Economie
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Après le retrait américain du TPP, l'Asie dans les bras de la Chine ?

Le président américain Donald Trump présente le décret qu'il vient de signer pour retirer les Etats-Unis du Partenariat transpacifique, dans le bureau oval de la Maison-Blanche à Washington, le 23 janvier 2017. (Crédits : AFP PHOTO / SAUL LOEB)
Le président américain Donald Trump présente le décret qu'il vient de signer pour retirer les Etats-Unis du Partenariat transpacifique, dans le bureau oval de la Maison-Blanche à Washington, le 23 janvier 2017. (Crédits : AFP PHOTO / SAUL LOEB)
Promesse tenue. Le nouveau président américain Donald Trump a signé hier lundi 23 janvier un décret retirant officiellement les États-Unis du Partenariat Transpacifique (TPP), laissant un « vide » politique et économique en Asie. La Chine va-t-elle le combler ? Est-ce vraiment une aubaine pour Pékin ? Le TPP est-il déjà mort et enterré ?
Le retrait des États-Unis du TPP est-il vraiment une aubaine pour la Chine ? Les avis sont partagés. Le quotidien japonais Mainichi rappelle d’abord que ce retrait porte un coup dur à l’héritage de Barack Obama. En effet, le Partenariat Transpacifique constituait la pierre angulaire du « pivot vers l’Asie » voulu par l’ancien président américain et destiné à contrer l’influence de la Chine dans la région. Autant de considérations totalement secondaires aux yeux de Donald Trump pour qui cet accord causerait un tort immense aux travailleurs américains (voir notre article). Plutôt qu’un traité de libre-échange, le nouveau locataire de la Maison-Blanche veut mettre en place une « taxe frontalière substantielle » pour les entreprises qui délocalisent leurs usines hors des États-Unis. Au contraire, celles qui produisent sur le sol américain profiteront d’avantages fiscaux. « America First. »

Bon nombre d’observateurs voient dans ce retrait de l’Amérique un boulevard laissé à la Chine en Asie. Pour le South China Morning Post, cela crée un vide politique et économique que Pékin est « impatient de combler ». Voilà certes un véritable coup de pouce aux régions manufacturières américaines victimes des délocalisations, mais c’est aussi tout le prestige américain en Asie qui se trouve altéré. D’après le Washington Post, ce retrait fournit à la Chine son « opportunité la plus claire » pour faire pencher l’équilibre géopolitique de l’Asie en sa faveur. Et lui permettre de mieux attirer les déçus du TPP vers son propre traité multilatéral de libre-échange : le Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP), un pacte de seize nations en majorité d’Asie du Sud-Est (lire notre article sur le sujet), à l’exclusion des États-Unis. Un traité qui, aux yeux de ses détracteurs, manque de clauses environnementales, de protection en matière de droits des salariés et de lutte contre la corruption.

En outre, rappelle le South China Morning Post, la Chine pourra profiter du protectionnisme de Trump pour renforcer ses liens avec les alliés traditionnels des États-Unis comme les Philippines et la Malaisie. Le vice-président d’Albright Stonebridge Group, Eric Altbach, déplore la nouvelle position américaine : « Nous avions notre cheval, les Chinois avaient leur cheval – mais le nôtre a été mis hors de la course. » Même sentiment de dépit chez le sénateur américain John McCain pour qui le retrait signé par Trump est un « cadeau géant pour les Chinois, car il peuvent maintenant se propulser au rang de moteur de la libéralisation du commerce ».

Cependant, la décision de Donald Trump laisse perplexes certains experts chinois cités par le South China Morning Post dans un autre article. Une « aubaine » pour la Chine ? Il faut rester prudent, prévient Lin Limin, analyste stratégique à l’Institut chinois de relations internationales contemporaines. Pour lui, « l’effondrement de la chaîne des pays asiatiques » dirigée par les États-Unis ne signifie pas que l’influence régionale de la Chine augmentera rapidement. D’après lui, les États qui avaient l’intention de se joindre au TPP, comme Singapour et le Vietnam, ont toujours « mis leurs pieds dans deux bateaux. (…) Même sans le TPP, ils garderont toujours une distance avec la Chine. » Pour Huo Jianguo, vice-président de la China Society du ministère chinois du Commerce, « la Chine devrait prendre des initiatives pour accélérer et approfondir cette ouverture afin de s’aligner sur des règles plus élevées et se préparer à la concurrence internationale ». Et d’ajouter : « La Chine ne devrait pas sauter de joie ou se sentir soulagée de la pression. »

Par ailleurs, une autre question demeure : le TPP est-il désormais un simple bout de papier sans valeur ? Rien n’est moins sûr puisque l’Australie et la Nouvelle-Zélande, pays signataires du traité, ont déclaré aujourd’hui mardi 24 janvier vouloir sauver le Partenariat Transpacifique en encourageant la Chine et d’autres pays asiatiques à y adhérer. « Le retrait des États-Unis du TPP est une grosse perte, a reconnu le Premier ministre australien Malcolm Turnbull cité dans le Straits Times, (…) mais nous ne sommes pas prêts de partir. Il y aura certainement une opportunité pour la Chine de rejoindre ce partenariat. » A noter que le pacte a encore une valeur « d’accord de libre-échange » avec les autres pays concernés. L’histoire est donc toujours en train de s’écrire.

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