Revue de presse Asie - 5 août 2016

Généraux chinois arrêtés, projet d'attentat contre Singapour et brouille au SAARC

Le sommet du SAARC a été éclaboussé par le départ prématuré du ministre indien de l'Intérieur. Copie d'écran de India Today, le 5 août 2016.
Le sommet du SAARC a été éclaboussé par le départ prématuré du ministre indien de l'Intérieur. Copie d'écran de India Today, le 5 août 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Xi Jinping continue de resserrer son contrôle sur l’Armée populaire de libération (APL). Citant des sources proches du milieu militaire, le South China Morning Post révèle que deux généraux à la retraite et anciens membres de la Commission militaire centrale, Li Jinhai et Liao Xilong, ont été arrêtés lors d’un sommet au mois de juillet. En cause : la « violation des règles de discipline du parti » – un « euphémisme » pour désigner la corruption, explique le quotidien hongkongais. Les deux généraux font-ils l’objet d’une enquête ou doivent-ils donner des renseignements sur d’autres militaires ? Le ministère chinois de la Défense s’est refusé à livrer tout commentaire. Quoi qu’il en soit, les arrestations de ces deux militaires d’influence confirment la mainmise de Xi Jinping sur l’armée. Le « ménage » qu’il opère au sein de l’APL est sans commune mesure avec ceux exercés par ses prédécesseurs, explique le South China Morning Post.
The Japan Times – Un jour seulement après son investiture, Tomomi Inada fait déjà parler d’elle. La nouvelle ministre japonaise de la Défense a en effet refusé hier, jeudi 4 août, d’éclaircir sa position sur de nombreux sujets polémiques, et de dire si elle continuerait ou non de se rendre au sanctuaire Yasukuni. Elle estime que cela relève « d’opinions » et « d’enjeux » personnels.

Les questions adressées à Tomomi Inada lors de sa conférence de presse portaient notamment sur les attaques du Japon contre la Chine et les forces alliés dans les années 1930-1940. On lui a entre autres demandé si elle considérait que le Japon avait mené une guerre « agressive » ou « défensive » durant la Seconde Guerre mondiale. Elle n’a pas exprimé son opinion sur le sujet, estimant qu’elle n’était pas en mesure de le faire mais a indiqué qu’il s’agissait là d’« une question d’interprétation, et non de faits objectifs » . La ministre de la Défense a ensuite invité les journalistes à se tourner vers le Premier ministre, Shinzo Abe, ou vers le secrétaire général du Cabinet, Yoshihide Suga, afin d’obtenir un point de vue officiel sur la question.

Tomomi Inada est considérée par beaucoup comme une révisionniste nationaliste. Elle a exprimé auparavant des doutes sur la légitimité du Tribunal de Tokyo de 1946, ainsi que son souhait de voir le Japon acquérir l’arme nucléaire. Elle est également connue pour ses différentes visites au sanctuaire Yasukuni. Ces enjeux sont à l’origine de nombreuses tensions avec les pays voisins du Japon, notamment avec la Chine et la Corée du Sud. D’après le Japan Times, il paraît donc « raisonnable » que la ministre de la Défense n’exprime pas clairement son opinion.

Le réarmement du pays est également sujet à de nombreuses polémiques. Elle a ainsi rectifié hier ses propos de 2011 concernant l’acquisition de l’arme nucléaire. Selon elle, il n’est pas encore temps pour le pays de l’obtenir. Il devrait pour l’instant se concentrer sur la promotion des discussions sur la défense avec ses voisins pour assurer la sécurité de l’Asie de l’Est, a-t-ele déclaré.

The Korea Herald – Le gouvernement dément les rumeurs : non, la Chine ne prend pas des « mesures de rétorsion » à l’encontre de la Corée du Sud. Depuis l’annonce par Séoul et Washington de l’installation d’un bouclier antimissile THAAD dans la péninsule, la Chine exprime son mécontentement. Pékin a plusieurs fois annoncé qu’elle répondrait à cet acte, qu’elle qualifie de déstabilisateur pour la région et de menace pour sa souveraineté. Les autorités chinoises ont ainsi évoqué de possibles sanctions, qui pourraient ralentir l’économie sud-coréenne. Pékin est « son principal partenaire et le principal consommateur de sa pop-culture », rappelle le Korea Herald.

Il n’en fallait pas plus pour déclencher les rumeurs les plus folles en Corée du Sud. Mercredi 3 août, alors que la Chine supprimait le droit d’une compagnie de voyage de délivrer des visas, la nouvelle s’est vite répandue, non sans être déformée. Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères a dû démentir que la Chine ne délivrait plus aucun visa. D’autre rumeurs annoncent que des événements impliquant des célébrités coréennes en Chine ont été annulés. La majorité d’entre elles se sont révélées infondées.

Asie du Sud-Est

The Malay Mail Online – Coup de filet en Indonésie. Les forces de l’ordre ont arrêté 6 suspects qui auraient préparé un attentat. gés de 19 à 46 ans, cinq des terroristes présumés étaient ouvriers à Batam tandis que leur aîné était employé de banque. Ils prévoyaient d’envoyer un missile sur la Marina Bay de Singapour. Selon le Malay Mail Online, « le groupe est lié à Bahrun Naim, le cerveau de l’attentat de Jakarta », lié à Daech. Le 14 janvier dernier, une attaque dans un centre commercial de la capitale indonésienne par 4 individus armés avait causé la mort de 4 personnes et en avait blessé 20 autres.

Le gouvernement singapourien a précisé dans le Straits Times avoir été au courant de cette attaque. « Nos agences de sécurité se sont coordonnées avec les forces de l’ordre indonésiennes depuis que nous avons découvert ce complot », a annoncé le ministre singapourien de l’Intérieur. Il a précisé que les mesures de sécurité avaient été renforcées aux frontières et dans le territoire, et appelé les habitants à « être vigilants » : « Cette attaque souligne l’importance de la menace terroriste qui pèse sur Singapour. »

The Straits Times – « Oui » ou « non » au projet de constitution soutenu par l’amée ? Peu importe le choix du peuple thaïlandais, qui sera consulté par référendum ce dimanche 7 août : des élections générales auront bien lieu en 2017. « C’est une promesse que nous avons faite », a expliqué le Premier ministre et chef de la junte Prayuth Chan-ocha. L’un de ses conseillers, Panitan Wattanayagorn, a déclaré au New York Times qu’en cas de victoire du « non », les élections seraient organisées « un peu plus tard dans l’année » car « le Premier ministre a décidé qu’elles auraient lieu à ce moment-là ». Ce sera alors le moment pour Prayuth Chan-ocha de démissionner, a-t-il poursuivi : « Son service est quasiment terminé. » Nombre d’observateurs avaient pourant exprimé leur crainte de voir repoussées sine die la tenue d’élections générales en cas de rejet du texte, plongeant la Thaïlande dans une période d’incertitude politique.
Inquirer – La venue de Fidel Ramos à Pékin pourrait relancer le dialogue entre les Philipppines et la Chine. Le nouveau président philippin Rodrigo Duterte a annoncé mercredi 3 août que son prédécesseur Fidel Ramos se rendrait en Chine en tant qu’envoyé spécial, sans évoquer une quelconque date. Son voyage à Pékin pourrait réchauffer les relations entre les deux pays, bien qu’aucun véritable progrès ne devrait avoir lieu selon les experts.

Fidel Ramos, président des Philippines de 1992 à 1998, a gardé de bonnes relations avec la Chine. Ce n’est pourtant pas le cas du gouvernement de Manille. Les relations entre les deux pays sont en effet au point mort depuis que le gouvernement de Benigno Aquino a saisi en 2013 la Cour permanente d’arbitrage de La Haye concernant les litiges territoriaux qu’entretiennent Pékin et Manille en mer de Chine méridionale. La Cour a tranché le mois dernier en faveur de l’archipel. Le gouvernement chinois n’avait cependant pas reconnu la décision de La Haye et avait accusé les Philippines de faire recours à la justice avant même d’engager un dialogue politique et des négociations avec la Chine.

Rodrigo Duterte a indiqué mercredi 3 août que lorsque serait venu le temps des négociations, les Philippines ne s’éloigneraient pas de la décision de l’arbitrage. Selon Zhang Jie, chercheur à l’Académie chinoise des Sciences sociales, il est effetcivement peu probable que Manille mette complètement de côté la décision de La Haye qui pourrait servir de monnaie d’échange avec la Chine. Les exigences politiques de Pékin et économiques de Manille devraient d’après lui engendrer une certaine « flexibilité » qui rendrait possible le dialogue et les négociations. Une telle reprise débuterait de façon non officielle.

Asie du Sud

India Today – Coup de tonnerre en plein sommet de l’Association sud-asiatique pour la Coopération régionale (SAARC). Le ministre indien de l’Intérieur a quitté prématurément le Pakistan, où se déroulait la rencontre. Mais que s’est-il véritablement passé ? Les versions de New Delhi et d’Islamabad s’opposent.

Côté indien, on explique que le départ anticipé de Rajnath Singh était prévu en raison d’une session parlementaire à laquelle il devait se présenter dans la capitale indienne. L’accent est néanmoins porté sur « l’incivilité » de son homologue pakistanais, Chaudhary Nisar Ali Khan. Ce dernier aurait « dévié de son discours écrit » lorsque Rajnath Singh a critiqué la position d’Islamabad vis-à-vis du terrorisme, rapporte India Today. Le ministre pakistanais de l’Intérieur aurait alors « impliqué l’Inde dans de prétendues atrocités au Cachemire ». « Enervée », la délégation pakistanaise ne se serait pas présentée au déjeuner. Face à cette « irrévérence », les membres de la délégation indienne seraient alors partis prendre leur repas dans leurs chambres d’hôtels respectives. Par la suite, aucun représentant pakistanais n’aurait accompagné Rajnath Singh lors de son départ. En outre, le quotidien The Hindu dénonce la « tenue à l’écart » des médias indiens par le personnel de sécurité pakistanais. Un officiel de New Delhi parle même de « censure ».

Côté pakistanais, on déclare au contraire que Rajnath Singh aurait quitté la rencontre une fois que Chaudhary Nisar Ali Khan aurait évoqué les actions du gouvernement indien au Cachemire, qualifiées de « brutales » et de « terroristes ». A la suite de cette altercation verbale, le ministre indien de l’Intérieur aurait immédiatement quitté la pièce sans saluer ses interlocuteurs et serait rentré directement à New Delhi. Une décision que le quotidien Dawn n’hésite pas à décrire comme « une défaite dans la guerre des mots » qui l’opposait à son homologue pakistanais.

Quoi qu’il en soit, le site Firstpost se demande si le ministre indien a bien fait de condamner le Pakistan sur le terrorisme en des termes aussi « durs ». Plusieurs experts soulignent qu’un sommet du SAARC ne constitue pas une arène propice à de telles attaques : les enjeux bilatéraux peuvent-ils être traités au sein d’une organisation multilatérale sans y porter préjudice ? Firstpost tempère néanmoins ces critiques. En effet, le Cachemire ne constitue pas uniquement un enjeu indo-pakistanais. C’est toute la région qui est touchée par le conflit de souveraineté entre New Delhi et Islamabad, en atteste l’inclusion du Pakistan dans une alliance anti-terroriste récente avec la Chine, le Tadjikistan et l’Afghanistan. Par ailleurs, le journaliste du site indien estime que la délégation pakistanaise a « porté le premier coup » : dès son discours introductif, Chaudhry Nisar Ali Khan a critiqué l’Inde (sans la citer) sur ses actions entreprises au Cachemire…

Kathmandu Post – Les leaders Madhesi mettent la pression sur la nouvelle équipe gouvernementale népalaise. Ils ont annoncé ce vendredi 5 août qu’ils rejoindraient le gouvernement à la condition qu’un nouvel amendement à la constitution soit voté au Parlement. Le vice-président du Tarai Madhes Loktantrik Part, Hridayesh Tripathi, a précisé que les Madhesi espéraient que le texte soit adopté « dès la fin du mois d’octobre ». Cet amendement faisait partie de l’accord signé par ces partis pour assurer leur adhésion à la coalition au pouvoir. Bien que certains militant l’aient trouvé « trop vague », les signataires l’avaient qualifié de « victoire stratégique ». « Nous avons été clairs : nous ne rejoindrons pas le gouvernement ni ne participerons aux votes si l’on ne répond pas à cette demande », rappelle Rajendra Shrestha, le co-président du Sanghiya Samajbadi Forum Nepal. La nouvelle constitution népalaise, votée le 16 septembre 2015, donne moins de poids aux Madhesi dans la vie politique du pays. La minorité du sud du pays avait manifesté son mécontentement à plusieurs reprises.
Dawn – Censure des sites d’information au Bangladesh. Le gouvernement de Dacca a fermé hier, jeudi 4 août, 32 sites et portails internet d’information – dont certains médias d’opposition – se faisant ainsi accuser de censure. Le président de la Commission bangladaise des Télécommunications et de la Régulation en a donné l’ordre tard dans la nuit d’hier soir, évoquant des « contenus répréhensibles » . Selon lui, la demande provient des services secrets.

Le site Internet Sheershanews.com, qui attirait 200 millions de visites par mois l’année dernière, a notamment été fermé. En cause : son lien avec un quotidien d’opposition bengali. Son directeur a indiqué être stupéfait par cette mesure, qui causera la perte d’emploi d’une centaine de journalistes. Il s’agit d’après lui d’une atteinte à la liberté de la presse par le gouvernement.

Ces mesures répressives font suite à l’interdiction de la diffusion en direct des attaques terroristes. L’attaque, le 1er juillet dernier, d’un café de Dacca (voir notre revue de presse du 4 juillet) avait en effet été retransmise en direct. La Premier ministre Sheikh Hasina avait alors critiqué publiquement la couverture par les chaînes télévisées de l’attentat et demandé en privé aux présentateurs d’être plus responsables.

Par Alexandre Gandil, Nicolas Baranowski et Marie Bonnamy