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Élections : Emmanuel Macron vainqueur en Asie – Pacifique de la présidentielle aux législatives

Le Président de la République française Emmanuel Macron lors d'un sommet européen à Bruxelles, le 23 juin 2017.
Le Président de la République française Emmanuel Macron lors d'un sommet européen à Bruxelles, le 23 juin 2017. (Crédit : THIERRY ROGE / BELGA MAG / BELGA / AFP).
Au deuxième tour de l’élection présidentielle 2017, les Français de l’étranger ont été peu nombreux à voter (45,84 %). Une participation très en deçà de la moyenne nationale puisque 74,56 % des Français se sont eux rendus dans les bureaux de vote. Toutefois en Asie – Pacifique la participation des expatriés a été plus élevée que dans d’autres régions du monde, même si la tendance a été à rebours du premier tour.
Un peu plus de 46 500 Français enregistrés dans les ambassades et consulats d’Asie – Pacifique ont rempli leur devoir citoyen, soit un peu plus d’une personne sur deux enregistrées sur les listes consulaires. Les mobilisations record ont été recensées en Ouzbékistan et à Singapour. Dans ces deux circonscriptions, la participation fut supérieure à 71 % des inscrits lors des deux tours de scrutins. Parmi les « mauvais élèves », l’Océanie où moins de 50 % des électeurs se sont déplacés au premier, comme au second tour.

Les Français d’Asie – Pacifique votent plus que la moyenne des citoyens expatriés

Toute proportion gardée, la plus forte mobilisation électorale a été observée en Asie centrale et en Extrême-Orient. Dans les deux régions, elle a été en moyenne dix points supérieurs à celle constatée partout ailleurs chez les Français expatriés. Toutefois dans quatre pays, où pourtant les implantations françaises sont très anciennes, elle a été particulièrement décevante et bien inférieure à la moyenne mondiale : Cambodge (- 4,5%), Laos (- 9,5 %), Thaïlande (- 4,4 %), Vanuatu (- 6,5 %).
Alors qu’en Asie – Pacifique il y a près de 20 % de nouveaux inscrits chaque année, il semble que plus le temps de séjour se prolonge moins les Français se sentent concernés par les scrutins auxquels ils sont invités à se joindre. De même, là où les communautés comptent un grand nombre de binationaux, le taux de participation est des plus modestes. Ainsi, la participation dans la circonscription de Pondichéry s’est révélée de 15 points inférieurs à celle de la moyenne des autres bureaux en Inde. A Port Vila (à Vanuatu), seuls 39,2 % des Français se sont déplacés pour exprimer leur suffrage. Une participation modeste mais en hausse de 4,8 % entre les deux tours. Elle a laissé aux Français du Laos le plus faible taux de participation de toute l’Asie – Pacifique (36,3 %) pour ce second tour de l’élection présidentielle puisqu’au Pakistan, autre circonscription où les électeurs s’étaient déplacés en petits nombres au premier tour, ils furent deux semaines plus tard 39,3 % (+ 3,7 %) à se rendre dans les locaux préparés à leur attention à Islamabad et Karachi
Tableau : participation au second tour de l’élection présidentielle des Français résidant en Asie-Pacifique par rapport à la participation de l’ensemble des Français de l’étranger
Tableau : participation au second tour de l’élection présidentielle des Français résidant en Asie-Pacifique par rapport à la participation de l’ensemble des Français de l’étranger
En Asie – Pacifique, seuls les Français d’Ouzbékistan ont voté plus massivement que la moyenne de leurs compatriotes (79,1 %). Ceux en résidence en Birmanie et à Singapour ont eu des comportements approchant. Dans les deux cas de figure, le taux de participation fut supérieur à 70 %. Mais dans leur grande majorité (42,3 %), les circonscriptions consulaires ont connu une mobilisation entre 45 et 55 % du corps électoral enregistré. Si des difficultés d’accueil ont été observées sur certains sites au premier tour, elles se sont faites plus rares au second. Là où elles ont perduré, elles n’ont pas été pénalisantes au point de peser sur le taux de participation. Ainsi à Sydney d’un tour à l’autre de scrutin, 500 personnes de plus sont venues aux urnes, faisant bondir le taux de participation de 48,17 % à 51,37 %. Néanmoins, le sentiment d’une élection « jouée d’avance » a eu pour effet en Asie – Pacifique de démobiliser les électeurs du second tour.

Une participation en retrait par rapport au premier tour

Contrairement à la participation nationale et chez les Français de l’étranger (+2 points), la mobilisation a été globalement moins forte au deuxième tour de l’élection présidentielle chez les Français enregistrés en Asie – Pacifique. Dans 53,6 % des circonscriptions, la participation a baissé. 1 214 Français de la région ont reflué des urnes entre les deux tours 2017, soit une diminution de 1,39 % du taux de participation.
La démobilisation a été la plus forte en Asie du Nord-Est. En Corée du Sud, au Japon et en Mongolie, elle a été supérieure à 5 % du corps électoral. Elle a même dépassé le seuil des 7 % à Séoul. Cette contraction a également été perceptible en Inde (- 3,2%), en Malaisie (- 4,6 %) et à Singapour (- 4,6 %). Parmi les pays les plus industrialisés, seules l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont connu des hausses de participation entre les deux tours (+ 3,2 % ; + 3,4 %). Cependant même dans ces circonscriptions du Pacifique méridional, des pôles de désintérêt ont persisté. Le taux d’abstention à Christchurch (Nouvelle-Zélande) a atteint 64,8 %. A l’inverse, à Canberra on a pu se réjouir d’avoir passé le seuil des 50 % au deuxième tour. A Kuala Lumpur, c’est le chemin symbolique inverse qui a été emprunté. Moins de la moitié des électeurs s’est déplacée (52,7 % ; 48,1 %).
Tableau : taux de participation par région au premier et au deuxième tour de l’élection présidentielle 2017 (en %)
Tableau : taux de participation par région au premier et au deuxième tour de l’élection présidentielle 2017 (en %)
Parmi les pays ayant enregistré un taux de participation supérieur à 50% des inscrits au premier tour, seuls cinq circonscriptions ont vu leurs taux de participation augmenter encore au deuxième tour (Afghanistan, Birmanie, Ouzbékistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Turkménistan). Néanmoins, il s’agit de petites communautés d’expatriées. Aucune n’a dépassé les 300 suffrages exprimés et trois sur quatre en ont même décompté moins de 75 votants.
Dans deux pays sur trois d’Asie centrale (Ouzbékistan, Turkménistan), le nombre de voix a lui aussi augmenté. A contrario, parmi les pays de l’ASEAN seul le Cambodge et la Birmanie ont vu leur taux de mobilisation progresser. L’évolution est d’autant plus remarquable à Rangoun que le taux de participation atteignait déjà 63,2 % du corps électoral au premier tour et qu’il a cru encore de 7,3 points au second.
Tous les pays d’Océanie ont eux aussi connu une tendance haussière. Si chacun a progressé en moyenne de 4,4 %, on notera le caractère très dynamique de la communauté votant à Suva (+ 7,3 %) et en Australie qui a vu plus de la moitié (51,3%) de ses électeurs se rendre dans les bureaux de vote, une tendance expansionniste de scrutin en scrutin.
En Extrême-Orient, on a observé une évolution inverse avec une baisse moyenne par pays de 4,7 %. La chute la plus spectaculaire a été observée en Corée du Sud (- 7,1 %). Tout aussi significatif est l’accroissement du nombre des bulletins blancs et nuls. D’un tour à l’autre de scrutin, les bulletins blancs ont été multipliés par cinq tandis que les bulletins nuls l’étaient par 2,4.
Tableau : évolution du nombre de bulletins blancs et nuls du premier au second tour de l’élection présidentielle 2017
Tableau : évolution du nombre de bulletins blancs et nuls du premier au second tour de l’élection présidentielle 2017
L’évolution la plus significative a été perceptible en Asie centrale. Au Kazakhstan, le nombre des bulletins blancs a été multiplié par dix. En Ouzbékistan, ces suffrages ont représenté jusqu’à 16,4 % des votes exprimés. Un record !
De manière plus générale alors qu’au premier tour sept bureaux de vote n’avaient enregistrés aucun bulletin blanc (Brunei, Calcutta, Karachi, Mongolie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Sri Lanka, Turkménistan), deux semaines plus tard toutes les urnes sans exception en ont décompté. Les Français d’Hanoï ont ainsi exprimé leurs désarrois en mettant quatorze fois plus de bulletin blanc au second tour qu’au premier. A Pondichéry, on a pu également enregistrer une recrudescence des votes blancs. Ils y ont été huit fois plus nombreux que quinze jours plus tôt, une tendance perceptible exactement dans les mêmes proportions dans des circonscriptions urbaines mondialisées comme Tokyo, Pékin ou encore Hong Kong. Cette hausse significative dans les circonscriptions les plus peuplées a eu pour effet de voir les expatriés d’Asie – Pacifique être plus nombreux à choisir ce mode d’expression politique parmi l’ensemble des expatriés. Ils sont toutefois encore bien moins nombreux à le faire que sur le reste du territoire national.
Tableau : nombre de bulletins blancs en pourcentage des votes exprimés lors des deux tours de l’élection présidentielle 2017
Tableau : nombre de bulletins blancs en pourcentage des votes exprimés lors des deux tours de l’élection présidentielle 2017
Les mêmes disproportions ont été observées pour les bulletins nuls. Ceux-ci sont si marginaux parmi les expatriés d’Asie – Pacifique que l’on a connu quelques circonscriptions sans le moindre vote annulé (Afghanistan, Bombay, Brunei, Islamabad, Mongolie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Sri Lanka, Turkménistan). Achgabat, Bandar Seri Begawan, Oulan Bator et Port Moresby ont eu même la particularité de ne dénombrer aucun bulletin nul tout au long de la procédure de l’élection présidentielle. A l’opposé, certains bureaux de vote ont vu s’élever très fortement cette catégorie de bulletin – par exemple Singapour (x7,5), Hanoï (x7), New Delhi et la Thaïlande (x6), le Cambodge, Hong Kong et Taïwan (x4), Shanghai et Tokyo (x3,2). En quelques lieux, elle a toutefois régressé dans le temps (Afghanistan, Australie, Islamabad, Nouvelle-Zélande, Sri Lanka, Vanuatu).
Tableau : nombre de bulletins nuls en pourcentage des votes exprimés lors des deux tours de l’élection présidentielle 2017
Tableau : nombre de bulletins nuls en pourcentage des votes exprimés lors des deux tours de l’élection présidentielle 2017
A l’échelle régionale, la montée du nombre des votes blancs et nuls ne doit pas être considérée comme anecdotique. Dans plusieurs bureaux de vote, elle a entraîné une variation de plus de 5 % du nombre des suffrages exprimés par rapport au nombre des votants (Bangladesh, Brunei, Calcutta (10 %), Chengdu, Hanoi, Mongolie (12,3 %), Ouzbékistan (16,4 %), Papouasie Nouvelle Guinée (8,3 %), Turkménistan). Une situation qui n’a toutefois pas altérée le large succès d’Emmanuel Macron en Asie – Pacifique.

Un raz de marée Macron au second tour

En Asie – Pacifique, en moyenne le candidat d’En Marche ! a obtenu 85,5 % des votants par bureau de vote. Dans certains d’entre eux, son score a même dépassé les 90 % des suffrages exprimés (Auckland, Bangalore, Bombay, Calcutta, Canton, Dacca, Hanoi, Hong Kong, Kyoto, New Delhi, Melbourne, Shanghai, Singapour, Sydney, Tokyo, Wuhan) voire les 95 % (Shenyang (95,3 %), Wellington (96,2 %), Katmandou (98,8 %)). Record toute catégorie pour Karachi où 100 % des votants se sont tournés vers E. Macron. Dans un tel contexte, rares ont été les circonscriptions où le nouveau chef de l’Etat a fait de moins bons résultats qu’à l’échelle nationale (Turkménistan, Vanuatu).
Au final, c’est à Achgabat que le président de la République a fait son score le plus étriqué (54,8 %). Ailleurs, il a pu atteindre des sommets grâce à un très bon report des voix qui s’étaient portées à gauche au premier tour. Avec un taux de participation égal, dans la capitale du Népal E. Macron a ainsi su récupérer les 26,9 % des votants qui s’étaient mobilisés au profit de J-L. Mélenchon et les 12,9 % de B. Hamon. A contrario, Marine Le Pen n’a pas toujours pu retrouver les quelques voix qu’elle avait obtenu au premier tour du scrutin (ex. Katmandou (3,3 %), Karachi (3,5 %)). Une situation qui peut s’expliquer par la faiblesse des relais partisans dans certaines agglomérations.
Graphiques : résultats du premier et second tour 2017
Graphiques : résultats du premier et second tour 2017
Si E. Macron a réussi à obtenir 90 % des voix dans presque chacune des sous-régions, l’Asie centrale étant l’exception bien qu’il ait obtenu 85,7 % des voix au Kazakhstan et en Ouzbékistan, son succès il l’a bâti dans chacun des sous-espaces de l’aire Asie – Pacifique. La distribution spatiale de ses soutiens fut à l’aune de la répartition géographique des inscrits, à la virgule près pour ce qui concerne l’Asie centrale et le sous-continent indien.
Contrairement à une idée reçue, le vote d’E. Macron ne s’est pas concentré sur les seuls grands hubs urbains asiatiques parfaitement connectés au reste du monde. Il a en effet capitalisé 84,6 % des voix au Sri Lanka, 87,5 % en Birmanie, 87,8 % à Fidji ou encore 88,9 % en Mongolie. Ceteris paribus, il aurait même pu espérer mieux encore notamment en Asie du Sud-Est. C’est particulièrement vrai en Thaïlande. S’il s’est imposé là comme ailleurs, il a dû cette victoire (69,7 %) aux votes des bureaux de Bangkok et celui de Chiang Mai. Partout ailleurs, c’est la candidate du Front National qui s’est imposée (Khon Kaen (53,6 %), Pattaya (54,1 %), Phuket (56,8 %)). Cette singularité « thaïlandaise » tient à la sociologie très particulière des ressortissants français qui se sont installés à l’année dans les stations balnéaires du Royaume.
Tableau : distribution sous-régionale des votes par candidat
Tableau : distribution sous-régionale des votes par candidat
Tableau : part des candidats par sous-région
Tableau : part des candidats par sous-région
Si Mme Le Pen a surperformé en Océanie (+1,3 %), Asie méridionale (+ 2,8 %) et surtout en Asie du Sud-Est (+ 10,2 %), son échec le plus patent est demeuré en Extrême-Orient, comme au premier tour. En réussissant à rassembler près de 40 % de ses voix dans trois circonscriptions seulement (Chine, Japon, Singapour), E. Macron a distancé sa concurrente puisqu’en ces lieux il a obtenu trois fois plus de suffrages que Marine Le Pen dans toute l’Asie – Pacifique. Un succès particulièrement éclatant si on se réfère à la seule cité-Etat de Singapour. Là il y a recueilli plus de voix que M. Le Pen auprès de tous les expatriés d’Asie – Pacifique (107 %).
Dès les résultats du premier tour connu, il est apparu quasi-impossible que Mme Le Pen puisse combler son retard sur son rival d’En Marche !. Dans chaque région, son avance était conséquente, s’étalant de + 22 % en Asie centrale à + 38,8 % en Extrême-Orient. En cumulé pour faire jeu égal avec M. Macron, il s’agissait pour la dirigeante du Front National de reprendre au minimum 15 939 suffrages à son rival. Autrement dit pour combler son retard du premier tour, l’objectif signifiait à l’ouverture des bureaux de vote du second tour pour Mme Le Pen de multiplier par trois son score du premier ou de capter, sans une seule voix pour son adversaire, 38,8 %des suffrages qui se sont exprimés lors du deuxième tour de scrutin. Une « remontada » quasi impossible sur le papier !
Non seulement Mme Le Pen s’est montrée incapable de combler son retard en Asie – Pacifique mais celui-ci s’est aggravé encore au second tour. La responsable frontiste a enregistré 34 039 voix de déficit, soit 2,1 fois plus qu’au premier tour. Ses défaillances se sont accentuées y compris dans les régions où elle avait réalisé jusqu’ici ses meilleurs scores. En Asie centrale, là où Mme Le Pen a gagné une voix, E. Macron en a emporté 2,8. Dans les dix pays de l’ASEAN, le ratio fut de 1 pour 2,4 à la faveur de M. Macron. En Australie, la mobilisation des électeurs s’avéra elle particulièrement payante pour le futur chef de l’Etat.
Tableau : avance en nombre de suffrages exprimés, région par région, d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen au soir du second tour de l’élection présidentielle 2017
Tableau : avance en nombre de suffrages exprimés, région par région, d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen au soir du second tour de l’élection présidentielle 2017
Le plébiscite rencontré par le chef de l’Etat chez les Français expatriés en Asie – Pacifique lors de l’élection présidentielle a servi incontestablement de tremplin à la candidate de son parti lors des législatives. Bien que confrontée à trois candidats de plus que son mentor au premier tour, Mme Anne Genetet a obtenu un meilleur score que lui lors de la première manche des législatives avant de s’imposer avec 71,72 % des voix dans la onzième circonscription des Français de l’étranger.
Si la nouvelle députée a su tirer avantage de la situation créée par l’arrivée d’E. Macron à l’Elysée, ses principaux rivaux n’ont pas bénéficié du processus présidentiel, bien au contraire. Les deux candidats d’extrême-droite (Front National, Front des Patriotes Républicains) ont même perdu 48,8 % des voix rassemblés par Marine Le Pen lors du premier tour de la présidentielle. Du côté de la droite républicaine, les scores furent tout aussi décevants. Le député sortant T. Mariani, investi par les Républicains et l’UDI, a obtenu un score inférieur de plus de dix points à celui réalisé par François Fillon. Même en y agrégeant les voix qui se sont portées vers le divers droite Francis Nizet (5,89 %), conseiller consulaire Chine, Mongolie, Corée du Nord, l’ex-ministre des Transports de N. Sarkozy fut encore loin du compte.

La victoire d’E. Macron à la présidentielle a entraîné celle de la candidate de La République en marche ! (LREM) aux législatives

Dans une compétition électorale où l’on a relevé un taux de participation des plus faibles (1er tour : 27,62 % ; 2ème tour : 22,66 %), les quatorze candidats engagés à l’origine ont peiné partout à mobiliser puisque un peu plus d’un quart du corps électoral s’est rendu aux urnes au premier tour des législatives 2017.
Tableau : taux de participation au 1er tour de l’élection législative
Tableau : taux de participation au 1er tour de l’élection législative
La mobilisation supérieure à la moyenne dans tout l’aire de l’ex-URSS n’a pu changer la donne car le nombre d’inscrits dans cette région ne représente que 5 % de tous les électeurs inscrits dans la circonscription. Un handicap de taille pour le candidat de Les Républicains, T. Mariani qui tire une partie de sa légitimité de son engagement ancien en Russie et de son statut passé de représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan (juillet 2009 – novembre 2010).
Le corps électoral français des pays de l’ex-URSS ne représente que 45,3 % des résidents enregistrés en République populaire de Chine ou encore 98,1 % des Français de Hong Kong, une réalité qui peut expliquer pourquoi le leader des Républicains a décidé pour les législatives de s’appuyer sur une colistière conseillère consulaire pour Hong Kong et Macao et par ailleurs élue à l’Assemblée des Français de l’étranger. L’implantation historique des deux candidats de la droite républicaine a pu se révéler bien étroite à l’heure où leurs principaux rivaux d’En Marche ! étaient eux issus des communautés françaises de Singapour et d’Australie (suppléant). Pour mémoire, les électeurs français installés en ex-Union Soviétique ne représentent que 83,1 % des Français de Singapour et 29,7 % de ceux en résidence en Australie. Le monde ex-soviétique est si peu habité par les Français qu’il ne constitue également qu’un peu plus de la moitié du corps électoral national installé en Thaïlande.
Dans ce contexte, on peut considérer que la victoire du ticket Anne Genetet – Charly Strasbach fut non seulement le fruit de l’énergie cinétique engendrée par la victoire d’E. Macron mais aussi la conséquence de la taille de leur bassin de notoriété spontanée Mme Genetet étant un médecin connu pour son engagement auprès de la communauté philippine avec l’association Home, de la division de la droite républicaine dont l’un des candidats ne cachait pas ses velléités d’appartenir à la majorité présidentielle voire la conséquence des prises de position sur la Crimée de l’élu sortant qui lui a valu d’être interdit par Kiev en 2015 d’accès au territoire ukrainien pour trois années. En Ukraine, il n’est donc pas surprenant que la candidate d’En Marche ! est fait neuf fois plus de voix que le candidat des Républicains et que celui-ci ait même été dépassé par son concurrent du Front National.
Le succès de la candidate d’En Marche ! à la députation fut d’autant plus prévisible que son avance a été conséquente dès le premier tour dans la plupart des pays de sa circonscription tentaculaire. En Europe de l’Est, elle a viré en tête en Biélorussie, en Moldavie et en Ukraine. En Iran, elle a devancé le soutien de F. Fillon de près de 36 %. En Asie méridionale, seule la communauté française en Inde s’est donnée à son rival Républicain alors qu’elle l’emportait, sans la moindre exception, dans chacune des circonscriptions de l’ASEAN, d’Extrême-Orient et de l’Océanie. Dès lors, non seulement le président Emmanuel Macron a été largement plébiscité par les électeurs d’Asie – Pacifique au premier et au second tour de l’élection présidentielle mais il dispose dans la région d’une députée toute aussi bien élue des confins européens à ceux de l’Océanie, ce qui ne fut pas le cas de F. Hollande. U
ne réalité électorale qui oblige le nouveau chef de l’Etat non seulement à veiller aux préoccupations d’une communauté française en forte croissance dans toute l’Asie – Pacifique et à consacrer toute l’attention que méritent politiquement et économiquement tous les pays et territoires de la région.
A propos de l'auteur
François Guilbert
François Guilbert est chroniqueur depuis la fin des années 1980 des questions internationales et de sécurité en Asie-Pacifique. Après avoir longuement résidé en Asie du Sud-Est et en Eurasie, il travaille aujourd'hui en Océanie.