L’Asie face à la bombe à fragmentation des tarifs réciproques américains
Le palmarès des pays à risque change avec les droits réciproques
L’Asie très touchée par les secteurs cibles de Donald Trump
Chaque pays réagit et tente de négocier
Donald Trump détruit tous les principes de fonctionnement du commerce international
Avec les droits réciproques, Washington s’attaque à tous les principes fondamentaux de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et tout ce qui favorise une interdépendance « intelligente » fondée sur les points forts de chacun, les dynamiques régionales et le soutien aux pays pauvres en développement.
La « clause de la nation la plus favorisée » qui oblige les pays membres de l’OMC à accorder les mêmes tarifs sur chaque produit à tous les autres membres est un puissant outil d’ouverture aux échanges. Cette clause n’interdit pas de protéger un secteur jugé fragile, mais elle s’assure que la protection est équitable. Avec le projet des droits réciproques, Trump fait exactement l’inverse. Alors qu’il y a actuellement environ 8000 positions tarifaires dans la codification internationale des tarifs douaniers (intitulée « Système Harmonisé »), le projet de « droits réciproques » va conduire, s’il est appliqué à l’échelle mondiale, à la création par les douanes américaines de centaines de milliers de positions douanières car pour chaque produit, il pourra y avoir 200 tarifs différents selon ceux pratiqués par chacun des pays partenaires. Pour prendre un exemple, les tarifs appliqués par les douanes américaines aux voitures de grande cylindrée seront différents selon qu’elles seront importées de l’Union européenne, du Japon, de Corée, du Mexique, du Canada, de Chine ou de Thaïlande. Un cauchemar en perspective pour les douaniers américains qui doivent à chaque fois déterminer l’origine nationale d’un produit par des « règles d’origine » complexes.
La politique des droits réciproques détruit également un autre principe de l’OMC qui s’applique notamment aux impôts. Il s’agit du « traitement national », selon lequel les mesures prises par un pays au plan intérieur, en particulier les mesures fiscales, ne doivent pas faire de distinction entre produits nationaux et produits importés. L’Union européenne pratique le « traitement national » dans sa politique de Taxe à la Valeur Ajoutée (TVA) car la TVA s’applique de la même façon aux produits locaux et importés. Mais Donald Trump juge la TVA européenne « discriminatoire ». Il demande que les produits américains soient exemptés de TVA, et par conséquent mieux traités que les produits européens.
Le projet des droits réciproques remet en cause également un troisième principe de l’OMC qui est celui du « traitement spécial et différencié » en faveur des pays en développement. Il était admis que ces pays pouvaient avoir besoin d’une certaine flexibilité dans leur stratégie de croissance économique et être amenés à protéger temporairement leurs industries naissantes. Ce principe a été remis en cause par la montée en puissance dans les échanges mondiaux des pays émergents – et en particulier de la Chine – mais il continuait à jouer un rôle pour les pays les plus pauvres. L’Inde par exemple a encore un niveau de tarifs douaniers élevé par rapport à la moyenne mondiale, ce qui n’est plus le cas de la Chine. Avec le projet américain, toute notion de flexibilité pour le développement disparaît.
Soutenez-nous !
Asialyst est conçu par une équipe composée à 100 % de bénévoles et grâce à un réseau de contributeurs en Asie ou ailleurs, journalistes, experts, universitaires, consultants ou anciens diplomates... Notre seul but : partager la connaissance de l'Asie au plus large public.
Faire un don




