Revue de presse Asie - 12 octobre 2016

Députés pro-indépendance à Hong Kong, violences en Birmanie et Cachemire indien

Les nouveaux députés devaient prêter serment et élire le président de Legco, le Parlement hongkongais. Copie d'écran du South China Morning Post, le 12 octobre 2016.
Les nouveaux députés devaient prêter serment et élire le président de Legco, le Parlement hongkongais. Copie d'écran du South China Morning Post, le 12 octobre 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Première séance houleuse au Conseil Législatif de Hong Kong. Pour la première session depuis les élections du 4 septembre, les nouveaux députés devaient prêter serment et élire le président du LegCo, le parlement hongkongais. Mais comme on pouvait s’y attendre, les jeunes députés pro-indépendance fraîchement élus n’ont rien respecter. Au moment de prêter serment, trois d’entre eux ont vu leur intronisation rejetée : Yau Wai-ching et Sixtus “Baggio” Leung Chun-hang ont prêté allégeance à « la nation hongkongaise », tandis que Edward Yiu Chung-yim a ajouté au serment classique qu’il « ferait respecter la justice procédurale, lutterait pour le suffrage universel et servirait le développement durable de la ville ». Sans compter que Leung s’est couvert d’un drapeau bleu portant l’inscription : « Hong Kong n’est pas la Chine ». Quatre autres députés « localistes » ont aussi ajouté leurs remarques au serment.

Tout cela n’a pas vraiment été du goût du président de séance qui a refusé de valider l’intronisation de Yau, Leung et Yiu, et notamment leur droit de vote à l’élection du président du LegCo. Les députés pro-démocrates ont massivement protesté, déchirant leur bulletin de vote et quittant l’hémicycle furieux. En toute logique, le pro-Pékin Andrew Leung Kuan-yuen a finalement été élu président du parlement hongkongais.

China Daily – La Chine et la Russie prêtes à répliquer. Alors que les Etats-Unis sont bien décidés à installer le système antimissile THAAD en Corée du Sud le plus rapidement possible pour lutter contre la menace nord-coréenne (voir notre revue de presse du 28 septembre), Pékin et Moscou ont annoncé la tenue d’une deuxième série d’exercices militaires anti-missiles l’année prochaine. Si les détails n’ont pas été dévoilés, le général chinois Cai Jun a cependant précisé que ces exercices « ne viseraient pas un pays tiers ». Les relations entre Pékin et Séoul se sont tendues le 30 septembre dernier quand la Corée du Sud a annoncé que le THAAD serait installé au niveau du Lotte Skyhill Country Club, 18 kilomètres plus au nord que sa localisation initiale.
Joonggang Ilbo – Après les défections, l’heure des punitions. Le vice-ministre nord-coréen des Affaires étrangères, envoyé spécial de Pyongyang en Europe, Kung Sok-ung a été purgé et envoyé à la campagne en réeducation. Il a été condamné après avoir été jugé responsable de la défection de l’ambassadeur adjoint de la Corée du Nord à Londres, Thae Young-Ho, en juillet dernier, l’une des plus importantes ces dernières années (voir notre revue de presse du 17 août).

Depuis le début 2016, les défections s’enchaînent en Corée du Nord. Au total, il y en aurait eu au moins 814. Au moment de la défection de Thae Yong-Ho, un autre diplomate coréen basé à Vladivostok aurait lui aussi disparu avec une importante somme d’argent. Le 5 octobre dernier, un officiel du ministère nord-coréen de la Santé détaché à l’ambassade du « royaume ermite » à Pékin qui aurait déserté avec sa famille et chercherait à rejoindre la Corée du Sud. Quelques jours avant cette nouvelle défection, le 1er octobre, la présidente sud-coréenne Park Geung-Hye avait par ailleurs appelé les citoyens du Nord à fuir vers Séoul.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Les affrontements se poursuivent dans l’Etat de l’Arakan. Douze personnes sont mortes ces dernières heures dans cette région en proie à des tensions entre bouddhistes et musulmans. Samedi dernier, des combats ont éclaté près de la frontière avec le Bangladesh où des hommes armés s’en sont pris à des policiers. Hier, mardi 11 octobre, quatre militaires ont péri quand des centaines de personnes ont attaqué des soldats dans le village de Pyaugpit. Au total, au moins 29 personnes ont ainsi été tuées en cinq jours.

C’est dans cette région de l’Arakan que vit une grande majorité de la communauté musulmane Rohingya. Apatrides, ils sont privés de tout droit civique dans le pays depuis mars 2015 et des centaines de milliers d’entre eux s’entassent dans des camps de déplacés depuis 2012, où des violences meurtrières avaient fait plus de 200 victimes. Craignant un nouvel épisode similaire, les autorités ont étendu le couvre-feu et près de 400 écoles ont été fermées. De son côté, le gouvernement d’Aung San Suu Kyi a appelé au calme alors que des rumeurs de meurtres et d’arrestations massives se sont répandues sur les réseaux sociaux.

The Jakarta Post – L’Indonésie est-elle capable de s’affirmer face au géant chinois ? Dans un éditorial, le Jakarta Post critique la position du gouvernement de Joko Widodo en mer de Chine du Sud où il est « dépourvu de leadership et ne fait rien pour changer la politique de Pékin. » Pourtant, selon l’éditorialiste, il est temps pour l’Indonésie de s’affirmer comme une véritable puissance. Il faut, selon lui, mettre en ordre le ministère des Affaires étrangères pour pouvoir convoquer les ministres de la pêche et de la Défense des pays voisins ainsi que des membres de la marine américaine et des gardes-côtes afin de s’attaquer efficacement à la question de la Mer de Chine du Sud. Il va même plus loin : « L’idéal serait de créer un Conseil de sécurité nationale, sous la direction du président lui-même et centralisant les informations. »

Mais selon l’éditorial, l’Indonésie doit avant tout régler un problème de fond : le pays doit cesser de considérer qu’il profite plus de l’alliance avec la Chine que l’inverse. D’autant plus que les chiffres disent le contraire selon un récent rapport, « les relations économiques entre la Chine et l’Indonésie au XXIe siècle : opportunités et défis ». Le bilan est clair : pour gérer au mieux l’hégémonie chinoise, Jakarta doit ainsi prendre son rôle de leader plus à coeur et déterminer seul la marche à suivre. « Si le multilatéralisme est la solution, alors que le [gouvernement] s’y atelle. Si cela ne fonctionne pas pas, il faut trouver une meilleure stratégie politique, une qui ne dépende pas uniquement de Washington et Pékin mais aussi de l’Inde, de l’Australie et du Japon », conclut le journal.

South China Morning Post – Le président philippin a décidé de mettre les petits plats dans les grands. Pas moins de 250 hommes d’affaire, professionnels du bâtiment, du tourisme, de l’agroalimentaire ou encore de la manufacture, accompagneront Rodrigo Duterte pour son voyage à Pékin la semaine prochaine, du 18 au 21 octobre. Initialement, seule une douzaine de personnes devaient prendre part à cette rencontre avec des hommes d’affaire chinois et des membres du gouvernement.

Voilà donc ce qui semble renforcer l’idée d’un rapprochement entre la Chine et les Philippines alors que les relations entre les deux Etats s’étaient détériorées à cause de la question de la Mer de Chine du Sud. Mais depuis quelques semaines, alors qu’il tente de marquer une rupture avec les Etats-Unis, Duterte semble laisser de côté ces dissensions et multiplie les pas vers Pékin. Si pour l’instant aucun accord n’a été finalisé, plusieurs hommes d’affaire philippins assurent que des négociations de contrats sont en cours notamment dans les domaines de l’industrie et des finances.

Asie du Sud

Times of India – Troisième jour d’assaut à Pampore. Depuis lundi 10 octobre, plusieurs assaillants « militants » se sont emparés d’un bâtiment du gouvernement indien dans cette ville située au nord du Jammu-et-Cachemire. Deux des assaillants ont été tués par les forces de l’ordre qui tentent de libérer l’immeuble de sept étages à coups de tirs de roquettes. Un troisième homme est toujours retranché à l’intérieur tandis que les autorités ont pu pénétrer dans une partie de l’immeuble partiellement détruit. En février dernier, cet institut gouvernemental situé sur la route stratégique qui relie Jammu à la base militaire de Srinagar avait déjà été sous le coup d’une attaque pendant trois jours consécutifs. Le bâtiment principal avait été détruit et trois personnes avaient alors été tuées.
Dawn – Voilà six ans qu’elle est dans le couloir de la mort. Asia Bibi, une Pakistanaise chrétienne condamnée à la peine capitale pour blasphème, doit voir son cas réexaminé jeudi 13 octobre par la Cour suprême. Si cette dernière rejette l’appel, l’accusée ne pourra plus espérer qu’une grâce présidentielle. Depuis six ans, Asia Bibi est devenue le symbole des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan, où l’islam est religion d’Etat. Si elle prévoit la peine de mort pour les personnes reconnues coupables, de simples accusations se terminent souvent par des lynchages. Or, selon les détracteurs, la loi est régulièrement utilisée pour régler des conflits personnels, en diffusant de fausses accusations. C’est ce qui est arrivé à Asia Bibi, dénoncée par une musulmane après une dispute au sujet d’un verre d’eau.

En 2011, le gouverneur de la province du Pendjab, Salmaan Taseer, a été abattu par son garde du corps pour avoir défendu la cause d’Asia Bibi. Son bourreau a ensuite été exécuté provoquant la colère des extrémistes. Il est à présent considéré comme un héros et un monument en son honneur a été construit près d’Islamabad.

Mais l’affaire a eu un retentissement international. En 2010, le pape Benoît XVI avait publiquement demandé la libération d’Asia Bibi. Cinq ans plus tard, son successeur Francois avait reçu sa fille aînée. Selon Human Rights Watch, 17 personnes se trouvent actuellement dans le couloir de la mort pour blasphème au Pakistan mais personne n’a encore été exécuté. « Il ne fait aucun doute que ce qui est en jeu est véritablement l’âme du pays et de la société pakistanaise : le Pakistan respecte-t-il les droits des plus vulnérables ? Défend-il ces droits contre de fausses accusations, même quand elles touchent à des thèmes sacrés pour la plupart des Pakistanais ? », lance Mustafa Qadri, expert des questions de droits de l’homme. Une décision en faveur d’Asia Bibi « enverrait un message fort au monde, celui que le Pakistan respecte l’Etat de droit et pas la rue. »

Firstpost – Impossible d’éviter les sujets qui fâchent. Du 13 au 17 octobre prochain, les dirigeants des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) se rejoindront dans la ville indienne de Goa. Et les relations entre la Chine et l’Inde seront au centre de l’attention. Quelle position prendra Pékin sur la question du Cachemire alors que la région est en proie à de vives tensions depuis début juillet ? Soutiendra-t-il envers et contre tout son allié historique pakistanais ou favoriserait-il une alliance émergente avec l’Inde ?

Ce qui est sûr c’est que la Chine a tout intérêt à ménager ses relations avec le Pakistan. Non seulement Pékin perçoit son allié comme le seul pays capable de limiter la puissance grandissante de l’Inde en Asie du Sud, notamment au niveau commercial, mais aussi comme porte d’entrée au monde islamique. De son côté, le Pakistan s’éloigne progressivement des Etats-Unis. La Chine devient donc l’unique grande puissance capable de lui fournir des armes, de l’argent et à assurer sa voix au Conseil de sécurité de l’ONU.

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que les relations sino-indiennes se retrouvent dans l’impasse. La Chine refuse effectivement d’accepter la proposition indienne de considérer le pakistanais Masood Azhar, chef du groupe islamiste Jaish-e-Mohammad, comme terroriste. Pour Pékin, New Delhi n’agit que par « pure ambition politique et non pas au nom de la lutte contre le terrorisme ». Autre point de dissension entre les deux pays : Pékin refuse l’intégration de New Delhi dans le groupe des pays fournisseurs de nucléaire.

A noter qu’avant le sommet des BRICS, Xi Jinping se rendra au Cambodge où il devrait signer quelques accords de coopération avec le Premier ministre Hun Sen puis au Bangladesh.

Par Joris Zylberman et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris