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La Chine et l’Union européenne sur le point de conclure un accord crucial sur les investissements

Un accord sur la protection des investissements en Chine est crucial pour les entreprises européennes. (Source : FT)
Un accord sur la protection des investissements en Chine est crucial pour les entreprises européennes. (Source : FT)
Bruxelles a donné son « accord de principe ». Fruit de négociations acharnées depuis sept ans et symbole de la volonté commune de parier sur l’avenir en dépit des frictions diplomatiques récurrentes, c’est un accord majeur sur les investissements que La Chine et l’Union européenne s’apprêtent à conclure dans les prochains jours.
Selon le quotidien hongkongais South China Morning Post qui cite ce vendredi 18 décembre « une source diplomatique de haut niveau » à Bruxelles, le contenu de l’accord a d’ores et déjà reçu l’aval de la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, ainsi que du président Emmanuel Macron. Il devait être discuté dès vendredi à Bruxelles par les représentants des 27 pays membres de l’Union.
« Il est globalement acquis que les négociateurs européens ont obtenu ce que l’Union européenne voulait de la part de la Chine depuis sept ans, a indiqué cette source. La Chine a accepté de faire des concessions majeures. Voici pourquoi la Commission européenne a pris la décision politique de conclure les négociations avec la Chine. »
La conclusion de cet accord représente une victoire politique de taille pour la Chine à l’aune de ses relations exécrables avec les États-Unis et à l’approche de l’investiture le 20 janvier du président élu Joe Biden. Il viendra sceller la volonté de Bruxelles de parier sur l’avenir dans ses liens avec la Chine, ceci malgré les différends politiques avec Pékin que sont la situation à Hong Kong, la politique répressive de Pékin à l’égard de la minorité ouïghoure au Xinjiang et la situation générale des droits de l’homme sur le continent chinois et au Tibet.

Concessions chinoises

Il s’inscrit avec en toile de fond la volonté partagée de l’Union européenne et de la prochaine administration américaine de restaurer le lien transatlantique affaibli par le président sortant Donald Trump pour faire face ensemble à l’ascension de la Chine sur la scène mondiale, un dossier sur lequel les Européens ne comptent pas transiger.
Selon des sources diplomatiques européennes, la Chine a accepté de faire plusieurs concessions importantes dans les secteurs des services financiers, de l’industrie et de l’immobilier. L’UE a, en retour, accepté d’ouvrir aux investissements chinois son secteur des énergies renouvelables, malgré l’opposition de plusieurs pays d’Europe orientale tels que la Pologne et la Lituanie.
Ce jeudi 17 décembre, l’ambassadeur chinois auprès de l’Union européenne Zhang Ming avait déclaré au quotidien britannique Financial Times que les négociations se trouvaient « dans leur étape finale », ajoutant que le président Xi Jinping avait personnellement suivi l’avancement de ce dossier.

Demande européenne de réciprocité

Un porte-parole de la Commission européenne a quant à lui déclaré que l’Union européenne demeurait « engagée pour [la signature d’un accord] d’ici la fin de l’année, pour peu que l’on arrive à un accord qui en vaille la peine ». « Nous ne donnerons pas la priorité à la vitesse au détriment de la substance », a-t-il précisé.
Fin novembre, l’ambassadeur de l’UE à Pékin Nicholas Chapuis avait déjà indiqué que les négociations approchaient du but. « Nous restons déterminés, comme cela est convenu par nos dirigeants, à conclure les derniers dossiers avant la fin de l’année. Comme les dirigeants [européens] l’ont noté, un engagement politique de haut niveau sera nécessaire à l’intérieur du système chinois pour parvenir à un accord qui ait un sens », avait-il affirmé au quotidien anglophone de Hong Kong.
Un accord sur la protection des investissements est crucial pour les entreprises européennes. Lancées en novembre 2013, les négociations visent à protéger mutuellement les investissements européens en Chine et chinois dans l’UE. Les Européens souhaitent voir leurs entreprises traitées de la même façon sur le sol chinois que les entreprises chinoises dans l’Union européenne. Les 27 exigent en particulier un meilleur respect de la propriété intellectuelle, la fin des transferts de technologie imposés aux firmes étrangères en Chine et des subventions aux entreprises publiques chinoises.
Cet accord intervient dans le sillage de l’accord de libre-échange conclu Le 15 novembre, sous l’impulsion de la Chine, par quinze pays de la région Asie-Pacifique, le Partenariat régional économique global (RCEP, Regional Comprehensive Economic Partership). Ce dernier était devenu l’accord commercial le plus important du monde en termes de PIB, les pays signataires représentant 30 % du PIB mondial, 27 % du commerce de la planète et 2,2 milliards d’habitants, ce qui représentait déjà une victoire de taille pour Pékin.
Les États signataires sont les dix pays de l’Asean (Indonésie, Thaïlande, Singapour, Malaisie, Philippines, Vietnam, Birmanie, Cambodge, Laos et Brunei) auxquels s’ajoutent la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L’Inde, préoccupée par la montée en puissance de la Chine, ont préféré rester à l’écart. Les États-Unis en sont exclus.
Si un consensus favorable se dégage ce vendredi à Bruxelles, Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif de la Commission en charge des questions économiques et commerciales, devrait rapidement s’entretenir avec Liu He, vice-Premier ministre chinois, pour de derniers ajustements ce week-end, avant un accord définitif qui aurait l’assentiment de Xi Jinping la semaine prochaine.
Par Pierre-Antoine Donnet

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A propos de l'auteur
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée. Son dernier ouvrage, "Chine, le grand prédateur", est paru en 2021 aux Éditions de l'Aube.