Revue de presse Asie - 21 avril 2016

Nouveau titre pour Xi Jinping, peine de mort indonésienne et année d'après au Népal

Xi Jinping dans son nouvel uniforme . Copie d'écran du “South China Morning Post”, le 21 avril 2016
Xi Jinping dans son nouvel uniforme . Copie d'écran du “South China Morning Post”, le 21 avril 2016

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Mercredi 20 avril, Xi Jinping, étrennant sa tenue de camouflage, est venu révéler son nouveau titre: « commandant en chef des commandements conjoints de l’Armée populaire de libération (PLA) ». Le président chinois a déclaré que le nouveau commandement de l’armée sera « loyal, plein de ressources au combat, efficace dans son commandement, et capable de gagner des guerres ».

C’était la première fois que les médias dévoilaient ce titre, qui s’ajoute aux trois autres : secrétaire général du Parti communiste chinois, président de la République populaire de Chine et chef de la Commission militaire centrale (CMC). Ce nouveau titre comprend des attributions autres que celles du CMC, responsable de la gestion de l’armée et de la défense, puisque y sont notamment intégrées les stratégies de combat.

Les experts estiment que Xi a atteint un niveau d’autorité comparable à celui de Mao Zedong ou de Deng Xiaoping à leur époque. Il peut ainsi donner des ordres aux commandants militaires régionaux. A l’inverse, pour Jiang Zemin et Hu Jintao, les deux prédécesseurs de Xi, la coopération directe avec des militaires de haut rang demeurait complexe.

South China Morning Post« Tenir en compte l’opinion publique » et « montrer plus de patience et de tolérance » envers les utilisateurs d’internet. C’est ce que Xi Jinping a déclaré mardi 19 avril, lors d’un forum sur la cyber sécurité.
Ainsi, le président chinois appelle à plus de tolérance envers les critiques « bien attentionnées » à l’égard du gouvernement, et quel que soit leur contenu.

Toutefois, lorsque, quelques heures plus tard, l’agence d’Etat Xinhua a retranscrit sur son compte Weibo (équivalent de Twitter en Chine) les moments forts du discours, les internautes souhaitant commenter la publication se sont trouvés confronté au message suivant: « Aucun commentaire n’est autorisé sur cette publication Weibo ».
La publication, partagée plus de 5000 fois, n’a reçu que 16 commentaires. Parmi eux, seuls 2 ont été affichés.

D’après le site web Free Weibo, qui traque les informations censurées sur le net, les commentaires et les publications des personnes qui se sont permis de débattre sur l’appel de Xi auraient été supprimés.

Depuis l’entrée en fonction de Xi Jinping en 2013, les autorités chinoises ont renforcé leur emprise sur le net, et les réseaux sociaux sont beaucoup plus sujets à la censure et au contrôle

The Straits Times – Le Premier ministre japonais a envoyé ce jeudi 21 avril son offrande rituelle au mémorial des soldats japonais morts au combat de Yasukuni. C’est un « geste qui risque de provoquer la colère de la Chine » prévient le quotidien singapourien. Cela d’autant plus que cette visite intervient au moment même où le ministre des Affaires étrangères nippon, Fumio Kishida, prépare sa visite à Pékin. Ce dernier a prévu d’y rencontrer son homologue Wang Yi le 30 avril afin d’essayer d’« apaiser les tensions autour des questions de souverraineté territoriale, notamment en mer de Chine du Sud ».
Et The Straits Times de rappeler que la dernière visite de Shinzo Abe en personne à Yasukuni en décembre 2013 avait soulevé une importante vague de critiques de la part de la Chine et de la Corée du Sud, mais aussi du puissant allié américain car les dépouilles de « 14 généraux japonais reconnus comme criminels de guerre par le Tribunal de guerre international » (de Tokyo en 1945, Ndrl) sont présentes dans ce mémorial.

Asie du Sud-Est

The Jakarta Post« C’est une affaire de semaines. » La police de Cilacap, au cœur de l’île indonésienne de Java, se prépare pour mener la troisième série d’exécutions sous le mandat du président Jokowi. Plusieurs condamnés à mort indonésiens et étrangers pour trafic de drogue, détenus à la prison de Nusakambangan, seront ainsi fusillés lorsque l’ordre d’exécution sera émis. Lors de sa rencontre avec son homologue allemand Joachim Gauck avant-hier mardi 19 avril, le président indonésien Jokowi a réaffirmé la nécessité de maintenir la peine de mort dans l’archipel, qu’il décrit « en état d’alerte face à la toxicomanie ». D’après lui, environ 40 à 50 Indonésiens mourraient chaque jour d’une consommation abusive de drogue. Le Jakarta Post rappelle que les deux séries d’exécutions en 2015 ont coûté la vie à 14 détenus.
Straits Times – Face à la multiplication des critiques du projet de Constitution qui doit être mis au vote par reférendum le 7 août prochain, le gouvernement thaïlandais impose peu à peu ses limites. Des limites dont le Straits Times fait état en rappelant les mesures prises par le régime pour réduire l’opposition au silence. La détermination de la junte à défendre le projet de Constitution a pu être largement observée lundi 18 avril lorsque l’ancien député du Pheu Thai, Watana Muangsook, a été arrêté suite à sa convocation par le Conseil national pour la paix et l’ordre. Watana s’était montré critique vis-à-vis du projet de Constitution, conçu pour affaiblir les prochains gouvernements élus. Le lendemain, quelques activistes – dont cinq ont été arrêtés, puis relaxés – s’étaient réunis pour demander sa libération. « Nous sommes pour la démocratie. Nous voulons montrer que ce n’est pas parce que nous restons silencieux, que nous avons peur pour autant, » avait indiqué l’un des protestataires. Mercredi soir, Watana n’avait toujours pas été relâché.

Lundi, le général Prawit, ministre de la Défense, a indiqué que quiconque porterait un t-shirt contre le projet de Constitution se le verrait confisquer. « Vous pouvez approuver ou désapprouver (le texte), mais ne l’exprimez pas (en public) et gardez le pour vous, » aurait-il déclaré. Selon les règles qu’essaye d’institutionaliser le gouvernement, quiconque incitant à voter en faveur ou en défaveur du projet encourerait une peine allant jusqu’à 10 ans de prison et 200 000 bahts d’amende (7700 dollars).

Bangkok Post« L’affaire ne peut en aucun cas être considérée comme normale. » En Thaïlande, le recrutement d’un individu dans l’armée à un poste d’officier subalterne sans passer les tests de compétences est chose courante. Mais pour l’éditorialiste du Bangkok Post, la nomination de Patipat Chan-ocha, fils de Preecha Chan-ocha, officier haut gradé, secrétaire d’Etat permanent à la Défense et frère du Premier ministre thaïlandais, à un poste de sous-lieutenant sans passer ces tests de compétence ne doit pas être considérée comme « normale ». Le journal accuse les dirigeants du régime militaire d’avoir défendu la nomination de Patipat aux département des Affaires civiles de la 3ème Armée,’affectation qui a fuité sur les réseaux sociaux le jeudi 14 avril. L’oncle du jeune homme, qui n’est autre que le Premier ministre Prayuth Chan-ocha et le vice-Premier ministre Prawit Wongsuwon ont, quant à eux, jugé la nomination légitime.

Ce discours renforce les accusations de népotisme à l’encontre du régime. Et l’éditorialiste de dénoncer l’hypocrisie de la junte qui, lors du coup d’Etat de 2014, avait promis de lutter contre… le népotisme et la corruption. L’affaire illustre un système de recrutement opaque qui désavantage des jeunes gens également qualifiés souhaitant intégrer l’armée, par ailleurs financée par le contribuable.

Le journal espère ainsi que les avis de la Commision nationale anti-corruption et le bureau d’Ombudsman, chargé d’étudier les différends de type administratif – saisis par le secrétaire général de l’Association de protection de la Constitution – établiront un précédent pour parer à ce genre de recrutement.

Patipat Chan-ocha, peut-être le moins fautif dans l’affaire, pourrait aider sa famille à se sortir du scandale. Une campagne appelant à sa démission a été mise en ligne. « Une option qui mérite d’être prise en considération », conclut le journal.

The Straits Times – Rodrigo Duterte persiste et signe. Après la condamnation par les ambassadeurs des Etats-Unis et d’Australie de sa plaisanterie douteuse sur le viol d’une Australienne en 1989 – sur laquelle il aurait aimé « passer en premier » – le favori de la course à la présidence a déclaré qu’il n’hésiterait pas à rompre les relations diplomatiques avec les deux pays s’il accède au pouvoir. Depuis le lancement de sa campagne, Rodrigo Duterte qui semble ne redouter personne, ni même de se mettre à dos ses alliés, a déjà traité le pape de « fils de pute » et a promis « d’exécuter des milliers de criminels », rappelle le Straits Times

Asie du Sud

Firstpost – C’est un triste bilan que dresse le quotidien indien Firstpost au Népal, toujours sous les décombres un an après le séisme. Alors que l’Agence gouvernementale pour la Reconstruction n’a encore validé aucun projet et qu’un seul district (sur 75) commence à toucher les aides de Katmandou, les Népalais n’ont d’autre choix que de financer par eux-mêmes leurs travaux. La population paie les frais d’une « bureaucratie emmêlée » et du « malaise gouvernemental », explique le quotidien : ils sont encore des millions à vivre dans « des rangées d’abris temporaires en bois de récupération, couverts de tôle ondulée » tandis que des centaines de milliers d’enfants sont toujours déscolarisés. Et cela alors même que le Népal a reçu 4,1 milliards de dollars de promesses de dons depuis le 25 avril 2015 – quasiment les deux-tiers des 6,6 milliards nécessaires à la reconstruction du pays.
Channel News Asia – Alors que le processus de paix en Afghanistan piétine, la Chine semble prête à s’engager plus vivement dans la stabilisation et la reconstruction du pays, par-delà son rôle économique et commercial. C’est ainsi qu’hier mercredi 20 avril, Pékin a déclaré souhaiter renforcer sa coopération militaire avec Kaboul – mais sans ambitionner de « combler le vide » laissé par les troupes de l’OTAN qui se sont retirées fin 2014. En attestent les propos de Fang Fenghui – membre de la Commission militaire centrale chinoise – à Mohammad Hanif Atmar – conseiller pour Sécurité nationale du Président afghan – en faveur « du développement des renseignements antiterroristes, d’exercices conjoints, de formations du personnel et d’autres champs de coopération potentielle ».

La Chine aimerait d’ailleurs impliquer le Pakistan dans ces développements, accusé de mener double-jeu avec les Taliban. Objectif pour Pékin : stabiliser les foyers du terrorisme islamiste en Asie centrale et en Asie du Sud afin d’assurer la stabilité de sa propre province du Xinjiang, dans l’Est chinois. Disposant du statut de « région administrative spéciale » car peuplé majoritairement de Ouïghours musulmans, le Xinjiang est régulièrement frappé par des violences et des attentats que les autorités centrales chinoises imputent au Mouvement islamiste du Turkestan oriental (MITO), dont les liens avec les Taliban sont avérés.

Dawn – Certes, parce qu’ils sont la cible de groupes extrêmistes, d’organisations islamistes et des services secrets, les journalistes pakistanais pratiquent l’autocensure. Mais cela ne les empêche pas de figurer parmi « les journalistes les plus libres d’Asie » pour la couverture des « querelles politiques », d’après le dernier rapport de l’ONG Reporters sans frontières. Le Pakistan gagne ainsi 12 places par rapport au classement de l’année dernière, passant de la 159ème à la 147ème place (sur 180). Une dynamique salvatrice que le quotidien Dawn met en regard avec celle de l’Inde, dont le classement se dégrade (131ème) face aux violences croissantes exercées contre ses journalistes.
Par Alexandre Gandil, Juliette Buchez, Alice Hérait, Juliette Morillot et Antoine Richard.