Société
Entretien

Coronavirus au Vietnam : "Le port du masque est obligatoire sous peine d'une amende"

(Source : The interpreter) Une femme portant un masque marche devant une peinture murale à Hanoï, le 8 avril 2020.
Au Vietnam, si le gouvernement a adopté plusieurs mesures pour lutter contre le coronavirus, il n’a pas imposé de confinement à l’ensemble de la population. Pourtant, le pays semble parvenir contenir la propagation du virus. Le 11 avril dernier, il ne comptait que 258 cas déclarés et aucun décès liés au coronavirus. Un résultat surprenant pour cet État de 96 millions d’habitants qui consacre peu de moyens au domaine de la Santé. Résident à Hô-Chi-Minh-Ville, Jean-André Santoni témoigne de la façon dont l’épidémie du coronavirus est vécue dans le pays.

Entretien

Jean-André Santoni vit à Hô-Chi-Minh-Ville depuis trois ans avec sa femme vietnamienne et leur enfant. Ingénieur informatique, il travaille pour une start-up française.

Comment se passe la vie quotidienne au Vietnam en ce moment ?
Jean-André Santoni : Une série de mesures ont été prises pour contrôler la propagation de l’épidémie mais nous ne sommes pas confinés. La frontière avec la Chine a été fermée très tôt. Les rassemblements ont été progressivement interdits. Les lieux publics pouvant accueillir plus de 30 personnes sont désormais fermés. Les restaurants donnent de la nourriture à emporter mais il n’est plus possible d’y rester. J’en ai d’ailleurs fait l’expérience il y a quelques jours, les consignes n’étaient pas très claires : je suis allé dans un restaurant et la police est venue pour faire sortir les clients. Le port du masque est obligatoire dès la sortie du logement. Si on ne respecte pas cette consigne, on peut recevoir une amende équivalente à 12 euros. Il en faut aussi un pour rentrer dans les magasins. Par ailleurs, un membre du personnel prend la température à l’entrée et du gel hydroalcoolique est mis à disposition pour se laver les mains à l’entrée et à la sortie. Il n’y a pas de problème d’approvisionnement, sauf pour certains produits importés comme le fromage.
Pour ceux qui pensent être contaminés ou avoir été en contact avec des gens contaminés, les consignes sont très strictes. Ils ont l’obligation de se déclarer au comité de quartier et sont mis en quarantaine dans des lieux gérés par le gouvernement, qui se charge de les héberger gratuitement, le plus souvent dans des casernes. J’ai eu des témoignages d’étrangers mis en quarantaine dans ces casernes, qui jugent les conditions d’hébergement très correctes. Ceux qui ne se déclarent pas ou n’obéissent pas à leur quarantaine risquent de lourdes peines pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison. La police est très présente et surveille en permanence. Une application pour téléphone mobile appelée NCOVI a été diffusée vers le 10 mars dernier. Elle permet à la population de fournir des informations sur tous ceux qui présentent un risque de contamination (proches, voisins, contacts si on est soi-même contaminé ou s’il y a un soupçon de contamination). Cette application a eu un très gros succès.
La politique du gouvernement est-elle largement soutenue par la population ? Les chiffres officiels sont-ils jugés fiables ?
Les Vietnamiens sont en général très critiques à l’égard de leur gouvernement, en particulier dans le sud du pays. On y considère que ce sont les Vietnamiens du Nord qui gouvernent et le Sud qui fait tourner l’économie du pays. En ce qui concerne le coronavirus, le consensus national est fort. La politique du gouvernement est plébiscitée car elle donne manifestement de bons résultats. Le traçage des premières contaminations a été très rapide. Un village dans le Nord a été mis en confinement dès le début de l’épidémie parce qu’une Vietnamienne, revenue de Wuhan, était atteinte. Sur les chiffres officiels, quelques doutes s’expriment sur les réseaux sociaux mais ils sont très minoritaires. Je n’ai vu circuler aucun chiffrage alternatif.
Les critiques de la population portent surtout sur ceux qui ne respectent pas les règles. Les étrangers, qui sont responsables d’une bonne partie des cas détectés, et les Vietnamiens revenant de l’étranger, dont l’image est devenue négative s’ils critiquent le gouvernement sur les réseaux sociaux, sont régulièrement visés. De son côté, le gouvernement communique énormément par SMS (on en reçoit plusieurs par jour) et aussi, plus traditionnellement, par des haut-parleurs dans les rues. Au début, ma femme me traduisait les SMS. On a arrêté parce que c’était assez répétitif. Les règles actuelles devraient être maintenues pendant au moins 2-3 semaines de plus.
Quelle est l’usage pour le port du masque ?
Les Vietnamiens ont l’habitude de porter des masques, que ce soit pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas gêner les autres s’ils sont enrhumés. Tout le monde en porte.
Nous en avons trois types chez nous. Nous possédons des masques personnels en lin faits par une couturière, qui sont réutilisables. Nous disposons de masques achetés en pharmacie. Toutes les officines en ont et il n’y a eu aucune rupture d’approvisionnement. Enfin, nous avons quelques masques de type FFP2 que nous avions acheté en France il y a quelques mois. Selon les situations, nous utilisons l’un de ces types de masques. Dans les entreprises et les usines, le port du masque est également obligatoire.
Propos recueillis par Hubert Testard
A propos de l'auteur
Hubert Testard
Hubert Testard est un spécialiste de l'Asie et des enjeux économiques internationaux. Il a été conseiller économique et financier pendant 20 ans dans les ambassades de France au Japon, en Chine, en Corée et à Singapour pour l'Asean. Il a également participé à l'élaboration des politiques européennes et en particulier de la politique commerciale, qu'il s'agisse de l'OMC ou des négociations avec les pays d'Asie. Hubert Testard enseigne depuis quatre ans au collège des affaires internationales de Sciences Po sur l'analyse prospective de l'Asie. Il a participé à la rédaction d'un livre sur la crise asiatique ("Asie, les nouvelles règles du jeu", éditions Philippe Picquier) et co-rédigé avec Brigitte Dyan un livre intitulé "Quand la Chine investit en France", publié par l'Agence Française pour les Investissements Internationaux. Il est diplômé de l'Ena et de Sciences Po.