Economie
Le Poids de l'Asie

Chine : l’épargne freine la reprise de la consommation

La consommation des ménages reste en berne en Chine en 2020. En suscitant un effet de richesse, l'embellie du marché boursier qui a été de courte durée, a pu dynamiser les achats d'une minorité, mais la majorité des ménages a choisi d'épargner davantage. (Source : Ejinsight)
La consommation des ménages reste en berne en Chine en 2020. En suscitant un effet de richesse, l'embellie du marché boursier qui a été de courte durée, a pu dynamiser les achats d'une minorité, mais la majorité des ménages a choisi d'épargner davantage. (Source : Ejinsight)
L’économie chinoise reprend, mais cette reprise dépendra notamment de l’impact du plan de relance décidé par Pékin fin mai. D’autant que les Chinois ne sont pas prêts à consommer tous azimuts.
La Chine vient de publier les résultats économiques du second trimestre 2020. Ils intéressent le monde entier : l’évolution de la conjoncture de la seconde économie mondiale – second importateur mondial, avec 10 % du total – a un impact global : l’expérience de la Chine, entrée la première dans l’épidémie, est suivie par les autres pays.
Évolution des postes du Produit intérieur brut (PIB) de la Chine en 2020. (Source : China National Bureau of Statistics)
Évolution des postes du Produit intérieur brut (PIB) de la Chine en 2020. (Source : China National Bureau of Statistics)
Au premier trimestre de cette année, l’économie s’était contractée de 6,8 % par rapport au premier trimestre 2019. Soit la contraction la plus forte depuis la Révolution culturelle. Au second trimestre, la Chine a renoué avec la croissance : son PIB a augmenté de 3,2 %. Mais elle reste dans le rouge avec une contraction de 1,6 % au premier semestre. À moins d’une seconde vague dévastatrice, la Chine devrait échapper à la récession en 2020 : dans son dernier rapport, le FMI prévoit une croissance chinoise d’1 %.
Au premier trimestre, le confinement avait arrêté l’offre et la demande. Au second trimestre, si la demande n’a pas redémarré, la production est repartie et la majorité des entreprises (52 % en juin 2020, le taux le plus élevé depuis le mois de décembre) prévoit que ce mouvement se renforcera, selon les enquêtes de Caixin China General Manufacturing Purchasing Managers’ Index.
Les entreprises d’État ont augmenté leurs investissements de 2 % au premier semestre alors que les entreprises privées ont moins investi (- 7,3 %). Les ventes immobilières – l’épargne secrète des ménages – ont repris en juin et ce mouvement entraîne les ventes d’équipements et de meubles. Le secteur industriel (qui comprend le secteur manufacturier et la construction) s’est relevé au second trimestre après s’être contracté au premier. La relance de la construction a entraîné celle de la sidérurgie chinoise, dont la part dans la production mondiale dépasse 52 %.
Quant aux services, ils n’ont pas repris, à commencer par la distribution. Les ventes de détail se sont contractées de 3,9 % au deuxième trimestre après s’être effondrées de 17,8 % au premier. La consommation des ménages reste en berne. En suscitant un effet de richesse, l’embellie du marché boursier qui a été de courte durée, a pu dynamiser les achats d’une minorité, mais la majorité des ménages a choisi d’épargner davantage. Selon les données de la People’s Bank of China, au premier semestre les dépôts ont augmenté de 14 500 milliards de yuans (plus de 1 800 milliards d’euros), ce qui représente l’équivalent de quatre mois de ventes de détail.

Li Keqiang se démarque de Xi Jinping sur le rôle de l’État

En 2020, comme en 2008, la modalité de sortie de crise renforce le secteur d’État. C’est d’ailleurs l’objectif de Xi Jinping, bien plus que celui de Li Keqiang. En 2013, le Premier ministre chinois avait parrainé l’étude China 2030, rédigée conjointement par la Banque mondiale et la puissante Commission nationale pour le développement et la Réforme (NDRC) envisageait un désengagement progressif de l’État. Ce rapport était considéré comme la feuille de route du gouvernement. Ce n’est plus le cas et une anecdote a illustré la divergence entre les deux hommes d’État. À l’occasion d’une visite à Yantai dans le Shandong au nord-est du pays, Li Keqiang a félicité les marchands de rue « qui sont la force de la Chine tout autant que les entreprises de high tech ». Le jour suivant, un article du journal du parti communiste de Pékin, le Beijing Daily, indiquait que les vendeurs de rue ne sont pas une solution. Ce jugement péremptoire oublie que les dirigeants de plusieurs grands groupes privés ont fait leurs premiers pas dans le secteur informel et que ce dernier représente un gisement d’emploi en temps de crise.
Trois jours plus tard, Li Keqiang a surpris l’opinion publique en déclarant que 40 % de la population gagnait moins de 140 dollars par mois, un montant insuffisant pour mener une vie décente. Or en mars, Xi Jinping annonçait qu’avec plus que cinq millions de Chinois en dessous du seuil de pauvreté, le pays avait gagné la bataille de la pauvreté. Ces prises de position pourraient préparer le meeting annuel de Beidaihe qui doit réunir les dirigeants actuels et leurs prédécesseurs.
Parmi les sujets qui animeront les débats à Beidaihe – si la réunion se tient comme prévu -, il y aura la question de l’emploi. Selon le National Bureau of Statistics, le chômage urbain aurait atteint 6,2 % en février 2020 contre 5,5 % en 2019 – et il a été ramené à 5,9 % dans les 31 plus grandes villes. Cette mesure ne prend pas en compte le sort des migrants qui sont retournés à la campagne où ils n’ont pas trouvé d’emploi : à la fin du mois d’avril, Zhongtai Securities a estimé que 70 millions de personnes étaient sous employées, soit 20,5 % de la population en âge de travailler.

Deux ans de convalescence pour le marché de l’emploi

Selon un professeur de l’université du Peuple à Pékin cité par le magazine Caixin, le marché de l’emploi mettra deux ans pour se remettre du Covid-19. Les plus affectées seront les entreprises de service exigeant des contacts avec la clientèle (tels que restauration, tourisme, culture qui représente un cinquième des emplois de services) et les petites entreprises manufacturières qui hésitent à embaucher. En Chine, comme partout ailleurs, les jeunes diplômés – ils sont 8,7 millions dont 1 million continueront des études – connaîtront une rentrée difficile. Le chômage urbain pourrait osciller autour de 6 % au cours des deux années à venir et la croissance devrait atteindre au moins 4,5 % pour revenir au plein-emploi.
La poursuite de la reprise dépendra des évolutions internes. Parmi elles, l’impact du plan de relance adopté à la fin du mois de mai, et qui représente 4,5 % du PIB. Car au cours des dix dernières années, la part des exportations dans le PIB a diminué et elle est au même niveau qu’en Inde (- 19 %). La Chine n’a pas grand-chose à attendre du marché mondial : les exportations ont augmenté de seulement 0,5 % au mois de juin. Les relations avec les États-Unis se sont à nouveau détériorées avec l’adoption de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong et les relations économiques continueront de se dégrader jusqu’à la présidentielle américaine du 3 novembre.
Par Jean-Raphaël Chaponnière

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A propos de l'auteur
Jean-Raphaël Chaponnière
Jean-Raphaël Chaponnière est membre du groupe Asie21 (Futuribles) et chercheur associé à Asia Centre. Il a été économiste à l’Agence Française de Développement, conseiller économique auprès de l’ambassade de France en Corée et en Turquie, et ingénieur de recherche au CNRS pendant 25 ans. Il a publié avec Marc Lautier : "Economie de l'Asie du Sud-Est, au carrefour de la mondialisation" (Bréal, 2018) et "Les économies émergentes d’Asie, entre Etat et marché" (Armand Colin, 270 pages, 2014).