Cinéma
DVD et Blu Ray – De Séoul à Tokyo, en passant par Bangkok, le meilleur des sorties de 2025
Afin de célébrer le passage à la nouvelle année, Asialyst a compilé pour vous une liste des meilleures sorties DVD et Blu Ray de l’an dernier ! Du thriller coréen à la série B japonaise, de la solitude chinoise à la douceur thaïlandaise, voici le meilleur de ce qu’il ne fallait pas rater !
Trois films de Yasuzō Masumura
Vous aimez vous plonger dans les classiques du Japon d’après-guerre ? The Jokers a exactement ce qu’il vous faut. Depuis trois ans, l’éditeur indépendant propose de redécouvrir l’œuvre du cinéaste Yasuzō Masumura (1924–1986), l’un des réalisateurs japonais les plus iconoclastes de son époque. Trait d’union entre les cinéastes classiques comme Yasujirō Ozu ou Kenji Mizoguchi, et celle des réalisateurs de la génération suivante tels que Nagisa Ōshima ou Shōhei Imamura, il occupe une place singulière dans l’histoire du cinéma nippon. Plus frontal et corrosif que les maîtres classiques, mais moins théorique et idéologique que ses cadets de la Nouvelle Vague, Masumura propose une vision profondément pessimiste de la société, centrée sur le désir individuel et l’hypocrisie morale.
The Jokers enrichit aujourd’hui cette redécouverte avec trois films révélateurs de la diversité et de l’évolution du regard de Masumura. Trois portraits de femmes très différentes mais toutes jouées par Ayako Wakao, son actrice muse.
Jeune fille sous le ciel bleu (1957), suit l’histoire de Yuko. Une jeune femme naît d’un adultère qui, ne pouvant être acceptée par sa famille paternelle, part à la recherche de sa mère biologique. Inédit en France, cette réinterprétation du mythe de Cendrillon surprend par son ton feutré et enveloppant, presque protecteur. Première collaboration entre le réalisateur et son actrice fétiche, le film est un mélodrame d’apparence apaisée où affleure déjà une attention fine aux désirs féminins et aux frustrations silencieuses de la jeunesse japonaise.
Une dizaine de films en commun plus tard, Ayako Wakao est de nouveau à l’affiche d’un film de Masumura dans La femme de Seisaku (1965). Terminé les rôles de jeunes filles pétillantes, l’actrice prête cette fois ses traits à Okane, une femme que le malheur accable mais qui se battra jusqu’au bout pour arracher son petit lambeau de bonheur. Paria dans son village pour avoir été jadis vendue par ses parents à un homme âgé, son destin ne s’éclaircit qu’à la rencontre du valeureux Seisaku, tout juste revenu de son service militaire. Malgré les quolibets, les deux jeunes gens tombent vite très amoureux mais leur idylle sera bientôt troublée par l’annonce de la guerre Russo-Japonaise. Ici, Masumura bascule dans une veine âpre et violente, brossant le portrait d’une héroïne qui n’est pas sans rappeler l’histoire d’Abe Sada plus tard mis en lumière par Noboru Tanaka dans La Véritable histoire d’Abe Sada (1975) et Nagisa Ōshima dans L’Empire des sens (1976).
Dernier film de cette trilogie, La femme du docteur Hanaoka (1967), place cette fois Ayako Wakao dans le rôle d’une épouse prête à tous les sacrifices pour son mari, appelé à devenir un médecin de renom. Transposant la radicalité du film précédent dans le cadre du mélodrame historique, Masumura explore les liens entre science, domination masculine et souffrance féminine.
Les trois films sont disponibles en Édition collector limitée, Blu-ray + DVD, chez The Jokers.
Les trois films sont disponibles en Édition collector limitée, Blu-ray + DVD, chez The Jokers.
Theater of Life (1963) de Tadashi Sawashima
Les films de la Nouvelle Vague japonaise ne vous parlent pas mais vous aimez le cinéma nippon ? Alors tournez-vous vers un autre pan du patrimoine : le ninkyō eiga, des films de yakuza chevaleresques qui ont remplacés les films de samouraïs au début des années 60. À l’époque, les grands studios tournent encore à plein régime, mais les séries télé historiques grignotent le public et l’âge d’or du chanbara touche à sa fin. C’est là que la Toei a une idée lumineuse : transposer l’éthique du sabre dans le Japon moderne. Même sens de l’honneur, même tension entre devoir et sentiments, mais cette fois dans l’univers des gangs. Et, pour lancer cette nouvelle vague, un film : Theater of Life, œuvre fondatrice qui définit les codes d’un genre éclaboussant toutes les années soixante.
On y suit Hishakaku, homme d’honneur un peu trop inflexible pour le monde qui l’entoure. Installé à Tokyo avec sa compagne Otoyo qu’il a sauvée des maisons de passes, il prête serment au clan Kogane et y trouve une nouvelle famille. Hélas, il se retrouve vite propulsé au cœur d’une guerre de gangs à laquelle il ne peut échapper. Le public japonais adhère immédiatement : plus de 280 millions de yens de recettes pour ce premier coup d’essai ! Un succès massif qui fait naître une décennie entière de films de yakuza romanesques. Resté longtemps introuvable en France, Theater of Life sort aujourd’hui en Blu-ray grâce à l’éditeur Roboto, qui offre enfin l’occasion de redécouvrir ce jalon essentiel du cinéma populaire japonais. Un classique qui, à lui seul, raconte la fin d’une époque et la naissance d’une autre.
Crime Hunter : Bullets of rage. (1989) de Okawa Toshimichi
Vous n’êtes pas convaincus par les grandes tirades sur l’honneur et le mélodrame ? Les films d’actions des années 80/90 vous manquent et vous préférez débrancher votre cerveau le temps d’une fusillade frénétique ? Alors Crime Hunter de Okawa Toshimichi est fait pour vous !
Un quart de siècle après l’explosion des ninkyō eiga, les studios de cinéma japonais sont en souffrance. Si le cinéma érotique les avait sauvés de la concurrence télévisuelle dans les années 70 (voir notre article sur le Roman Porno Lien), l’explosion des vidéos clubs dans les années 80 les mets de nouveau en difficulté. La Toei décide alors l’impensable : réaliser des films directement pour le marché de la cassette vidéo. Budget minimum et tournage rapide, le V-Cinema est né.
Pionnier de cette longue série, Crime Hunter est un film d’action directement inspiré des films américains à succès, ceux de Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger en tête. Son réalisateur, Okawa Toshimichi, écrit le scénario en trois jours, repère son actrice principale dans une publicité (Minako Tanaka) et demande à disposer d’un maximum d’armes différentes. On y suit « Joker », un flic qui décide de faire cavalier seul après la mort de son coéquipier lors d’une arrestation ayant mal tourné. Bientôt accompagné d’une religieuse puis du très musclé Bruce, il mettra tout en œuvre pour retrouver le meurtrier.
Édité dans une superbe édition Blu Ray chez Roboto, le film s’accompagne de nombreux bonus sur l’avènement du V-cinéma, mais aussi un indispensable commentaire audio du film par son réalisateur qui détaille de nombreux secrets et anecdotes de tournage. De quoi replonger dans une époque où le cinéma était encore l’affaire d’apprentis-sorciers passionnés.
Black Box Diaries (2024) de Shiori Ito
S’il n’y avait qu’un seul film à retenir de l’an dernier, ce serait certainement Black Box Diaries de la japonaise Shiori Ito. Sélectionné pour les oscars du meilleur documentaire 2024, le film retrace le combat de la journaliste à la suite de son agression sexuelle par un homme puissant, directeur des informations d’une des grandes chaînes de télévision nippone et proche du premier ministre alors en exercice, Shinzô Abe. Prétextant une possibilité d’emploi, le directeur avait proposé un dîner à la jeune femme dont elle se réveillera dans une chambre d’hôtel. Choquée, la jeune journaliste s’enfuit et fait ce que peu de femmes osent faire en pareil cas : elle porte plainte au risque de ruiner sa carrière. La police traîne des pieds. Elle voit là une affaire trop compliquée à étayer malgré des vidéos de caméra surveillance et plusieurs témoignages. La chambre d’hôtel restant une « boîte noire » où nul ne peut présager de ce qui s’est passé.
La jeune journaliste prend alors les choses en main, menant une enquête journalistique en parallèle, et malgré les obstacles, son caractère opiniâtre paye : un mandat d’arrêt est prononcé contre monsieur N. Yamaguchi. Tout est prêt pour le cueillir à l’aéroport à son retour des États-Unis. Tout est prêt, jusqu’à ce que le procureur en charge ne soit dessaisi à la dernière minute par un ordre « venant d’en haut » interrompant illico le processus.
Shiori Ito demande des comptes et fait face au mutisme de l’État. Lorsqu’elle convoque la presse, elle apprend que des pressions ont été exercées pour que son affaire ne soit pas relayée. Elle décide alors de mener sa propre enquête et diffuse son histoire dans le monde entier grâce au livre Black Box, « La Boite Noire » puisque seuls ou presque les journalistes étrangers osent parler de son histoire. En parallèle du livre, elle tourne également un documentaire Black Box Diairies.
Le livre était glaçant, le documentaire fait encore plus froid dans le dos. On y voit les images de caméra-surveillance, les témoignages de plusieurs protagonistes, entre autres de l’inspecteur de police, subitement dessaisi de l’affaire. Diffusé l’an dernier en France, Shiori Ito y avait reçu un immense soutien de la part des spectateurs présents, dans une très longue standing ovation en fin de séance. Le film était alors invisible au Japon où sa diffusion n’a été autorisée qu’il y a peu. Ce documentaire est désormais disponible en DVD et Blu Ray, ce dernier contenant une interview exclusive de 31 minutes avec la réalisatrice.
Disponible en DVD et Blu Ray chez Hanabi.
Disponible en DVD et Blu Ray chez Hanabi.
Black Dog (2024) de Hu Guan
Sorti dans les salles obscures françaises en mars 2025, Black Dog est probablement l’un des films les plus indispensables de l’an dernier. Réalisé par le cinéaste chevronné Hu Guan (Mr Six, La Brigade des 800…), Black Dog nous plonge dans les plaines sombres aux portes du désert de Gobi. On y suit le taciturne Lang (Eddie Peng), tout juste sorti de prison, et engagé dans une patrouille chargée de débarrasser la ville des chiens errants. Parmi ceux-ci, un lévrier noir, jugé dangereux, le fascine au point de vouloir le protéger.
Récompensé sur la Croisette, Black Dog s’impose comme un western néo-noir hypnotique. La caméra suit Lang à travers des étendues désertiques, une ville à l’abandon ou encore un ancien parc animalier, dans une palette délavée et silencieuse. Les bâtiments éventrés et les bulldozers en action se confrontent aux slogans diffusés par des haut-parleurs municipaux, qui célèbrent le progrès, la prospérité et l’harmonie collective, dans un décalage troublant entre le discours officiel et la réalité du terrain.
Acerbe dans sa critique du régime mais traversé par des sentiments profondément universels, Black Dog est un film à voir absolument pour tous les amoureux de films contemplatifs ou politiques. Disponible en DVD et en Blu Ray chez Memento.
Comment devenir riche grâce à sa grand-mère (2025) de Pat Boonnitipat
Les mornes plaines chinoises ne vous parlent pas ? Et si vous preniez un vol vers l’Asie du Sud-Est ? Représentant la Thaïlande aux Oscars 2024, Comment devenir riche grâce à sa grand-mère est rapidement devenu un phénomène en Asie grâce à une explosion de popularité sur TikTok, où le film a été largement partagé et commenté par les utilisateurs du média social.
Le film suit M, un jeune streamer fauché, qui voit dans la maladie de sa grand-mère l’occasion de décrocher un héritage. Déterminé à jouer les petits-fils modèles, il découvre vite que la vieille femme est loin d’être facile à amadouer. Ce qui commence comme un calcul intéressé se transforme peu à peu en une relation sincère, où deux générations apprennent à se découvrir, entre maladresses, tendresse et humour. Les repas et rituels familiaux typiques des familles thaïlandaises d’origine chinoise rythment le récit et lui donnent sa douceur.
Pour son premier long métrage, Pat Boonnitipat signe une œuvre juste et maîtrisée, à la fois drôle et émouvante, attentive aux liens familiaux ordinaires.
Disponible en DVD chez Tandem.
Disponible en DVD chez Tandem.
A normal family (2023) de Hur Jin-ho
Vous êtes plutôt film de genre ? Alors jetez-vous sur le thriller coréen A normal family. Proposé en clôture du Festival du Film Coréen à Paris en novembre 2023, le film du réalisateur Hur Jin-ho a connu l’an dernier une très belle réception dans les salles françaises avec près de 250 000 entrées. Adapté du roman Le Dîner (Het diner, 2009) de l’écrivain néerlandais Herman Koch, le film nous plonge au cœur d’un huis clos familial où la bienséance se fissure à mesure que la vérité affleure. Autour d’un dîner parfaitement réglé, deux couples découvrent que leurs enfants pourraient être liés à un acte de violence irréparable.
Hur Jin-ho installe une tension sèche et implacable, disséquant l’hypocrisie sociale et la morale à géométrie variable d’une bourgeoisie prête à tout pour préserver les apparences. Le suspense naît moins de l’action que des silences, des regards et des choix impossibles qui s’imposent aux personnages. Ce virage vers le thriller confirme l’évolution d’un cinéaste majeur du cinéma coréen. Révélé à la fin des années 1990 par des mélodrames d’une grande délicatesse (Christmas in August), Hur Jin-ho met ici son sens aigu de l’intime au service d’un récit sombre et contemporain, où la violence n’est jamais spectaculaire mais profondément morale.
En DVD et en Blu Ray chez Diaphana.
En DVD et en Blu Ray chez Diaphana.
Bande annonce du film A Normal Family
Par Gwenaël Germain
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