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Les webtoons, ces bandes dessinées coréennes qui cartonnent en France

Sex, Drugs & RER, webtoon de Natacha Ratto (Capture d'écran)
Avec 60 millions d’utilisateurs dans le monde, l’application Webtoon, développée par Naver, le « Google sud-coréen », a popularisé à l’international la bande dessinée numérique nationale, au point de concurrencer le manga dans le cœur des lecteurs occidentaux.
« Je lis Webtoon le matin au réveil, le soir avant de me coucher, et dans la journée, pendant mes pauses, raconte Caroline, une jeune femme d’une vingtaine d’années. Au lieu de scroller sans fin sur les réseaux sociaux, je préfère lire une histoire. En fait, j’ai remplacé Instagram par Webtoon ! » Cette application sud-coréenne, dont le nom est issu de la contraction de « web » et « cartoon » propose des bandes dessinées numériques à un format spécialement dédié à une lecture sur smartphone. Ces comics se lisent donc à la verticale, en « scrollant ». « On peut faire défiler sa BD indéfiniment, décrit Caroline, et continuer à lire sans interruption jusqu’à être à court de chapitres. Il n’y a pas de bouton compliqué, c’est intuitif : il suffit de faire glisser son pouce de bas en haut. »

Un format optimisé pour les smartphones… et ultra-addictif

Sur Webtoon, tout est conçu pour rendre la lecture immersive. « Quand on ouvre un chapitre, la bande dessinée prend tout l’écran et les notifications du smartphone ne sont plus affichées, explique l’étudiante de 23 ans. On est complètement absorbé à l’intérieur. » Il ne reste plus qu’à scroller jusqu’au bas du chapitre, puis à passer au suivant en répétant le même geste.
Une fois le lecteur lancé, difficile pour lui de fermer l’application. Les histoires sont feuilletonnées, et par conséquent hautement addictives. « Je suis vite tombée dedans, sourit Caroline. J’ai commencé une histoire, elle m’a plu, et j’ai lu tous les épisodes en ligne. Quand j’ai vu que l’épisode suivant ne sortait que la semaine d’après, je me suis dit que je n’avais pas envie d’attendre. Alors j’ai commencé une autre histoire, et rebelotte : elle m’a plu, je ne voulais pas attendre le chapitre suivant sans rien avoir à lire, alors j’en ai commencé une autre. C’est sans fin. » Pour la jeune femme et son petit ami, lecteur de Webtoon lui aussi, l’application leur a apporté une occupation plus que bienvenue pendant la durée du confinement : « Maintenant, notre vie de couple le soir, c’est ça : chacun sur son portable devant sa BD ! », plaisantent-ils. Et le couple n’en est qu’au début de l’addiction : il ne lit Webtoon qu’en français. Pour les plus mordus, l’étape suivante, c’est la version anglaise. « Ça ne m’est pas encore arrivé, reconnaît Caroline, mais je pense que c’est pour bientôt. »
Lucie, 18 ans, s’est déjà lancée. La Parisienne, en première année de prépa intégrée à Polytech Sorbonne, a téléchargé l’application fin février, quelques semaines avant le confinement. « Quand j’ai commencé Webtoon, raconte-t-elle, j’ai lu les premiers chapitres de presque toutes les histoires disponibles sur l’appli en français. Quand je suis arrivée au bout de toutes celles qui me plaisaient, je suis allée sur la version anglaise. Et là, j’ai découvert qu’il y avait encore beaucoup, beaucoup de BD ! J’ai continué les histoires que j’avais commencées en français, et j’en ai découvert beaucoup d’autres, qui n’avaient pas été traduites. » Elle retourne parfois sur la version française de l’application, notamment pour lire des productions hexagonales. « J’aime beaucoup un webtoon qui s’appelle Sex, Drugs & RER, et qui parle d’un étudiant qui débarque à la fac de Jussieu. C’est aussi ma fac, je trouve ça marrant de la voir en BD ! Et puis, c’est bien dessiné et vraiment drôle. »
L’auteure de ce comics, Natacha Ratto, a 25 ans. La jeune femme, qui dessine « depuis toujours », publiait de courtes BD sur Instagram lorsqu’elle a été repérée par Webtoon. Fin 2019, au moment de son lancement en France, la plateforme lui a commandé une bande dessinée à parution hebdomadaire. « Ma passion est devenue mon travail », résume-t-elle. Contrairement aux plateformes comme YouTube où les créateurs sont rémunérés au nombre de vues, Webtoon paye ses artistes au mois, en échange d’un nombre d’épisodes fixés à l’avance et livrés toutes les semaines. « Avant de me faire publier par Webtoon, j’ai dû produire trois épisodes, un en version couleurs et deux autres sous forme de croquis, et leur envoyer le tout accompagné d’un synopsis, détaille la dessinatrice. Après un premier entretien pour valider le projet, on a eu beaucoup d’échanges pour que j’apprenne à mettre en page ma bande dessinée conformément au format vertical, qui a ses contraintes propres. »
Parmi ces contraintes, elle explique avoir dû « renoncer à l’idée de faire un joli paysage, avec une vraie ligne d’horizon », mais aussi s’être adaptée à « la vitesse de lecture en lien avec le scroll ». « S’il se passe cinq minutes entre deux scènes, ou trois jours, je ne vais pas laisser le même espace entre deux dessins : le blanc va symboliser l’écoulement du temps. » Cette grammaire du vertical permet également d’attirer l’attention du lecteur sur un dessin. « Si on laisse beaucoup de blanc avant la scène, traduit la dessinatrice, on saura que c’est une scène importante. » Le tout permet une dynamique différente du format papier, ou des BD carrées à scroll horizontal sur Instagram. « Une case de bande dessinée ou un post Insta, ça forme un ensemble, une seule scène, résume-t-elle. Mais dessiner un webtoon, c’est comme avoir une caméra et se promener dans sa bande dessinée, avec des points de vue différents. » Cerise sur le gâteau, le numérique permet également d’emprunter à d’autres formes d’art : certains auteurs ajoutent à leur webtoon un morceau de musique, proposé à l’écoute en début de chapitre, d’autres utilisent des animations… « J’aimerais bien en faire aussi, rêve Natacha Ratto, mais je n’en suis pas encore là. Le jour où j’aurai une équipe de coloristes et d’assistants, comme certains auteurs de webtoons à succès, je me lancerai peut-être ! »

Une esthétique issue du manhwa, mais ouverte aux influences étrangères

Si le terme est souvent employé comme un nom commun, la plateforme « Webtoon » à proprement parler appartient à Naver Corporation, le « Google sud-coréen », le moteur de recherche le plus utilisé du pays. Les webtoons sont apparus en Corée du Sud au début des années 2000, avec les premiers smartphones. En une vingtaine d’années, la vague a pris de l’ampleur et s’est internationalisée. Ces deux dernières années aux États-Unis, le nombre de ses lecteurs a ainsi augmenté de 70 %. 1 600 auteurs professionnels du monde entier sont désormais publiés sur la plateforme, et des centaines de milliers de bédéistes amateurs produisent des contenus pour le « Canvas », une partie de l’application où les auteurs ne sont pas rémunérés mais espèrent être repérés grâce au plébiscite des lecteurs. À l’heure actuelle, Naver Webtoon propose des contenus en coréen, chinois, japonais, thaï, indonésien, anglais, espagnol et donc français, depuis décembre dernier.
Le genre n’a cependant pas attendu Naver pour se développer dans l’Hexagone. Si le dernier arrivé sur le marché est Webtoon Factory, crée par Dupuis en janvier 2019, le pionnier, Delitoon, a lancé un site dès 2011 et une application mobile en 2017. Il compte actuellement 700 000 inscrits. Ces chiffres restent anecdotiques face au géant de Naver, qui compte aujourd’hui plus de 60 millions d’utilisateurs dans le monde.
En fonction de la langue choisie, le lecteur peut opter pour un webtoon traduit, généralement de l’anglais ou du coréen, ou pour une production locale. Contrairement au manhwa papier, la bande dessinée coréenne, où n’officient quasiment que des dessinateurs sud-coréens, les frontières de genres sont en effet très souples. « Mon style est très franco-français, explique ainsi Natacha Ratto. J’ai beaucoup lu Fluide Glacial, qui m’a aidé à développer mon humour. J’adorais Coyote, Gotlieb, les grands noms de la bande dessinée française, mais j’ai aussi lu énormément de BD asiatiques, et ça se sent dans ma manière d’écrire et de dessiner. Je m’inspire souvent des codes du manga pour rendre mes personnages plus expressifs. Comme j’ai été marquée par Gunnm, Akira et les shōnen [mangas d’action originellement destinés à un public de jeunes hommes et d’adolescents, NDLR] classiques comme One Piece et One Punch Man, je mets des références un peu partout dans ma BD. Ça marche plutôt bien avec le public de Webtoon ! » Les chiffres en attestent : Sex, Drugs & RER compte déjà 20 000 abonnés sur l’application.
Le public de Webtoon a souvent grandi avec les bandes dessinées asiatiques, japonaises ou coréennes. « Je lisais très peu de BD européennes, reconnaît Caroline, j’ai toujours été très manga. J’aime beaucoup les manhwas, aussi. Je trouve les traits plus fins, les dessins plus colorés, l’ambiance plus douce. » Pour les non-initiés, les manhwas numériques que l’on trouve sur Webtoon peuvent ainsi offrir un point d’entrée dans la culture coréenne, encore assez méconnue en France. C’est le cas pour Dorian, le petit ami de Caroline: « C’est cool, ça change. On découvre une culture différente. Pour moi, la Corée du Sud, c’était la K-pop, que je connaissais de nom, le rap, que j’écoutais un peu, et surtout le cinéma, avec tous ces thrillers géniaux de Park Chan-wook et Bong Joon-ho. Mais en dehors de ça, rien ! Et là, je découvre un autre aspect que je n’avais pas du tout l’habitude de voir. »« Ça ajoute un peu de nuance à l’image qu’on a de la bande dessinée asiatique, complète Caroline. Quand on parle de manga aujourd’hui, les gens pensent tout de suite aux shōnen, comme Dragon Ball ou Naruto. Mais les manhwas et les webtoons parlent souvent des faits de société, d’histoires familiales, de choses plus subtiles et plus concrètes. »

Une alternative gratuite aux mangas

Dorian et Caroline le reconnaissent, s’ils n’achètent pas de mangas aujourd’hui, c’est parce qu’ils jugent les prix trop élevés : entre 6 et 8 euros en moyenne, soit le même prix qu’un roman, pour un temps de lecture bien plus court. « Pour moi, ça ne vaut pas le coup », regrette Caroline. « C’est pour ça que je me suis dirigé vers Webtoon, abonde Dorian. Les mangas papiers, ce n’est pas possible, ça coûte juste trop cher pour notre budget d’étudiants. » Pour une série-fleuve comme One Piece, publiée chez Glénat en 96 volumes et vendue 6,90 euros par tome, il faut compter 660 euros pour posséder l’œuvre intégrale. Un obstacle majeur pour les jeunes lecteurs, souvent sans revenu. Dans les années 2000 à 2010, les adolescents fauchés optaient souvent pour le « scan » : une version numérique rudimentaire du manga, en fait la version scannée proposée illégalement en PDF. Les adresses de sites de scans se partageaient donc sous le manteau, entre amis ou sur des forums d’aficionados. « Si je devais résumer les sites de scans en un mot, ce serait : « souffrance », soupire Dorian, qui étudie le webdesign. Les sites de scans sont extrêmement moches, alors que l’interface de Webtoon est très agréable à voir et à utiliser. En un clic, tu as ta BD sous les yeux. Sur les sites de scans, il y avait des captchas, des popups de pubs en permanence… Et une fois sur deux, tu finissais avec un malware [logiciel malveillant, type virus informatique, ndlr]. »
Avec l’application Webtoon, la bande dessinée numérique semble être passée au stade supérieur : une lecture ultra-confortable, des publicités très discrètes en bas de chapitre… « C’est beaucoup plus simple de lire un webtoon qu’un scan, parce que c’est optimisé pour le smartphone », résume Caroline. Sur l’application, tous les contenus sont déjà là : plus besoin de partir sur Internet à la chasse au trésor. Plus besoin non plus de tourner des pages mal scannées, ou de zoomer à la molette sur une bulle aux caractères trop serrés. L’application étant légale et gratuite, elle ne demande aucun effort au lecteur : ni pour trouver les contenus, ni pour les payer. « Du coup, je lis parfois des BD que j’aime, et que je n’adore pas, admet Lucie. Si j’avais dû galérer à les trouver sur un site de scans, ou si elles étaient payantes, j’aurais laissé tomber. Mais comme elles sont déjà gratuitement dans l’appli, j’ai quand même du plaisir à les lire. »

500 millions de dollars par an

Si l’application est gratuite et les auteurs correctement payés, reste une question centrale : comment Webtoon est-elle rentable ? D’abord grâce aux « fast pass », qui permettent aux lecteurs d’accéder aux contenus en avant-première. Pour les plus patients, ou les plus fauchés, les chapitres seront accessibles quelques jours plus tard. Impossible de tricher, en faisant circuler les screenshots dans son groupe d’amis: l’application bloque les captures d’écran. Webtoon génère aussi des revenus publicitaires, grâce à de très discrets encarts placés en bas de chapitre. L’essentiel de ses recettes provient surtout des produits dérivés et des adaptations en dramas (séries télévisées coréennes) ou en animes. Parmi les cartons Webtoon, citons ainsi Lookism adapté en drama chinois, Tower of God en anime et Let’s Play en courtes vidéos YouTube.
Aujourd’hui, les revenus annuels de l’application atteignent 500 millions de dollars. Et il y a fort à parier que le confinement quasi mondial de la population n’a fait qu’accroître le nombre de lecteurs. « Nous voulons devenir une multinationale du divertissement, comme Disney », a déclaré récemment son patron Kim Joon-koo. « Franchement, si mon webtoon préféré, Lookism, sortait maintenant en papier, je pense que je l’achèterais, admet Lucie. Je suis arrivée au bout des 280 épisodes en ligne et maintenant, je dois attendre la prochaine sortie hebdomadaire. Pour patienter, je voulais trouver des goodies sur Internet, mais il n’y a rien ! Si j’avais un hoodie des Burn Knuckles [un gang de lycéens qui se battent contre la violence gratuite et le harcèlement scolaire, NDLR], je le porterais tout le temps. »
Le succès du webtoon est tel qu’à l’avenir, il pourrait bien remplacer le manga comme représentant phare de la culture pop asiatique. « Franchement, c’est possible, rêve Dorian. Le format est plus contemporain, il est plus adapté aux lecteurs d’aujourd’hui. » Lucie confirme : « Quand je vois à quelle vitesse ça se répand parmi les gens que je connais, je pense que le webtoon a un bel avenir. » En mai 2019, un éditorialiste du Japan Times notait ainsi que « la popularité grandissante des webtoons coréens constitue une menace » pour les mangas, dont ils « éclipsent l’influence mondiale ». Et de s’interroger : « Les éditeurs japonais de mangas, qui ont investi pendant des années dans le développement de contenus imprimés, ne devraient-ils pas prendre le train en marche pour renforcer leur audience auprès d’un public étranger avide de technologie ? »

Marine Jeannin

La sélection d'Asialyst

Thriller, Romance, ou encore comédie et drame, Asialyst vous a sélectionné quatre webtoons pour découvrir cet univers.

Pour de l’action et de la romance : Lookism et True Beauty

Ce n’est sans doute pas une coïncidence si deux des webtoons coréens les plus populaires, True Beauty et Lookism, partagent le même point de départ : les héros possèdent une double apparence, l’une laide et l’autre séduisante, et le comportement de leur entourage change du tout au tout selon qu’ils adoptent l’une ou l’autre. Dans True Beauty, l’héroïne est moquée à l’école pour son physique jugé disgracieux selon les standards de beauté sud-coréens : petits yeux, peau grêlée et trop sombre… Elle apprend alors à se maquiller, et se compose un nouveau visage : yeux agrandis par le « scotch double paupière » et les lentilles de contact, lèvres rougies, peau éclaircie par le fond de teint. Elle devient une élève populaire, courtisée et une star sur les réseaux sociaux.
Dans Lookism – un néologisme formé du nom « look » et du suffixe « -ism », et qui pourrait se traduire grossièrement par « discrimination au physique » -, un adolescent petit, faible et en surpoids est martyrisé au lycée, au point que sa mère décide de le faire changer de ville et d’établissement. La veille de la rentrée, il se réveille dans le corps d’un athlète à la beauté éblouissante, et s’aperçoit qu’il possède désormais deux corps : l’ancien disgracieux et le nouveau, doté d’une force et d’une beauté surnaturelles. Il choisit bien sûr d’entrer au lycée avec son nouveau corps, et devient la coqueluche des autres élèves – tout en s’attirant la jalousie des petites frappes du quartier.
Ce webtoon emprunte beaucoup au genre du shōnen, et les problèmes s’y règlent souvent – toujours – à coups de poings dans le plexus. Mais derrière une narration ultra-nerveuse et de nombreuses scènes de mâchoires fracassées, Lookism aborde des aspects très durs de la société coréenne : la stigmatisation des enfants abandonnés, les photos volées de lycéennes revendues sur Internet, les sectes… et la pression inhumaine du suneung, l’examen national d’admission aux universités, pierre angulaire du système éducatif sud-coréen. Rappelons que si la Corée est 11ème au classement PISA, qui mesure les compétences scolaires des jeunes de 15 ans, elle est aussi l’un des pays où le taux de dépression et de suicide chez les adolescents sont les plus élevés du monde.

Un drame : Lore Olympus

Ce webtoon néo-zélandais propose une histoire qui revisite les mythes du panthéon gréco-romain, en particulier l’histoire d’amour de Hadès et Perséphone. Cette fois-ci, les humains vivent encore dans l’Antiquité, les dieux, eux, conduisent des voitures et pianotent sur leurs smartphones. L’auteure brode sur la trame mythologique pour aborder des sujets de société contemporains : les relations non-exclusives, la masculinité toxique, les violences sexuelles et leurs conséquences… Si les dialogues sont d’une rare finesse, on finit parfois par les oublier au profit des dessins somptueux. Il n’est d’ailleurs pas rare de re-scroller tout en haut du chapitre pour les savourer une deuxième fois.

Un thriller : Sweet Home

Une histoire d’horreur glauque à souhait, avec une profondeur métaphysique que l’on n’avait certainement pas vue venir à la lecture des premiers chapitres. L’esthétique ultra-sombre, toute en nuances de noirs et de rouges, et l’atmosphère poisseuse empruntent au meilleur du thriller coréen, pour un résultat impeccable – et, honnêtement, terrifiant.
L’histoire commence pourtant de manière classique : un lycéen asocial perd toute sa famille dans un accident de la route. Obligé de déménager dans un immeuble miteux il projette de se suicider. Il veut passer à l’acte après la sortie du dernier opus de son dessin animé préféré. Là-dessus, Séoul est envahie par des monstres difformes, tous différents, mais tous mortels, dont on comprend bientôt que ce sont les habitants, dépassés et transformés par la part la plus sombre de leur humanité. L’adolescent dépressif va s’apercevoir qu’il tient à la vie, et même décider de sauver celle de ses voisins. Sweet Home, on s’en doutait à la lecture du titre, est un huis clos. On n’en dira pas plus, pour laisser le lecteur profiter de l’intrigue magnifiquement ciselée. Si ce n’est que ce webtoon a collé à l’auteure de cet article quelques insomnies.

Comédie: Sex, Drugs & RER

Mention spéciale pour cette toute jeune production hexagonale, et banlieusarde. Un vingtenaire empoté, Léon, termine sa prépa et se fait larguer dans la foulée. Fraîchement célibataire, il emménage en petite Couronne et fait la connaissance de son colocataire en claquettes-chaussettes, Félix, chômeur et compositeur de rap, et de toute sa clique d’amis. L’histoire est drôle et rafraîchissante, les personnages tous attachants et les punchlines mémorables – « C’est pas parce que je joue du hautbois que j’écoute pas Niska ». Surtout, l’auteure navigue entre tous les stéréotypes éculés sur la banlieue, et c’est un soulagement. « Vous, les provinciaux, vous regardez trop les infos, résume Félix dès les premières cases. Dès qu’on vous dit « banlieue », vous pensez direct émeutes et terrorisme.  » Les clichés sont tous renversés pour des scènes souvent très drôles, et drôles parce que réalistes. Comme à l’épisode 9 (spoiler mineur), lorsque le jeune provincial coincé de nuit à Paris, faute de RER pour rentrer chez lui, est accosté par de dangereux cadres sup’ avinés qui lui demandent de la cocaïne et tentent de l’engrainer « en after au Wanderlust ».
Sélection par Marine Jeannin
A propos de l'auteur
Marine Jeannin
Basée à Paris, Marine Jeannin est une journaliste presse écrite et numérique. Free-lance, elle travaille pour RFI et le Magazine Littéraire.