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Élection présidentielle : le vote des Français d’Asie-Pacifique

Vue de l'intérieur d'un isoloir le 23 avril 2017.
Vue de l'intérieur d'un isoloir le 23 avril 2017. (Crédit : AFP PHOTO / Benjamin Cremel).
Au cours de son quinquennat le président François Hollande a consacré près de 10 % de ses voyages à l’étranger en Asie–Pacifique. Le chef de l’Etat s’est en effet déplacé dans 13 Etats souverains de l’Asie centrale à l’Australie – soit 15,6 % de tous les pays visités au cours de son mandat. Comme il s’y était engagé lors de la campagne 2012, il s’est également rendu dans chacun des territoires français habités du Pacifique. Une première dans l’histoire de la République ! Chaque étape internationale et ultra-marine fut l’occasion pour le président de la République une opportunité de rencontrer les communautés françaises et de s’exprimer devant les électeurs.
S’il est prématuré de dire quels sont les pays et territoires qui accueilleront de 2017 à 2022 le huitième président de la Vème République, une chose est sûre : le nouvel élu ne manquera pas lui aussi de s’adresser aux compatriotes expatriés lors de tous ses séjours à l’étranger.
Dès lors de quels soutiens dans les urnes la personnalité élue le 7 mai 2017 pourra-t-elle se prévaloir de la part des citoyens français en résidence en Asie–Pacifique ?

97 210 Français d’Asie–Pacifique et 401 883 ultra-marins du Pacifique ont été appelés aux urnes

1 264 113 Français établis hors de la République étaient en droit de déposer dans les urnes un bulletin de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle 2017. Dans la plupart des pays d’Asie, des bureaux de vote ont été installés. Trois exceptions toutefois : le Kirghizstan et le Tadjikistan en Asie centrale mais aussi la Corée du Nord en Extrême-Orient.

En Océanie, seuls les pays bénéficiant d’une ambassade (Fidji, Papouasie Nouvelle Guinée, Vanuatu) ont été des lieux d’expression du devoir citoyen. Pour les pays les plus vastes, plusieurs circonscriptions existent. En Australie, on a dénombré six implantations urbaines (Adelaïde, Brisbane, Canberra, Melbourne, Perth, Sydney), sept en Chine (Canton, Chengdu, Pékin, Shanghai, Shenyang, Wuhan, Hong Kong), une à Taïwan (Taipei), cinq en Inde (Bangalore, Bombay, Calcutta, New Delhi, Pondichéry), deux au Japon (Kyoto, Tokyo), deux au Pakistan (Islamabad, Karachi) et au Vietnam (Hanoi et Ho-Chi-Minh Ville).

Autrement dit, en Asie–Pacifique les bureaux ont été répartis dans 29 pays : 3 en Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan), 6 en Asie méridionale (Afghanistan, Bangladesh, Inde, Népal, Pakistan et Sri Lanka), 10 en Asie du Sud-Est (Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam), 5 en Extrême-Orient (Chine + Hong Kong, Corée du sud, Japon, Mongolie, Taïwan) et en Océanie (Australie, Fidji, Nouvelle-Zélande, Papouasie Nouvelle Guinée, Vanuatu).

Cette dispersion des bureaux de vote ne doit pas nous faire oublier que 60,2 % des Français enregistrés sur les listes consulaires résident dans les pays de l’ASEAN + 3.

A l’heure où les candidats se sont interrogés sur le degré de sino-centrisme à donner à la politique étrangère de la France, on retiendra que les électeurs français d’Asie–Pacifique les plus nombreux sont rattachés eux en dehors des territoires d’outre-mer à l’aire sud-est asiatique. Les Français électeurs en République populaire de Chine ne représentent que 56,9 % de la masse des électeurs installés dans les pays de l’ASEAN. Quant aux communautés d’électeurs en Inde et au Japon, sensiblement de la même taille, elles n’atteignent de manière cumulée que 67,1 % de celle résidente en Chine et 38,2 % des Français habitant l’ASEAN.

Enfin, parmi les trois grandes capitales asiatiques New Delhi, Pékin et Tokyo, c’est la circonscription de la mégalopole japonaise qui est la plus dimensionnante en terme électoral pour l’élection présidentielle. Les inscrits à Tokyo (4 933) sont 1,6 fois plus nombreux que dans les circonscriptions des capitales indienne et chinoise réunies.

Répartition géographique des inscrits en 2017.
Répartition géographique des inscrits en 2017.

47 532 Français d’Asie–Pacifique et 176 058 ultra-marins du Pacifique ont voté au premier tour de l’élection présidentielle 2017

559 730 Français de l’étranger se sont rendus aux urnes le 23 avril 2017, soit 44,28 % des personnes enregistrées sur les registraires consulaires des ambassades. Une mobilisation en hausse, six points au-dessus du premier tour de l’élection présidentielle de 2012 ! Parmi ceux-ci, on a décompté au premier tour de scrutin : 245 votants en Asie centrale, 3 931 en Asie méridionale, 17 439 Asie du Sud-Est, 16 880 en Extrême-Orient et 9 278 Océanie.
Autrement dit, 47 773 citoyens français ont voté le 23 avril dans les bureaux mis en place par les représentations diplomatiques françaises en Asie–Pacifique.
Répartition sous-régionale des suffrages exprimés en Asie-Pacifique le 23 avril 2017.
Répartition sous-régionale des suffrages exprimés en Asie-Pacifique le 23 avril 2017.
A l’échelle nationale, les suffrages exprimés le 23 avril dans les postes diplomatiques d’Asie-Pacifique ont représenté 0,13 % de tous les votants français. Si on ajoute à ceux-ci les voix de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de Wallis-et-Futuna c’est 176 058 suffrages qu’il faut prendre en compte pour disposer d’une vue d’ensemble des votes français en Asie-Pacifique.

Un vote plus océanien qu’asiatique

Le corps électoral français dans les Etats souverains d’Asie–Pacifique, même s’il est en forte progression, n’en demeure modeste par rapport au nombre de citoyens installés dans les trois communautés d’outre-mer d’Océanie. Le nombre de suffrages exprimés en Asie centrale et en Asie méridionale a dépassé tout juste les deux-tiers des suffrages rassemblés sur le Territoire des îles Wallis et Futuna.
On se souviendra aussi qu’il y a 3,7 fois plus d’habitants de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française, de Wallis-et-Futuna qui se mobilisent dans les urnes des mairies que de Français d’Asie–Pacifique se rendant dans les bureaux de vote que leur ont dédié les ambassades de France.
* L’indépendance a été proclamée le 30 juillet 1980
Le vote des Français d’Asie–Pacifique a été très concentré dans chacune des sous-régions. En Asie centrale, 67,8 % des votants sont installés au Kazakhstan. En Asie méridionale, 87,3 % vivent en Inde. En Asie du Sud-Est, ils résident pour plus de la moitié (58,6%) à Singapour et en Thaïlande. En Extrême-Orient, ils sont domiciliés en République populaire de Chine et à Hong Kong pour 68,31 % d’entre eux. Quant à l’Océanie, le corps électoral est dominé à 81,7 % par l’Australie. Autrement dit, les sept pôles sous-régionaux ont réunis à eux seuls 69 % des votants du premier tour 2017.

La distribution spatiale des votants a souligné la faiblesse numérique de certaines communautés françaises. En Extrême-Orient, on retiendra que le corps votant du Japon ne représente que 21,7 % des électeurs de la sous-région. Quant à la communauté « indonésienne », elle est 1,3 fois plus petite que celle du Cambodge ou encore 6,7 inférieure à celle de Singapour. En Inde, la circonscription de Calcutta ne dénombre que 60 électeurs potentiels. En Océanie, les votants de l’ex-condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides* ne représentent que 4,53 % de la sous-région.

Dans de nombreux pays, le nombre de votants fut très très restreint. Près d’un tiers des pays a dénombré moins de cent voix. Cinq bureaux de vote (Fidji, Mongolie, Ouzbékistan, Turkménistan) n’ont pas dépassé les 50 suffrages. Le plus petit bureau de vote pour le premier tour 2017 fut celui de Port Moresby (19 votants). La circonscription qui pèse le plus lourd fut celle de Singapour avec 13,8 % de toutes les voix de d’Asie–Pacifique. La mobilisation exceptionnelle de la communauté de la Cité-Etat a eu pour effet de voir l’ASEAN apporter plus de voix aux candidats que son potentiel théorique (+ 1,9 %).

Les expatriés en Asie–Pacifique votent plus que la moyenne des expatriés français

Au total, c’est plus d’un Français sur deux résidant en Asie–Pacifique qui a donné sa voix à l’un des onze candidats retenus par le Conseil constitutionnel (51,28 %), soit sept points de plus que la moyenne des expatriés. Somme toute cette mobilisation s’est apparentée à la moyenne observée dans les territoires d’outre-mer du Pacifique (-0,68 %).

La mobilisation a été particulièrement forte dans les pays les plus industrialisés. En Chine, en Corée, à Hong Kong, à Singapour (+ 12,8 % par rapport à 2012), elle a été supérieure à 60 %. Deux exceptions industrielles toutefois : la Nouvelle-Zélande (42,7 %) et l’Australie (47,6 %), même si dans ce dernier pays les bureaux de vote ont dû faire face à une augmentation de 57 % du nombre de votants par rapport au scrutin de 2012, le taux de participation n’ayant été alors que de 32 % des électeurs. Une contrainte qui n’a pas été sans susciter des attentes prolongées pour accéder aux urnes, en particulier à Melbourne et Sydney mais aussi en bien d’autres bureaux de votes dépassant même les 1h30 de queue comme à Ho-Chi-Minh Ville, Hong Kong (+ 12 % de participation entre 2012 et 2017) ou encore Tokyo.

Les taux de participation au sein d’un même pays ont pu considérablement varier. 61,07 % des inscrits à Pékin se sont exprimés contre 38,57 % à Shenyang. 17,6 points de plus à Shanghai par rapport à Canton. 10 % ont également séparés Hanoï (63 %) d’Ho-Chi-Minh Ville (53 %). On relèvera également une participation plus élevée de 14,22 % à Bangalore par rapport à Pondichéry. Au Japon, le taux d’abstention à Kyoto a été de 18,8 points supérieurs à Tokyo (64,2 %). Si les écarts se sont révélés substantiels en Chine, en Inde et au Japon, il n’en a pas été de même au Pakistan entre Islamabad (34,8 % de participation) et Karachi (38,6 %).
Taux moyen de participation au scrutin du 23 avril par sous-région.
Taux moyen de participation au scrutin du 23 avril par sous-région.
* Birmanie (63,2 %) ; Bangladesh (62,3 %) ; Chine – Hong Kong (62,1 %) ; Corée du Sud (61,6 %), Japon (60,8 %), Népal (67,1 %) ; Singapour (76,1 %). ** Les inscrits sur les listes de Pondichéry représentent 71,1 % des personnes appelées à s’exprimer dans toute l’Inde. Les autres bureaux de vote sont déployés à Bangalore (8 % des inscrits), Bombay (7,7 %), Calcutta (0,9 %) et New Delhi (12,1 %).
Deux circonscription seulement (Ouzbékistan, Singapour) ont dépassé les 70 % de participation. Mais, plus d’un tiers des circonscriptions consulaires a franchi la barre des 60 % de participation*.
C’est dans la Cité-Etat de Singapour que l’on a trouvé les électeurs les plus mobilisés de toute l’Asie–Pacifique, 25,25 points de plus que la moyenne régionale.

Parmi les moins présents dans les bureaux de vote, on ne peut pas manquer de relever un grand nombre de territoires historiques de la présence française (ex. Cambodge (40,9 %), Laos (36,4%) ; Pondichéry (50 %*) ; Vanuatu (33,5 %), ce qui peut laisser à penser que de nombreux binationaux ne se sont guère mobilisés pour le scrutin présidentiel 2017. Seule l’arrivée ces dernières années de nouveaux résidents au Vietnam a permis aux bureaux d’Hanoi (63 %) et d’Ho-Chi-Minh Ville (53 %) de dépasser la barre des 50 %.

328 bulletins blancs et 166 bulletins nuls chez les expatriés d’Asie–Pacifique

A l’échelle de l’ensemble des votants français, les expatriés en Asie–Pacifique ont déposé très peu de bulletins blancs et nuls : 2,6 fois moins de bulletins blancs que tous les Français (0,68 %) et 2,2 fois moins de bulletins nuls (0,34 %). L’écart est encore plus significatif si on compare les expatriés français à leurs compatriotes de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française. Ces distorsions peuvent néanmoins s’expliquer par les particularismes partisans du scrutin de 2017 en Océanie.

Sur le Caillou en effet, le boycott des organisations indépendantistes toute tournée vers le référendum d’autodétermination de 2018 a fait fléchir la mobilisation kanak. En Polynésie, l’impossibilité pour le leader indépendantiste Oscar Temaru de rassembler les 500 parrainages indispensables à sa candidature présidentielle et le soutien apporté à Marine le Pen par Gaston Flosse, l’emblématique soutien à Jacques Chirac, a troublé des électeurs de son camp, tout comme son choix institutionnel visant à faire de Tahiti un Etat associé à la République française.

Bulletins blancs et nuls lors du scrutin du 23 avril 2017.
Bulletins blancs et nuls lors du scrutin du 23 avril 2017.
Les expatriés en Asie–Pacifique se sont montrés globalement très sûr de leurs choix. C’est si vrai que dans quatre pays, les présidents des bureaux de vote n’ont dénombré aucun vote blanc et aucun bulletin nul (Brunei, Mongolie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Turkménistan).

E. Macron s’impose nettement devant ses concurrents chez les expatriés français d’Asie–Pacifique

Emmanuel Macron a fait un score remarquable chez les expatriés d’Asie–Pacifique : 16,2 points supérieurs à celui enregistré à l’échelon national. Cette performance doit être néanmoins tempérée. Elle fut légèrement inférieure au pourcentage observé pour l’ensemble des Français établis hors de France (40,40 %). Cela tient pour l’essentiel au « meilleur » résultat de François Fillon en Asie–Pacifique que dans le reste du monde (+ 3,58 %).
Faute de relais puissamment installés en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, le vainqueur du premier tour à dû se contenter de la troisième place en Polynésie (14,71 %) et en Nouvelle-Calédonie, où ses suffrages furent encore plus modestes (12,75 %). Seule satisfaction dans les territoires français d’Océanie, la première place obtenue à Wallis-et-Futuna (30,48 %), grâce au soutien du député wallisien sortant, Napole Polutélé (apparenté au Parti Socialiste).

Si F. Fillon a pu s’enorgueillir de ses premières places en Polynésie française (35,28 %) et en Nouvelle-Calédonie (31,13 %) où il a bénéficié des soutiens proclamés des présidents des exécutifs locaux, il n’est arrivé qu’au second rang à Wallis-et-Futuna (28,53 %) où pourtant il était soutenu par le seul sénateur du territoire, Robert Laufoaulu, un score en retrait de 9 points par rapport aux résultats de N. Sarkozy en 2012. Auprès des expatriés d’Asie–Pacifique, le leader des Républicains a très largement distancé son poursuivant immédiat, Jean-Luc Mélenchon, avec 7 274 voix d’avance mais il est loin d’avoir retrouvé toutes les voix qui s’étaient portées vers Nicolas Sarkozy en 2012. Ainsi à Hong Kong F. Fillon a flirté avec les 39 % là où l’ancien président de la République dépassa les 60 %.

François Asselineau est le dernier candidat ayant pu se réjouir des choix des expatriés en Asie–Pacifique. Il a plus que doublé son réservoir de voix par rapport à sa moyenne nationale. Ce succès relatif a probablement tenu à l’implantation ancienne des relais de l’Union Populaire Républicaine en Extrême-Orient et en Asie du Sud-Est, notamment dans les pays les plus développés. Il a ainsi pu rassembler 5,18 % des voix à Taïwan ou encore 2,3 % à Tokyo.

En dehors d’E. Macron, F. Fillon et F. Asselineau, les 8 huit autres candidats retenus par le Conseil constitutionnel pour le premier tour de l’élection présidentielle ont sous-performé auprès des expatriés d’Asie–Pacifique. Si B. Hamon a pu se dire que son résultat n’était pas pire ici qu’ailleurs dans le monde (- 0,76 %) ou que sa moyenne nationale (- 0,25 %), il n’en a pas moins terminé à la quatrième place du premier tour en Asie–Pacifique, juste derrière Marine Le Pen (- 181 voix).

* Elu député en juin 2012, il fut apparenté socialiste à l’Assemblée nationale bien que soutenu par l’UMP pendant sa campagne. Le Conseil constitutionnel invalida son élection en janvier 2013. ** En dernière minute, le président de l’Union Calédonienne (UC), Daniel Goa, a apporté son soutien à B. Hamon.
Dans les territoires français du Pacifique, le candidat de la Belle Alliance Populaire a obtenu des résultats beaucoup plus contrastés que dans le reste de l’Asie-Pacifique.
A Wallis-et-Futuna avec le soutien du président de l’Assemblée territoriale sortant, Mikaele Kulimoetoke (divers gauche), et de son successeur élu en avril 2017 David Vergé*, épaulés par plusieurs élus Fututiens, Benoit Hamon a pu faire bonne figure et se placer sur la troisième marche avec 25,22 % des voix exprimées.
En Nouvelle-Calédonie, sa quatrième place (9,34 %) a été obtenue grâce aux soutiens de plusieurs partis indépendantistes (Parti de Libération Kanak (Palika), Rassemblement Démocratique Océanien (RDO), Union Progressiste en Mélanésie (UPM)** et des Progressistes.
Une performance qu’il n’a pu réitérer en Polynésie française. Le Tavini Huiraatira de l’indépendantiste Oscar Temaru ayant appelé à l’abstention après avoir soutenu François Hollande en 2012, B. Hamon s’est vu privé de tout espace politique, les deux formations partisanes les plus importantes du Fenua ayant apporté par ailleurs leurs soutiens à Marine Le Pen (Tahoreraa Huiraatira) et à F. Fillon (Tapura Huiraatira). Le scénario bipartisan polynésien, aux antipodes du scénario hexagonale, n’a pas tant reflété une radicalisation de la scène politique locale dans un scrutin marqué par une abstention massive (61,06 %) que le face-à-face ultime entre G. Flosse et son ex-gendre E. Fricth, aujourd’hui à la tête du gouvernement polynésien.
Si Marine Le Pen a pu bénéficier en Polynésie du concours inattendu du parti d’inspiration gaulliste et de son dirigeant historique, avec le soutien du parti orange elle n’a obtenu que 12 % des inscrits sur les listes du Fenua. Un score somme toute modeste mais qui ne doit pas masquer sa forte progression à Wallis-et-Futuna et en Nouvelle-Calédonie.
Dans le territoire le plus éloigné de l’hexagone, la dirigeante du Front National a réalisé une progression conséquente en 2017 (7,11%) triplant un score qui jusque-là ne dépassait pas les 2 %. Cette hausse a été aussi très perceptible en Nouvelle-Calédonie. Sur un territoire qui a vu s’effriter élection après élection le taux de participation (avec une baisse de 7 points entre chaque scrutin depuis 2007), Marine Le Pen a su tirer avantage de l’affaiblissement du candidat de la droite républicaine.

Dans un territoire traditionnellement ancré à droite pour les élections nationales, par rapport à Nicolas Sarkozy en 2007 et 2012, F. Fillon a perdu 18,5 points. Le déport a bénéficié en premier lieu à Marine Le Pen. Le Front national, qui avait déjà doublé son nombre de voix entre 2007 et 2012, a connu presque un triplement de son score en approchant cette année les 30 %. Le score enregistré par Marine Le Pen peut être lié à ses positions en matière de lutte contre l’insécurité et en faveur du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, deux thématiques qui ont trouvé localement un écho favorable. Dans le reste de l’Asie–Pacifique, le programme de Marine Le Pen n’a guère attiré les électeurs.

Mme Le Pen n’a franchi la barre des 10 % des voix exprimées que dans sept pays d’Asie–Pacifique : Afghanistan (12,5 %), Brunei (11,6 %), Cambodge (12,3 %), Papouasie Nouvelle Guinée (10,5 %), Thaïlande (19,30 %), Turkménistan (19,35 %) et Vanuatu. Dans ce dernier, elle a enregistré son meilleur score régional (20,0 %).
La situation très singulière de Port-Vila peut avoir plusieurs raisons explicatives. La progression du FN elle-même puisque le parti d’extrême-droite a multiplié son attractivité par trois depuis 2012. Il a su attirer à lui des abstentionnistes (près de 50 votants de plus qu’à la dernière élection présidentielle) et de nombreux électeurs « sarkozystes » car le total des voix B. Hamon – E. Macron (25,0 %) n’a pas été très différent du résultat obtenu cinq ans plus tôt par F. Hollande et F. Bayrou.
Enfin, la communauté française du Vanuatu de par ses liens historiques et familiaux avec la Nouvelle-Calédonie ne peut être qu’en phase politiquement avec les Calédoniens attachés aux liens les plus étroits entre le Caillou et la France. Dans ce contexte, la situation vanuataise ne peut être considérée que comme un cas particulier de l’Asie-Pacifique.

Dès lors, on retiendra qu’à la notable exception de la Thaïlande, Marine Le Pen a fait ses meilleurs scores 2017 dans des « petits » bureaux de vote de la région. Dans les grandes métropoles urbaines, le FN a réalisé des scores extrêmement modestes : Calcutta (0 %), Hong Kong, New Delhi (2,9 %), Pékin (5,5 %), Shanghai (2,9 %), Singapour (2,56 %) et Tokyo (5,4 %). Une situation toute aussi difficile pour son allié du second tour N. Dupont Aignan si l’on croit les scores réalisés à Chine + Hong Kong (0,7 %), Singapour (0,8 %), Sydney (2%), Taipei (1,59 %) ou encore Tokyo (1,5 %).

Résultats du premier tour en Asie-Pacifique.
Résultats du premier tour en Asie-Pacifique.

E. Macron en tête de l’Asie du Sud à l’Océanie

Chez les expatriés d’Asie–Pacifique, Emmanuel Macron a performé de manière quasi identique dans chacune des sous-régions. Une réussite qui l’a placé en tête en Asie méridionale, en Asie du Sud-Est, en Extrême-Orient et en Océanie. Ses performances les plus notables E. Macron les a enregistrées en Inde où il a devancé Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan de 24,5 points et en Extrême-Orient où il a fait 6 330 voix de plus que ses adversaires – alliés de circonstance pour le second tour.
Si on excepte ses scores autour de 20 % à Pondichéry et au Vanuatu, partout ailleurs en Asie–Pacifique le leader d’En Marche ! a fait plus de 25 % des voix, dépassant même par deux fois la barre des 50 % des suffrages exprimées à New Delhi et à Karachi (60,7 %).
Si F. Fillon est parvenu à virer en tête du premier tour de l’élection présidentielle en Asie centrale en faisant 43,9 % des bulletins de vote au Kazakhstan, ses résultats ont été particulièrement décevant en Asie méridionale, en Extrême-Orient et en Océanie comme en ont témoigné ses 9,6 % à Calcutta, 8,9 % à Katmandou, 10,9 % à Kyoto ou encore 16 % à Melbourne.
Il n’y a qu’en Asie centrale où F. Fillon a réussi à devancer E. Macron mais ce résultat, dans la plus petite communauté des expatriés en Asie–Pacifique, ne saurait masquer un véritable échec à l’échelle régionale. Sa rivale d’extrême-droite a connu également un premier tour difficile chez expatriés hors du territoire national.
En effet, Marine Le Pen a eu ses plus sérieusement déconvenues en Asie méridionale où 55 % des bureaux lui ont octroyé moins de 5 % des suffrages exprimés (Bangalore, Bombay, Calcutta, Karachi, Katmandou, New Delhi) tout comme trois autres en Extrême-Orient (Shanghai (2,9 %), Shenyang (0%), Oulan Bator (2,5 %)) et deux en Asie du Sud-Est (Hanoi (3,7 %), Singapour (2,6 %)).
Du côté de Jean-Luc Mélenchon le soutien des expatriés d’Asie–Pacifique a pu laisser des regrets. Il fut certes en retrait de 2,1 points par rapport aux soutiens apportés par tous les Français établis hors de la République mais il fut surtout très hétérogène géographiquement.
Il a dépassé les 20 % en bien des lieux (Calcutta (29,3%), Chengdu (29,4 %), Hanoi (27 %), Kaboul (21,8 %), Katmandou (26,9 %), Kyoto (29,7 %), Oulan Bator (32,5 %), Phnom Penh (22,7 %), Rangoun (26,4 %), Séoul (21,6 %), Taipei (23 %), Vientiane (31,6 %), Wellington (24,0 %)) mais il s’est effondré littéralement sous le seuil des 10 % ailleurs (ex. Ashgabat (6,4 %), Hong Kong (5,8 %), Port Moresby (0%), Shanghai (9 %), Singapour (6,7 %)).
C’est là où les communautés françaises sont les plus liées à l’activité industrielle et de service que le leader de la France Insoumise a fait ses plus piètres résultats (ex. Turkménistan – Bouygues ; Papouasie Nouvelle Guinée – Total), deux exceptions toutefois à ce constat partisan : la Corée du sud et Taïwan.
Distribution sous-régionale des votes par candidat.
Distribution sous-régionale des votes par candidat.
De manière générale, la gauche en 2017 a, comme par le passé, peiné dans les communautés françaises les plus liées au monde des affaires. Ainsi, B. Hamon a fait de très mauvais score en Asie du Sud-Est, passant même nettement sous la barre des 5 % à Bandar Seri Begawan (2,3 %), Bangkok (3%), Kuala Lumpur (4,6 %), Ho-Chi-Minh Ville (4,4 %), Jakarta (3,7 %), Manille (3 %), Singapour (3,7 %) mais également en Extrême-Orient (ex. Canton (3,9 %), Hong Kong (3,2 %), Shanghai (3,9 %), Wuhan (4,2 %)).
Partout en Asie–Pacifique, B. Hamon a obtenu de moins bons résultats que J-L Mélenchon. Certes, la différence en nombre de voix fut moins grande en Asie-Pacifique que partout ailleurs dans le monde (-8,9 %) ou dans les résultats agrégés du premier tour (-13,2 %) mais l’écart à la défaveur de B. Hamon fut particulièrement visible en Océanie (– 8,9 %), en Asie du Sud-Est (- 8,3 %), en Extrême-Orient (-7 ,6 %), en Asie centrale (- 3,4 %) et même en Asie méridionale où il fut pourtant le plus rétréci (- 1,6%).

E. Macron, F. Fillon et J-L. Mélenchon se sont partagés près de 83 % des suffrages exprimés

Dans toutes les régions d’Asie–Pacifique, on a assisté à un mano à mano entre Emmanuel Macron et François Fillon. Le score cumulé des deux hommes a partout dépassé les 60 % des suffrages exprimés (Extrême-Orient : 73,7 % ; ASEAN : 69,9 % ; Asie centrale : 68,7 % ; Asie méridionale : 65,1 % ; Océanie : 61,5 %)). Si on ajoute au duopole J-L Mélenchon la monopolisation de la représentation fut encore plus spectaculaire s’échelonnant de 78,6 des voix en Océanie à 86,5 % des voix en Extrême-Orient.
Dans ce contexte, huit candidats ont eu bien des difficultés à exister lors de premier tour. Dans la perspective du second tour du scrutin, à l’exception de B. Hamon notamment en Asie méridionale et en Océanie, aucun de ces candidats n’est aujourd’hui susceptible d’apporter des réserves de voix significatives aux deux derniers candidats en lice.
Signe de l’imperméabilité des électeurs d’Asie–Pacifique, six candidats ont connu dans plus d’un pays 0 voix. Nathalie Artaud n’a même collecté aucun vote dans les trois pays d’Asie centrale où le scrutin du premier tour a été organisé. La porte-parole de Lutte Ouvrière n’a vu se porter vers elle aucune voix dans 10 pays (Afghanistan, Brunei, Fidji, Kazakhstan, Malaisie, Mongolie, Ouzbékistan, Papouasie Nouvelle Guinée, Sri Lanka, Turkménistan), P. Poutou dans 7 (Bangladesh, Brunei, Kazakhstan, Mongolie, Pakistan, Philippines, Sri Lanka), F. Asselineau dans 6 (Afghanistan, Bangladesh, Brunei, Pakistan, Papouasie Nouvelle Guinée, Turkménistan), J. Lassalle dans 6 (Bangladesh, Brunei, Fidji, Ouzbékistan, Sri Lanka, Turkménistan) et J. Cheminade dans 13 (Bangladesh, Birmanie, Brunei, Corée du sud, Fidji, Indonésie, Laos, Malaisie, Mongolie, Népal, Ouzbékistan, Papouasie Nouvelle Guinée, Turkménistan).
Le leader de Solidarité et Progrès fut non seulement le candidat qui a le moins réussi à convaincre les expatriés en Asie–Pacifique mais le chantre des Routes de la Soie pendant cette campagne n’a réussi à récolter qu’une seule voix dans les trois pays d’Asie centrale et à franchir la barre des 1 % en un seul lieu, l’Afghanistan (1,56 %).
Part des candidats par sous-région.
Part des candidats par sous-région.
Pour trois des quatre candidats ayant rassemblé sur leur nom le moins de suffrages en Asie–Pacifique (J. Cheminade, N. Artaud, P. Poutou), il fut bien difficile d’accéder au seuil de 1 %.
N. Artaud n’y est parvenu dans aucune des communautés hors de France en Asie–Pacifique, J. Cheminade à une seule reprise (Afghanistan) et P. Poutou à trois (Népal (1,1 %), Ouzbékistan (2,1 %), Turkménistan (3,2 %)).
J. Lassalle a fait un peu mieux en passant la barre des 1 % à six reprises (ex. Cambodge (1,1 %), Kazakhstan (1,2 %), Philippines (1,4 %), Laos (1,6 %), Népal (2,2 %)) et même une fois celle des 5 (Papouasie Nouvelle Guinée (5,2 %)). Il n’a toutefois pas atteint les résultats obtenus par F. Asselineau qui a réussi à passer la barre des 1 % dans 9 des pays de l’ASEAN, 4 des 5 capitales d’Océanie, 2 des 3 Etats d’Asie centrale et 1 pays d’Asie du Sud (Népal).

Marine Le Pen sans presque aucun réservoir de voix chez les expatriés hors de France à la différence de la Nouvelle-Calédonie

Auprès des expatriés hors des territoires français du Pacifique, Emmanuel Macron part pour le second tour avec une très, très confortable avance sur Marine Le Pen.
Au vu du premier tour, il dispose dans son face-face avec la dirigeante du FN de 33,7 points d’avance. Un avantage perceptible dans toutes les sous-régions et qui ne devrait être comblée nulle part, à moins d’un report des voix de F. Fillon voire de J-L Mélenchon sans aucune mesure avec ce que prévoient les instituts de sondage pour l’hexagone.

L’ampleur du succès d’E. Macron le dimanche 7 mai influera très directement sur le résultat des prochaines élections législatives. Le succès sans conteste d’E. Macron à l’élection présidentielle en Asie–Pacifique pourrait bien se révéler décisif pour un candidat se réclamant de la majorité présidentielle dans la 11ème circonscription des Français de l’étranger, détenue par le député Thierry Mariani depuis juin 2012 et son succès à hauteur de 52,1 % des voix face à un candidat socialiste.

Avance en nombre de suffrages exprimés, région par région, d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen au soir du 23 avril.
Avance en nombre de suffrages exprimés, région par région, d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen au soir du 23 avril.
L’avantage conquis auprès des expatriés en Asie–Pacifique et plus généralement chez les Français établis hors de France (+ 33,9 % des suffrages, 187 953 voix) est un vrai avantage pour le candidat d’En Marche ! Ses bons scores au premier tour, grâce aux soutiens apportés par les expatriés en Asie–Pacifique et les citoyens de Wallis-et-Futuna, lui ont statistiquement permis d’annihiler 60,3 % de l’avance acquise au premier tour par Marine Le Pen en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française.
Avances en nombre de suffrages exprimés dans les territoires français du Pacifique de Marine Le Pen sur Emmanuel Macron au soir du 23 avril.
Avances en nombre de suffrages exprimés dans les territoires français du Pacifique de Marine Le Pen sur Emmanuel Macron au soir du 23 avril.
Les succès d’E. Macron au premier tour de l’élection présidentielle en Asie–Pacifique devraient s’amplifier au second tour. Contrairement à Marine Le Pen, il dispose des réservoirs de voix importants chez les expatriés établis hors du territoire national mais également à Wallis-et-Futuna voire en Polynésie française où le président E. Fritch, soutien de F. Fillon au premier tour, a proclamé : « Tous contre Marine Le Pen ! » Or dans les communes du Fenua les consignes de vote font encore sens, ce qui aura de fait un impact sur le taux de participation puisque le parti indépendantiste du Tavini a confirmé son choix du premier tour et a décidé de s’abstenir tout comme le parti Ia Mana Te Nunaa (Que le peuple soit au pouvoir) qui avait soutenu au premier tour J-L. Mélenchon et qui pour le 7 mai ne veut pas avoir « à choisir entre l’extrême-droite et l’extrême finance ».
La situation est incontestablement plus compliquée en Nouvelle-Calédonie. Les deux candidats du second tour ont des réserves de voix importantes. Pour E. Macron, il importe de ne pas apparaître comme un candidat « socialiste ». Un pari en passe d’être tenu puisqu’il a engrangé 6 500 voix de plus que le candidat du centre, François Bayrou lors de l’élection de 2012. Le soutien apporté par la députée-maire sortante de Nouméa, Sonia Lagarde, rattachée aux centristes à l’Assemblée nationale, est un atout. Reste à savoir ce que ferons les électeurs de Jean-Luc Mélenchon car celui-ci a connu sur le Caillou une progression significative puisque son score a plus que doublé par rapport au scrutin de 2012 (en gagnant 4 700 électeurs).
* Les Nouvelles Calédoniennes, 27 avril 2017.
Du côté des indépendantistes, le Palika et l’UPM se sont engagés explicitement en faveur d’E. Macron.
A droite, les consignes sont moins lisibles dans leurs effets le 7 mai : Marine Le Pen a recueilli le soutien des élus de l’Union pour la Calédonie dans la France, de Gil Brial l’un des vice-président de la l’Assemblée de la province Sud et de l’ex-député UMP Gael Yanno. Quant à l’ex-président du gouvernement Harold Martin (Les Républicains), Pascal VIittori (Tous calédoniens) et Sonia Backes (présidente du groupe Les Républicains au Congrès de la Nouvelle-Calédonie), ils ont fait savoir « ne pas vouloir faire barrage à Marine Le Pen pour faire barrage à Emmanuel Macron ».
Enfin Philippe Gomes, le dirigeant de Calédonie Ensemble et député UDI à l’Assemblée nationale, a lui annoncé qu’il votera pour E. Macron au 2ème tour*, une position personnelle qui est également celle de Daniel Goa, le président indépendantiste de l’Union Calédonienne.

Ce maelström traduit une situation politique tournée plus vers les enjeux législatifs que présidentiels. Certains candidats aux élections législatives sont face à un choix stratégique délicat et ne veulent pas compromettre leurs chances de réussite en appelant explicitement à voter pour un candidat représentant un parti qu’ils seraient susceptibles de combattre lors des scrutins des 11 et 18 juin prochain.
Bernard Deladrière (Les Républicains), candidat dans la 1ère circonscription, a ainsi annoncé qu’il ne donnerait pas de consignes de vote.
Pierre Frogier, sénateur et président du Rassemblement-LR, a ainsi critiqué les deux candidats du second tour et a indiqué que la seule assurance des calédoniens loyalistes « c’est de pouvoir compter sur une majorité à l’Assemblée nationale qui soit attachée au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, que seuls Les Républicains peuvent apporter.

Dans ce contexte océanien spécifique, le résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle ne sera pas tant à lire comme la résultante de l’affrontement Macron – Le Pen que comme l’expression du rapport de force politique intra-calédonien.

Cette situation nous rappelle que les résultats de l’élection présidentielle doivent être lus en Asie–Pacifique au travers de trois grilles de lecture. La première interprétation des résultats doit conduire à analyser les équilibres politiques propres à chacun des territoires français du Pacifique. La seconde donnera des indications sur la manière dont les expatriés seront susceptibles d’être représentés à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les instances qui leurs sont dédiés. Enfin, la campagne présidentielle française ne cesse d’être scrutée par les États d’Asie-Pacifique partenaires. Ceux-ci s’intéressent moins aux méandres Asie–Pacifique des citoyens d’Océanie et des expatriés en Asie–Pacifique qu’aux choix politiques les plus structurants que fera Paris.

* Cui Hongjian : « Le Pen win may prompt France’s exit from international affairs », Global Times 26 avril 2017. ** Et notamment Richard Ogier : « Emmanuel Macron is the moderate revolutionary France needs », The Canberra Times 28 avril 2017.
A lire les commentaires de presse depuis le premier tour dans la région, force est de constater que les observateurs asiatiques et océaniens s’interrogent sur les conséquences du scrutin français sur les politiques européennes, les relations bilatérales notamment avec la Chine et sur un possible effacement de la scène internationale de la France s’il advenait une victoire de Marine Le Pen*.
Sur ce point, la presse chinoise a connu pour le moins en dix jours de sérieuses inflexions. A la veille du premier tour, le Global Times (Huanqiu Shibao) soulignait encore que les résultats du scrutin du 7 mai n’affecteraient pas les relations franco-chinoises, même si Marine Le Pen devait arriver au pouvoir.
Moins d’une semaine plus tard, les articles ont pris un tour plus pro-Macron soulignant à l’image des Nouvelles d’Europe que la communauté chinoise de France votera majoritairement pour le fondateur d’En Marche ! mais aussi qu’E. Macron « répond davantage aux aspirations de la population française » que sa rivale, selon les termes de l’agence de presse Xinhua le 28 avril 2017.
Les éditorialistes et les journalistes australiens** ont exprimé plus explicitement et plus tôt leurs souhaits de voir Emmanuel Macron sortir vainqueur du scrutin le 7 mai 2017.
A propos de l'auteur
François Guilbert
François Guilbert est chroniqueur depuis la fin des années 1980 des questions internationales et de sécurité en Asie-Pacifique. Après avoir longuement résidé en Asie du Sud-Est et en Eurasie, il travaille aujourd'hui en Océanie.