Revue de presse Asie - 27 juin 2016

Impact du Brexit en Chine, peine de mort aux Philippines et normes nucléaires en Inde

Li Keqiang s'est voulu rassurant sur les conséquences chinoises du Brexit. Copie d'écran du South China Morning Post, le 27 juin 2016.
Li Keqiang s'est voulu rassurant sur les conséquences chinoises du Brexit. Copie d'écran du South China Morning Post, le 27 juin 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Enfin. Trois jours après les résultats fracassants du référendum britannique, la Chine réagit au Brexit par la voix de son Premier ministre Li Keqiang, ce lundi 27 juin. Ses propos, tenus lors du Forum économique mondial à Tianjin, se veulent rassurants : les politiques économiques chinoises permettraient au pays de « faire face à de grands défis ». Et cela alors que l’annonce du Brexit a d’ores et déjà « affecté les marchés financiers internationaux et ajouté de l’incertitude à l’économie internationale », a-t-il commenté. Li Keqiang a par ailleurs rappelé que l’Europe représente un « important partenaire de coopération » pour Pékin – c’est pourquoi la Chine souhaite « maintenir et développer » ses relations avec l’Union Européenne d’une part, et le Royaume-Uni d’autre part.

Le discours apaisant du Premier ministre intervient le lendemain de propos plus sceptiques tenus par le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei. Ce dernier ne s’était pas avancé sur les capacités de la Chine à surmonter le Brexit : « Les répercussions se feront véritablement sentir d’ici 5 à 10 ans […] mais il est encore difficile de les prévoir », avait-il commenté selon le South China Morning Post. Certains sont plus alarmistes, à l’instar de Huang Yiping, professeur d’université et membre du comité sur la politique monétaire de la Banque centrale chinoise : « Si le Brexit consacre une étape importante dans le revirement de la mondialisation, alors il sera très néfaste pour le monde entier, et notamment pour la Chine. » Son collègue Li Daokui s’est néanmoins voulu optimiste : « La Chine sera certainement l’économie sur laquelle le Brexit aura le moins d’impact. Les seules conséquences se font sentir sur le taux de change du yuan. »

Mais l’effet n’est pas des moindres : ce lundi 27 juin, la Banque centrale a fixé la valeur du yuan au plus bas depuis cinq ans et demi pour faire face à la dégringolade de la livre, rapporte le South China Morning Post. Une décision qui pourrait alimenter les craintes de dévaluations répétées et refroidir les investisseurs, commente Stephen Innes, senior trader à Oanda Asia Pacific (courtier de devises étrangères). Néanmoins, Li Keqiang a indiqué que la Chine était en mesure de maintenir un « taux de change stable et raisonnable »

Japan Times – L’inquiétude est palpable au Japon, où la déstabilisation des marchés financiers déclenchée par le Brexit pousse le Premier ministre à réagir. Principale source d’inquiétude : la forte appréciation du yen, considérée depuis vendredi par les investisseurs comme une « monnaie refuge » face à la chute de la livre sterling. Shinzo Abe a ainsi envisagé la possibilité d’intervenir sur le marché en vendant des yens, au cas où la hausse de la monnaie nationale s’avèrerait « excessive » – et tirerait à la basse les exportations.

Une décision qui pourrait être prise sans l’aval des Etats-Unis pour des raisons « d’intérêt national », a commenté un fonctionnaire du ministère nippon des Finances cité par le Japan Times. Et le ministre des Finances Taro Aso d’ajouter : « Shinzo Abe m’a demandé de trouver des solutions variées et agressives afin de stabiliser les marchés financiers. » Mais attention, avertit le quotidien japonais : de telles mesures pourraient bien valoir à l’archipel une réputation de « manipulateur de devises »… La Banque centrale japonaise pourrait par ailleurs se réunir de manière exceptionnelle dans les prochains jours – ce que l’institution n’a pas confirmé.

Global Times – Coup de tonnerre dans les relations interdétroit. Le porte-parole du Bureau des Affaires taïwanaises, An Fengshan, a annoncé samedi 25 juin que les « mécanismes de communication » entre l’île et le continent avaient été coupés par Pékin dès le 20 mai, date d’investiture de Tsai Ing-wen. En cause : « l’incapacité » de la nouvelle présidente taïwanaise à reconnaître le « Consensus de 1992 », principe selon lequel Taïwan et le continent font partie d’une même Chine, et sur lequel s’est fondé le rapprochement entre Pékin et Taipei sous la présidence taïwanaise de Ma Ying-jeou (2008-2016). Tsai Ing-wen souhaite maintenir le statu quo entre les deux rives du détroit de Taïwan dans le cadre de la constitution de la République de Chine (nom officiel de Taïwan), qui consacre également le principe d’une seule Chine mais laisse une marge de manoeuvre bien plus importante à Taipei, explique le South China Morning Post.

Le parti de Tsai (Parti démocrate progressiste, DPP) n’a pas tardé à réagir. Dès dimanche, ses députés ont assimilé la décision continentale à du « chantage » et à de la « coercition », révèle le China Post. Le président du groupe DPP au Parlement, Wu Ping-jui, a ainsi déclaré que la Chine cherchait à « forcer la main de Taïwan » : « Cela signifie-t-il que [Pékin] veut décider pour nous ? Cela ne se fait pourtant dans aucun pays démocratique… »

D’après le New York Times, l’annonce chinoise « ouvre une nouvelle campagne de pression sur Taïwan » afin d’imposer son propre cadre pour le développement des relations interdétroit. Pékin pourrait ainsi tenter d’imposer des restrictions sur le tourisme continental à destination de l’île, ou encore de rallier à sa cause les derniers alliés diplomatiques de Taïwan à coups de promesses d’investissements lucratifs.

L’annonce d’An Fengshan est d’ailleurs intervenue au moment où Tsai Ing-wen quittait Taïwan pour se rendre au Panama, première étape de sa tournée américaine. Elle a notamment abordé la question de la coopération sécuritaire avec ses alliés diplomatiques centraméricains : les présidents panaméen, guatémaltèque, dominicain et hondurien, ainsi que le vice-président salvadorien, rapporte Focus Taiwan.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Ce lundi 27 juin, le président des Philippines s’en est pris aux défenseurs des droits de l’homme, les qualifiant de « stupides », alors qu’il prônait la réintroduction de la peine de mort comme vengeance contre le crime. « Je crois en la vengeance. Pourquoi ? Il faut payer. Quand vous assassinez, violez quelqu’un, vous devez mourir », a déclaré Duterte au cours d’un long discours visant à présenter sa vision politique pour le pays.

A 71 ans, Rodrigo Duterte a remporté les élections présidentielles le mois dernier, loin devant ses concurrents, après avoir mené une campagne largement centrée sur la lutte contre la criminalité. Il avait promis, entre autres, une chasse aux narcotrafiquants. Depuis son élection, Duterte s’est également engagé à livrer des récompenses aux policiers qui tueraient des trafiquants de drogue, allant jusqu’à encourager les citoyens ordinaires à tuer ou arrêter les suspects, rapporte Channel News Asia.

Les groupes de défense des droits de l’homme ont exprimé leurs inquiétudes à propos des déclarations de Duterte. Le haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies a exhorté le président nouvellement élu à ne pas réintroduire la peine de mort. Les Philippines avaient aboli la peine capitale en 2006, rappelle le média singapourien. Mais à trois jours de sa prise de fonction, Rodrigo Duterte campe sur ses positions.

Bangkok Post – Nouvelle dérive autoritaire du régime thaïlandais à l’approche du référendum constitutionnel. L’association de défense des droits de l’homme Amnesty International a exhorté les autorités thaïlandaises à libérer un groupe d’activistes, pour la plupart étudiants, arrêtés pour rassemblement politique et pour distribution de « publications inappropriées » le 23 juin dernier. Arborant des t-shirts « Votez Non », les individus avaient refusé de distribuer les brochures avalisées par les autorités et mettaient à disposition des prospectus incitant à voter contre le projet de constitution.

« Ces méthodes cruelles représentent les dernières tentatives en date des autorités militaires thaïlandaises pour museler les dissidents », a ainsi écrit Champa Patel sur le site internet de l’ONG. Et le responsable de la région Asie du Sud-Est et Pacifique de s’interroger sur la confiance que l’on peut avoir dans un gouvernement qui interdit à un groupe d’étudiants de distribuer des dépliants, en période de campagne pour le référendum constitutionnel, prévu le 7 août.

Tempo – Les pêcheurs font bien souvent les frais des litiges frontaliers maritimes. L’adage se vérifie une nouvelle fois entre Jakarta et Kuala Lumpur. Le bureau de Rokan Hilir (province de Riau) de l’Association des Pêcheurs indonésiens a appelé hier dimanche 26 juin les autorités centrales à faciliter la libération de 19 pêcheurs détenus par la Malaisie depuis jeudi. « Les pêcheurs n’ont pas empiété sur le territoire malaisien », défend l’association. Cette dernière demande également la création d’un comité de policiers et de marins pouvant confirmer que les 19 pêcheurs ont bien été arrêtés par les autorités de Kuala Lumpur dans les eaux territoriales indonésiennes.
Myanmar Times – L’onde de choc du Brexit continue ses répliques. Aujourd’hui, c’est au tour du Myanmar Times de s’interroger sur les leçons à tirer d’un tel échec. L’occasion pour le journal birman de revenir sur l’histoire d’un pays constellé par les revendications sécessionnistes. Pour les Birmans, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne émet une résonnance particulière à l’approche de la très attendue Conférence de Panglong pour la paix ethnique, qui doit se tenir la première semaine de juillet (voir notre article). Le défi pour le gouvernement : contenter une frange de la population qui se sent désemparée face au triomphe de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), dans un pays dont l’unité repose sur un équilibre précaire. Une population qui attend Aung San Suu Kyi au tournant. L’actuelle conseillère d’Etat et ministre des Affaires étrangères prendra-t-elle en compte leurs revendications ?

Pour le quotidien birman, cette conférence montrera que la Constitution de 2008 empêche un débat constructif sur une quelconque alternative sécessionniste… Cela n’a pas toujours été le cas. Après l’émancipation de la tutelle britannique dans les années 1940, la Constitution de 1947 prévoit que « chaque Etat dispose d’un droit de retrait de l’Union ». Disposition qui n’a jamais pu être appliquée du fait de la guerre et des luttes qui s’ensuivirent. En 1962, le coup d’Etat du général Ne Win ouvrit la voie à une ère d’isolationnisme et de xénophobie, tant et si bien que la question d’une sécession disparut.

Le sujet revint en force avec l’introduction de la Constitution de 2008. Mais dans une direction radicalement différente de la version de 1947 : « Aucun territoire qui constitue l’Union, tels que les Régions, Etats, Territoires de l’Union et zones administratives spéciales, ne peut faire sécession de l’Union », stipule le permier chapitre. Pour le Myanmar Times, « Aucune négociation n’est possible », alors que le spectre d’un morcellement du pays effraie les autorités. Les forces armées birmanes (Tatmadaw), de même que la LND au pouvoir, refusent ainsi tout référendum sur la question. La possibilité pour qu’un territoire birman revendique son autonomie est virtuellement impossible…

Pourtant, selon le quotidien birman, si un tel référendum avait lieu, les partisans d’une sécession ne l’emporteraient pas nécessairement, même dans les régions les plus farouchement opposées au gouvernement. « Beaucoup de minorités, écrit l’éditorialiste du Myanmar Times, souhaitent promouvoir une Union réellement multi-éthnique, où la mixité et l’effacement des frontières revêtent une importance particulière au sein des institutions politiques. » Si la coalition des forces militaire et démocratique a établi un terrain favorable à la politique d’Union, il est temps aux yeux du quotidien birman de réinventer un « esprit de l’Union ». Un esprit qui accepterait la valeur constructive d’une économie locale et d’une décentralisation. Et qui pourrait être défendu par la LND, plus grand parti politique représentant les intérêts des groupes ethniques minoritaires.

Asie du Sud

Times of India – A défaut d’avoir rejoint le Groupe des fournisseurs de nucléaire (NSG), l’Inde intègre officiellement le Régime de contrôle de la technologie des missiles (RCTM). L’annonce a été faite par le ministre indien des Affaires étrangères ce lundi 27 juin, rapporte The Times of India. C’est la première fois que New Delhi intègre une organisation de ce genre. L’Inde a tenu à « remercier » les ambassadeurs français, néerlandais et luxembourgeois, qui ont validé sa candidature.

Cette nouvelle intervient quelques jours après le refus de la candidature de New Delhi à l’entrée du groupe des fournisseurs de nucléaire, rappelle The Times of India. « La Chine, qui a fait obstacle à la candidature indienne, ne fait pas partie du RCTM » souligne le quotidien avant d’indiquer que l’Inde « essayait » d’intégrer une organisation de contrôle de missiles tels que le NSG ou le RCTM depuis l’accord nucléaire civil signé en 2004 avec les Etats-Unis.

Avec cette adhésion, l’Inde pourra acheter des « missiles de technologie haut de gamme ». Le but du RCTM, rappelle enfin The Times of India est de limiter la prolifération de missiles, de roquettes ou encore de systèmes permettant de délivrer des armes de destruction massives.

Dawn« Le Pakistan est bien à la recherche d’un lobbyiste », a affirmé le porte-parole de l’ambassade pakistanaise à Washington. Mais « aucune décision n’a été prise », assure Dawn ce lundi 27 juin. Les derniers événements, dont le « soutien américain à l’adhésion de l’Inde au groupe des fournisseurs de nucléaire », ont en effet achevé de convaincre Islamabad d’installer un lobbyiste aux Etats-Unis.

Car depuis juillet 2013 et l’arrivée au pouvoir de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), le pays n’avait pas renouvelé de contrat avec des lobbyistes. Le précédent gouvernement, mené par le Parti du peuple du Pakistan (PPP), avait porté son choix sur l’entreprise Locke Lord Strategies et l’un de ses partenaires, Mark Siegel, un ancien ami de l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto. Le quotidien pakistanais déplore également le « peu d’influence » de Locke Lord au Congrès américain.

Après l’expiration de ce contrat, le PML-N avait décidé de confier la tâche aux diplomates pakistanais, une tâche « décemment effectuée pendant un an et demi », affirme Dawn. Mais les relations entre les Etats-Unis et le Pakistan se sont « dégradées », constate le quotidien : « A partir du moment où le Pakistan a commencé à affirmer officiellement qu’il ne pouvait pas forcer les Taliban à rejoindre le processus afghan de réconciliation nationale, il était déjà trop tard. » De plus, Washington ne trouvait pas le Pakistan « sincère » sur ses déclarations, ajoute le quotidien. La crainte de voir l’influence de l’Inde grandir poussait ainsi le Pakistan à ne pas « rompre ses liens » avec les Taliban. Des relations américano-pakistanaises tendues, qui rendront donc le travail des lobbyistes « difficile ».

Dawn – Une personne transgenre avec des « signes visibles masculins » pourra épouser une femme ou une personne transgenre avec des « signes visibles féminins ». C’est une fatwa, signée par 50 religieux et publiée dimanche 26 juin, qui l’affirme. Seules les personnes portant des « signes visibles des deux genres » ne pourront se marier, précise Dawn.

« Déposséder les personnes transgenres de leur héritage est hors-la-loi et les parents qui déshériteraient leurs enfants transgenres attireraient la colère de Dieu », affirme encore la fatwa. Les personnalités signataires appellent ainsi le gouvernement pakistanais à prendre des mesures contre des parents qui auraient un tel comportement. De plus, tout acte visant à « humilier, insulter ou provoquer » les personnes transgenres sera considéré comme « haraam (péché) ». Enfin, les personnes transgenres profiteront des mêmes rites funéraires que toute autre personne musulmane.

Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil, Liu Zhifan et Jeremy Masse, avec Hubert Kilian à Taipei, Sylvie Lasserre Yousafzai à Islamabad et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris