Culture
Vins d'Asie

Un vin d'Ouzbékistan pour Noël ?

Vigneron près de Boukhara en Ouzbékistan. (Source : Trip Reporter)
Vigneron près de Boukhara en Ouzbékistan. (Source : Trip Reporter)
L’Ouzbékistan a sa route des vins. Notre chroniqueur Jacques Bekaert a goûté le Peri Chardonnay Reserve, des vignobles de Bagizagan. Dégustation et histoire viticole dans cette ancienne république soviétique.
Quand mon ami Étienne m’a dit qu’il devait se rendre en Ouzbékistan pour y faire une conférence, je lui ai lancé : « On fait du vin dans ce pays. Si tu en trouves, rapporte une bouteille. »
Ancienne république au sein de l’empire soviétique, l’Ouzbékistan – environ 500 000 km2 avec comme capitale Tachkent – a peu changé dans ses méthodes, améliorant avec lenteur les pratiques autoritaires héritées du communisme. Mais l’URSS contribua à faire de ce pays à forte majorité musulmane, une nation où boire de l’alcool n’est pas interdit. L’Ouzbékistan se mit à produire du vin et diverses boissons fortes. Mikhaïl Gorbatchev, inquiet des ravages de l’alcoolisme, mena une vigoureuse campagne qui, malgré la perestroika, ne le rendit pas spécialement populaire auprès des masses laborieuses. C’est qu’en Ouzbékistan, on détruisit des vignobles entiers.
Le vin que me rapporta Étienne, un Peri Chardonnay Reserve, des vignobles de Bagizagan, affiche un modeste 11 %. Un 2017 ou 2018, selon qu’on regarde l’étiquette principale ou la contre-étiquette. Au nez, pas grand-chose. À la dégustation, un vin extrêmement léger, désaltérant, mais sans grandes qualités. J’ignore si le nom de Peri fait allusion au ballet en un acte compose par Paul Dukas en 1912.
Bouteille de Peri Chardonnay Reserve des vignobles de Bagizagan en Ouzbékistan. (Source : Vivino)
Bouteille de Peri Chardonnay Reserve. (Source : Vivino)
Mais tout pourrait bientôt changer. En effet, le président a décidé qu’il était temps de mettre l’Ouzbékistan sur la carte de l’excellence viticole. En octobre dernier, le président Shavkat Mirziyoev – qui à l’époque soviétique avait lui-même travaillé dans le commerce du vin – se rendit en France. En plus d’un entretien avec son homologue Emmanuel Macron, il visita des régions viticoles et annonça l’envoi de 60 000 plants de Chardonnay, de Cabernet Sauvignon et de Sauvignon en Ouzbékistan. En outre, chaque année, se déroulera un grand festival du vin dans le pays. Marco Polo avait écrit combien étaient délicieux les vins liquoreux de la région de Samarkand.
Je ne suis pas certain d’être encore vivant pour goûter les fruits de cette évolution des vins d’Ouzbékistan. En effet, il faudra attendre de 10 à 15 ans pour obtenir les premiers résultats probants des nouveaux plants d’origine française. Mais je crois désormais avec certitude qu’il vaut mieux être jeune et riche que vieux, même en bonne santé.
A propos de l'auteur
Jacques Bekaert
Jacques Bekaert est basé en Thaïlande depuis 35 ans. Il est né le 11 mai 1940 à Bruges (Belgique), où sa mère fuyait l’invasion nazie. Comme journaliste, il a collaboré au "Quotidien de Paris" (1974-1978), et une fois en Asie, au "Monde", au Far Eastern Service de la BBC, au "Jane Defense Journal". Il a écrit de 1980 a 1992 pour le "Bangkok Post" un article hebdomadaire sur le Cambodge et le Vietnam. Comme diplomate, il a servi au Cambodge et en Thaïlande. Ses travaux photographiques ont été exposés à New York, Hanoi, Phnom Penh, Bruxelles et à Bangkok où il réside. Compositeur, il a aussi pendant longtemps écrit pour le Bangkok Post une chronique hebdomadaire sur le vin, d'abord sous son nom, ensuite sous le nom de Château d'O. Il est l'auteur du roman "Le Vieux Marx", paru chez l'Harmattan en 2015, et d'un receuil de nouvelles, "Lieux de Passage", paru chez Edilivre en 2018. Ses mémoires, en anglais, viennent de paraître au États-Unis sous le titre "A Wonderful World".