Revue de presse Asie - 30 septembre 2016

Avenir de Xi Jinping, Duterte parle d'Hitler et frappes chirurgicales indiennes

Les interrogations sont toujours nombreuses sur l'avenir politique de Xi Jinping, à l'approche du 19e congrès de PCC en 2017. Copie d'écran du South China Morning Post, le 30 septembre 2016.
Les interrogations sont toujours nombreuses sur l'avenir politique de Xi Jinping, à l'approche du 19e congrès de PCC en 2017. Copie d'écran du South China Morning Post, le 30 septembre 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Il s’est construit l’image du « dirigeant chinois le plus puissant depuis Mao Zedong ». Mais Xi Jinping doit désormais faire face à un défi politique de taille, fin octobre : le plénum du comité central du Parti communiste. A cette occasion, le président chinois devra en effet dévoiler l’ordre du jour du 19e congrès du Parti prévu fin 2017, lors duquel Xi devra « décrire clairement ses ambitions politiques et la feuille de route pour sa succession » cinq ans plus tard (2022). Une annonce d’autant plus attendue que d’ici l’année prochaine, l’ensemble des membres du Comité permanent du Bureau politique du PCC (mis à parti Xi et son Premier ministre Li Keqiang, soit 5 membres sur 7) devront prendre leur retraite, ayant atteint ou dépassé l’âge limite de 68 ans. Six membres du Bureau politique devront également démissionner pour les mêmes raisons.

Cette équipe dirigeante renouvelée se laissera-t-elle guider par Xi les yeux fermés, concernant sa propre succession en 2022 ? Rien n’est moins sûr d’après Zhang Lifan, historien du parti et ex-membre de l’Académie chinoise des Sciences sociales : « Xi doit faire face à une forte résistance au sein de l’establishment, en raison de ses politiques controversées [en matière de lutte anti-corruption]. Beaucoup attendent juste qu’il commette une erreur. » Zhang Ming, politologue à l’université du peuple (Pékin), renchérit : « Le futur politique de la Chine n’a jamais été aussi incertain qu’aujourd’hui, dans la mesure où règne la pagaille dans la direction du parti. »

S’il s’est assuré la stature de dirigeant international incontournable – en attestent l’organisation du G20 à Hangzhou au début du mois et la récente signature de l’accord de Paris sur le climat -, Xi Jinping a connu plusieurs écueils en matière de politique étangère. Au coeur des tensions régionales : l’affirmation de souveraineté chinoise en mer de Chine méridionale, commente le South China Morning Post. En outre, la croissance économique du pays a fortement ralenti ces dernières années, ce qui remet en cause la capacité de Xi à réaliser les « deux objectifs du siècle » : avoir construit une société « relativement prospère » d’ici le 100e anniversaire du PCC en 2021, et une économie « avancée et prospère » d’ici le 100e anniversaire de la République populaire de Chine en 2049.

South China Morning Post – Les relations entre Pékin et Séoul ne cessent de se tendre. Alors que la Chine est fermement opposée au déploiement du bouclier antimissile américain THAAD sur la péninsule, la Corée du Sud a annoné ce vendredi 30 septembre que ce dernier serait installé au niveau du Lotte Skyhill Country Club – 18 kilomètres plus au Nord que sa localisation initiale. Un déplacement motivé par les manifestations des habitants de Seongju, où devait être accueilli le THAAD. Il sera ainsi situé plus à l’écart des zones résidentielles.

Loin de renoncer au dispositif américain, Séoul ne risque donc pas d’apaiser les tensions qui l’opposent à Pékin. D’autant plus que cette annonce intervient alors même que trois pêcheurs chinois ont été tués lors d’une confrontation avec les gardes-côtes sud-coréens, rapporte le Straits Times. En cause : des pêcheries illégales opérées au large de la péninsule. Plusieurs grenades auraient été tirées dans une cabine du bateau ou s’étaient retranchés les trois individus, explique le quotidien singapourien. Ni les autorités sud-coréennes, ni les autorités chinoises n’ont encore tenu à s’exprimer officiellement.

Asahi Shimbun – Les JO de 2020 pourraient-ils être un « désastre financier » pour la capitale nippone ? C’est ce que craignent un groupes d’experts mandatés par la métropole de Tokyo afin de réexaminer les coûts de la rencontre sportive. Car au total, les dépenses sont estimées à 30 milliards de dollars : c’est pourquoi le panel consultatif propose de revoir les plans de construction des infrastructures, notamment les bassins d’aviron et de canoë. Il faut dire que les dépenses n’avaient pas été plafonnées… Et ce sont les habitants de la capitale qui risquent d’en payer les frais.

Si le gouverneur de Tokyo semble prêt à revenir sur le projet initial, ce n’est pas du goût du président du comité organisateur des JO. Un désaccord qui révèle une tension plus profonde, note le quotidien Asahi Shimbun : qui donc pilote véritablement le projet ? Le gouvernement municipal, le comité organisateur ou le gouvernement central ? Quoi qu’il en soit, les experts incitent la ville à s’inspirer de Londres et de Rio dans leur gestion respective des JO de 2012 et de 2016 : être plus flexible, mettre en place des « cadres transversaux » chargés à la fois de la construction des infrastructures et de la communication à ce sujet, et inciter à la participation des autorités centrales.

Asie du Sud-Est

The Philippine Star – Jusqu’où ira-t-il ? Après avoir traité Barack Obama de « fils de pute », fait un doigt d’honneur à l’Union européenne, voilà que Rodrigo Duterte ose se comparer à Hitler. Lors d’une visite dans la ville Davao, dont il a longtemps été maire, le président philippin a répondu aux critiques de ses adversaires qui l’avait décrit comme « une sorte de cousin de Hitler ». Rappelant le massacre de millions de juifs par les nazis, Duterte a affirmé qu’il serait « heureux » de « massacrer » les « trois millions de toxicomanes aux Philippines ». « Si l’Allemagne a eu Hitler, les Philippines ont… », a t-il lancé, sans finir sa phrase mais en se pointant du doigt. « Je voudrais bien être tous les criminels possibles pour en finir avec les problèmes dans mon pays et sauver la future génération de la perdition. »

Depuis son arrivée au pouvoir en juin dernier, la guerre contre le trafic de drogue du président philippin a provoqué la mort d’au moins 3 000 personnes. Fortement critiqué par la communauté internationale, il n’a jamais hésité à multiplier les insultes, notamment contre l’ambassadeur américain à Manille. Il a ainsi menacé de quitter l’ONU et de rompre définitivement avec Washington au profit de la Chine et de la Russie.

Myanmar Times – En est-ce fini de la distribution d’aide alimentaire dans l’Etat birman de l’Arakan ? Depuis juillet dernier, le programme alimentaire mondial a décidé de couper les aides aux personnes quittant les camps de déplacés pour se réinstaller dans les villages. L’Etat de l’Arakan, l’un des plus pauvres de la Birmanie, est en proie à de violents conflits entre bouddhistes et musulmans. C’est par ailleurs dans cette région que vivent majoritairement les Rohingyas, minorité musulmane apatride persécutée dans le pays. En 2012, le conflit s’était enlisé entraînant le déplacement de milliers de personnes obligées de se réfugier dans des camps de fortune. Si les tensions se sont maintenant amoindries, les musulmans sont toujours victimes d’extrêmes discriminations.

Aujourd’hui, l’objectif de l’ONU consiste à inciter les personnes déplacées à se réinstaller dans la région. Ils sont ainsi un peu plus de 200 à avoir quitté les camps pour rejoindre la ville de Pa Rein. Dans les camps, les déplacés vivent dans des conditions déplorables mais ils ont accès à l’eau et à la nourriture grâce à différentes ONG présentes sur place. En revanche, seule une petite moitié des nouveaux habitants de Pa Rein reçoivent toujours une aide alimentaire.

Pour le programme alimentaire mondial, supprimer cette aide doit empêcher que des tensions n’apparaissent entre ceux qui seraient éligibles à recevoir une portion de nourriture et les autres. En effet, jusqu’alors, les déplacés des camps recevaient systématiquement une aide à la réinstallation dans les villages et de quoi subvenir à leurs besoins tandis que ceux qui ne s’étaient jamais déplacés ne percevaient rien. Les membres du programme alimentaire mondial l’avouent : cette décision a été prise faute de budget pour offrir une aide alimentaire à tous.

La décision a été fortement critiquée par d’autres ONG qui craignent une situation d’« insécurité alimentaire ». Les nouveaux habitants des villages, en tant que musulmans, peinent à décrocher un travail et se retrouvent souvent en situation d’extrême pauvreté. Difficile dans ces conditions de pouvoir se nourrir suffisamment. Au total, 20 % de la population de l’Arakan souffrirait de malnutrition.

The Bangkok Post – La nouvelle Constitution thaïlandaise permettra-t-elle à Prayuth Chan-ocha de rester au pouvoir ? Peu à peu les voix commencent à s’élever : la commission de la Constitution, en charge du nouveau texte, pourrait permettre au Premier ministre actuel de rester au pouvoir huit années supplémentaires.

Au coeur de la controverse : la question du rôle des sénateurs dans l’élection du Premier ministre – alors que Prayuth Chan-ocha promet depuis plusieurs mois la tenue d’élection avant fin 2017. La Thaïlande a voté dimanche 7 août en faveur d’une nouvelle Constitution. Soumise par la junte militaire, elle accorde plus de pouvoir à l’armée. Une seconde question concernait le rôle du Sénat dans l’élection du Premier ministre par la Chambre des représentants. Elle a rencontré une victoire plus mitigée, seuls 58,11% des électeurs ayant voté pour (voir notre revue de presse du 8 août).

Objectif de la commission de la Constitution aujourd’hui : permettre à une personne non issue d’un parti politique d’être candidat au poste de Premier ministre si les députés ne parviennent pas, dans un premier temps, à se mettre d’accord sur un candidat issu de ces partis. Cela permettrait donc ouvertement à Prayuth Chan-ocha d’être éligible à son propre poste. Mais pour ce faire, il faut modifier le texte de la Constitution soumis au référendum. Jusqu’alors, seuls les députés pouvaient modifier le texte légiférant la procédure d’élection du Premier ministre. La commission de la Constitution travaille à présent à ce que les sénateurs puissent se joindre à eux dans ce vote.

Asie du Sud

Times of India – Avoir franchi la Ligne de Contrôle : voilà ce qui constituera l’héritage du Premier ministre indien Narendra Modi, d’après le Times of India. Même son prédécesseur A. B. Vajpayee (1998-2004), également issu du parti nationaliste hindou et particulièrement véhément à l’égard d’Islamabad, n’avait pas osé tirer au-delà de la frontière partageant de facto le Cachemire entre Inde et Pakistan. Après avoir essuyé des critiques sur son manque de réaction en dépit de discours fermes envers Islamabad, Modi a donc finalement mis à exécution ses menaces en visant les « rampes de lancement des terroristes au Cachemire occupé », explique le quotidien indien. Ce qui pourrait rejaillir sur sa popularité et celle de son parti, actuellement en posture défavorable à l’approche des élections locales en Uttar Pradesh l’année prochaine.

Ces frappes, qualifiées de « chirurgicales » par bon nombre de médias indiens ce vendredi 30 septembre et par l’armée elle-même, ont aussi de lourdes implications en matière d’équilibre géostratégique en Asie du Sud. Car d’après le site indien Firstpost, l’action militaire « extrêmement limitée » de New Delhi n’ayant pas entraîné de réponse directe d’Islamabad, l’idée selon laquelle toute réponse armée de l’Inde vis-à-vis du Pakistan déclencherait une spirale de conflit jusqu’à l’affrontement nucléaire vient d’être démentie. Il existerait donc une marge de manoeuvre, aussi faible soit-elle, permettant une riposte armée face aux « provocation pakistanaises » – écho à l’attaque d’Uri de la mi-septembre (voir notre revue de presse du 19 septembre).

De son côté, The Indian Express informe que de « nombreuses victimes » auraient été causées par ces frappes – des terroristes ainsi que leurs soutiens – sans que le gouvernement indien ne les aient comptabilisées. Les autorités pakistanaises avaient quant à elles fait état de deux morts dans leurs rangs (voir notre revue de presse du 29 septembre). Quoi qu’il en soit, les opérations seraient désormais terminées, l’armée indienne ne disposant pas de nouveaux plans d’action, explique le quotidien.

De l’autre côté de la frontière, la presse pakistanaise interprète les événements d’une toute autre façon. L’armée se gausse ainsi de l’expression « frappes chirurgicales », rapporte le quotidien pakistanais The Express Tribune. Car les forces d’Islamabad démentent formellement de telles opérations. Le porte-parole de l’armée explique : « Il n’y a rien de tel sur le terrain. Il y a seulement eu quelques tirs la nuit dernière, auxquelles nous avons répondu. […] Pas de frappe chirurgicale, seulement des échanges de tirs initiés et conduit par l’Inde. » L’objectif de New Delhi serait en fait de créer un « déferlement médiatique » pour des questions de popularité, commente le quotidien pakistanais.

Dawn – La confusion règne toujours de part et d’autre de la ligne de contrôle, frontière cachemirie de facto entre l’Inde et le Pakistan. Ni les autorités centrales de New Delhi, ni celles d’Islamabad n’ont confirmé l’arrestation d’un soldat indien au Cachemire pakistanais – bien qu’elles aient reconnu que l’intéressé avait bien franchi la ligne de contrôle. Seule l’ambassadrice du Pakistan auprès des Nations unies a déclaré que l’homme avait été « capturé » par l’armée pakistanaise. Une information relayée et appuyée par deux officiels du secteur de Chhamb (Azad-Cachemire), qui ont également annoncé la mort de 8 soldats indiens lors des « échanges de tirs » d’hier jeudi 29 septembre – qualifiés de « frappes chirurgicales » par l’armée indienne.
The Express Tribune – Le réseau ferré pakistanais bientôt modernisé. La Chine a accepté de fournir 5,5 milliards de dollars pour étendre et moderniser la principale ligne de chemin de fer pakistanaise qui relie le nord au sud du pays. Objectif de la Chine : investir par là même dans le corridor économique sino-pakistanais. Le Pakistan est au centre de la politique d’ouverture économique de la Chine grâce à sa possession du port de Gwadar, qui offre un accès direct à l’Océan indien.

Au total, le coût des travaux sur cette ligne reliant Peshawar à Karachi s’élève à plus de 8 milliards de dollars. Le projet devrait être terminé dans cinq à six ans. Les trains circuleront alors deux fois plus vite qu’à présent, atteignant la vitesse de 180km/h. Actuellement, la ligne représente environ 75 % du trafic de marchandises et de passagers. En 2013, une nouvelle ligne reliant Kashgar à Havelian verra le jour et le trafic sera encore renforcé entre Karachi et Peshawar.

Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Cyrielle Cabot