Le festival de Vesoul 2025 couronne un film coréen et trois films d’Asie centrale
La culture en péril
Hommage à Jia Zhangke, le « poète chroniqueur »
La famille comme lieu d’entraide et de transmission
« C’est une idée qu’on a eue ensemble. Nous formons une équipe très intergénérationnelle. Nous avons voulu décliner cette idée de la famille, non pas comme le lieu des conflits mais comme un espace d’entraide et de transmission. Les familles peuvent être recomposées ou choisies, comme dans le beau film du Japonais Kore Eda Hirozaku, « Une affaire de famille », ou dans « Capharnaüm » de la Libanaise Nadine Labaki tourné en 2018, qui tous deux traitent de l’enfance maltraitée. Elles peuvent inclure les amis comme dans le surprenant film du Yémen « Les lueurs d’Aden » tourné en 2023 par Amr Gamal, premier long métrage de fiction yéménite à franchir les frontières qui montre un Islam plus ouvert qu’on ne le pense dans une ville de bord de la mer filmée avec tendresse. Ils peuvent aussi s’appesantir sur la relation père fils avec « Il était un père » d’Ozu Yasujiro (1942) ou « Pushing Hands » , premier film de Ang Lee( 1992) qui filme avec finesse, brio et humour les tensions interculturelles entre un père taïwanais, champion de tai chi qui vient s’installer chez son fils aux États-Unis et sa belle-fille américaine. « Pour la sélection des films de cette section j’ai visé large, du plus ancien en 1942 jusqu’à aujourd’hui. J’ai puisé dans ma mémoire et dans ce que je visionne. Je vois 700 films par an », explique Jean Marc Thérouanne.
A la découverte du cinéma de Hong-Kong et de Birmanie
Le palmarès du 31ème Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul 2025
CYCLO D’OR D’HONNEUR :
Jia Zhangke, réalisateur (Chine) et Zhao Tao, actrice (Chine).
CYCLO D’OR :
« The Land of Morning Calm » de Park Ri-woong (Corée). Regarder ce film, c’est comme plonger dans l’océan. Le réalisateur nous entraîne sous la surface apaisante pour nous immerger dans les profondeurs de la vie, au cœur des courants sous-jacents d’une réalité en perpétuelle agitation. Il parvient, contre toute attente, à conserver une simplicité fluide dans son langage cinématographique tout en restant profondément attentif à son sujet. Cela nous permet d’observer de près, de réfléchir et d’être touchés par la lumière de la nature humaine.
GRAND PRIX DU JURY :
« Abel » d’Elzat Eskendir (Kazakhstan) – Nous sommes profondément touchés par l’authenticité et l’assurance de la vision créative du réalisateur. Il porte un regard réfléchi sur l’histoire de son propre pays avec une attitude déterminée et sereine. À travers des plans et des mouvements soigneusement conçus, le réalisateur capture les conflits et la colère du peuple sur cette terre désolée, guidant le spectateur à revisiter l’ère tumultueuse que le Kazakhstan a traversée après son indépendance. L’acteur principal, Yerlan Tuleutay, incarne avec précision et subtilité à la fois la vulnérabilité et la résilience, nous permettant de ressentir pleinement les luttes de ces individus ordinaires qui tentent de survivre au cœur des bouleversements historiques.
PRIX DU JURY :
« Deal at the Border » de Dastan Zhapar Ryskeldi (Kirghizistan) pour sa capacité à entrelacer magistralement les thèmes de la survie et du choix moral, tout en mettant en avant une performance remarquable de l’acteur principal. Cette œuvre poignante éveille les émotions et suscite la réflexion.
MENTION SPECIALE :
« To Kill a Mongolian Horse » de Jiang Xiaoxuan (Chine) : un premier film intime et captivant, offrant une représentation émouvante et audacieuse d’une société en mutation.
PRIX DU JURY NETPAC (NETWORK FOR THE PROMOTION OF ASIAN CINEMA) :
« Abel » d’Elzat Eskendir (Kazakhstan). Ce film offre un regard puissant sur l’impact du démantèlement des fermes collectives sur la vie des bergers au Kazakhstan après l’effondrement de l’URSS. À travers Abel et sa famille, il montre comment leurs valeurs traditionnelles les relèguent aux marges de la société tout en leur offrant un refuge où ils peuvent restaurer leur dignité et retrouver leur place dans un monde en mutation. Le réalisateur fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle de la mise en scène dans ce premier film.
PRIX MARC HAAZ :
« Deal at the Border » de Dastan Zhapar Ryskeldi (Kirghizistan). Avec un scénario bien écrit et une production soigneusement réalisée, cette histoire simple et toute en sensibilité nous a captivés dès le début. Ce film au casting crédible et efficace a toutes les chances de rencontrer un large public en salle.
PRIX DU JURY DE LA CRITIQUE :
« Abel » d’Elzat Eskendir (Kazakhstan). Parmi la sélection des 9 films en compétition, tous intéressants, le film Abel nous a semblé la révélation d’un vrai cinéaste par la qualité de sa mise en scène. L’organisation de l’espace, le rythme de ses longs plans, la direction d’acteurs non professionnels sont les atouts de ce premier film déjà mature.
PRIX DES AMIS DU MUSÉE GUIMET :
« Deal at the Border » de Dastan Zhapar Ryskeldi (Kirghizistan). Parce qu’il montre comment un petit gangster se transforme en une véritable Antigone du Kirghizistan, en donnant sa vie pour faire enterrer dans son village une jeune esclave fugitive, ce film démontre l’accord profond des plus anciennes traditions culturelles et de l’universalisme humain.
COUP DE CŒUR AMIS DU MUSÉE GUIMET :
« To Kill a Mongolian Horse » de Jang Xiaoxuan (Chine). Le portrait de cet éleveur mongol peu à peu dépossédé de son identité dans une société qui transforme ses traditions en attractions touristiques, où ni la langue ni la culture autour du cheval ne sont plus transmises nous interpelle profondément. En tant qu’amis de Guimet, cette réflexion sur l’acculturation résonne avec notre mission de préserver et valoriser les patrimoines culturels d’Asie.
PRIX DU PUBLIC DU FILM DE FICTION :
« La Femme qui en savait trop » de Nader Saeivar (Iran).
PRIX DU JURY LYCÉEN :
« Kono Basho » de Jaime Pacena II (Philippines).
PRIX DU PUBLIC DU FILM DOCUMENTAIRE :
« My Dearest Viet » de Kawabata Kohei (Japon, Vietnam).
PRIX DU JURY JEUNES :
« Bittersweet Honey » de Freddy Aung (Birmanie).
Reprise de films primés au Musée Guimet de Paris du 27 au 29 mars 2025.
La 32e édition du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul aura lieu du 27 janvier au 3 février 2026.
Renseignements :
FICA – Festival international des Cinémas d’Asie, 25 rue du docteur Doillon 70 000 VESOUL – France Tel. : + 33 (0)3 84 76 55
Soutenez-nous !
Asialyst est conçu par une équipe composée à 100 % de bénévoles et grâce à un réseau de contributeurs en Asie ou ailleurs, journalistes, experts, universitaires, consultants ou anciens diplomates... Notre seul but : partager la connaissance de l'Asie au plus large public.
Faire un don






