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Analyse

Enquête sur la face cachée des élevages intensifs de porcs en Chine

Un exemple d'élevage porcin en Chine où les animaux sont parqués dans conditions critiquées dans le pays. DR.
Un exemple d'élevage porcin en Chine où les animaux sont parqués dans conditions critiquées dans le pays. DR.
Le Xin Jingbao (新京報), journal pékinois, a récemment mis lumière la face cachée des élevages intensifs de porcs en Chine, où les conditions de vie provoquent des maladies chez les truies, où les porcelets malades ou faibles sont abattus, souvent de manière cruelle. L’enquête publiée le 10 juin a été rapidement supprimée, comme le sont de nombreux articles jugés non conformes à la ligne du Parti communiste chinois.
Au cours des trois dernières années, Feng Yi faisait fréquemment le même rêve, dans lequel figurait une truie. Cette truie avait des paupières doubles, de grands yeux ronds et un regard humide. Dans ce rêve, elle demandait à Feng Yi, les larmes aux yeux, pourquoi il ne la sauvait pas, pourquoi il lui faisait subir tout cela.
Feng Yi, 27 ans, est issu d’une famille d’éleveurs de porcs du Fujian, dans le sud-est du pays. Fin 2022, il choisit de reprendre l’entreprise familiale et commence à effectuer des rotations au sein de l’exploitation. Début 2023, il s’était occupé de cette truie paralysée après la mise-bas. Dans le système d’exploitation d’un élevage où l’on vise une utilisation optimale des ressources, les porcs atteints d’une grave maladie, difficiles à soigner et ne générant aucun bénéfice économique, finissent tous par être euthanasiés.
Mais la truie venait tout juste de mettre bas et avait encore neuf porcelets à allaiter. Feng Yi décide donc de la garder et de s’en occuper. Pendant trois semaines, il lui donne à manger chaque jour à la louche, bouchée par bouchée. La truie faisait preuve d’une forte volonté de survivre : elle ouvrait grand les yeux lorsqu’elle mangeait et, dès qu’un peu de nourriture tombait par terre, elle tendait la langue de toutes ses forces pour la lécher. Malgré tout, une fois les porcelets sevrés, la truie, désormais incapable de reproduire, n’avait plus aucune valeur d’exploitation et était vouée à l’abattage. Un employé de longue date de l’exploitation a mis fin à ses jours en lui injectant du chlorure de potassium. Moins coûteux que les médicaments destinés à euthanasier, le chlorure de potassium inflige toutefois d’atroces souffrances à l’animal.

Les mauvais traitements infligés aux animaux destinés à l’abattage

Ce à quoi Feng Yi a été confronté n’est que la partie émergée de l’iceberg de l’ensemble de l’industrie animale. Dans les élevages intensifs, un grand nombre d’animaux écartés pour cause de maladie ou de faiblesse sont abattus, souvent de manière inhumaine : on les jette violemment au sol, on les projette contre les barreaux de leur enclos, on les frappe à coups de barre de fer ou on leur donne des coups de pied avec des chaussures à embout d’acier.
Au cours de l’année écoulée, le jeune homme a commencé à partager sur les réseaux sociaux son expérience et ses observations au sein des élevages porcins, amenant progressivement davantage de personnes à prendre conscience des problèmes liés au bien-être animal et à la détérioration de l’éthique des professionnels du secteur. Récemment, Feng Yi a commencé à faire « exprès » la démonstration, devant des journalistes en visite dans son élevage, de la manière dont on met à mort un porcelet, afin de montrer au public la pression psychologique que subissent les éleveurs de terrain, une profession dont la société ne se soucie guère.
Et ce, bien que les journalistes aient été attirés par une autre facette de sa personnalité : après avoir étudié à l’étranger et travaillé dans une grande entreprise de l’internet, n’ayant pas trouvé d’emploi, il rejoint finalement l’entreprise familiale. Désormais, il maîtrise parfaitement ce geste : soulever le porcelet et le jeter violemment au sol. Ce choc ne suffit généralement pas à le tuer. Certains porcelets, pleins de vitalité, se débattent au sol en poussant des grognements. Feng Yi jette alors le porcelet dans un coin et l’achève à coups de bottes à embout d’acier. Dans une entreprise, les ressources sont limitées et doivent être exploitées au maximum. En tant que fils d’un éleveur de porcs, Feng Yi comprend très bien cette logique commerciale.
Dans son élevage, une truie met au monde en moyenne 18 porcelets. Or, comme elle ne dispose que de 14 tétines, cela signifie que quatre porcelets ne parviennent pas à obtenir suffisamment de lait. Au début, les éleveurs intervenaient manuellement pour aider les porcelets les plus faibles. Feng Yi prenait les porcelets dans ses bras comme s’il s’agissait de bébés pour les nourrir. Chaque fois qu’il passait près d’eux, ces porcelets accouraient vers lui comme des chiots, levant la tête pour le pousser du museau et lui lécher la main.
Mais ce lien affectif n’a aucun poids face aux impératifs de rentabilité. Le jeune héritier ne peut pas décider de la vie ou de la mort de ces porcelets qu’il a soignés de ses propres mains et auxquels il s’est attaché. Le poids et la vitesse de croissance des porcelets sont les seuls facteurs déterminants. Chaque jour, les éleveurs les inspectent dans les enclos. Ceux dont le potentiel de croissance est jugé trop faible sont euthanasiés. La première fois qu’il a dû abattre un porcelet, c’était en 2022, au lendemain de son arrivée à l’élevage. Un porcelet souffrait d’arthrite, mais son état ne s’était pas amélioré malgré deux semaines de traitement. Une jeune femme arrivée en même temps que lui n’ayant pas le cœur à le tuer, Feng Yi s’est exécuté. Même si son corps tremblait lorsqu’il a pris le porcelet dans ses bras, il était le fils du patron et, en tant qu’homme, il ne pouvait pas se permettre de montrer sa vulnérabilité.
À cette époque-là, Feng Yi n’avait pas encore eu le temps de réfléchir à la portée de cet événement, il avait simplement l’impression d’avoir raté sa vie. Deux ans auparavant, il travaillait encore dans un bureau, et voilà qu’il se retrouvait à abattre des porcs, un métier auquel il ne s’identifiait absolument pas. Chaque semaine, Feng Yi devait pratiquement abattre trente porcelets. « Ces animaux ne sont rien d’autre que des marchandises sans vie. » Au cours de sa formation à la mise à mort des porcelets, Feng Yi a peu à peu appris à se convaincre de cette idée. Cela lui a permis de tenir le coup.

Une cage de soixante centimètres de large

En juillet 2025, Li Ye, étudiante en médecine vétérinaire, est affectée à un élevage du Guizhou, au sud-ouest du pays, pour y effectuer son stage. Là-bas, la méthode consistait à saisir les porcelets affaiblis et à les projeter violemment contre les barreaux de leur cage. Li Ye n’osait ni regarder ni participer, mais les cris de détresse des porcelets parvenaient tout de même à ses oreilles. Enfin, ces porcelets, certains pas encore complètement morts, s’agitant toujours légèrement, étaient mis dans des sacs. Ces derniers, traînés hors de la porcherie, alignés en rangées, numérotés au marqueur indélébile, sont photographiés et enregistrés.
L’élevage où se trouvait Li Ye appliquait également la règle selon laquelle « les porcelets chétifs et les truies incapables de mettre bas » devaient être éliminés. Mais la jeune étudiante constate que la mort de certaines truies était souvent liée à leur condition de vie. Certaines meurent d’une distension gastrique après avoir ingéré des aliments moisis. Quant à celles qui meurent pendant la mise bas, leur décès est souvent lié à une paralysie. Derrière cette paralysie se cache, d’une part, une malnutrition due à une carence chronique en calcium dans leur alimentation et, d’autre part, leur espace de vie restreint.
Dès l’âge de sept mois, une fois arrivées à maturité sexuelle, les truies sont enfermées dans des cages de contention d’environ soixante centimètres de large, dans lesquelles elles ne peuvent pas se retourner. Contraintes de rester couchées ou allongées pendant de longues périodes, leurs pattes arrière sont peu à peu déformées, ce qui entraîne une paralysie. Et dès lors qu’une truie met bas dans cet état de paralysie, elle est « pratiquement hors d’usage. »
Li Ye a vu des truies à l’agonie dans ces conditions. Son supérieur avait demandé l’autorisation d’acheter des médicaments pour les euthanasier afin de leur épargner des souffrances inutiles, mais le patron, trop avare pour y consentir, avait répondu : « Qu’elles meurent de faim, c’est tout. » Tous deux, le cœur serré mais impuissants, n’ont pu que donner discrètement un peu d’eau à la truie, jusqu’à ce qu’elle meure deux semaines plus tard.
Dans les élevages intensifs, une personne s’occupe en moyenne de plusieurs milliers de porcs, une charge de travail énorme. Dans un environnement aussi confiné, on perd facilement patience et on a souvent tendance à se défouler sur les animaux. À force d’être en contact permanent avec les excréments et l’eau souillée, les articulations des doigts de Li Ye sont couvertes de petites plaies. Chaque fois qu’elle doit forcer un porc à bouger, cette frêle jeune femme doit serrer les dents et tirer de toutes ses forces. Elle se fait souvent des élongations aux mains et au dos, et ses jambes sont couvertes de bleus causés par les coups de pattes des porcs. Elle a vu de ses propres yeux un porc en bonne santé, mais quelque peu têtu qui refusait de bouger, se faire frapper à coups de bâton et de pelle par des collègues qui avaient perdu patience.

Les strictes conditions des élevages intensifs

L’abattage des porcelets n’est pas seulement dû aux ressources limitées de l’élevage, il est également lié au mode de fonctionnement de l’élevage intensif dans son ensemble. La vie d’une truie passe généralement par plusieurs étapes : la saillie, la mise-bas, l’engraissement et l’abattage. Les truies, qui vivent dans des stalles de confinement, sont inséminées dans le service de reproduction. Seulement à l’approche de la mise-bas, elles sont conduites dans une salle spécifique un peu plus spacieuse, pour mettre bas et allaiter. Environ huit semaines plus tard, les porcelets sont sevrés et les truies retournent dans leurs stalles en attendant la prochaine insémination, et ainsi de suite. Quant aux porcelets conformes aux critères, ils sont envoyés au service d’engraissement, où ils sont élevés jusqu’à atteindre un certain poids, avant d’être transportés par camion vers l’abattoir.
Afin de prévenir les contaminations croisées, les élevages intensifs appliquent un modèle de gestion dit « tout entrer, tout sortir » : les porcelets d’un même lot entrent et sortent ensemble, et les porcs de différentes porcheries ne peuvent pas être élevés ensemble. Les délais sont stricts. Huit semaines après la naissance, tous les porcelets doivent quitter la salle de mise-bas, « qu’ils en sortent vivants ou morts. » Le nombre de porcheries étant limité, celles-ci doivent être immédiatement nettoyées, sans quoi le prochain lot de truies n’aura pas de porcheries propres pour mettre bas. Les porcelets dont le poids n’atteint pas le seuil requis ne peuvent pas être transférés vers le service d’engraissement. S’ils restent dans la maternité pour continuer à téter, ils risquent de contaminer les porcelets nouvellement nés. L’abattage devient alors la seule option.
Les personnes qui vivent sur place sont elles aussi soumises à ce système rigoureux de contrôle de la biosécurité. Les élevages intensifs fonctionnent généralement en régime fermé. Les employés ne peuvent prendre de congés qu’une fois tous les deux ou trois mois, et toute entrée ou sortie nécessite une quarantaine préalable de deux jours et trois nuits. Ils doivent se doucher à chaque entrée et sortie des porcheries, soit en moyenne quatre fois par jour. Certains élevages exigent même qu’ils envoient une photo de leurs cheveux recouverts de shampoing pour prouver qu’ils se sont bien lavés.
Ce modèle d’élevage intensif remonte aux années 1920. À l’époque, on élevait de nombreux animaux dans des espaces exigus et on leur distribuait une alimentation standardisée. Avec le développement de la société industrialisée, ce modèle a rapidement été adopté par l’industrie avicole américaine, puis s’est progressivement étendu à l’élevage d’animaux de rente tels que les porcs, les bovins et les ovins en Europe et aux États-Unis.
Au début des années 1980, grâce à des mesures de soutien, l’élevage intensif a commencé à se développer en Chine. Le gouvernement a mis en place une série de mesures incitatives pour soutenir la construction d’usines d’aliments pour animaux et l’importation d’animaux reproducteurs étrangers. Les collectivités locales ont également encouragé le développement de l’élevage et des industries connexes par le biais d’allègements fiscaux et de loyers fonciers préférentiels.
D’après les estimations de certains chercheurs, reposant sur la base de données de la FAO et l’Annuaire de l’élevage chinois, entre 1980 et 2010, la consommation par habitant de viande de porc a doublé et celle de bœuf a été multipliée par treize. En 2025, la production nationale totale de viande de porc, de bœuf, de mouton et de volaille a dépassé pour la première fois les 100 millions de tonnes. La consommation de viande par habitant s’est élevée à 72,3 kg, dépassant déjà la moyenne mondiale.

En cas d’épidémie, la cruauté explose

En temps normal, ce rythme, parfaitement synchronisé, assure le fonctionnement efficace des élevages. Mais dès qu’une épidémie survient, la chaîne de production est contrainte de s’interrompre. Qin Ji, docteur en politique environnementale à l’université néerlandaise de Wageningen, s’intéresse depuis longtemps aux questions liées aux animaux. Il considère les épidémies comme un test de résistance pour le système d’élevage intensif. « Nous disons souvent que nous sommes reconnaissants envers les animaux d’élevage, mais dès qu’une épidémie se déclare, ces animaux n’ont absolument aucune chance de survie, il n’existe même pas d’infrastructures pour les soigner, » dit-il.
Au cours de l’hiver 2020, Hu Song, diplômé d’un établissement d’enseignement supérieur, ne parvenait pas à trouver un emploi convenable. Grâce à un proche, il est embauché dans une grande chaîne d’élevages porcins de la province du Hebei, voisine de Pékin, mais il n’aurait jamais imaginé être confronté à la diarrhée épidémique porcine. Il y a passé les six mois les plus sombres de sa vie. À peine un mois après son arrivée, le virus de la diarrhée épidémique porcine se déclare dans l’unité où il travaillait. Pour éviter la contagion, les truies gestantes ne peuvent pas être transférées dans la salle de mise-bas, et sont condamnées à se reproduire dans leurs cages de contention. Par conséquent, de nombreux porcelets tombaient dans la fosse à lisier par l’orifice situé à l’arrière de la cage.
Hu Song a soulevé le couvercle de la fosse à lisier : elle était remplie de petits porcelets d’un blanc éclatant, dont presque aucun n’avait survécu. C’est là qu’il a pris conscience pour la première fois de la cruauté de l’élevage. L’épidémie s’est rapidement propagée et la salle de mise-bas a également été testée positive. Faute de main-d’œuvre suffisante, Hu Song est affecté à cette tâche, son « cauchemar commence. » Le premier jour, Hu Song a reçu l’ordre d’abattre les porcs et les porcelets testés positifs. Il s’est occupé avec soin des porcelets en bonne santé pendant un mois. Alors qu’il les voyait grandir peu à peu, il doit tous les abattre. Son patron lui a expliqué : « Personne ne veut de ce genre de porcs, les garder ne ferait que gaspiller de la nourriture. » Hu Song avait l’impression d’être un bourreau. Après avoir tenu bon six mois, il n’en pouvait plus et a finalement décidé de partir.
Si l’euthanasie est inévitable, existe-t-il des méthodes plus humaines ? Un ancien employé ayant travaillé dix ans dans un élevage avant de devenir vétérinaire estime que l’euthanasie d’une truie de 200 kg coûte au moins 100 yuans (13 euros). Ce n’est qu’après avoir changé de métier qu’il s’est rendu compte que bon nombre d’animaux qu’il a lui-même euthanasié à l’époque auraient pu être sauvés, mais que les frais de traitement se seraient élevés à au moins 100 ou 200 yuans.
Dans un contexte de baisse continue du prix de la viande de porc, « 100 kg de viande de porc ne rapportent qu’environ mille yuans [130 euros], » et les entreprises ont du mal à accepter cette dépense supplémentaire, optant généralement pour des produits moins coûteux, tels que le chlorure de potassium ou les désinfectants.

Le dilemme éthique des employés d’élevages

Contre toute attente, lorsque Feng Yi partage son point de vue sur les réseaux sociaux, il se retrouve pris entre deux feux. Les consommateurs de viande l’accusent de faire preuve d’une compassion excessive et de se placer sur un « piédestal moral, » tandis que les défenseurs des droits des animaux estiment que les animaux et les humains jouissent des mêmes droits, et que Feng Yi ne fait que maintenir, par ce biais, un système d’exploitation cruel qui lui permet de réaliser des profits.
Alors que Feng Yi pensait pouvoir accepter tout cela sereinement, il s’est un jour rendu compte qu’il était « malade » : il avait constamment envie de manger, « se maintenant ainsi dans un état de satiété permanente. » Après avoir passé deux mois confiné dans l’élevage porcin, le jeune homme a pris plus d’une demi-douzaine de kg. En sortant de l’élevage, il se sentait désorienté et même le simple klaxon d’une voiture lui faisait peur. Il pensait que c’était dû à un stress trop intense, mais s’ensuivit alors une période de trois ans marquée par des cauchemars liés aux porcs.
Ce n’est qu’en août 2025 que Feng Yi a enfin compris comment expliquer tout ce qui lui était arrivé. On lui a diagnostiqué un PITS (syndrome de stress post-traumatique induit par la violence). Une étude britannique de 2021 a montré que chez les travailleurs de première ligne exposés de manière directe et prolongée à l’élevage du bétail et de la volaille, les taux de dépression et d’anxiété sont nettement plus élevés que dans la population générale, et que des états psychologiques négatifs tels que la culpabilité, la honte, la peur et la déprime sont très répandus.
Parmi eux, ce sont les éleveurs de porcs qui présentent le risque de dépression le plus élevé, avec une prévalence pouvant atteindre 47 %. De nombreuses études sur le sujet indiquent également que ce type de stress psychologique peut entraîner des insomnies, des cauchemars, une dépendance à l’alcool et d’autres problèmes, et qu’il existe un lien significatif avec une augmentation de l’agressivité et de la criminalité chez les professionnels concernés. Du point de vue psychologique, les études sur le sujet considèrent que les employés des élevages sont confrontés à un dilemme moral. Lorsqu’il y a contradiction entre le comportement réel d’une personne et son idéal, ce conflit peut la plonger dans un état de déséquilibre moral. Si ce conflit n’est pas résolu ou s’il continue de s’aggraver, il peut se transformer en tourment moral, puis évoluer vers un traumatisme persistant.
Au cours des six mois passés dans l’élevage, Li Ye a même commencé à éprouver une certaine aversion envers elle-même. « J’ai moi-même commis de nombreuses erreurs. Rester les bras croisés, ne pas avoir la capacité de changer les choses, c’est aussi une erreur. » Dans la tête de cette étudiante en médecine vétérinaire, deux petites voix se sont mises à débattre, elle ne comprenait pas ce qu’elles disaient, mais leurs disputes l’empêchaient de dormir. À l’université, Li Ye a suivi un cours intitulé « droit du bien-être animal, » où son professeur lui a enseigné : « Nous pouvons permettre aux animaux d’élevage de mener une vie un peu plus heureuse avant leur mort. »
C’est avec cet espoir que Li Ye est arrivée à la ferme d’élevage, et peu à peu familiarisée avec cette truie qu’elle apercevait dès son arrivée au travail chaque jour. De temps en temps, Li Ye s’accroupissait près de cette truie pour lui montrer sur son téléphone la vie heureuse de cochons de compagnie : « Regarde comme ils vivent bien. » La truie, qui était allongée, se levait alors pour lui lécher la main et levait la tête vers elle.
Par Jin Jing, Hu Qian
(À la demande des personnes interrogées, les noms de Feng Yi, Li Ye, Hu Song et Qin Ji sont des pseudonymes.)

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