Revue de presse Asie - 7 mars 2016

Exercices militaires en Corée du Sud, Daech aux Philippines et religion d'Etat au Bangladesh

Exercices militaires Séoul - Washington
Malgré la menace nord-coréenne, Séoul et Washington ont lancé aujourd'hui leurs plus grands exercices militaires conjoints jamais organisés. Copie d'écran du New York Times, le 7 mars 2016.

Asie du Nord-Est

The Chosun Ilbo – La menace nord-coréenne de « frappes nucléaires aveugles » n’a pas entamé leur détermination. Séoul et Washington ont lancé aujourd’hui leurs « plus grands exercices militaires conjoints jamais organisés », rapporte le Chosun Ilbo. Au total, 17 000 soldats américains et 30 0000 sud-coréens simuleront une infiltration clandestine en territoire nord-coréen au cours de ce qu’ils appellent un « exercice de décapitation » contre le régime de Pyongyang. Ils doivent également s’entraîner à lancer des frappes préventives contre les installations militaires du « royaume ermite ». Le porte-parole du ministère sud-coréen de la Défense a prévenu que son pays « répondrait sans pitié et avec détermination si le Nord ignorait [ses] avertissements et lançait une provocation », rapporte le New York Times.
Channel News Asia – Lui Por était rentré vendredi. Cheung Chi Ping l’a suivi hier, dimanche 6 mars. Spécialisés dans la publication d’ouvrages critiques vis-à-vis de Pékin et du parti communiste chinois, les deux libraires hongkongais ont pu retourner dans la région administrative spéciale après avoir disparu en octobre 2015 et passé plusieurs mois en détention sur le continent. Cheung aurait demandé à la police hongkongaise de classer l’affaire de sa disparition sans livrer plus de détails sur son séjour dans la province du Guangdong, indique Channel News Asia. Trois autres libraires se trouvent toujours sur le continent dont Lam Wing Kee, que les autorités chinoises devraient prochainement libérer sous caution à l’instar de Lui et Cheung. En revanche, Lee Po et Gui Minhai ne semblent pas prêts de retourner dans l’ex-colonie britannique…
South China Morning Post – C’est une nouvelle qui a surpris non seulement la communauté internationale, mais également les Chinois eux-mêmes. Car en décidant d’augmenter de 7,6 % le budget de défense du pays, la première augmentation à seulement un chiffre depuis 2010, Xi Jinping a déjoué toutes les prédictions. Et, fait très rare, certains pontes de l’Armée populaire de Libération (APL) ont exprimé publiquement leur surprise, voire leur mécontentement. Il faut dire que, pour maintenir la modernisation de l’APL en mer de Chine, certains demandaient une hausse du budget de… 20% ! D’aucuns craignent en effet que les perspectives mornes de l’économie chinoise n’entament la « sécurité nationale » en rationalisant les postes de dépenses liés à l’armée. D’après le South China Morning Post, il s’agit d’une nouvelle démonstration de puissance de Xi Jinping, qui « n’a pas peur d’offusquer les cadres supérieurs de l’APL en démontrant sa capacité à contrôler l’armée via l’économie ».
Okinawa Times – Le répit aura été de courte durée. Onaga Takeshi, gouverneur de la préfecture d’Okinawa, s’est vu remettre une nouvelle ordonnance administrative. Celle-ci lui a été envoyée par le Ministre des Transports, Ishii Keiichi. Le gouvernement central considère que la décision d’annulation des travaux de déménagement de la base militaire américaine de Futenma est illégale. Ce n’est pas la première fois qu’Onaga Takeshi fait l’objet de cette poursuite administrative, qu’il avait tout bonnement rejetée en novembre dernier. Elle avait débouché sur un procès qui s’était achevé par une réconciliation la semaine dernière. Le ministre de la Défense Nakatani Gen affirme que l’ordonnance actuelle est « une démarche nécessaire pour réunir les conditions de la réconciliation ».
Taipei Times – Parmi les chantiers à mener à bien dans le cadre du Plan quinquennal 2020 dévoilé lors de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire, qui s’est ouverte samedi à Pékin, est inscrit un projet de « Ligne de train à grande vitesse Pékin-Taïpei », rapporte deux jours après le Taipei Times, dans le sillage du China Times, en langue chinoise, qui critique la dimension pharaonique du projet. Tel un serpent de mer, Pékin remet en effet sur la table une proposition maintes fois déclinée par Taïpei, comme l’a encore rappelé hier le ministre taïwanais des Affaires continentales qui cite des « obstacles insurmontables en termes techniques, politiques et de sécurité nationale ». De son côté, Pékin a achevé la construction du tronçon entre Fuzhou, dans la province méridionale du Fujian et de l’île de Pingtan en juin 2015. Ce dernier se connecte au réseau des trains à grande vitesse qui remonte jusqu’à Pékin en 7h44mn.

Asie du Sud-Est

Inquirer – Les atermoiements du processus de paix aux Philippines pourraient bien profiter à Daech… C’est ce qu’estime le leader du Front Moro islamique de Libération (MILF), Murad Ebrahim, avec qui le gouvernement de Manille a signé un accord de paix en 2014 après avoir déstabilisé le Sud de l’archipel pendant plusieurs décennies. Alors que Congrès philippin a récemment repoussé le vote de la Bangsamoro Basic Law (BBL), qui doit retranscrire l’accord en droit interne et permettre la création d’une entité politique autonome au sud de l’archipel, la frustration grandit chez les anciens combattants du MILF. Et si le leader du mouvement a pu jusqu’ici les dissuader de rejoindre Daech, leur assurant que l’accord de paix était la meilleure solution, il ne pourra pas s’interposer éternellement… D’autant plus que le groupe Etat islamique ne cache plus son ambition de s’étendre en Asie du Sud-Est.
The Jakarta Post – Le soutien indonésien à la cause palestinienne n’est pas chose nouvelle. Mais alors qu’il renouvelait son engagement pour une solution à deux Etats, le président indonésien Jokowi a fait une annonce d’importance lors de l’ouverture du sommet de l’Organisation de la Coopération islamique qu’il préside cette année. Jakarta a en effet nommé aujourd’hui son premier consul honoraire en Palestine, Maha Abou Susheh, et ouvrira son consulat à Ramallah « courant avril ». Jusqu’à présent, l’Indonésie ne disposait pas de représentation diplomatique en Palestine même – mais avait ouvert une « ambassade pour la Palestine » à Amman (Jordanie) en 1989.
The Jakarta Post – Le mariage, la protection des travailleurs migrants, la pêche, l’égalité des sexes, la violence sexuelle, les travailleurs domestiques et la protection sociale : voilà les 7 domaines dans lesquelles une loi au moins entretient la discrimination hommes femmes en Indonésie, regrette la Coalition des Femmes indonésiennes (KPI). La protection des femmes y est décrite comme inférieure à celle des hommes, donc insuffisante, rapporte le Jakarta Post.
Bangkok Post – Que les postes des échelons supérieurs de la police thaïlandaise doivent être achetés par les officiers qui aspirent à monter dans la hiérarchie est un secret de polichinelle depuis des décennies. Que la police thaïlandaise soit l’institution la plus corrompue du royaume est un fait connu de tous. Veera Prateepchaikul revient dans le Bangkok Post sur cette question, parce qu’un amiral, qui l’an dernier dirigeait un sous-comité de lutte contre la corruption, a pointé ce fait du doigt. La réaction de la police a été immédiate : non pas en essayant de faire la lumière sur les allégations, mais en intentant un procès contre le dénonciateur. « La police a sa dignité », a protesté le genéral Chakthip, chef de la police. A traduire le plus souvent par : nous sommes corrompus jusqu’à l’os, mais vous n’avez pas le droit de le dire.

Asie du Sud

India Today – Dix terroristes du groupe islamiste Lashkar-e-Taiba se sont introduits sur le territoire indien. C’est l’information relayée par le service des renseignements indien. Celui-ci avait prévenu les autorités de la menace, affirmant que le groupe venait du Pakistan par la mer. Les terroristes seraient entrés en Inde en passant par la province du Gujarat. Le pays est en alerte alors qu’il célèbre le Shivaratri, la fête du dieu Shiva, et la sécurité a été renforcée dans tous les bâtiments publics. Plusieurs Etats mobilisent également des troupes près d’infrastructures stratégiques.
The Express Tribune – Un attentat à la bombe a secoué la province de Khyber-Pakhtunkhwa aujourd’hui, visant la cour de discrict de Charsadda, à Shabqadar. Le bilan, au moins 8 morts et 27 blessés, aurait pu être bien pire : le kamikaze s’est fait sauter alors qu’il venait d’être intercepté à l’entrée des bâtiments par les forces de sécurité. Un groupe islamiste dissident issu des Taliban pakistanais, le Jammat-ul-Ahrar, revendique l’attaque. Ils affirment avoir pris pour cible des juges ayant un comportement anti-islamique, et nient avoir tué des civils. L’attaque est présentée comme une vengeance pour l’exécution de Mumtaz Qadri par le gouvernement.
Pakistan Today – La Cour suprême du Bangladesh étudie l’abandon de l’Islam comme religion d’Etat après les récentes attaques contre les minorités religieuses dans le pays. Les chrétiens, hindous et chiites musulmans avaient été pris pour cibles par des extrémistes islamiques. L’Islam est religion d’état depuis 1988, et la Cour doit statuer sur la légalité de ce choix. Dans un pays où 90 % de la population est musulmane, il n’est pourtant pas sûr que la population soutienne une telle initiative. Le gouvernement nie la présence de groupes terroristes liés à Daech, alors que le pays est tenu pour être l’un de ses foyer de recrutement.
Scroll.in– Entre 2003 et 2015, la proportion de bangladeshis qui défèquent à l’air libre est passée de 42 % à 1 %. Une réussite dont se vante le gouvernement de Dacca alors que dans le pays voisin, 595 millions d’Indiens, soit la moitié de la population, n’a pas accès à des toilettes. C’est le deuxième pays d’Asie du Sud après le Sri Lanka à achever ce défi en équipements sanitaires. Le gouvernement a mené ce projet sur plus de dix ans en partenariat avec des organisations internationales comme la Banque mondiale. Le développement de l’équipement des foyers en toilettes a eu un impact significatif sur la santé de la population, la place des femmes et l’éducation. Le gouvernement a bon espoir de remplir les Objectifs du Millénaire fixés par les Nations Unies.
Par Alexandre Gandil et Ryôma Takeuchi, avec Arnaud Dubus à Bangkok, Sébastien Farcis à New Delhi, Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris