Revue de presse Asie - 24 juin 2016

Le Brexit choque l'Asie, tornade chinoise et élections anticipées en Malaisie

Les marchés asiatiques dégringolent à la suite des résultats du vote britannique. Copie d'écran du Straits Times, le 24 juin 2016.
Les marchés asiatiques dégringolent à la suite des résultats du vote britannique. Copie d'écran du Straits Times, le 24 juin 2016.

Le Brexit choque l'Asie

Le Royaume-Uni a fait son choix. Après plusieurs mois de débats et autant de séquences d’auto-persuasion, les observateurs ont dû se rendre à l’évidence. 51,9% des électeurs britanniques se sont prononcés en faveur d’une sortie de l’Union européenne.

Ce vendredi 24 juin, l’onde de choc se propage au-delà des frontières du « Vieux Continent ». En Asie, par exemple, où les marchés s’effondrent et où l’ASEAN se demande quelles leçons tirer de cette sanction électorale, en matière de construction régionale.

Straits Times – Vent de panique sur les marchés asiatiques. Les cours se sont effondrés ce vendredi 24 juin à partir de la mi-journée, à mesure que la victoire du « Brexit » paraissait de plus en plus certaine. Résultat : la bourse de Shanghai perdait 1,2%, Singapour 2,54%, Hong Kong 4,7% et Tokyo 6,7% lorsque le Straits Times publiait son article. Et la dynamique baissière ne devrait pas s’arrêter, d’après l’opérateur boursier Alvin Yong : « La panique s’est intensifiée sur les marchés et les ventes vont bon train. » Des propos appuyés par l’économiste en chef de la Bank of Singapore, Richard Jerram : « Les ventes massives d’action continueront la semaine prochaine. » Il faut désormais s’attendre à l’adoption de politiques d’assouplissement par les Banques centrales, afin de « maitriser les dégâts économiques du Brexit », ajoute Richard Jerram.

Côté japonais, si le Nikkei connaît la chute la plus importante des indices asiatiques, le yen, lui, décolle. La monnaie nippone est au plus haut depuis deux ans et demi, rapporte le Japan Times. Les investisseurs, qui cherchent la « sécurité », voient dans le yen un « refuge », commente le quotidien nippon : il s’agit en effet de la « principale monnaie internationale dont les performances ont été les meilleures cette année ».

Straits Times – Certes, l’ASEAN n’a pas grand-chose à voir avec l’Union Européenne. Mais cela n’empêche pas la première d’analyser les actions de la seconde, pour en tirer ses propres leçons. Et le Brexit en fait partie. Le rédacteur en chef adjoint du Straits Times, Ravi Velloor, prend ainsi la parole dans son propre quotidien. « Les Asiatiques doivent se tenir main dans la main » pour éviter de tomber dans « leurs bas instincts », commente-t-il. Les instincts « révélés par les combats menés autour du Brexit » : le « nationalisme », la « xénophobie », l’« isolationnisme » et la « violence ».

Mais Ravi Velloor a confiance en l’ASEAN et en ses Etats-membres. Car selon lui, ce sont les travers du modèle d’intégration européen, plus rapide et plus poussé que celui du Sud-Est asiatique, qui viennent d’être mis à jour. « Tant que la mondialisation ne concerne que l’échange de biens et de produits – personne ne s’en plaint, sous réserve qu’aucune partie ne soit trop favorisée par rapport aux autres. Mais à partir du moment où le commerce des services et la libre circulation de la main-d’oeuvre entrent en jeu, le malaise s’installe », explique le rédacteur en chef adjoint. « Nous en avons certainement déjà conscience en Asie du Sud-Est, poursuit-il. Les choses ne peuvent pas aller trop vite. » En atteste le changement de discours sur la Communauté économique de l’ASEAN : « Il n’y a pas si longtemps, il s’agissait de développer un marché unique. Désormais, nous sommes absolument satisfaits avec des formulations moins ambitieuses, telles que favoriser une meilleure intégration économique régionale. » L’élève dépasserait-il le maître ?

Times of India – Bourse, monnaie, commerce, investissements, et entreprises : le Times of India détaille les conséquences du Brexit sur l’économie indienne en cinq points. Si le Sensex et le Nefty ont ouvert en baisse ce vendredi 24 juin au matin, les courtiers se veulent rassurants : le Brexit ne devrait pas avoir de répercussions immédiates sur les marchés indiens, dans la mesure où il ne prendra pas effet avant janvier 2018. En matière monétaire en revanche, les conséquences se font déjà sentir : la chute de la roupie indienne a poussé la Banque centrale du pays à injecter des liquidités sur le marché des changes.

Le Times of India craint également que le commerce indo-britannique ne subisse le contrecoup du Brexit, si l’économie du Royaume-Uni venait à ralentir. Même appréhension pour les investissements : en ces temps d’incertitude, les capitaux étrangers pourraient délaisser les marchés à risque (comme l’Inde) au profit de destinations plus rassurantes. Enfin, les bénéfices des entreprises indiennes implantées au Royaume-Uni pourraient bien baisser et éventuellement inciter Bharti Airtel, Tata Motors, Motherson Sumi, HCL Technologies, Emcure Pharma ou encore Apollo Tyres à quitter le pays.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Le bilan est déjà lourd. La tempête qui s’est abattue sur la province chinoise du Jiangsu a fait au moins 98 morts et plus de 800 blessés. Les raffales ont atteint 125 km/h, accompagnées de grêles de la « taille d’un poing », rapporte le South China Morning Post, ce vendredi 24 juin. Plusieurs habitations, écoles primaires et maternelles ont été « réduites en gravats », a annoncé le ministère chinois des Affaires civiles. Le gouvernement provincial a par ailleurs déployé 700 pompiers pour participer aux opérations de secours.

La population a visiblement été surprise par l’intensité des rafales : « J’étais en train de conduire quand des arbres se sont soudainement effondrés sur la route », a déclaré une victime au quotidien hongkongais. La tornade a été d’une « rare intensité » ont déclaré les autorités locales de météorologie avant de prévenir que de nouvelles rafales et des orages pourraient avoir lieu dans la nuit, causant de plus grands dégâts. Enfin, indque le South China Morning Post, des usines contenant des produits chimiques toxiques ont aussi été touchées à Funing – sans donner plus de précisions sur des conséquences éventuelles…

Taipei Times – C’est une première dans l’histoire de Taïwan. Le personnel naviguant commercial de la compagnie taïwanaise China Airlines est entré en grève ce vendredi 24 juin à minuit, pour protester contre la décision de baser les équipages à l’aéroport international de Taoyuan plutôt qu’à celui de Taipei (Songshan). A cela s’ajoutent les questions des salaires et des horaires de travail. Dans sa déclaration, le syndicat des hôtesses de l’air et stewards de Taoyuan a également indiqué qu’il souhaitait se positionner « à la tête des travailleurs dans cette bataille, et avertir les capitalistes et l’Etat que Taïwan doit mettre un terme au surmenage et aux heures supplémentaires ». 96% des employés syndiqués de China Airlines ont voté en faveur de cette grève, rapporte le Taipei Times. La compagnie aérienne s’est engagée à assister les passagers qui désireraient changer leur vol.

Asie du Sud-Est

The Jakarta Globe – Troisième prise d’otage en trois mois. Le ministère indonésien des Affaires étrangères a confirmé vendredi 24 juin que sept de ses ressortissants ont été pris en otage par un groupe armé au sud des Philippines. La porte-parole Arrmanatha Nasir a révélé que les membres du remorqueur « Charles 001 » ont été kidnappés dans des attaques séparées lundi 20 juin. « Pour le moment, nous ne savons pas si les sept membres d’équipage ont été enlevés par un seul et même groupe », a-t-elle indiqué. Si tout porte à croire que les enlèvements ont été perpétrés par l’organisation terroriste islamiste Abou Sayyaf, cela n’a pas encore été confirmé par le ministère des Affaires étrangères, rapporte le Jakarta Globe.

Le mois dernier, l’Indonésie avait organisé un sommet trilatéral avec les Philippines et la Malaisie dans le but de développer la coopération pour le maintien de la paix dans la région. Les trois Etats s’étaient également mis d’accord pour faciliter le partage des renseignements et se coordonner en cas de crise.

Myanmar Times – Coup dur pour le gouvernement birman. Dans un discours adressé aux recrues de l’école militaire de l’Etat de Shan, le général Min Aung Hlaing a promis de « protéger l’héritage bouddhiste pour les générations futures ». La déclaration du chef des forces armées birmanes (Tatmadaw) intervient en pleine controverse sémantique autour du terme « Rohingya », minorité musulmane de l’Etat du Rakhine (voir notre revue de presse du 23 juin), et alors que le gouvernement s’est engagé dans un processus de négociation de paix avec des groupes armés de confession chrétienne.

Le chef du Tatmadaw a par ailleurs ajouté que la posture pro-bouddhiste de l’armée ne participait pas d’un quelconque extrémisme religieux, rapporte le Myanmar Times. Mais sa position est critiquée par certains analystes politiques et groupes de défense des droits. De même que par les Birmans issus des minorités ethniques, qui reprochent depuis longtemps à l’armée d’entretenir des préjugés à leur égard. « Nous avons déjà vécu une guerre civile longue et douloureuse à cause des inégalités entre majorité et minorités », accuse le secrétaire de l’Union nationale Karen, Pado Saw Kwel Htoo Win, qui milite pour l’égalité des droits. Le président de Equality Myanmar rappelle quant à lui que l’armée doit protéger tous les Birmans, quelle que soit leur race ou leur religion.

En revanche, dans son combat, le général peut compter sur le soutien du Comité de protection de la race et de la religion (Committee for the Protection of Race and Religion) pour qui la « sauvegarde » de l’héritage bouddhiste devrait être un devoir national.

Straits Times – Le vent tourne pour Najib Razak. En plein rebond politique car en partie blanchi pour des affaires de corruption, le bruit court que le Premier ministre malaisien pourrait organiser des élections générales anticipées. Prévues initialement pour 2018, elles seraient ainsi organisées un an plus tôt.

Le chef du gouvernement souhaite certainement bénéficier du contexte actuel qui lui est favorable. En effet, l’opposition se trouve divisée et récemment, le parti de Najib Razak enchaîne les victoires électorales, révèle le Straits Times. Interrogé par des journalistes le 23 juin, le Premier ministre aurait déclaré « Je peux seulement dire que les élections générales se tiendront après l’Aïd. Mais je ne sais pas celui de quelle année. » Et le Straits Times de rappeler que cette année, la fête marquant la fin du Ramadan tombera le 6 juillet. En revanche pour les observateurs politiques, même si l’idée parait séduisante pour Najib Razak, il est peu probable que les élections se tiennent cette année. L’inflation élevée provoquée par une économie encore faible et la taxe sur les produits et services ont soulevé de nombreux mécontentements. Par ailleurs, une levée de fonds pour la campagne serait nécessaire, ce qui prendrait un certain temps.

Asie du Sud

The Indian Express« La Chine n’est pas isolée » sur le refus d’une adhésion indienne, affirme The Indian Express. Car Pékin le répète à l’envi : l’Inde doit avant tout signer le traité de non-prolifération sur les armes nucléaires (TNP) avant d’intégrer le groupe des fournisseurs de nucléaire (NSG), s’appuyant sur les critères officiels d’adhésion de ce même groupe. La Chine a par ailleurs affirmé que la question indienne n’était pas « à l’ordre du jour », rapporte The Indian Express.

« La Chine ne soutient pas l’entrée du Pakistan ou de l’Inde au NSG, à moins qu’ils ne respectent les règles. Le but est de trouver un consensus, mais des différences subsistent », ont annoncé les officiels chinois. Le Brésil, l’Autriche, l’Irlande, la Turquie et la Nouvelle-Zélande soutiennent ainsi Pékin et refusent une adhésion de l’Inde, s’appuyant également sur la nécessité de ratifier le TNP. Dans le même temps, le Premier ministre indien Narendra Modi a rencontré le président chinois Xi Jinping en marge du Sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai à Tachkent. En Ouzbékistan, le leader indien a pressé le numéro un chinois de juger « équitablement et sur le mérite » l’adhésion de l’Inde au NSG.

The Express Tribune – Islamabad fait fi des sanctions américaines. Le ministère pakistanais de la Justice a donné son feu vert pour la signature d’un contrat de 2 milliards de dollars avec la société RT Global Resources pour la construction d’un pipeline de gaz naturel liquéfié, indique The Express Tribune. Un premier contrat avait été signé entre les deux pays en octobre 2015, mais le processus avait été retardé suites aux sanctions américaines prises à la suite de la crise ukrainienne. Le Pakistan avait accordé à RT Global Resources la construction d’un pipeline allant de Lahore à Karachi, sans réaliser d’appel d’offres. En contrepartie, la Russie investissait 2 milliards de dollars au Pakistan pour réaliser le projet.

Le pipeline construit par l’entreprise d’Etat russe sera long de 1 100 km et pourra transporter 12,4 milliards de mètres de cube de gaz liquéfié par an. Le Pakistan a conclu un accord « semblable » avec la Chine, rappelle le quotidien. The Express Tribune précise également que la Russie est le deuxième producteur de gaz naturel au monde et que Moscou cherche à diversifier la destination de ses exportations depuis la crise ukrainienne.

Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil, Liu Zhifan et Jeremy Masse, avec Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris

Soutenez-nous !

Asialyst est conçu par une équipe composée à 100 % de bénévoles et grâce à un réseau de contributeurs en Asie ou ailleurs, journalistes, experts, universitaires, consultants ou anciens diplomates... Notre seul but : partager la connaissance de l'Asie au plus large public.

Faire un don