Revue de presse Asie - 9 juin 2016

Navire chinois aux Senkaku Diaoyu, anniversaire royal en Thaïlande et travail d'image de Modi

Les Thaïlandais sont appelés à se parer de jaune, couleur du roi, pour les 70 ans de règne du monarque ultra-populaire. Copie d'écran du Bangkok Post, le 9 juin 2016.
Les Thaïlandais sont appelés à se parer de jaune, couleur du roi, pour les 70 ans de règne du monarque ultra-populaire. Copie d'écran du Bangkok Post, le 9 juin 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Pour Pékin, la propagande chinoise n’est ni assez ciblée, ni assez efficace. Les inspecteurs du gouvernement ont sévèrement critiqué les cadres du département de la Propagande, estimant qu’ils n’ont pas pris les mesures nécessaires pour promouvoir l’idéologie du parti et contrôler les médias en ligne, les collèges et universités.

Cette déclaration intervient alors que le gouvernement de Xi Jinping se montre de plus en plus autoritaire, rappelle le South China Morning Post. L’année dernière, de nombreux activistes, avocats et plaignants ont été arrêtés par les autorités. Le gouvernement a également mis en garde les universités contre l’utilisation de livres qui « encouragent des valeurs occidentales ». En février déjà, le président Xi Jinping, lors d’un passage sur la chaine CCTV (la télévision d’Etat), avait annoncé que les médias d’Etat devaient montrer une « loyauté absolue au parti ».

Le site internet de la commission d’inspection rapporte les propos de son président Wang Haichen. Selon lui, le département de la Propagande « manque de profondeur dans ses recherches pour développer le marxisme chinois contemporain ». Il demande ainsi à l’organe du Comité central du PC de renouveler sa propagande pour la rendre « plus séduisante et contagieuse » . L’objectif est d’éviter les « mauvaises tendances de pensée »

Mainichi Shimbun – Alerte rouge en Mer de Chine de l’Est. Un navire chinois a été observé aux alentours de 1h du matin près de l’île de Kuba, dans l’archipel des Senkaku/Diaoyu. Le ministère japonais de la Défense indique néanmoins qu’il n’y a pas eu intrusion dans les eaux territoriales japonaises.

Les îles Diaoyu/Senkaku sont contrôlées par le Japon mais sont revendiquées par la Chine et par Taiwan depuis plusieurs décennies. Des gardes-côtes chinois sont regulièrement observés dans les zones alentours, mais c’est la première fois qu’un tel navire, une frégate Jiangkai de classe I, y est aperçu. Dans une conférence de presse, le secrétaire général du Cabinet Yoshihide Suga s’est empressé de déclarer que les actions de la Chine sont « préoccupantes » et « font monter les tensions », avant d’ajouter que « les iles Senkaku sont une partie inhérente du territoire japonais sur les bases du droit international et de l’Histoire ». Immédiatement contacté par Tokyo, l’ambassadeur de Chine au Japon a déclaré que la Chine pourrait rapidement justifier ses actions. Il s’est néanmoins montré préocuppé par une possible montée des tensions et s’est immédiatement entretenu avec son gouvernement pour transmettre les revendications du Japon. Par ailleurs, trois vaisseaux militaires russes ont été aperçus dans la zone au même moment. « Il est possible que le navire chinois allait à la rencontre des vaisseaux russes », estime le ministère japonais de la Défense.

Korea Times – En 2012, une annonce publique de la Corée du Nord informait que Ri Yong-ho, un ancien vice-maréchal, avait été relevé de ses fonctions pour maladie. Mais selon NHK, l’organisme principal de radiodiffusion au Japon, ce haut gradé de l’Armée de Corée du Nord a été « purgé » pour avoir mobilisé des troupes sans la permission de Kim Jong-un.

Le groupe audiovisuel se serait procuré une clé USB contenant 12 000 pages de documents confidentiels concernant la Corée du Nord. L’un de ces papiers indiquait : « Certaines troupes ont subi la pression des ordres de Ri, ce batârd de contre-révolutionnaire, qui a osé défier l’idéologie du leader suprême, Kim Jong-un. »

South China Morning Post – Le journaliste du South China Morning Post ne mâche pas ses mots. Selon lui, Lancôme est une marque « incompétente », car elle fait preuve d’une double erreur stratégique. Et pour cause, la marque du groupe L’Oréal a annulé un concert gratuit de la chanteuse Denise Ho, pour des « raisons de sécurité ». Drôle de coïncidence, quand on sait que la chanteuse hongkongaise est célèbre pour ses positions pro-démocratie et sa résistance au gouvernement chinois… Quelques jours plus tôt, d’ailleurs, Pékin s’en était plaint.

Ayant déjà conclu plusieurs contrats avec la chanteuse, connue entre autres pour avoir posé fièrement avec le Dalaï-lama, la réputation de Lancôme auprès du public chinois est déjà endommagée. Mais en annulant le concert, la marque française s’est également attirée les foudres du public hongkongais. La chanteuse elle-même accuse Lancôme de « s’agenouiller face à une hégémonie intimidante » avant d’ajouter que son éviction concerne tous ceux qui « croient en la liberté, la justice et l’égalité ».

Le journaliste du South China Morning Post se permet d’ironiser : finalement, « Lancôme aurait dû inviter Kate Winslet, Julia Roberts ou Emma Watson. Leurs prestations ont beau coûter plus cher que celles de Denise Ho, le contre-coup du public [hongkongais] coûtera plus cher à la marque qu’un aller-retour Etats-Unis / Hong Kong. »

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – C’est le monarque dont le règne est le plus long au monde. Pour célébrer les 70 ans au pouvoir de Rama IX (nom dynastique du roi Bhumibol), les Thaïlandais se sont habillés en jaune à travers tout le pays ce jeudi 9 juin. Considéré comme un « demi-dieu », Rama IX incarne l’un des plus puissants ferments d’unité nationale de ce pays divisé. « Quand il s’agit de montrer son respect et sa loyauté à Sa Majesté, le peuple met de côté ses différends politiques et religieux, arpentant les rues tout de jaune vêtu » avance le Bangkok Post.

Pour les 70 ans de règne, la Banque de Thaïlande a spécialement créé des billets de 70 baht (1€74 environ) à l’effigie du monarque, que les Thaïlandais se sont arrachés aux guichets de banque. D’autres se sont rendus au Siriraj Hospital, où le roi est actuellement pris en charge, pour des cérémonies religieuses. Reuters rappelle en effet que le roi est hospitalisé depuis plus d’un an et qu’il a subi une opération du cœur ce mardi 7 juin, alors qu’il est âgé de 88 ans. Sa succession est par conséquent un sujet d’inquiétude pour la population thaïlandaise. Le prince héritier, Vajiralongkorn 63 ans, est le successeur désigné mais Reuters précise qu’« il ne jouit pas du même degré d’attachement du peuple thaïlandais que son père ».

Myanmar Times – La vaste entreprise de « vérification de citoyenneté » se poursuit dans l’Arakan. Lancé ce mardi 7 juin, le projet vise à relever le nombre exact d’habitants des trois comtés à majorité musulmane de l’Etat birman auxquels ont été distribuées des « cartes bleu clair » – papiers d’identité temporaires remplaçant la « carte blanche » supprimée l’année dernière – et à recenser les individus éligibles à l’obtention de cette même « carte bleu clair ». Objectif : organiser par la suite un examen au cas par cas permettant de délivrer des cartes d’identité permanentes et l’octroi de la citoyenneté birmane.

Le plan devrait durer 100 jours, mais le ministère de l’Immigration et de la Population n’exclut pas de le prolonger à six mois si nécessaire. Le Myanmar Times précise que les nouvelles cartes n’incluent pas de distinction de « race » ou de « religion » pour « éviter les controverses sémantiques et les conflits sectaires ». Citée par le quotidien birman, Radio Free Asia rapporte que certains habitants ont déjà refusé de jouer le jeu, dénonçant le fait de ne pouvoir s’identifier comme Rohingya – minorité musulmane considérée comme apatride par la Birmanie et qui ne fait pas partie des 135 groupes ethniques reconnus par le pays. Le Myanmar Times précise que très peu d’individus ayant rendu leur carte blanche l’année dernière ont bénéficié en retour d’une carte bleu clair.

Channel News Asia – Le flou est levé. Aucune rançon n’aurait été payée pour obtenir la libération des quatre pêcheurs kidnappés par Abou Sayyaf en avril (voir notre revue de presse du 8 juin). Lors d’une conférence de presse à Kuala Lumpur ce jeudi 9 juin, le général Khalid Abu Bakar est d’abord resté muet sur les conditions de la libération. Mais l’insistance des journalistes l’aura finalement conduit à avouer que la « suspension du commerce de troc » pourrait bien en être la cause. La suspension de deux mois imposée par la Malaisie en avril entre Sabah et le sud des Philippines aurait mis la pression sur le groupe séparatiste, d’après le Star Online cité par Channel News Asia.

Le chef de la police malaisienne a ajouté que les anciens otages sont désormais à Sandakan (Malaisie) pour y subir des examens médicaux. Le général a aussi tenu à rassurer sur leur état de santé. Ils devraient rentrer aujourd’hui à Kota Kinabalu.

Asie du Sud

Times of India – Les visites répétées de Narendra Modi aux Etats-Unis sont aussi une affaire de communication. C’est en tout cas l’analyse du Times of India, selon lequel les quatre séjours du Premier ministre indien à Washington depuis 2014 lui ont permis d’atténuer son image sulfureuse liée aux pogrums du Gujarat, pour lesquels il ne s’est toujours pas excusé [le Gujarat est un Etat indien que Modi dirigeait en 2002, lorsque de violents affrontements à l’encontre de musulmans ont explosé sans véritable opposition du gouvernement, ndlr]. C’est son rapprochement avec Barack Obama, « engagé en faveur des droits pour les minorités », qui a permis au Premier minsitre indien de défaire progressivement sa réputation d’homme « froid », « borné » et « égoïste », explique le quotidien. D’aucuns restent néanmoins dubitatifs – comme le New York Times qui décrivait récemment le rapprochement entre Obama et Modi comme « l’amitié la plus improbable » qu’ait liée le Président américain depuis son accession au pouvoir…
Dawn – Hors de question pour le Pakistan de laisser le vent tourner. Désormais que New Delhi dispose du soutien officiel de Barack Obama pour adhérer au Groupe des Fournisseurs nucléaires (NSG), Islamabad a demandé les mêmes faveurs à l’administration américaine et au Congrès, rapporte Dawn. L’ambassadeur pakistanais aux Etats-Unis, Jalil Abbas Jilani, se justifie dans une lettre envoyée au comité des Affaires étrangères du Congrès : « Le désir pakistanais d’adhérer au NSG dispose de solides fondements en matière d’expérience technique, de potentiel et d’engagement ferme pour la sécurité nucléaire. » Mais la comparaison avec l’Inde n’est jamais très loin : « Le Pakistan a toujours estimé qu’une approche non-discriminatoire, reposant sur des critères bien établis, qui traiterait l’Inde et le Pakistan de la même manière tout en les incitant à prendre des engagements appropriés en matière de non-prolifération, permettrait de renforcer non seulement le régime de non-prolifération à l’échelle internationale, mais aussi la stabilité en Asie du Sud. »

L’enjeu de l’accession de l’Inde et du Paksitan au NSG a été de nouveau soulevé par la récente visite de Narendra Modi à Washington. Le soutien américain à la candidature de New Delhi peut être interprété comme une volonté de renforcer l’alliance indo-étasunienne face à la Chine, dont la quête d’hégémonie régionale déstabilise les Etats-Unis. Néanmoins, c’est justement Pékin qui bloque l’adhésion indienne au NSG, considérant qu’elle se ferait au détriment du Pakistan (voir notre revue de presse du 7 juin).

Scroll.in – C’est la première fois que le gouvernement srilankais admet les « atrocités » commises lors de la guerre civile (1983-2009). Colombo a ainsi reconnu hier, mercredi 8 juin, que 65 000 individus ont disparu au cours des 26 années de conflit qui ont opposé la majorité cinghalaise à la minorité tamoule, d’une part, et à des insurgés marxistes, d’autre part. Tous leurs noms n’ont pas encore été répertoriés par les autorités, mais des « certificats d’absence » seront délivrés à leurs proches pour « gérer temporairement leurs propriétés et leurs avoirs », indique Reuters. En outre, l’actuel président srilankais Maithripala Sirisena s’est engagé à appliquer une résolution de l’ONU demandant la tenue « d’enquêtes indépendantes » pour mettre en lumière d’éventuels « crimes de guerre » – ce qu’avait toujours refusé son prédécesseur Mahinda Rajapaksa.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil, Alice Hérait, Liu Zhifan et Juliette Morillot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris