Revue de presse Asie - 29 avril 2016

Lutte de clans en Chine, répression thaïlandaise et discrimination positive en Inde

Xi Jinping manoeuvre ses alliés contre la Ligue des jeunes communistes. Copie d'écran du “The Straits Times”, le 29 avril 2016.
Xi Jinping manoeuvre ses alliés contre la Ligue des jeunes communistes. Copie d'écran du “The Straits Times”, le 29 avril 2016.

Asie du Nord-Est

Straits Times – La lutte des clans s’intensifie au sein du Parti communiste chinois. Le numéro un Xi Jinping manœuvre ses alliés contre les soutiens de son Premier ministre. La faction de Li Keqiang correspond à la Ligue de la jeunesse communiste, dont est issu l’ancien président Hu Jintao. La Ligue mobilise des dirigeants qui ne sont pas issus de l’aristocratie rouges, les « petits princes » dont Xi Jinping fait partie.

Selon le Straits Times qui cite l’AFP, le président chinois enquêterait actuellement sur la Ligue par le biais de la très redoutée Commission centrale de discipline du parti, le bras armé de Xi dans la vaste « lutte anti-corruption » qu’il a lancée en 2013. La Ligue serait suspectée de trafic d’influence et de détournement de fonds, indique le très officiel « Global Times » cité par le quotidien singapourien.

South China Morning Post – Les images sont rarissimes. C’est dans une prison plus que confortable que Gu Kailai, l’épouse de Bo Xilai, l’ancien secrétaire déchu du Parti à Chongqing, purge sa peine. Les photos, postées sur Wechat montrent la vie quotidienne des prisonniers de la prison de Yancheng, dans la province du Hebei : un jardin, une salle de musique, des pièces lumineuses et une salle informatique. On voit les détenus lors d’une course dans un stade, applaudir l’un des leurs sur la ligne d’arrivée. Les « prisons de luxe », telles qu’elles sont nommées par les médias chinois, reçoivent généralement les officiels emprisonnés pour corruption. En 2012, Gu Kailai avait été condamnée à mort avec une peine suspensive, pour le meurtre du Britannique Neil Heywood. Son mari, Bo Xilai, purge sa peine pour corruption dans une prison du même type.
Channel News Asia – La sentence est tombée : pour Kim Dong-chul, un Sud-Coréen de 62 ans naturalisé américain en 1987, ce sera dix ans de travaux forcés pour espionnage et tentative de subversion. A Pyongyang, rapporte Channel News Asia en reprenant une dépêche de l’agence de presse chinoise Xinhua, on ne plaisante pas, surtout à l’approche du congrès du Parti des travailleurs, qui se tiendra le 6 mai prochain.

Ce pasteur originaire de Fairfax (Virginie), vivait en Mandchourie chinoise depuis quinze ans d’où il se rendait régulièrement en Corée du Nord voisine, dans la zone économique spéciale de Rason. C’est là qu’il a été arrêté en octobre dernier, au moment où, d’après Pyongyang, un soldat nord-coréen lui remettait une clé USB contenant du renseignement nucléaire et balistique classé secret défense. Il aurait ainsi, d’après une interview accordée depuis Pyongyang en janvier à la chaîne américaine CNN, fait sortir des données sensibles du pays depuis avril 2013.

Cette condamnation s’ajoute à celle, le mois dernier, d’un étudiant américain, Otto Warmbier, accusé d’avoir volé des affiches de propagande dans un hôtel de la capitale. Elle intervient dans un climat de plus en plus tendu sur la péninsule coréenne. On redoute en effet une escalade des provocations à la veille du très symbolique congrès du Parti des travailleurs la semaine prochaine : pour asseoir plus fermement son image de leader auprès de son peuple mais aussi de la communauté internationale, Kim Jong-un va sans doute donner l’ordre de procéder à un cinquième essai nucléaire. Un coup d’éclat qui viendrait à point nommé laver l’humiliation cinglante des deux échecs successifs de tir de missile balistique ce jeudi 28 avril.

Focus Taiwan« Le Japon, puissance mondiale, a coincé son modeste voisin, Taïwan. » C’est ainsi que le China Post dénonce la capture par les autorités nippones d’un bateau de pêche taïwanais ce lundi 25 avril dans les eaux de l’atoll Okinotori, à l’est de Taïwan et à 1 700 km des côtes japonaises. Les pêcheurs ont été libérés ce mardi après avoir payé une caution d’1,76 million de dollars taïwanais (près de 48 000 euros).

Le ton est monté d’un cran sur la scène diplomatique ce vendredi 29 avril : David Lin, le ministre taïwanais des Affaires étrangères, a convoqué le représentant de Tokyo à Taipei (un ambassadeur de facto car le Japon ne reconnaît pas Taïwan comme un Etat pour ne pas froisser la Chine). Un navire garde-côte et un bateau du Conseil taïwanais de l’Agriculture partiront ce dimanche 1er mai dans les eaux entourant l’atoll Okinotori pour protéger les chalutiers opérant dans la zone, a déclaré l’administration des gardes-côtes à Taipei.

Si l’atoll est administré par les Japonais, Taïwan refuse toujours de reconnaître à Tokyo la souveraineté sur Okinotori. Par ailleurs, Taipei considère que l’atoll n’étant pas éligible à une Zone économique exclusive (ZEE), il n’y a aucune raison que les chalutiers taïwanais ne puissent pas y pêcher librement.

Asie du Sud-Est

The Bangkok Post – Sans doute la crise politique la plus intense depuis le coup d’Etat de Prayuth Chan-ocha le 22 mai 2014. C’est ainsi que le quotidien de Bangkok analyse le tollé suscité par la vague d’arrestations ces deux derniers jours. Huit personnes, appelées par la presse les « 8 de Facebook », ont été enlevées pour avoir participé à une page du réseau social américain, très critique du gouvernement et du nouveau projet de Constitution soumis à référendum le 7 août prochain. A travers elles, ce sont en réalité deux leaders des « chemises rouges » (soutiens du parti de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra) qui sont visés. Les enquêteurs de la police cherchent en ce moment les bases d’un mandat d’arrêt contre Jatuporn Prompan et contre Sombat Boon-ngamanong, féroce critique du coup d’Etat de 2014. Selon le chef de la police thaïlandaise, le Général Chayapol Chatchaidej, l’un des « 8 de Facebook » enlevé par les militaires aurait été embauché par Jatuporn et Sombat pour gérer des sites anti-gouvernementaux.
Myanmar Times – Pour les nationalistes birmans, le mot « Rohingya » est un terme offensant. Le terme désigne la minorité musulmane très présente dans l’Arakan à l’ouest du pays et déclarée apatride depuis le 31 mars 2015. Il y a dix jours, l’ambassade des Etats-Unis a exprimé ses condoléances à l’égard des 20 Rohingyas qui ont perdu la vie dans un accident de bateau, le 19 avril. Ce jeudi 28 avril, une foule de nationalistes ont manifesté à Rangoun, pour que Washington révise sa déclaration.

D’après les moines bouddhistes extrémistes et les nationalistes, toute personne utilisant le terme « Rohingya » est un « ennemi de l’Etat birman ». Pour Ko Naung Taw Law, membre du réseau nationaliste, « si les Etats-Unis acceptent et soutiennent la migration illégale, c’est un gouvernement illégal. Ils n’ont qu’à les accueillir chez eux. » Pour ne pas commettre d’offense, l’ambassade américaine aurait dû utiliser le mot « Bengali » pour désigner cette communauté.

Channel News Asia – A Manille, la légende de la boxe Manny Paquiao est acclamée par la foule. Mais cette fois-ci pas de ring de boxe à l’horizon mais bel et bien une visite purement politique. A l’approche de l’élection présidentielle le 9 mai prochain, Paquiao s’annonce comme un futur nouveau poids lourd au sein de l’échiquier politique philippin. Déjà deux fois député par le passé, il est désormais candidat à un siège de sénateur, dans le but de devenir à terme, président des Philippines.

Issu des milieux pauvres de la province de Bukidnon, l’ancien boxeur promet de venir en aide aux populations dans le besoin. A savoir augmenter le salaire des professeurs, offrir des bourses aux étudiants et des subventions aux fermiers. Sa réputation internationale s’est en revanche fortement ternie depuis le mois de février. Il déclarait alors, en « bon chrétien évangélique », que les homosexuels étaient « pires que des animaux ».

Asie du Sud

Times of India – De la discrimination positive pour la caste des Patel. Le gouvernement du Gujarat, l’Etat anciennement dirigé par l’actuel Premier ministre Narendra Modi, reservera désormais 10% des offres d’emploi aux familles Patel dont les revenus n’excèdent pas 600 000 roupies par an (près de 8 000 euros). Cette annonce fait suite aux manifestations continues de la communauté Patel pour des quotas dans le monde du travail.

Le Gujarat entend néanmoins continuer d’attribuer des bourses aux jeunes étudiants qui n’entrent pas dans les critères. Selon l’opposition, le gouvernement de l’Etat indien tente de faire diversion en faisant des concessions purement symboliques. Etant donné la taille de la population concernée, le quota de 10% est « bien trop bas. » Les Patel représentent près de 20 % des 63 millions d’habitants du Gujarat.

The Express Tribune – Comment résister à la vague de critiques sur la corruption de sa famille citée dans les Panama Papers ? Nawaz Sharif a décidé de passer à la vitesse supérieure, et d’invoquer le soutien de son peuple. Le Premier ministre pakistanais met en garde ceux qui l’accusent de corruption contre une éventuelle réaction violente des Pakistanais. « Je voudrais dire à ceux qui sont un frein au développement que le peuple lui-même les flanquera à la porte » , a ainsi averti Nawaz Sharif.

Un mouvement anti-corruption a été lancé par le député de l’opposition Imran Khan, depuis que Sharif et sa famille sont cités dans le scandale global d’évasion fiscal. Un autre parti de l’opposition, le Pakistan Peoples Party, a créé une commission d’enquête pour révéler la corruption du clan Sharif, et pousser le Premier ministre à la démission.

Colombo Page – C’est un signe fort pour le Sri Lanka, en quête de reconnaissance internationale depuis l’alternance en janvier 2015. Un accord a été conclu avec le Sri Lanka durant les rencontres de printemps du FMI à Washington. Le prêt octroyé au pays est un Mécanisme élargi de crédit (MEDC) de 1,5 milliard de dollars sur trois ans. Le contrat vise à accompagner les dirigeants sri-lankais à mettre en place des réformes économiques ambitieuses, prévues pour ces trois prochaines années. Le FMI attend des réformes structurelles destinées à limiter les risques liés aux finances publiques, à renforcer le rôle des marchés et à soutenir la croissance et les objectifs de compétitivité.
Par Joris Zylberman, Alice Hérait et Juliette Morillot