Revue de presse Asie - 21 juillet 2016

Leader étudiant hongkongais inculpé, scandale 1MDB et fureur Dalit

Joshua Wong, leader étudiant de la révolution des Parapluies à Hong Kong, a pour la première fois été inculpé. Copie d'écran du South China Morning Post, le 21 juillet 2016
Joshua Wong, leader étudiant de la révolution des Parapluies à Hong Kong, a pour la première fois été inculpé. Copie d'écran du South China Morning Post, le 21 juillet 2016

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Le verdict est tombé. Joshua Wong, 19 ans, leader étudiant de la révolution des Parapluies à Hong Kong en 2014, a été reconnu coupable ce jeudi 21 juillet de rassemblement illégal. Les deux autres accusés, Nathan Law Kwun-chung, 23 ans, et Alex Chow Yong-kang, 25 ans, ont été respectivement inculpés d’incitation au rassemblement et de rassemblement illégal. Les trois leaders étudiants étaient jugés pour des faits remontant au 26 septembre 2014 quand, deux jours avant les manifestations de la révolution des Parapluies, ils ont pénétré dans le siège du gouvernement avec des activistes, lançant ainsi le mouvement pro-démocratique hongkongais qui a duré soixante dix-neuf jours. C’est la première fois que les trois jeunes gens, lycéens à l’époque, sont inculpés.

Joshua Wong, actuellement secrétaire général du Parti Demosisto, a déclaré aux médias avant le procès : « Nous ne regrettons pas ce que nous avons fait. » Nathan Law Kwun-chung a ajouté, selon le South China Morning Post : « C’est grâce à nos actions que la révolution des Parapluies a été déclenchée. » Les trois activistes devront retourner au tribunal le 15 août pour prendre connaissance de leur peine.

South China Morning Post – Peu importe le résultat des élections présidentielles qui se tiendront en novembre, les États-Unis ne se retireront pas de la mer de Chine du Sud, conformément à leur politique de « pivot vers l’Asie ». Par ces mots, le vice-président américain Joe Biden a tenté de rassurer son allié australien, lors d’un discours à Sydney, hier mercredi 20 juillet. « Les forces américaines vont continuer de naviguer, de survoler et d’opérer partout où la législation le permet », a déclaré de son côté John Richardson, responsable des opérations navales américaines, au cours d’une visite d’une base navale chinoise, le même jour. Richardson a ajouté qu’il était en faveur d’un approfondissement des liens entre les marines chinoises et américaines.

Cela suffira-t-il à apaiser les tensions ? Rien n’est moins sûr. Pékin a à plusieurs reprises accusé Washington de créer des problèmes en mer de Chine du Sud, une zone maritime stratégique par laquelle transitent chaque année plus de 5 000 milliards de dollars d’échanges commerciaux. Cette région est disputée par la Chine, Brunei, la Malaisie, les Philippines ainsi que par Taïwan et le Vietnam. La Chine accuse par ailleurs les États-Unis d’avoir usé de leur influence pour inciter Manille à poursuivre Pékin à propos du litige qui les oppose autour des îles Spratley devant la Cour internationale de La Haye (voir notre analyse Mer de Chine : comprendre l’arbitrage de La Haye). Des accusations qui ont poussé des nationalistes chinois à protester devant plusieurs enseignes KFC et à appeler à un boycott de la marque américaine, comme le rapporte aujourd’hui, jeudi 21 juillet, India Today.

Les patrouilles américaines ont attisé la colère chinoise amenant Pékin a renforcer sa présence militaire dans les zones revendiquées. Pour un amiral chinois, cité par le South China Morning Post, les patrouilles effectuées par les marines étrangères en mer de Chine du Sud pourraient aboutir à « un désastre ». « Les pays étrangers devraient rester en dehors du conflit en mer de Chine méridionale à moins qu’ils ne veuillent causer de problèmes indésirables », a écrit de son côté l’agence de presse nationale chinoise Xinhua, hier mercredi 20 juillet.

Hankyoreh – À dix-neuf mois des élections, « le gouvernement de Park Geun-hye entre-t-il déjà dans sa phase de « canard boiteux » ? » C’est la question que pose le Hankyoreh. Les fractures au sein du Saenuri (le parti de la présidente) et les scandales se font de plus en plus nombreux. Un député du parti conservateur « s’inquiète pour le futur ». Il admet qu’on « ne peut plus rien prédire ». La perte de popularité de Park risque de continuer de chuter avant la fin de son mandat. « Pendant un temps taboues, les critiques envers la présidente à l’intérieur même de son propre parti se font de plus en plus ouvertement » selon le journal d’opposition coréen.

Le point de rupture a été la défaite du Saenuri aux législatives cette année. Celui-ci s’est empressé de pointer du doigt la responsabilité de la Maison Bleue dans cet échec. Certains ont même été jusqu’à demander à Park de quitter le Parti. Cette dernière est aussi en perte de vitesse dans ses fiefs, en particulier après l’annonce du déploiement du bouclier antimissile américain THAAD dans la province du Gyeongsang du Nord. Pour les experts, le gouvernement « suit le même modèle de « canard boiteux », que ses prédécesseurs » depuis 1993, et devrait rapidement « changer de philosophie de gouvernance ». Mais pour les députés, on est confronté à un cas unique. « Ici on a affaire à des cas sérieux de corruption » au sein de la Maison Bleue et des « abus de pouvoir des pro-Park » selon l’un d’entre eux.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Nouveau rebondissement dans le scandale financier 1Malaysia Development Bhd (1MDB). Depuis le début de l’enquête menée par les services singapouriens en mars 2015, révèle Channel News Asia, 240 millions de dollars singapouriens ont été saisis. D’après une déclaration conjointe du procureur général, du département des Affaires commerciales et de l’Autorité monétaire de Singapour, les investigations sur un possible blanchiment d’argent, et sur diverses fraudes financières commises dans la cité-État, sont toujours en cours.

Plusieurs comptes en banque de particuliers, suspectés d’être impliqués dans les mouvements frauduleux, ont été saisis. Les opérations de biens immobiliers ont également été restreintes. Parmi elles, 120 millions de dollars singapouriens appartiennent à la famille de l’homme d’affaires malaisien Low Taek Jho, l’une des figures impliquées dans le scandale, qui entretiendrait des liens étroits avec le Premier ministre malaisien Najib Razak. « Des mesures adéquates seront prises à l’encontre de ceux qui ont enfreint les lois de Singapour », ont déclaré les autorités. « A ce jour, deux individus – Yeo Jiawei et Kelvin Ang – ont été accusés de divers délits. L’enquête sur plusieurs autres personnes continue. » L’autorité monétaire de Singapour a ainsi révoqué le droit d’exercer de Yeo Jiawei, ancien gérant de patrimoine de la banque BSI, après la découverte de sérieuses infractions, révèle Channel News Asia. Pas moins de neuf chefs d’accusation ont été émis à son encontre.

L’autorité monétaire de Singapour a par ailleurs déclaré que les conclusions préliminaires de l’enquête avaient révélé des failles dans le système de contrôle anti-blanchiment d’argent de certaines institutions financières basées à Singapour, rapporte dans un autre article Channel News Asia. Les autorités ont ainsi évoqué « un réseau international complexe de transactions d’entités multiples et d’individus opérant dans plusieurs juridictions ». L’enquête a repéré des failles et des faiblesses au sein des banques BSI, DBS, des branches singapouriennes des banques Standard Chartered et UBS, de la branche locale de la Falcon Private Bank et de Raffles Money Change. L’autorité de contrôle a annoncé avoir révoqué le statut de banque d’affaire de la BSI, à la suite de nombreuses infractions observées dans le système de contrôle anti-blanchiment. L’enquête sur d’autres institutions financières est toujours en cours.

The Jakarta Post – Pas d’excuses pour les victimes et les survivants des massacres de 1965. Après un coup d’État manqué attribué au Parti communiste, entre 400 000 et 500 000 personnes avaient été assassinées et 600 000 emprisonnées. Le ministre indonésien des Affaires politiques, légales et de sécurité, Luhut Pandjaitan, a annoncé mercredi que le gouvernement rejetait le verdict du tribunal de La Haye. « Aucune partie externe ne peut nous dicter la façon dont notre nation doit résoudre ses problèmes », a-t-il ajouté.

Le tribunal, qui a qualifié les événement de 1965 de crimes contre l’humanité, avait conseillé au gouvernement de présenter des excuses publiques et d’ouvrir une enquête sur ces exactions. De son côté, le ministre indonésien réfute les conclusions de la Cour. « Il n’y a pas eu un si grand nombre de décès », a-t-il déclaré au Jakarta Post. Il a aussi rejeté les affirmations de la Cour selon lesquelles Américains, Britanniques et Australiens avaient joué un rôle dans cette page sombre de l’histoire du pays. Le tribunal avait présenté des preuves montrant que les États-Unis avaient fourni à l’armée du matériel de communication, des armes et une liste de membres du Parti communiste à éliminer.

Myanmar Times – L’armée birmane, Tatmadaw, reconnaît ses crimes. Lors d’une conférence de presse tenue à Rangoun le 20 juillet, le Lieutenant Général Mya Tun Oo a avoué que des soldats de la Tatmadaw étaient responsables de la mort de cinq civils en détention, dans l’État Shan. « Il y a des règles et des consignes pour les interrogatoires. Elles doivent êtres suivies. Si quelqu’un ne les respecte pas, il est nécessaire que des mesures soient prises » , a t-il déclaré, selon le Myanmar Times. Le militaire a également assuré que les soldats suspects seront jugés devant un tribunal militaire et que les détails de l’enquête seront rendus publics.

Les accusations pèsent sur l’armée birmane depuis le mois dernier, lorsque des habitants d’un village des environs de Lashio ont assuré que les militaires avaient interrogé sept personnes, qui n’ont plus été revues depuis. Les morts de deux autres civils sont toujours en cours d’investigation. Dans l’État Shan, des combats font rage entre Tatmadaw et les groupes ethniques armés, amenant les soldats à arrêter de nombreux civils pour les interroger sur de possibles liens avec les rebelles. Jusqu’à présent, l’armée, critiquée pour son traitement des minorités ethniques par les défenseurs des droits de l’homme, n’a jamais admis la moindre responsabilité dans la disparition de civils en détention.

Asie du Sud

India Today – L’insulte politique et sexiste ne passe pas en Inde. Des centaines de supporters du parti d’opposition, le Bahujan Samaj Party (BSP) manifestent dans les rues de Lucknow, dans l’Uttar Pradesh, ce jeudi 21 juillet, en réaction à l’insulte de Dayashankar Singh, l’un des leaders du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), à l’encontre de Mayawati, présidente dalit du BSP. Ils réclament l’arrestation immédiate de l’homme politique qui l’a comparée à une prostituée. « Même une prostituée honore son engagement auprès d’un homme après avoir été payée. Mais Mayawati, une figure si importante pour l’Uttar Pradesh, vend l’étiquette de son parti au plus offrant », a-t-il déclaré devant la presse, selon India Today. L’insulte a provoqué la fureur des supporters de la femme politique, première intouchable élue à la tête d’un État en 1995, alors que les dalits, en particulier les femmes, sont toujours la cible de violences et d’exclusion au sein de la société indienne.

Au Parlement, Mayawati a menacé le parti au pouvoir de manifestations à l’échelle nationale si des mesures n’étaient pas prises à l’encontre de Dayashankar Singh. Mercredi soir, le BJP a annoncé que le vice-président de l’Uttar Pradesh, qui s’est publiquement excusé, a été démis de ses fonctions et exclu du Parti pour six ans. Cette sanction ne suffit pas à l’opposition : une plainte a été déposée par le BSP auprès de la police.

The Daily Star – Revirement de situation dans l’affaire touchant le vice-président du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). La Cour suprême a condamné ce jeudi 21 juillet Tarique Rahman à sept ans de prison et à une amende de 200 millions de takas (environ 2,3 millions d’euros).

Le leader du BNP, principal parti d’opposition du Bangladesh, était poursuivi par le Bureau et la Commission de lutte anti-corruption, rappelle le Daily Star. Une plainte déposée en octobre 2009 accusait Tarique Rahman d’avoir détourné 200,40 millions de takas entre 2003 et 2007. Le tribunal de première instance avait acquitté le responsable politique tandis qu’il avait condamné son partenaire et ami Giasuddin Al Mamun à sept ans de prison et à une amende de 400 millions de takas. Le comité de lutte anti-corruption avait alors fait appel de la décision. Les deux peines sont à présent identiques.

Daily Mirror – Les soupçons de corruption sèment le doute sur les dernières élections srilankaises. Le ministre de l’Enseignement supérieur a admis devant le Parlement que 45 personnes ont été nommées consultantes dans la région de Kandy pour le développement des routes. Chacune recevait un salaire mensuel de 65 000 roupies srilankaises. L’homme d’État a ajouté qu’il possédait une liste de « 56 nominations de ce type par le ministère, parmi lesquelles celle d’un moine bouddhiste ». Une phrase qui n’a pas manqué d’étonner un député d’opposition du Janatha Vimukthi Peramuna (Front de Libération du Peuple) : « Je ne vois pas ce qu’un moine bouddhiste a à voir avec le développement des routes. »

Le ministre a rappelé que son parti avait gagné les élections « avec une majorité de 81 000 voix pour les présidentielles et 131 000 voix pour les législatives ». Des larges victoires qui sèment le doute quant à leur légalité après ces révélations. « Nous devons surveiller ceux qui sortent d’une élection avec une telle avance », a-t-il ajouté. Cependant, il a tenu à préciser que « l’ancien gouvernement avait procédé à 250 nominations de ce type ». Une pratique qui n’avait pas été remise en question à l’époque.

Par Juliette Morillot, Antoine Richard, Nicolas Baranowski, Jeremy Masse et Myriam Sonni, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris