Politique

Corée du Nord : au jeu de la poule mouillée, Trump est en train de perdre contre Kim Jong-un

Jusqu'où Donald Trump est-il capable d'aller face à Kim Jong-un ? (Crédits : AFP PHOTO / SAUL LOEB AND Ed JONES)
Jusqu'où Donald Trump est-il capable d'aller face à Kim Jong-un ? (Crédits : AFP PHOTO / SAUL LOEB AND Ed JONES)
Et si le vent avait déjà tourné en faveur de Pyongyang ? Et si les rodomontades de Trump pour éviter d’être une poule mouillée face à Kim Jong-un étaient devenues vaines ? Sans peur du « feu et de la colère » promis par le locataire de la Maison-Blanche, La Corée du Nord a annoncé ce jeudi 10 août un plan d’attaque aux missiles balistiques contre l’île de Guam, l’une des plus importantes bases américaines dans le Pacifique.
C’est l’inversion des rôles. « Le dialogue est impossible avec un homme si dépourvu de raison et qui ne comprend que la force absolue. » On croirait entendre un dirigeant américain ou sud-coréen s’exaspérer encore des invectives de Kim Jong-un. Pas du tout : il s’agit d’un communiqué de la Korean central news agency (KCNA), l’agence de presse de Pyongyang, à propos de Donald Trump. Par cette girouette rhétorique, la Corée du Nord surfe sur les propos apocalyptiques du président américain – qui a menacé le régime de Kim d’un déluge de « feu » et de « colère » – pour en remettre une couche. Hier mercredi 9 août, Pyongyang avait menacé l’île de Guam, l’une des plus importantes bases militaires américaines dans le Pacifique. Ce jeudi, les Nord-Coréens ont promis pour la mi-août un plan pour lancer quatre missiles balistiques sur Guam. Il reviendra alors à Kim Jong-un de donner son vert à l’opération. C’est le général Kim Rag-gyom de l’Armée populaire de Corée, cité par la KCNA, qui a livré les détails de l’attaque : les missiles nord-coréens survoleront le Japon, avant de « heurter les eaux à 30 voire 40 km au large de Guam », rapporte le Straits Times.
Qui va craquer en premier ? Combien de temps encore Donald Trump peut-il tenir au « jeu de la poule mouillée » ? C’est la question posée par l’éditorial du Global Times. Le président américain s’est engagé avec le jeune dictateur nord-coréen dans ce jeu où deux automobilistes sont sur une route à une seule voie roulant l’un vers l’autre. Ils risquent de se rentrer dedans et de se détruire mutuellement. A moins que l’un décide d’éviter l’autre au risque de passer pour une « poule mouillée ». Or, note le quotidien officiel chinois, dans la guerre des mots, Pyongyang part avec un avantage : Kim Jong-un s’exprime comme il le veut et la société nord-coréenne n’entend sûrement pas les propos de Trump. La confrontation verbale est le moyen idéal de compenser l’infériorité militaire de la Corée du Nord face aux États-Unis. Quelle peut donc être l’efficacité de la ligne dure adoptée par l’administration Trump ? Washington tient certes à « conserver toutes les options sur la table » en « n’excluant pas les option militaires ». Mais de son côté, Pyongyang, en multipliant ses tests nucléaires et balistiques, a démontré que sa force nucléaire était une vraie menace. En outre, le pays n’a aucune intention d’arrêter son programme nucléaire, malgré la pression de la communauté internationale. Pour éviter la confrontation, écrit l’éditorialiste chinois du Global Times, la seule solution est l’engagement de pourparlers bilatéraux.
C’est aussi l’avis partagé par de plus en plus de voix aux États-Unis. A l’instar de James Clapper, l’ancien directeur de la CIA récemment limogé par Trump : « Nous devons avoir un dialogue avec eux [les Nord-Coréens] et accepter le fait qu’ils soient une puissance militaire », a-t-il lancé, cité par le Straits Times. Il faudrait donc abandonner la principale exigence américaine – la dénucléarisation de la péninsule nord-coréenne – pour démarrer les négociations. Mais « les États-Unis ne le feront pas, se désole Sue Mi Terry, expert de la Corée du Nord au Bower Group Asia. c’est pourquoi nous sommes dans une impasse. » Car cette marche arrière pour l’Amérique de Trump, même si elle permettrait de reprendre le dialogue, représenterait déjà une forme de « capitulation » face à Pyongyang. Soit. Mais est-on sûr que cette guerre psychologique ne se traduira pas – accidentellement ou non – en cataclysme nucléaire ?
Par Juliette Parjadis
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