Revue de presse Asie - 4 août 2016

Militants condamnés en Chine, référendum thaïlandais et taxe indienne

Le gouvernement thaïlandais a deployé 700 000 personnes pour inciter le peuple à aller voter pour le référendum constitutionnel, ce dimanche 7 août. Copie d'écran du Bangkok Post, le 4 août 2016.
Le gouvernement thaïlandais a deployé 700 000 personnes pour inciter le peuple à aller voter pour le référendum constitutionnel, ce dimanche 7 août. Copie d'écran du Bangkok Post, le 4 août 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Coup d’accélérateur dans la répression politique en Chine. A Tianjin, Zhou Shifeng, avocat des droits de l’homme, a été reconnu coupable de « subversion du pouvoir de l’État », aujourd’hui jeudi 4 août, et condamné à 7 ans d’emprisonnement. C’est le troisième procès du genre depuis une semaine. Les militants Zhai Yanmin et Hu Shigen avaient en effet été reconnus coupables du même crime par la Cour de Tianjin.

Zhou Shifeng dirige le cabinet d’avocats Beijing Fengrui qui défend les victimes d’abus sexuels, les membres de groupes religieux bannis et les intellectuels dissidents. Le cabinet était au centre de la « répression 709 » – 709 correspondant au 9 juillet 2015 – qui a causé l’arrestation de plus de 200 activistes et avocats détenus pour leur implication dans des affaires jugées « sensibles » par le Parti.

Lors de son procès – qui s’est tenu sous haute sécurité, interrompant même le trafic à 300 mètres à la ronde -, Zhou Shifeng a plaidé coupable et a indiqué qu’il ne ferait pas appel, selon les médias officiels chinois. Cependant, ni les proches de Zhou ni les journalistes étrangers n’ont pu assister à l’audience. Les parents de l’avocat se plaignent d’ailleurs d’être constamment surveillés et d’avoir été tenus totalement à l’écart du procès sans aucun accès à son contenu.

Officiellement, les procès de Tianjin sont ouverts au public : plus de 40 individus dont des responsables politiques, des intellectuels et des médias chinois étant d’ailleurs présents au procès de Zhou Shifeng, selon les autorités. Par ailleurs, si ses proches n’ont pu assister au procès, c’était la volonté du prévenu, a déclaré le Tribunal. Ce dernier avance pour preuve une lettre manuscrite signée et apposée de l’empreinte digitale de l’avocat.

South China Morning Post – Le débat sur l’admission ou non de la candidature d’Edward Leung Tin-kei aux élections législatives du 4 septembre continue. Le ministre hongkongais de la Justice, Rimsky Yuen Kwok-keung, n’a en effet pas réussi à justifier hier, mercredi 3 août, un tel refus, tandis que 30 membres de l’assemblée législative ont remis en cause la légitimité de la commission électorale à prendre une telle décision.

D’après le ministre, la candidature d’Edward Leung a été refusée car il avait exprimé une position pro-indépendantiste ; elle avait été autorisée aux élections partielles de février dernier parce que Leung n’avait pas à l’époque « revendiqué explicitement l’indépendance ». Or, avance le South China Morning Post, le militant localiste avait pourtant aussi clairement exprimé ses positions dès décembre, soit deux mois avant les élections partielles. Voilà donc Rimsky Yuen accusé de « jouer un double jeu » et de « ne pas bien faire son travail ».

Par ailleurs, 30 membres du conseil législatif de Hong Kong – qui nomme le chef de l’éxecutif – se sont opposés au refus de la candidature de Leung dans une déclaration conjointe. D’après eux, les directeurs de scrutins n’ont pas le pouvoir d’enquêter sur « l’authenticité » des déclarations d’un candidat et ne peuvent en aucun cas « prendre seuls une décision politique subjective qui disqualifie un candidat […] avec pour prétendue raison qu’il ne respecte pas réellement la Loi fondamentale ». Une telle décision est d’après eux « illégale.

La candidature d’Edward Leung reste cependant rejetée car selon les mots de la coordinatrice du scrutin, Cora Ho Lai-sheung, il n’a pas « réellement changé de position. » Quarante-deux listes de candidats locaux pan-démocrates ont cependant reçu le feu vert pour participer aux prochaines élections (voir notre Revue de presse du 3 août).

Yonhap – Park Geun-hye renvoie la balle aux habitants de Seongju. La présidente sud-coréenne avait annoncé qu’il était impossible de déplacer le site de la batterie antimissile américaine THAAD. Elle a aujourd’hui assuré que son gouvernement « pouvait considérer de déployer le bouclier antimissile dans un autre lieu du district de Seongju […] si le district de peut recommander un autre site. » C’est le résultat d’une réunion avec 11 députés du parti au pouvoir Saenuri de Daegu et du Gyeongsang du Nord, où se trouve Seongju. Elle avait pour but d’apaiser les tensions suite aux protestations des habitants et de l’opposition contre le site choisi pour le THAAD.

La principale crainte des habitants vient du radar à bande X du dispositif : ce puissant système pourrait causer des problèmes de santé ou endommager les cultures aux alentours. De plus, cette nouvelle installation donne au district une importance stratégique qui leur déplaît fortement. Le territoire, craignent-ils selon l’agence Yonhap, pourrait devenir une cible militaire en cas de conflit armé dans la péninsule. De son côté, Park Geun-hye a réitéré la nécessité d’installer ce dispositif d’interception. Une « mesure d’autodéfense », a déclaré la présidente, pour contrer la menace nucléaire de Pyongyang, le lendemain d’un nouveau tir d’essai de la Corée du Nord (voir notre revue de presse du 3 août)

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – Plus que 72 heures avant le scrutin. La junte militaire thaïlandaise use de tous les moyens pour s’assurer de remporter une majorité de « oui » lors du référendum constitutionnel ce dimanche 7 août. Le Premier ministre Prayuth Chan-ocha aspire à 70% de votes favorables. Pour cela, 700 000 « volontaires » ont été déployés par le gouvernement à travers la Thaïlande afin d’inciter le pays à aller voter, rapporte le Bangkok Post. Officiellement, toute campagne pour le référendum est interdite. En revanche, ces personnes déployées dans 74 588 villages et 5 903 communautés ont pour mission d’expliquer la nouvelle Constitution et ses bénéfices. Ces volontaires ont été choisi parmi des professeurs, des chefs de village, des kamnan (chefs de sous-district), des bénévoles des services sociaux… « Des avertissements ont été émis dans les endroits où il risque d’y avoir une faible participation au référendum, dévoile une source non précisée dans le Bangkok Post. Les chefs de village et les kamnan sont menacés d’être destitués ou remplacés ».

Sous la nouvelle Constitution, les partis politiques verront leur pouvoir se réduire, au profit de l’armée. Les deux principaux partis, Pheu Thai et le Parti démocrate, s’opposent à ce projet de Constitution proposé par la junte (voir notre revue de presse du 29 juillet) : elle permettrait à l’armée de contrôler la politique thaïlandaise, précise le Channel News Asia. Les opposants, contraints par l’interdiction de faire campagne, appellent eux aussi les Thaïlandais à aller voter.

Myanmar Times – La « liste noire » birmane rétrécit mais reste conséquente. Ministre birman du Travail, de l’Immigration et de la Population, U Thein Swe a révélé hier, mercredi 3 août, que près de 4 300 individus, pour la plupart étrangers, figuraient encore sur la « liste noire » du gouvernement précédent sans les citer. Suite à l’annonce de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND au pouvoir) de donner la priorité à l’aide au retour des exilés, celle-ci a déjà enlevé un grand nombre d’indésirables de la liste noire, a ajouté le ministre.

Cette fameuse « liste noire » birmane a été rédigée par les régimes militaires qui ont successivement contrôlé le pays. Elle a forcé à l’exil un bon nombre de citoyens birmans et étrangers. 2 000 personnes avaient déjà été rayées de la liste en 2012, dont des politiciens, journalistes étrangers, activistes pro-démocratiques et leaders de groupes armés. Ceux-ci ont cependant rencontré de multiples discriminations, comme des rejets de visa ou de résidence permanente et ce, même après avoir été retirés de la liste.

Selon U Thein Swe, la présence d’un nombre encore aussi important d’étrangers sur la liste répond à la demande de la communauté internationale. Il s’agirait d’après le ministre de personnes impliquées dans des affaires terroristes, criminelles et de drogue. Leur nom pourra cependant être retiré de la liste suivant leur crime.

Malysiakini – Le scandale financier malaisien laissera des traces. Le journal MalaysiakiniWall Street Journal et du Sarawak Report, basé à Londres, pour que l’affaire soit révélée au grand jour. Cependant, c’est sur les relations interethniques que le scandale aurait le plus d’impact, selon Malaysiakini. En jouant sur les tensions intercommunautaires pour faire diversion, Najib Razak met en péril l’harmonie dans laquelle vit la société malaisienne. Pour s’assurer le vote des Malais conservateurs pour les prochaines élections, le Premier ministre soutient l’application des hudûd, peines légales prescrites par le Coran, source de conflit entre les Malais musulmans et les autres groupes ethniques, notamment les Chinois.

Pour le Straits Times, le scandale 1MDB est au coeur d’une guerre froide « à la malaisienne » entre Washington et Pékin. En effet, le lancement de procédures judiciaires aux Etats-Unis pour la saisie de biens liés a l’argent du 1MDB (voir notre revue de presse du 20 juillet), ainsi que l’évocation d’un « Malaysian Official 1 » lors d’une conférence de presse du procureur général américain, une référence à peine voilée à Najib Razak, est perçue comme des représailles au rapprochement entre le Premier ministre malaisien et la Chine, un de ses principaux alliés.

Asie du Sud

Firstpost« Euphorie » pour le BJP en Inde. C’est en effet la plus importance réforme fiscale depuis l’indépendance : pour la première fois, l’Inde se dirige vers un marché unique pour l’imposition des produits et échanges commerciaux. La chambre haute du parlement a adopté aujourd’hui jeudi 4 août la mise en place de la Taxe sur les Biens et Services – une TVA à l’indienne (voir notre revue de presse du 3 août). Le texte devient « le 122e amendement de la Constitution », après avoir été approuvé par le Parti du Congrès, qui accepté un accord avec le BJP au pouvoir. Comme le rappelle Firstpost, c’est le Congrès qui avait pour la première fois demandé la mise en place d’une GST (Goods and Services Tax) quand il était au pouvoir, pour en finir avec la multiplicité des taxes locales et des exmptions. A l’époque, l’opposition du BJP avait empêché cette réforme. Le gouvernement a l’espoir que cette réforme fasse repartir la croissance, alors que les chiffres sont en baisse.

Mais « la route est longue avant que la GST deviennent une réalité », rappelle le site d’information. Si le texte a été approuvé par la chambre haute, il doit retourner à la Lok Sabha, la chambre basse. Si la loi ne devrait rencontrer aucun obstacle lors de ce processus, elle prendra tout de même du temps à être approuvée. Elle devra ensuite être votée par au moins 15 des 31 États indiens pour être effective.

Dawn – Les relations se tendent entre le Pakistan et les Etats-Unis. Le Pentagone a bloqué 300 millions de dollars de remboursements pour Islamabad, sur décision d’Ashton Carter, secrétaire d’Etat à la défense. En effet, Washington considère que les efforts du Pakistan pour neutraliser les groupes islamistes tels que les Talibans afghans ou le réseau Haqqani ne sont pas suffisants. « Les fonds n’ont pas pu être versés au gouvernement pakistanais à l’heure actuelle car le secrétaire d’Etat à la défense n’a pas encore pu certifier que le Pakistan ait pris des mesures suffisantes contre le réseau Haqquani », a déclaré hier mercredi 3 août Adam Stump, porte-parole du Pentagone, rapporte Dawn. « Cette décision ne minimise pas l’importance des sacrifices que l’armée pakistanaise a entrepris ces deux dernières années. »

Ces 300 millions de dollars sont issus du Coalition Support Fund, un programme américain mis en place pour rembourser les alliés des Etats-Unis dans des opérations anti-terroristes. Depuis 2002, le Pakistan a reçu près de 14 milliards de dollars. Cependant, le congrès américain est de plus en plus réticent à l’idée de financer le pays, qu’il soupçonne de développer son programme nucléaire, et dont il doute de l’engagement à combattre le terrorisme et stabiliser l’Afganistan.

The Hindu – C’était une formalité pour le leader maoïste Pushpa Kamal Dahal. L’ancien rebelle a comme prévu été élu Premier ministre hier, mercredi 3 août (voir notre revue de presse du 3 août). Dans son discours, il a promis de « mener la nation au développement économique » et de « bâtir un pont entre les communautés ». Celui que l’on connaît mieux sous son nom de guerre Prachanda (« Le redoutable ») était l’unique candidat au post de Premier ministre. Il a tout de même dû passer par un vote du Parlement. Sur les 595 députés, 363 ont voté en sa faveur. « Il était soutenu par le plus grand parti de l’assemblée, le Congrès népalais », rappelle The Hindu. Bien que Prachanda soit connu pour ses positions anti-indiennes, cela n’a pas empêché le Premier ministre Narendra Modi de le féliciter par téléphone et de l’assurer de son soutien. « Pendant la conversation, Modi l’a aussi invité dans le pays », précise le journal.
Par Joris Zylberman, Myriam Sonni, Marie Bonnamy et Nicolas Baranowski