Revue de presse Asie - 7 octobre 2016

Avertissement thaïlandais à Joshua Wong, débris du MH370 et polémique de Rahul Gandhi

Joshua Wong a finalement été autorisé à s'exprimer mais sous de strictes conditions. Copie d'écran du Bangkok Post, le 7 octobre 2016.
Joshua Wong a finalement été autorisé à s'exprimer mais sous de strictes conditions. Copie d'écran du Bangkok Post, le 7 octobre 2016.

Asie du Nord-Est

Bangkok Post – Joshua Wong a bel et bien pris part à la conférence de l’Université thaïlandaise à laquelle il était invité, mardi 4 octobre au soir. Détenu par la police à l’aéroport de Bangkok, le leader étudiant hongkongais a néanmoins été autorisé à s’exprimer via Skype pendant une demi-heure sous certaines conditions, explique le Bangkok Post. Wong a donc dû se focaliser sur son parcours personnel et les changements intervenus à Hong Kong après le mouvement des parapluies de 2014. Le tout sans critiquer les autorités thaïlandaises et chinoises, ni « provoquer » le public, ni évoquer son arrestation à la sortie de l’avion – sans quoi la police lui aurait « coupé la ligne ».

Joshua Wong est resté entre les mains des forces de l’ordre thaïlandaises pendant 12 heures, rappelle le South China Morning Post. Une détention que le Premier ministre du pays et chef de la junte, Prayuth Chan-ocha, présente comme une requête des autorités chinoises… Ce que nient Pékin et Hong Kong. Malgré l’incompréhension, le soutien à Wong s’organise dans l’ex-colonie britannique : un groupe d’avocats, le Progressive Lawyers Group, demande des excuses officielles et une compensation de la part de Bangkok – tout en appelant le gouvernement de Pékin et l’exécutif de Hong Kong à « protester formellement » contre la « détention arbitraire » du leader étudiant. Les avocats dénoncent une arrestation « ni nécessaire, ni proportionnée » et en violation avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, dont la Thaïlande est signataire.

South China Morning Post – Au Liaoning, la démission de centaines de députés à la suite d’un scandale massif d’achat de votes ouvre une « crise législative sans précédent ». Alors que les deux tiers des membres du parlement provincial (454 sur 612) ont été démis de leurs fonctions, une question se pose désormais : les lois votées par la chambre depuis quelques années sont-elles valides ? Une « patate chaude » dans les mains de l’Assemblée nationale populaire (ANP), explique un ancien député du Liaoning au South China Morning Post : « Personne ne sait quoi faire encore des textes votés par la chambre depuis début 2013. » Mais d’après lui, l’ANP pourrait bien faire comme si de rien n’était : « Régler l’affaire en accord avec la loi, voilà le dernier choix des autorités centrales : c’est bien trop compliqué et ce n’est jamais arrivé auparavant. » Une frilosité qui, fondamentalement, ne change pas grand-chose : selon Zhang Qifan, professeur de droit à l’Université de Pékin, les parlements provinciaux ne servent qu’à « approuver sans discussion les décisions du centre ». Les textes votés auraient donc été identiques, même avec des députés élus sans fraude. CQFD.
Yonhap – La Corée du Nord est-elle sur le point de réaliser un sixième essai nucléaire ou un nouveau tir de missile ? C’est ce que croit savoir Séoul, ayant constaté une « intensification des activités » dans les sites militaires où Pyongyang a l’habitude d’opérer de telles manoeuvres, écrit l’agence sud-coréenne Yonhap. En témoignent des images satellites prises samedi dernier, publiées par le Korea Times. Le contexte est d’autant plus tendu que le 71e anniversaire du Parti des Travailleurs de Corée aura lieu lundi 10 octobre, et que des représentants de Séoul et de Washington doivent se rencontrer dix jours plus tard dans le cadre de leur Réunion consultative annuelle sur la sécurité (Security Consultative Meeting). Il faut dire que Pyongyang a récemment coordonné ses essais nucléaires et ballistiques avec d’importants sommets internationaux ou des dates-clé dans l’histoire du pays. Conséquence : l’armée sud-coréenne est d’ores et déjà « en état d’alerte » et le gouvernement de Séoul « entièrement préparé » à toute provocation venue du Nord, commente le ministre de l’Unification.

Asie du Sud-Est

Straits Times – Saura-t-on ce qui est arrivé au vol MH370 ? Un débris d’avion découvert sur l’île Maurice serait bel et bien un morceau de l’aile de l’avion disparu de la Malaysia Airlines il y a plus de deux ans. Cette pièce est la troisième certifiée comme appartenant à l’appareil. En juillet dernier, une autre pièce de l’aile avait été découverte sur l’île de la Réunion. Il y a trois semaines, un débris avait été retrouvé au large de la Tanzanie. Le 8 mars 2014, peu de temps après avoir décollé de l’aéroport de Kuala Lumpur à destination de Pékin, l’avion du vol MH370 avait disparu des écrans radars avec 239 passagers et membres d’équipage à son bord, majoritairement d’origine chinoise. Plus de deux ans d’enquête se sont écoulées et toute une partie de l’Océan indien a été passée au peigne fin – en vain. Les gouvernements malaisien, chinois et australien envisagent à présent de mettre fin à l’enquête si l’épave principale de l’appareil n’est pas retrouvée dans la zone de recherche actuelle.
Bangkok Post – Le gouvernement thaïlandais dépense-t-il sans compter ? C’est en tout cas ce que laisse supposer la facture du dernier déplacement du vice-Premier-ministre, Prawit Wongsuwon, à Hawaï pour une rencontre entre l’ASEAN et les Etats-Unis. Son voyage dans un avion affrété par la compagnie Thai Airways International aurait coûté pas moins de 20,9 millions de bahts, soit 536 000 euros. Parmi ces dépenses, environ 16 000 euros n’auraient été consacrés qu’à la nourriture.

Lors d’une conférence de presse ce vendredi 7 octobre, le gouvernement a assuré que l’organisation de ce voyage ne laissait place à aucun excès, arguant qu’il faisait preuve d’une complète transparence en admettant le prix total du déplacement. « Affréter un avion privé est notre dernier recours. On ne l’utilise que lorsque les vols commerciaux et militaires ne sont pas des options viables », a exprimé le porte-parole du gouvernement, Sansern Kaewkamnerd, précisant que le Général Prayuth Chan-ocha n’a affrété que deux vols, l’un pour Milan et l’autre en direction de la Russie depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

Le gouvernement thaïlandais promet, depuis son arrivée au pouvoir, de venir à bout de la corruption parmi les instances dirigeantes du pays. Mais les scandales se succèdent. Depuis une quinzaine de jours, Preecha Chan-ocha, le frère du Premier ministre, est sous le coup d’une enquête pour népotisme, rappelle Channel News Asia. Il est en effet soupçonné d’avoir favorisé son fils dans une affaire de constructions immobilières.

Bangkok Post – Ce jeudi 6 octobre a marqué en Thaïlande le quarantième anniversaire du massacre des étudiants dans l’université Thammasat, par la police et des groupes d’extrême-droite organisés par l’armée le 6 octobre 1976. Des cérémonies de commémoration ont eu lieu dans plusieurs universités de Bangkok. Dans une chronique publiée dans le Bangkok Post aujourd’hui vendredi 7 octobre, le politologue Thitinan Pongsudhirak analyse la tragédie de 1976 comme étant une réaction de l’establishment conservateur pour protéger ses privilèges et le statu quo. Pour lui, la volonté actuelle, sous la junte, de maintenir ce même statu quo, bâti autour des intérêts d’une oligarchie incluant le Palais royal, les militaires, la bureaucratie et une partie des milieux d’affaires, est devenue « intenable », notamment à cause de la succession royale à venir. L’establishment doit « ouvrir le jeu » sous risque de périr.
The Philippine Star« Vous pensez qu’il est temps pour vous d’arrêter de nous aider ? Allez-y, faites le. On ne viendra pas vous chercher. » Une fois encore, le président philippin Ridrigo Duterte n’y est pas allé de main morte pour répondre aux critiques des Etats-Unis à son encontre. Washington lui reproche « sa guerre anti-drogue » initiée dès son arrivée au pouvoir en juin dernier, et qui a déjà provoqué la mort de plus de 3 000 personnes.

La réponse de Duterte est claire : les Philippines n’ont pas besoin de l’aide des Etats-Unis et de l’Union européenne. « Vous menacez d’arrêter de nous aider ? Vous nous prenez pour qui ? Pour des mendiants ? a lancé le président. Même si c’est difficile, on survivra. Je serai le premier à mourir de faim s’il le faut. Mais on ne remettra pas en cause l’intégrité des Philippines. » Cette dernière tirade a valu à Duterte une altercation avec la vice-présidente, Leni Robredo, qui veut rappeler l’importance de l’aide internationale. « On nous la donne à la mesure de la confiance que l’on nous porte. Et nous nous sommes battus longtemps pour l’avoir », a-t-elle répliqué.

Depuis plusieurs semaines, Duterte ne cesse de réaffirmer sa rupture avec les Etats-Unis au profit de la Russie et de la Chine. Son objectif : que les Philippines ne soient plus dépendantes de Washington. La semaine dernière, il a par ailleurs affirmé vouloir mettre un terme au traité de défense commune qui lie les deux pays, et qui pourrait effectivement entraîner la fin de l’aide militaire des Etats-Unis aussi bien d’un point de vue financier qu’en rappelant les soldats basés actuellement aux Philippines.

Asie du Sud

Indian Express – Rahul Gandhi tente vainement d’étouffer la polémique. Après avoir déclenché un tollé en accusant Narendra Modi de « se cacher derrière le sang des soldats » et « d’exploiter leurs sacrifices » pour améliorer sa cote de popularité, le vice-président du Parti du Congrès a tenu à apporter des rectifications sur Twitter ce vendredi 7 octobre : « Je soutiens entièrement les frappes chirurgicales, je l’ai dit sans ambigüité. Mais je ne soutiendrai pas l’utilisation de l’armée indienne dans des affiches de propagande diffusées dans tout le pays. » Ses propos incendiaires avaient plus qu’irrité le parti nationaliste hindou (BJP) au pouvoir, qui l’avait qualifié en retour de « leader immature » et accusé de « contribuer au nivellement par le bas » de la politique, rapporte le Times of India.
Dawn – L’Inde peut-elle vraiment révoquer le traité de l’Indus ? Pas sans l’accord du Pakistan, s’entête à rappeler Islamabad. « Le traité n’a aucune date d’expiration. Il dépend autant de l’Inde que du Pakistan et ne prévoit pas le retrait de l’un ou l’autre », précise Nafees Zakria, porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères. New Delhi menace en effet de couper l’accès à l’eau de l’Indus au Pakistan et de briser le traité qui partage les eaux de ce fleuve transfrontalier depuis les années 1960.
Pour Islamabad, l’accord a déjà été rompu lorsque le Premier ministre indien, Narendra Modi, a pris la décision de suspendre les discussions de la Commission du traité de l’Indus. Le Pakistan appelle ainsi la communauté internationale à agir rapidement pour prévenir ce qui pourrait être perçu comme une déclaration de guerre.

Les tensions entre New Delhi et Islamabad se sont accrues depuis l’attaque de la base militaire indienne d’Uri dans le Jammu-et-Cachemire le 18 septembre dernier, l’une des plus meurtrières depuis ces quinze dernières années. Les combats se sont encore intensifiés dimanche dernier alors que l’Inde a procédé à des « frappes chirurgicales » dans la région.

The Hindu – L’Inde en est convaincue : l’énergie au Sri Lanka ne doit pas bénéficier qu’à la Chine. Voilà pourquoi New Delhi contribuera à la construction d’une nouvelle raffinerie dans la ville sri-lankaise de Trinquemalay, a annoncé un officiel de Colombo hier jeudi 6 octobre, près du deuxième plus important port naturel au monde. L’usine, dont la construction prendra quatre ans, pourra produire jusqu’à 100 000 barils de pétrole par jour, note le quotidien The Hindu.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Cyrielle Cabot, avec Arnaud Dubus à Bangkok