Revue de presse Asie - 10 novembre 2015

Les plans d’Aung San Suu Kyi, l’opposition taïwanaise renforcée et Modi à Londres

Dans une interview donnée au media singapourien Channel News Asia, Aung San Suu Kyi dévoile une partie de sa stratégie post-électorale si la victoire écrasante de la LND se confirme. Copie d’écran de Channel News Asia, le 10 novembre 2014.

Asie du Sud-Est

Birmanie : lenteurs de la commission électorale, Aung San Suu Kyi dévoile ses plans

Myanmar Times – Elle avait promis les résultats définitifs pour le 29 novembre. Mais à ce rythme, pas sûr que la Commission électorale birmane parvienne à tenir la deadline. Le comptage des votes suite aux élections législatives de ce dimanche 8 novembre, les plus libres en Birmanie depuis 1990 et à plus forte raison depuis le coup d’Etat de 1962, prend plus de temps que prévu. En cause : le processus de vérification des voix, qui est censé être d’abord effectué par des commissions électorales locales puis par la commission électorale nationale (UEC), dirigée par un ancien militaire.
Mais ce processus ne serait pas entièrement respecté. Selon la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi – donné grand vainqueur avec plus de 70% des voix selon les premières estimations – l’UEC aurait demandé à certains cantons de lui envoyer directement les résultats, sans passer par les commissions locales. Pas de panique pour les observateurs internationaux, qui y voient plutôt la volonté de l’UEC de contrôler la diffusion des résultats plutôt que de les falsifier.
De son côté, Aung San Suu Kyi a donné aujourd’hui une interview video au media singapourien Channel News Asia. Elle y évoque enfin ses plans après être restée évasive plusieurs semaines sur son rôle après les élections. Selon la Prix Nobel de la Paix, si la LND remporte les élections, un président sera bel et bien élu afin de remplir les exigences constitutionnelles. Mais il s’agira d’un leader fantoche qui « devra parfaitement comprendre qu’il ne disposera d’aucune autorité, et qu’il agira selon les décisions du parti. » Une décision logique, selon elle, puisque « dans tout pays démocratique, c’est le candidat du parti vainqueur qui gouverne ; si la constitution ne le permet pas, nous devons effectuer quelques arrangements pour procéder selon les grandes lignes démocratiques ». Aung San Suu Kyi avait déclaré quelques jours avant l’élection qu’en cas de victoire de son parti, elle se situerait « au-dessus du président ».

Thaïlande : corruption et lèse-majesté autour du parc historique Ratchapakdi

Bangkok Post – Le projet de parc historique Ratchapakdi, à 200 kilomètres au sud de Bangkok et dans lequel sont érigées des statues géantes de sept grands rois siamois ou thaïlandais du passé, est empêtré dans un énorme scandale de corruption et de crime de lèse-majesté. Attiya Achikulwisut revient sur cette affaire qui fait la Une de la presse locale depuis plusieurs jours. Le projet a été entièrement financé par des donations du public, mais, selon une enquête de la police, il est perclus de corruption. L’éditorialiste réclame plus de transparence, surtout de la part des militaires qui ont piloté le projet, sinon les visiteurs du parc risquent de ne pas penser à la gloire du Siam d’antan en voyant les statues, mais plutôt à la façon scandaleuse dont le projet a été géré.

Indonésie : le gouvernement ne veut pas d’un tribunal étranger sur le massacre de 1965

Jakarta Post – Dans le contexte du « Tribunal populaire international pour 1965 » dont la tenue commence ce 10 novembre à La Haye, le gouvernement indonésien refuse que les massacres de 1965-1966, qui auraient causé la mort d’un million de communistes ou pro-communistes indonésiens, soient portés devant une cour étrangère. Selon le procureur général indonésien HM Prasetyo, c’est à l’Indonésie de « régler ses propres problèmes » : « le gouvernement essaie de résoudre des cas de violation [des droits de l’homme], mais il y a tant de choses à préparer et dont il faut débattre », explique-t-il.

Indonésie : Soeharto, « héros national » ?

Jakarta Post – Personnalité controversée, la nomination de Soeharto (président de 1967 à 1998) comme « héros national » par le gouvernement indonésien pose problème. D’un côté, il est vu comme un dictateur dont le bilan en matière de droits de l’homme et de corruption est « très mauvais ». De l’autre, il est considéré comme la force motrice du développement indonésién. En Indonésie, le 10 novembre est la « Journée des héros », qui commémore la bataille de Surabaya en novembre 1945. La bataille a opposé la jeune armée indonésienne à des troupes britanniques venues désarmer les troupes d’occupation japonaises et libérer les Européens détenus dans des camps.

Cambodge : l’appel de l’opposition aux observateurs internationaux

The Straits Times – En visite au Japon, le président du parti cambodgien d’opposition Cambodia National Rescue Party (CNRP) a demandé aux observateurs internationaux et aux leaders du « monde libre » de garder un oeil sur l’actuel Premier ministre Hun Sen et sur les futures élections de 2017 et 2018 dans le pays. Il y a quelques semaines, deux députés du CNRP se sont fait lyncher devant le Parlement cambodgien et Hun Sen a déclaré qu’une victoire du CNRP aux prochaines élections ferait de nouveau basculer le pays dans la guerre civile.

Philippines : visite du ministre chinois des Affaires étrangères sur fond de tensions en Mer de Chine du Sud

The Straits Times – A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Alors que l’administration de Xi Jinping, en place depuis 2013, n’a jamais organisé de visite officielle aux Philippines en raison du conflit de souveraineté qui oppose les deux pays en mer de Chine méridionale, la récente déclaration de compétence de la Cour d’arbitrage de La Haye sur le litige territorial entre Pékin et Manille dans les îles Spratleys change la donne… Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, se rend aujourd’hui à Manille pour « améliorer leurs relations [bilatérales] » et préparer la venue de Xi Jinping la semaine prochaine, dans le cadre du sommet de l’APEC. Wang Yi doit rencontrer son homologue philippin, Albert del Rosario. Cette visite quasi surprise pourrait bien indiquer une inflexion de la position chinoise en mers de Chine, après qu’un patrouilleur américain a navigué près d’îlots artificiels sur lesquels Pékin revendique sa souveraineté.

Asie du Nord-Est

Taïwan : la rencontre historique entre Ma et Xi consolide l’avance de Tsai Ing-Wen, candidate de l’opposition

South China Morning Post – C’est raté pour le Kuomintang (KMT). Le sommet historique entre les présidents des deux Chine ce samedi 7 novembre à Singapour – après deux années de négociation selon l’United Daily News – ne profite pas dans les sondages au candidat du KMTà la présidentielle de janvier 2016. Donnée gagnante avec 45,2% des intentions de vote à la mi-octobre, la candidate du Parti démocrate-progressiste (DPP), Tsai Ing-wen, est désormais créditée de 48,6% des voix selon un sondage publié hier lundi (+3,4 points). Le candidat du KMT, Eric Chu, passe de 21,9% à 21,4% (-0,5 points). Le South China Morning Post rappelle que les positionnements considérés comme pro-Pékin du président Ma Ying-jeou sont plutôt mal perçus par l’opinion publique taïwanaise. Selon un autre sondage, 46,8% des Taïwanais s’accordent avec Tsai Ing-wen pour dire que Ma Ying-jeou n’a pas suffisamment défendu la souveraineté et les intérêts de Taïwan lors de sa rencontre avec Xi Jinping (seuls 32,9% pensent le contraire).

Chine : taux d’inflation en baisse

South China Morning Post – Et encore un indicateur du ralentissement économique chinois. En octobre 2015, le taux d’inflation du pays (1,3%) est en baisse par rapport à celui d’octobre 2014. Pour les experts relayés par le South China Morning Post, c’est le signe d’une demande intérieure en déclin. Le panorama économique chinois semble de plus en plus morose après l’annonce il y a quelques semaines d’une croissance du PIB établie à 7,4% en 2014, à son niveau le plus faible depuis près d’un quart de siècle…

Corée du Sud – Japon : de nouveaux pourparlers sur les femmes de réconfort

The Korea Herald – C’est l’une des principales pierres d’achoppement des relations entre Tokyo et Séoul. La Corée du Sud a annoncé que se tiendra, à partir de demain, la 10e série de pourparlers avec le Japon sur la question des « femmes de réconfort » (femmes majoritairement coréennes forcées de se prostituer auprès des soldats nippons pendant la Seconde Guerre mondiale). Cette annonce intervient quelques jours après la première rencontre entre Shinzo Abe et Park Geun-hye, au cours de laquelle les deux parties se sont engagées à accélérer le processus des négociations sur cette question. La Corée du Sud, qui souhaite un règlement du dossier avant la fin de l’année, demande au Japon des excuses officielles et une compensation financière pour les 50 dernières « femmes de réconfort » encore vivantes.

Au Japon, des dizaines de millions d’habitants menacés par la montée des eaux

The Japan Times avec AFP – A l’aube de la COP21, le Japan Times s’intéresse aux conséquences du réchauffement climatique et de la montée des eaux sur le Japon. Avec une hausse des températures de 4 degrés par rapport à l’ère pré-industrielle, les habitations de 34 millions de Japonais se retrouveraient englouties par la mer. Et même si la hausse n’était que de 2 degrés (c’est l’objectif de la COP21), 18 millions de Japonais seraient tout de même touchés… C’est à Tokyo et Osaka que les conséquences seraient les plus désastreuses : 30% et 38% de leur population respective seraient affectées par la montée des eaux avec une hausse des températures de 4 degrés. D’après le rapport du centre de recherche américain Climate Central, les autres pays asiatiques les plus menacés par la montée des eaux sont la Chine, le Vietnam, les Philippines, le Bangladesh et l’Inde.

Asie du Sud

Inde : en visite au Royaume-Uni, Modi recherche les investissements

Livemint – Pour sa première visite au Royaume-Uni en tant que Premier ministre, Narendra Modi voit les choses en grand. Après un déjeuner avec la reine Elisabeth II, le Premier ministre indien doit s’adresser au Parlement et tenir un meeting devant 60 000 Indiens de la diaspora (le plus grand événement jamais donné par un leader étranger au Royaume-Uni). Objectif : attirer toujours plus d’investissements dans son pays, déjà favorisés par une série de réformes économiques. Un revirement total de situation pour celui qui, encore récemment, était privé de visa en raison de son implication dans les pogroms du Gujarat (2002).

Pakistan : le port de Gwadar loué pour 43 ans à la Chine

The Express Tribune – A partir de demain mercredi 11 novembre, la zone de libre-échange de Gwadar au Pakistan passera sous contrôle chinois pour une durée de 43 ans. Sa gestion reviendra à l’entreprise d’Etat Chinese Oversees Ports Holding Company Ltd (COPHCL). Il s’agit à ce jour de l’une des plus grandes concrétisations du corridor économique Chine-Pakistan – l’une des six branches de la nouvelle route de la soie voulue par Xi Jinping (voir nos infographies) – qui doit relier la Chine à la mer d’Arabie via des infrastructures énergétiques et de transport. The Express Tribune rappelle que la Chine avait largement contribué à la construction du port de Gwadar en 2007, en termes financiers comme techniques.

Pakistan : la population la plus pauvre sera encore plus appauvrie avec le réchauffement climatique

The Express Tribune – Selon un récent rapport de la Banque mondiale, le réchauffement climatique pourrait faire baisser de 8% les revenus de 40% des Pakistanais qui constituent déjà la population la plus pauvre du pays. L’impact négatif sur les récoltes et la hausse des prix alimentaires pourraient contribuer à une augmentation du taux de pauvreté entre 10% et 30% dans le pays… Des chiffres plus élevés que prévus, alors même que le Pakistan n’a toujours pas déposé sa contribution nationale à moins de 3 semaines de l’ouverture de la COP21.

Maldives : levée de l’état d’urgence

Haveeru online – Déclaré il y a un peu plus d’une semaine pour une durée initiale de 30 jours, l’état d’urgence a été levé aux Maldives ce mardi 10 novembre. Dans sa déclaration lue par le procureur général, le président Abdulla Yameen indique que la situation intérieure ne constitue plus une « menace pour le peuple » et qu’il a entendu les remarques faites par les partenaires internationaux des Maldives sur la « restauration des droits et libertés consacrés par la Constitution » permises par la levée de l’état d’urgence.
Par Joris Zylberman et Alexandre Gandil, avec Arnaud Dubus à Bangkok, Victor Yu à Taipei, Clea Chakraverty et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris