. Ces réflexions gouvernementales interviennent suite au message vidéo diffusé lundi 8 août par Akihito. Dans cette rarissime apparition sur les écrans, l’Empereur a exprimé sa possible incapacité future à remplir ses fonctions impériales (voir notre Revue de presse du 8 août).

L’article 2 de la Constitution japonaise de 1946 stipule que le trône impérial « doit être dynastique et succédé en accord avec la loi de la Maison Impériale. Or l’article 4 de cette dernière ne permet pas le passage du trône au prince héritier avant le décès de l’Empereur. D’où la nécessité de l’amender ou de créer une loi spéciale qui, selon une source du gouvernement, ne serait pas en contradiction avec l’article 2 de la Constitution nippone.

Le gouvernement craint que l’amendement de la loi impériale sur la succession n’ouvre le chemin à un système qui permettrait toute future abdication, déstabilisant ainsi la position de l’Empereur en tant que symbole de l’Etat. Le Premier ministre Shinzo Abe a donc pris la peine de souligner que le gouvernement envisageait « un système exclusif à sa Majesté [l’Empereur Akihito] ».

South China Morning Post – 130 millions de yuans, l’équivalent de 17 millions. C’est la somme exigée par Hu Xufeng, membre du parlement local de Shangnan, en compensation de ce qu’il juge une « détention illégale » de 13 jours par la police de Yanan. Le député de 36 ans affirme que sa détention a causé des « dommages » à son entreprise, le groupe industriel Shanxi Honoring, lui faisant perdre sa réputation et ses partenaires d’affaires, d’où un montant aussi élevé.

Cette détention est survenue, selon les dires du député, après un contentieux financier entre lui et le policier Xue Yanhe qui a été traité comme une affaire criminelle. Il était suspecté de fraude par la police de Yanan, ville voisine où Xue Yanhe travaillait et a été arrêté en août 2013 après avoir échoué à rembourser la dette de 4 million de yuans qu’il devait à Xue Yanhe avant 2012.

Suite à sa détention, Hu Xufeng a été assigné à résidence surveillée. Il a ensuite dû vendre ses propriétés de son groupe à bas prix pour rembourser sa dette. Le Parlement de Shangqiu a rédigé une lettre en novembre 2013 afin de protester contre ce qu’il estimait être une « détention illégale », permettant à Hu Xufeng d’être libéré sous caution deux jours après.

Asie du Sud-Est

The Bangkok Post – Prayuth Chan-ocha persiste et signe. Malgré le vote favorable du peuple thaïlandais à la nouvelle Constitution lors du référendum de dimanche, le Premier ministre souhaite conserver les pleins pouvoirs, et ce jusqu’à la tenue de nouvelles élections. Ainsi, le décret 44 de la Constitution transitoire, très décrié, est maintenu. « Quel est le problème ? s’est exclamé Prayuth, menaçant, dans un disours télévisé hier mercredi 9 août. N’aide-t-il pas à assurer la paix ? Ou cela concerne-t-il ceux qui n’obéissent pas à la loi ? Le décret 44 sera maintenu. Les personnes malveillantes à l’égard du pays doivent obéir à la loi et penser au pouvoir du consensus du peuple lors du référendum. »

Justement, les résultats officiels du référendum constitutionnel ont été publiés ce mercredi, rapporte le Bangkok Post dans un autre article. Sans surprise, les estimations de ce dimanche ont été confirmées avec un vote de 61.35% (16 820 402 votes) favorables à la nouvelle Constitution, contre 38.65% (10.598.037 votes) défavorables. Prayuth Chan-ocha prépare désormais l’avenir. Alors que des élections sont attendues pour 2017, un parti pro-coup d’Etat serait en formation, et permettrait au Premier ministre de se présenter comme candidat à la tête du pays. Le chef de la junte militaire n’a cependant pas souhaité confirmer ou nier ces rumeurs : « Je ne suis pas un politicien, alors je ne répondrai pas. Je ne vais pas en parler. »

Myanmar Times – La Conférence de Panglong est-elle en péril avant même d’avoir commencé ? La Birmanie se prépare à des nouvelles négociations de paix entre le gouvernement, les militaires et les différents groupes ethniques armés, à l’occasion de la « Conférence de Panglong du XXIème siècle », prévue pour commencer le 31 août (voir notre revue de presse du 9 août). Mais les pourparlers sont encore au point mort et plusieurs groupes ethniques considèrent que les préparatifs pour Panglong sont précipitées, révèle le Myanmar Times.

En effet, les négociations se sont tout juste ouvertes à trois groupes, l’Armée de l’alliance démocratique nationale du Myanmar, l’armée Ta’ang de Libération nationale et l’armée de l’Arakan. Hier mercredi 9 août, une discussion de trois jours s’est conclue entre sur une impasse des négociateurs de paix du gouvernement et ces trois groupes. « Le principal problème du désaccord concerne la formulation des termes ‘renoncer à la lutte armée’, dévoile U Thein Zaw, représentant du gouvernement. Nous n’exigeons pas qu’ils remettent leurs armes à la Tatmadaw [l’armée gouvernementale], mais à des groupes alliés, comme les Mongla et les Wa. » Une nouvelle discussion est prévue le 15 août, afin de statuer sur les participants de cette Conférence de Panglong, ainsi que sur sa durée.

The Philippine Star – Rodrigo n’a rien perdu de ses déclarations brutales qui ont émaillé la campagne présidentielle. Dans sa guerre contre la drogue, le président philippin serait prêt à déclarer la loi martiale, notamment face au système judiciaire qui serait selon lui, impliqué dans des affaires illégales. « La Constitution stipule que le président peut déclarer la loi martiale, non seulement dans le cas d’une invasion ou d’une rébellion, mais aussi lorsque la sûreté publique l’exige. Actuellement, la sûreté publique est en danger de façon imminente. Mais je ne pense pas que le président le fera », a assuré Salvador Panelo, conseiller juridique en chef de Duterte. Concrètement, le président reproche la nommination de juges qui protègent le trafic illégal, rapporte le Philippine Star. Il a ainsi menacé de se confier les pleins pouvoirs si la présidente la Cour suprême, Maria Lourdes Sereno, n’arrêtait pas « d’interférer » dans sa lutte.

Des sénateurs philippins appellent à « ne pas prendre au sérieux » les déclarations de Duterte, relate le Philippine Star dans un autre article. « Je crois que nous ne devons pas exagérer ce qui, je pense, n’était pas sérieusement voulu », a déclaré Juan Edgardo Angara, affirmant, comme d’autres sénateurs, qu’il ne s’agissait que d’une enième manifestation de la personnalité « passionnée » du président.

Asie du Sud

Firstpost – Bientôt une issue au Cachemire indien ? Alors que les manifestations ne faiblissent pas dans l’Etat du Jammu-et-Cachemire, le Premier ministre Narendra Modi a accepté de rencontrer les leaders des grands partis pour discuter de la crise. La réunion aura lieu ce vendredi 12 août, rapporte Firstpost, à la demande de Rajnath Singh, ministre indien de l’Intérieur. Alors que les affrontements entre les habitants du Cachemire et les forces de sécurité durent depuis plus d’un mois, Modi, qui avait jusqu’à mardi gardé le silence sur l’affaire (voir notre revue de presse du 10 août), semble enfin vouloir prendre les mesures politiques nécessaires pour résoudre le conflit. Une délégation représentante de tous les partis pourrait également être dépêchée sur place.

« C’est la quatrième fois que nous demandons au Premier ministre de fournir une déclaration au Parlement. […] Cela montre que le Parlement ne représente rien pour lui et qu’il n’aurait pas discuté de la crise au Cachemire si le ministre de l’Intérieur ne lui avait pas demandé de le faire », a déclaré Nabi Azad, le leader de l’opposition de la Chambre haute. L’opposition critique également l’utilisation de carabines à plombs par l’armée contre la population cachemirie, qui ferait bien plus de dégâts que des balles standards.

Dawn – Nouvelle attaque à Quetta. Quatorze personnes ont été blessées aujourd’hui jeudi 11 août lors d’une explosion qui visait un véhicule des forces anti-terroristes (ATF). Ce dernier transportait Zahoor Shahwani, juge de la Cour fédérale de la Charia. Les victimes sont d’après les secours 10 civils et 4 agents de sécurité dont deux sont dans un état critique. L’explosion – qui a également brisé les fenêtres des bâtiments environnants – a eu lieu près de l’hôpital baloutche Al Khair. Selon le ministre de l’Intérieur baloutche Sarfaraz Bugti qui condamne l’attaque, le juge s’en est lui sorti indemne.

Le ministre de l’Intérieur a indiqué que les terroristes avaient profité de cette route très empruntée, posant des bombes et fuyant à bord de motos. Il a ajouté que le Baloutchistan revoyait actuellement les mesures de sécurité de la région. Cette explosion survient seulement quelques jours après l’attentat de Quetta qui avait causé 70 morts et une centaine de blessés (voir notre Revue de presse du 9 août).

Times of India – Une nouvelle alliance dans la guerre contre le terrorisme ? Les Etats-Unis ont encouragé l’Inde à donner davantage d’armes à l’Afghanistan, dans son effort pour lutter contre le terrorisme. Quatre hélicoptères MI-25 ont été offerts par New Delhi aux forces armées afghanes, rapporte le Times of India. Une action qui renforce la coopération de l’Inde et les Etats-Unis dans la région, au détriment du Pakistan. « Les Afghans ont demandé d’autres hélicoptères. Ils en ont besoin dès que possible. Dès que ces avions arrivent, ils partent immédiatement au combat », a déclaré le Général John Nicholson, commandant des forces américaines en Afghanistan. La Russie étant sous le joug de sanctions, c’est vers l’Inde que Washington s’est tourné, au détriment du Pakistan, pourtant son principal allié dans la région.

Le Pakistan a en effet mal accueilli les encouragements américains à l’Inde, rapporte le site Firstpost. Islamabad aurait prévenu l’administration de Barack Obama que « préférer New Delhi à Islamabad pourrait entraver la campagne mondiale contre le terrorisme. » Ce rapprochement est un coup dur pour le Pakistan, d’autant plus que le Pentagone lui a refusé le remboursement de 300 millions de dollars, lui reprochant de protéger le réseau Haqqani (voir notre revue de presse du 4 août).

Par Joris Zylberman, Myriam Sonni et Marie Bonnamy