Revue de presse Asie - 15 juin 2016

Démission à Tokyo, l'ASEAN modérée sur la Chine et Daech au Pakistan

La démission du gouverneur Yoichi Mazuzoe pénalise encore plus l'organisation des JO 2020 de Tokyo. Copie d'écran du Mainichi Shimbun, le 15 juin 2016.
La démission du gouverneur Yoichi Mazuzoe pénalise encore plus l'organisation des JO 2020 de Tokyo. Copie d'écran du Mainichi Shimbun, le 15 juin 2016.

Asie du Nord-Est

Mainichi Shimbun – Les critiques s’abattent sur Yoichi Mazuzoe. Le gouverneur de Tokyo, impliqué dans un scandale de corruption, a démissionné ce mercredi 15 juin, rapporte The Mainichi. Le gouverneur de la capitale nippone est accusé d’avoir effectué des dépenses personnelles avec des fonds publics. De nombreux membres du gouvernement central ont égratigné Yoichi Mazuzoe : « M. Mazuzoe exploite le sport pour des raisons politiques », déclare une source anonyme au quotidien nippon, pressant le politicien de 67 ans de démissionner sans tarder.

Car le gouverneur de Tokyo a insisté pour garder son poste au moins jusqu’à la fin des Jeux olympiques et paralympiques de Rio, c’est-à-dire jusqu’au 18 septembre. D’après le Mainichi, Yoichi Mazuzoe voulait rester à son poste pour « ne pas troubler » l’organisation des prochains Jeux, que Tokyo doit accueillir en 2020. Mais surtout, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques et paralympiques, une passation de pouvoir est prévue entre le maire de la ville qui clôt ses Jeux, Rio, et celui de la prochaine ville hôte, le maire de Tokyo, rappelle le Mainichi.

C’est donc une nouvelle affaire qui touche l’organisation des JO de Tokyo. Le coût de l’organisation avait déjà fait scandale : le budget initial aurait été revu à la hausse de 2 à 3 trillions de yens (16 à 25 milliards d’euros), selon le journal japonais. Sans mentionner les soupçons de plagiat pour le logo de la compétition, qui a dû être retiré. Beaucoup trop de tumulte pour des Olympiades qui auront lieu seulement dans quatre ans.

South China Morning Post – Troisième tentative, troisième échec. L’américian MSCI (Morgan Stanley Capital International) vient à nouveau de refuser l’inclusion des actions domestiques chinoises (actions de classe « A », cotées en yuans) dans son indice de référence « MSCI Emerging Markets Index ». Pourquoi cette obstination, se demande le South China Morning Post ? Si le géant américain met en avant des « améliorations significatives » à entreprendre de la part des autorités chinoises, le quotidien hongkongais détaille trois pierres d’achoppement. D’abord, les limites imposées au lancement de produits financiers liés aux actions de classe « A », type ETF (trackers) et dérivés, pour lequel les institutions étrangères doivent obtenir l’accord des marchés de Shanghai et de Shenzhen. Ensuite, les suspensions volontaires de cotation telles que celles intervenues l’année dernière afin d’éviter un krach boursier.

Malgré les efforts entrepris par les autorités financières chinoises, les investisseurs étrangers demandent une clarification des règles permettant d’arrêter les cours de la bourse. Ils craignent en effet une « pression exagérée » sur la liquidité du marché, détaille le quotidien hongkongais. Enfin, les limites imposées aux sorties de capitaux tracassent les « investisseurs institutionnels mondiaux » qui, s’ils peuvent acheter des actions de classe « A », ne sont autorisés à rapatrier chaque mois que l’équivalent d’un cinquième du montant de leur investissement à la fin de l’année précédente. Depuis février néanmoins, les gestionnaires de fonds étrangers peuvent bénéficier d’un régime d’investissement moins rigide, mais dont MSCI doit encore « évaluer l’efficacité sur le long terme ».

Korea Times – La Corée du Nord aurait produit six nouvelles têtes nucléaires depuis deux ans. Le régime nord-coréen possèderait donc entre 13 et 21 armes nucléaires, croit savoir l’Institut pour la Science et la Sécurité internationale (ISIS) qui avait évalué de 10 à 16 ogives l’arsenal nord-coréen fin 2014. Cette annonce fait suite à plusieurs rapports selon lesquels Pyongyang a entamé un « processus pour accélérer l’enrichissement en plutonium de ses armes nucléaires », d’après le Korea Times.

Néanmoins, le flou entoure toujours la politique nucléaire de la Corée du Nord. Un doute subsiste notamment sur l’existence d’un deuxième réacteur à Yongbyon. Le chiffre de 21 ogives nucléaires pourrait donc être sous-estimé. Mais pas de doute pour le think tank américain : il est évident que « la Corée du Nord augmente sensiblement ses capacités de nuisance nucléaire ».

Times of India – L’officiel nippon cité par le quotidien indien est formel. Un navire espion chinois a pris en filature le porte-avions américain John C. Stennis depuis son entrée en mer de Chine du Sud. Alors qu’il devait rejoindre neuf autres bateaux américains, indiens et japonais dans le cadre d’exercices navals trilatéraux au large des îles Ryukyu en mer de Chine de l’Est, le porte-avions agira finalement en tant que « leurre » afin de détourner le navire chinois des zones d’entraînement. Les tensions régionales s’étaient déjà accentuées la semaine dernière, lorsqu’un bateau chinois s’était approché des îles Senkaku / Diaoyu, revendiquées par Pékin mais administrées par Tokyo (voir notre revue de presse du 9 juin).

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Retournement de situation lors du sommet diplomatique Chine/ASEAN. Alors que les pays d’Asie du Sud-Est déclaraient hier encore, mardi 14 juin, que les manoeuvres chinoises en mer de Chine du Sud « pouvaient potentiellement menacer la paix, la sécurité et la stabilité régionales », les dix Etats sont revenus aujourd’hui sur leurs propos. Un porte-parole du ministère malaisien des Affaires étrangères commente : « Nous devons retirer la déclaration aux médias faite [hier] par les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN… des corrections urgentes doivent être apportées. »

Channel News Asia n’est pas en mesure d’expliquer cet étonnant revirement en faveur de Pékin. Toujours est-il que la Chine a nié tout « caractère officiel » à la déclaration initiale des dix Etats membres de l’ASEAN, alors même que le Secrétariat de l’association avait validé sa publication… Le climat en mer de Chine du Sud est particulièrement tendu à l’approche du verdict de la Cour permanente d’Arbitrage de La Haye, commente le média singapourien. La Cour doit prochainement statuer sur les conflits de souveraineté opposant Pékin à Manille dans la région.

Myanmar Times – Au tour des soutiens d’Aung San Suu Kyi de prendre la parole. Selon Naing Ko Ko, doctorant à l’Australian National University, il est encore trop tôt pour juger les performances de la leader de facto du gouvernement birman en matière de droits de l’homme. Aung San Suu Kyi se voit fréquemment reprocher son manque d’action vis-à-vis des Rohingyas, minorité musulmane persécutée dans le pays – ce que vient d’ailleurs de faire le Dalaï-lama.

Le gouvernement de la Ligue nationale pour la Démocratie n’est au pouvoir que depuis 100 jours, explique Naing Ko Ko. Le doctorant estime qu’il faut au moins laisser s’écouler « une année fiscale » afin de permettre à la nouvelle équipe dirigeante « d’identifier efficacement les problèmes et les solutions » avant d’effectuer tout jugement.

Aung San Suu Kyi doit en outre « consolider son pouvoir de façon non-violente » dans le cadre du premier transfert de pouvoir pacifique de l’histoire birmane post-coloniale. Ce qui explique sa prise de distance avec des sujets susceptibles d’attiser les tensions. La priorité est d’ailleurs accordée à la réconciliation nationale, et plus particulièrement entre l’armée régulière et les groupes ethniques armés des périphéries – condition sine qua non du développement national.

Naing Ko Ko rappelle ensuite que les critiques assimilant Aung San Suu Kyi à une « dictatrice en devenir » sont « absolument fallacieuses », remémorant les années qu’elle a dû passer en résidence surveillée au nom des idéaux qu’elle a tenté d’insuffler en Birmanie : les droits de l’homme et la démocratie. Aujourd’hui conseillère d’Etat, poste taillé sur mesure, aucune figure politique n’a joui d’autant de « légitimité » depuis l’indépendance du pays, estime le doctorant. Ainsi conclut-il sa tribune sans jamais avoir écrit le nom de « Rohingya ».

Prachatai – Cela faisait plusieurs mois que le parc historique Rajabhakti n’avait pas fait couler d’encre dans les médias thaïlandais. Six militants anti-junte ont déposé ce mercredi 15 juin une pétition auprès de la Cour militaire afin de protester contre leur jugement par ce même tribunal, alors qu’ils sont tous civils. Ils avaient été traduits en justice pour violation de l’ordonnance 3/2015 du Conseil national pour la Paix et l’Ordre (nom de la junte) interdisant des « rassemblements politiques de plus de cinq personnes ». Les six militants avaient en effet prévu une « visite sur le terrain » au parc le 7 décembre dernier, afin d’enquêter par eux-mêmes sur les scandales de corruption qui l’entourent. Des millions de bhats auraient été détournés par certains militaires en charge de sa construction (voir notre revue de presse du 10 novembre 2015).

Dans un second article, le média d’information Prachatai indique également que la municipalité où a été implanté le parc, Hua Hin, devrait bientôt payer pour sa maintenance – quand bien même il s’agit d’un projet mis en place par le ministère de la Défense… En tout, 3 500 dollars devraient être déboursés chaque mois à cet effet. Le maire de Hua Hin doit encore donner son accord, tempère néanmoins le média.

Asie du Sud

The Express Tribune – Certes, les liens entre le Pakistan et l’organisation Etat Islamique sont nombreux. The Express Tribune liste les événements terroristes qui ont été attribués à Daech en lien avec le pays : la tuerie de novembre à San Bernardino (Californie) tuant 14 personnes, perpétrée par une femme pakistanaise, ou encore le meurtre de deux policiers français ce lundi 13 juin, par un homme ayant prêté allégeance à Daech et ayant appartenu à une filière pakistanaise. Mais « Islamabad nie officiellement la présence formelle de Daech sur son territoire », rapporte le quotidien.

La concurrence de « groupes extrémistes déjà implantés » au Pakistan pourrait y expliquer l’échec de Daech. Jawad Al-Tamimi, expert au Forum américain du Moyen-Orient, « ne voit pas l’organisation Etat islamique gagner des territoires conséquents, ni menacer durablement le Pakistan en tant que nation ». Surtout, pour l’institut de recherche américain, la domination d’Al-Qaïda et des Talibans sera difficile à contourner pour Daech. Les attaques revendiquées par le groupe terroriste au Pakistan sont « rares », d’après The Express Tribune , qui cite l’attaque au pistolet, en 2015, d’un bus à Karachi tuant 44 personnes, comme « la plus importante ».

Pourtant, certains Pakistanais sont bien séduits par l’idéologie de Daech. Islamabad estime que 700 jeunes auraient déjà rejoint les rangs de l’organisation terroriste. Ce qui fait dire à Jawad Al-Tamimi : « Daech recrute et attire les membres déçus des Talibans. » Les autorités pakistanaises affirment, par ailleurs, contrer les techniques de recrutement de Daech, notamment sur Internet. Si l’organisation Etat Islamique a bien des difficultés à s’implanter durablement au Pakistan, il ne faut pas sous-estimer les « loups solitaires » qui peuvent agir seul, conclut le quotidien pakistanais.

Firstpost – C’est peut-être le moment ou jamais. Celui pour Narendra Modi de faire enfin passer sa réforme fiscale. « La plus grande jamais réalisée » en Inde, d’apès Firstpost. « Le soleil est revenu » pour le Bharatiya Janata Party (BJP) affirme ainsi le site indien. Vainqueur ou allié aux partis gagnants dans plusieurs Etats indiens lors des dernières élections locales, le parti nationaliste hindou du Premier ministre pourrait faire voter la « Loi fiscale sur les Biens et Services » (Goods and Services Tax Bill – GST) portée par le ministre des Finances, Arun Jaitley. Jaitley a dû faire face à une forte opposition ces derniers mois, rappelle Firstpost, mais les sièges remportés dans les Etats de l’Assam ou du Kerala pourraient changer la donne.

Arun Jaitley a ainsi profité de la réunion des ministres des Finances de 22 Etats mardi à Calcutta pour appeler à la cohésion autour de la réforme fiscale. Une réussite d’après le porteur du projet : « Tous les Etats se sont mis d’accord sur les grandes lignes de la loi, à l’exception du Tamil Nadu. » A la chambre haute, l’Alliance démocratique nationale (NDA), coalition menée par le BJP, possède la majorité des sièges, ce qui donne une bonne marge de manœuvre au parti au pouvoir. Mais, rappelle le Firstpost, la situation est différente à la chambre basse où la NDA est minoritaire.

La marge de manœuvre globale reste mince pour le BJP, ce qui explique pourquoi le ministre des Finances « travaille nuit et jour » pour convaincre les partis politiques régionaux. Dans le même temps, Sonia Gandhi, leader du parti du Congrès opposé à la loi, multiplie elle aussi les alliances, rappelle le site indien.

Bdnews24« Les leaders mondiaux prennent conscience des politiques de tolérance zéro mises en place par le Bangladesh contre le terrorisme et le militantisme. » Devant le parlement de Dacca, Sheikh Hassina, la Premier ministre bangladaise, s’est ainsi félicitée de l’arrestation de 3 000 personnes samedi 11 juin, parmi lesquels 37 militants islamistes, en réaction aux assassinats en série que connaît le pays.

Le Times of India indique que 27 d’entre eux appartiennent au mouvement islamiste Jamayetul Mujahideen au Bangadesh (JMB). La Premier ministre s’est directement attaquée à l’organisation : « Le Bangladesh est un petit pays, aucun ne s’en sortira, ce ne sera pas difficile de les trouver. Nous les présenterons devant la justice. » Elle a aussi appelé le peuple à faire acte de citoyenneté : « S’il vous plait, ne soyez pas spectateur quand une personne se fait attaquer. Essayez de résister et d’attraper ces criminels. La police et le gouvernement seront à vos côtés. »

Cette répression fait suite aux nombreuses attaques qui se sont déroulées dans le pays ces dernières semaines. Les cibles étaient notamment des activistes ainsi que les minorités religieuses. Certaines attaques ont été revendiquées par Al-Qaïda dans la péninsule indienne alors même que les autorités de Dacca ont nié sa présence sur le sol bangladais. Vendredi 10 juin, un travailleur hindou d’un ashram était tué à la machette, quelques jours après la mort d’un prêtre hindou lui aussi. Deux attaques revendiquées par l’EI. Depuis l’année dernière, les attaques ont fait plus de 30 morts, montrant l’incapacité du pays à prévenir ces attentats, souligne The Times of India. Mais le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) craint une instrumentalisation de ces crimes, accusant le gouvernement de se servir des arrestations pour s’attaquer à des opposants politiques.

Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Liu Zhifan, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris

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