Revue de presse Asie - 20 juin 2016

Craintes pour l'autonomie hongkongaise, tirs indonésiens aux Natuna et Banque centrale indienne

C'est une première depuis la libéralisation économique du pays : le gouverneur de la Banque centrale indienne ne briguera pas de second mandat. Copie d'écran du Financial Times, le 20 juin 2016.
C'est une première depuis la libéralisation économique du pays : le gouverneur de la Banque centrale indienne ne briguera pas de second mandat. Copie d'écran du Financial Times, le 20 juin 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Les révélations de Lam Wing-kee continuent de tomber. Ce libraire hongkongais, disparu « dans de mystérieuses circonstances » au mois d’octobre, avait déjà déclaré jeudi 16 juin qu’il avait été enlevé par les autorités continentales, à la frontière avec Shenzhen (voir notre revue de presse du 17 juin). Hier dimanche 19 juin, il a livré plus de détails sur ses cinq premiers mois de détention à Ningbo (près de Shanghai), durant lesquels il déclare avoir songé au suicide en raison de l’isolement. « La détention rend fou, explique Lam Wing-kee, j’ai pensé à me pendre avec mes vêtements, mais il n’y avait pas de pilier [pour les accrocher]. » A la suite de son transfert à Shaoguan (Guangdong), le libraire affirme avoir reçu un « meilleur traitement » avant d’être libéré trois mois plus tard.

Ces propos ont suscité l’indignation d’autres libraires hongkongais détenus en Chine puis libérés, et de la petite amie de Lam qui vit sur le continent. Les premiers ont entre autres nié avoir eu à lire un discours préparé par les autorités lors de leurs excuses télévisées. La seconde a déclaré que Lam « n’était pas un homme » et qu’il avait « complètement ruiné l’image des hommes hongkongais ». Elle n’aurait pas eu connaissance de la nature des livres qu’elle aidait Lam à exporter sur le continent, affirme le South China Morning Post – ce que le libraire n’a pas démenti.

Les révélations de Lam Wing-kee ont par ailleurs conduit des milliers de Hongkongais dans la rue ce week-end, craignant pour l’autonomie de leur territoire. L’ampleur de ces accusations a incité le chef de l’exécutif de la région administrative spéciale, Leung Chun-ying, à tenir une conférence de presse ce lundi 20 juin, rapporte Bloomberg. Leung a ainsi indiqué qu’une lettre serait envoyée aux autorités centrales. Objectif : exprimer les inquiétudes des Hongkongais et obtenir la réforme du « système de notifications pénales » entre Hong Kong et Pékin. La Chine a en effet mis des mois à livrer des informations sur les libraires, malgré les appels répétés de la police hongkongaise.

Mainichi Shimbun – Nouvel épisode dans la bataille pour le redémarrage de la centrale nucléaire de Takahama. Ce lundi 20 juin, l’Autorité de Régulation du Nucléaire (ARN) a autorisé une extension de l’exploitation des réacteurs 1 et 2 de la centrale nucléaire de Takahama (préfecture de Fukui) pour une durée de 20 ans. Agés de plus de 40 ans, les 2 réacteurs seraient les premiers de l’ancienne génération à redémarrer malgré une législation durcie après la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011. Les nouvelles régulations fixent la durée maximale d’exploitation d’un réacteur à 40 ans mais prévoient également la possibilité d’une extension de 20 ans avec l’accord de l’ARN.

L’opérateur Kansai Electric avait ainsi déposé une demande auprès de l’ARN en avril 2015. Il a donc eu gain cause : les réacteurs 1 et 2 ont été jugés compatibles avec la nouvelle législation. Une victoire pour l’opérateur de la centrale de Takahama, après le maintien de l’interdiction du redémarrage des réacteurs 3 et 4 du même complexe par la justice japonaise (voir notre revue de presse du 17 juin). Cependant, cette victoire n’est pas encore complète. Le contrôle des réacteurs 1 et 2 a conclu à des aménagements nécessaires avant tout redémarrage, notamment dans les enceintes de confinement. Kansai Electric a présenté un plan pour y remédier d’ici octobre 2019.

Korea Herald – Tragédie sur un bateau de pêche dans l’Océan indien. Deux membres d’équipage de 32 ans, de nationalité vietnamienne, ont tué sous l’emprise de l’alcool leur capitaine de 43 ans et un ingénieur de 42 ans, tous deux sud-coréens. Les meurtriers ont finalement été maîtrisés par le reste de l’équipage et sont désormais enfermés dans une cabine, le temps que le navire accoste aux Seychelles. Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères a d’ores et déjà indiqué qu’il souhaitait coopérer avec les autorités de l’archipel afin de mener l’enquête.
Focus Taiwan – Les Taïwanais sont-ils satisfaits ou non de leur nouvelle présidente ? Un mois seulement après son investiture, deux sondages font les gros titres de la presse insulaire… pour leur contradiction. Le premier, conduit par la chaîne de télévision TVBS et publié le 17 juin, indique que seulement 34% des Taïwanais sont satisfaits par le cabinet de Tsai Ing-wen – soit moins que les 38% qui en seraient insatisfaits. Un résultat dont se félicite la députée de l’opposition KMT Ko Chih-en évoquant le Premier ministre Lin Chuan : « Ses sourires se font plus discrets tandis que les vicissitudes vont bon train », confie-t-elle au China Post (en chinois).

Mais les réjouissances auront été de courte durée pour l’opposition puisqu’un autre sondage a été publié trois jours plus tard. Et ses conclusions sont favorables à Tsai Ing-wen : d’après le think tank « Taiwan Generation », 60,1% des sondés seraient en effet satisfaits par son action depuis son investiture, et seulement 24,5% ne le seraient pas. Néanmoins, ce sondage n’évalue pas le soutien des Taïwanais au cabinet de Tsai en général, contrairement à celui de TVBS, tempère le quotidien en chinois United Daily News.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Le ton continue de monter en Mer de Chine. Pékin accuse l’Indonésie d’avoir ouvert le feu sur un chalutier chinois et blessé un pêcheur, rapporte Channel News Asia. L’incident se serait déroulé vendredi 17 juin. Sept membres de l’équipage seraient également détenus par les autorités indonésiennes. Pékin « proteste et condamne fortement un usage excessif de la force », d’après Channel News Asia, citant l’agence Chine Nouvelle. Le média officiel précise que l’incident a eu lieu dans une « zone de pêche traditionnelle chinoise », que les deux pays se disputent.

Pour la Chine, l’Indonésie « viole » les lois internationales. Pékin intime ainsi Jakarta « d’arrêter ses actions qui mènent à une escalade de la violence, compliquant les efforts de stabilité et de paix ». De son côté, l’Indonésie confirme que le bateau a été maîtrisé et que sept personnes ont été arrêtées, mais réfute qu’un marin ait été blessée. Le mois dernier, Pékin avait déjà protesté après l’arrestation d’un de ses bateaux près des côtes indonésiennes, rappelle Channel News Asia.

L’Indonésie a accéléré sa répression de la pêche illégale ces derniers mois, rappelle le Washington Post. Le journal américain cite les déclarations fermes des autorités indonésiennes : « Nous n’hésiterons pas à prendre des mesures décisives contre les navires étrangers qui commettent des violations sur le territoire indonésien, peu importe leur drapeau et leur nationalité. » Pourtant, les revendications territoriales chinoises ne comprennent pas les îles Natuna, à environ 2 000 kilomètres des terres chinoises. Mais la démarcation chinoise (la « ligne en neuf traits ») empiète sur la zone économique, internationalement reconnue comme appartenant à l’Indonésie, précise le journal américain. L’incident de vendredi est le troisième depuis mars, ajoute le Washington Post.

Prachatai – La junte militaire fait marche arrière. Le Premier ministre Prayuth Chan-ocha souhaite finalement que les centres de contrôle du référendum constitutionnel tenus par les « chemises rouges » – traditionnels soutiens de Yingluck Shinawatra – soient interdits, rapporte Prachatai.

Les autorités sont ainsi intervenues sur un plateau télévisé affilié au Front national uni pour la démocratie et contre la dictature (UDD). Les « chemises rouges » n’ont donc pas pu diffuser la cérémonie qui visait à dévoiler le fonctionnement des centres de contrôle. Le leader de l’UDD, Jutuporn Prompan, a été escorté hors de la station télévisée, précise Prachatai. La junte avait pourtant autorisé, fin mai, l’UDD à superviser le référendum prévu le 7 août prochain pour l’adoption d’une nouvelle constitution. Le texte, sujet à controverses, dispose notamment que le Premier ministre ne sera plus élu, mais choisi par la junte.

Cambodia Daily – Les suspects ont été appréhendés à Phnom Penh la semaine dernière, rapporte The Cambodia Daily. 15 Chinois et 12 Taïwanais soupçonnés d’escroquerie auraient utilisé les numéros de téléphone de touristes chinois au Cambodge, puis joint leurs parents pour leur soutirer de l’argent. Les autorités cambodgiennes ont suivi la politique de Pékin et renvoyé les 27 individus en Chine continentale. Le Cambodge ne fait aucune distinction entre la Chine et Taïwan puisqu’il respecte la « politique d’une seule Chine », explique le quotidien cambodgien.

Mais Taïwan a demandé, via son bureau de représentation à Hô-Chi-Minh-ville, le retour des suspects taïwanais sur son territoire. Une décision que Pékin refuse, arguant que les victimes vivent sur le territoire chinois.

Asie du Sud

Financial Times – Il était connu pour avoir « prédit la crise des subprimes ». Raghuram Rajan quittera la tête de la Banque centrale indienne en septembre et retournera enseigner à l’université de Chicago. « C’est un choc pour tout le monde », affirme un analyste politique basé à New Delhi cité par le Financial Times. Contrairement à la coutume depuis la libéralisation des marchés indiens, le Premier minsitre Narendra Modi refuse de reconduire le chef de la Banque centrale pour un second mandat. Les succès de Raghuram Rajan et sa personnalité appréciée des investisseurs auraient pu faire trop d’ombre au chef du gouvernement, suppose le quotidien britannique. Comparé à James Bond lors de son investiture en 2013, Rajan est en effet considéré comme l’homme qui a « restauré la stabilité macroéconomique indienne ». Mais il s’est également attiré les foudres de certains grands groupes industriels, mécontents du « ménage » organisé dans le secteur bancaire par Rajan, notamment en matière de prêts irrécouvrables.

Sur le site indien Firstpost, le commentateur politique K Yatish Rajawat écorche l’image d’un Raghuram Rajan sauveteur de l’économie indienne. Certes, il s’agit d’un « homme fort », ce qui lui a valu une forme de désapprobation par les autorités de New Delhi. Mais malgré son action, le système bancaire indien continue d’être « dysfonctionnel », miné par des « créances douteuses », de « piètres bilans », et « incapable de diversifier ses opérations de prêts ou d’accorder des crédits là où cela s’avère nécessaire ». Une tribune qui dissonne dans une masse de papiers élogieux.

Dawn – Les tensions frontalières de Torkham sont-elles en voie d’être désamorcées ? C’est l’espoir formulé par le quotidien Dawn alors qu’une délégation afghane de six officiels, conduite par le vice-ministre des Affaires étrangères Hekmat Khalil Karzai, est arrivée à Islamabad ce lundi 20 juin. Les négociateurs pakistanais sont quant à eux dirigés par le secrétaire des Affaires étrangères Aizaz Chaudhry, informe Dawn. « La délégation afghane a été reçue chaleureusement, et les pourparlers ont débuté dans une atmosphère cordiale », commente le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères. Objectif : passer en revue l’ensemble des enjeux frontaliers et mettre en place un mécanisme plus efficace pour leur gestion. Cette rencontre intervient alors qu’Afghans et Pakistanais s’écharpent depuis plusieurs jours au niveau de Torkham, où Islamabad construit un second poste-frontière, plus à l’intérieur des terres. Le conflit aurait déjà fait quatre morts (voir notre revue de presse du 16 juin).
Kathmandu Post – 14 morts, tous Népalais. Le ministère afghan de l’Intérieur a confirmé le triste bilan de l’attentat-suicide qui a frappé Kaboul ce matin, à l’encontre d’un minibus transportant des agents de sécurité. 9 d’entre eux ont également été blessés (5 Népalais et 4 Afghans). La BBC explique que le kamikaze s’est fait exploser alors qu’il était à pied, après avoir attendu que le minibus sorte du camp où logent les agents de sécurité. L’attentat a été revendiqué par les Taliban, qui le présentent comme un revanche après l’exécution de six d’entre eux, faits prisonniers par Kaboul.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil, Liu Zhifan et Jeremy Masse, avec Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris