Politique
Photographes d'Asie

Photoreportage : à Taipei, la première Gay Pride après le "Mariage pour tous"

Une Drag-Queen aux couleurs arc-en-ciel. Pour cette édition spéciale, la Pride était organisée par la Taiwan Tongzhi Hotline. La célèbre association de la cause LGBT dans l'île a voulu marquer le coup pour la première année du mariage pour tous, et à l’approche des élections qui auront lieu le 11 janvier 2020. (Copyright : Marion Vercelot)
Une Drag-Queen aux couleurs arc-en-ciel. Pour cette édition spéciale, la Pride était organisée par la Taiwan Tongzhi Hotline. La célèbre association de la cause LGBT dans l'île a voulu marquer le coup pour la première année du mariage pour tous, et à l’approche des élections qui auront lieu le 11 janvier 2020. (Copyright : Marion Vercelot)
Par son ampleur inédite, la 17ème édition de la Taiwan Pride, organisée le 26 octobre dernier, marque l’année de la légalisation du mariage pour tous, une première en Asie. Mais pour la communauté LGBT, les enjeux restent importants. A l’approche des élections présidentielles qui se tiendront le 11 janvier, la marche a pris une tournure plus politique que festive. Reportage en image.
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« Je suis venu pour le cuir ! » s’exclame hilare Minuzai, un japonais accompagné de ses amis, relativement court vêtus. Déguisements et Drag Queen en tous genres, à l’image des Prides du monde entier, la Taiwan Pride apporte elle aussi son lot de folies et de placements de produits pour marques « LGBT-friendly ». Mais la foule arc-en-ciel visible en début de cortège laisse très vite place à une manifestation beaucoup plus politique.

Contexte

Le 17 mai 2019, Taïwan est devenu le premier pays d’Asie à légaliser le mariage pour les couples du même sexe. Une victoire relative pour la communauté LGBT qui espérait pouvoir se marier dans les mêmes conditions que leurs homologues hétérosexuels. Or, lors d’un référendum en novembre 2018, 67 % des votants se sont opposés à toute modification du code civil concernant le mariage. Les homosexuels bénéficient donc d’une loi « à part » qui ne leur ouvre pas les mêmes droits sur l’adoption ou les mariages binationaux. En cette période électorale, les organisateurs espèrent avant tout protéger des valeurs qui leurs sont chères : la démocratie et la défense des minorités.

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Marée humaine à l’approche du Taipei City Hall, point de départ du cortège le 26 octobre 2019. Plus de 200 000 personnes sont venues participer à la 17ème édition de la Taiwan Pride, un chiffre record. (Copyright : Marion Vercelot)

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Pour cette édition spéciale, la Pride était organisée par la Taiwan Tongzhi Hotline. La célèbre association de la cause LGBT dans l'île a voulu marquer le coup pour la première année du mariage pour tous, et à l’approche des élections qui auront lieu le 11 janvier 2020. (Copyright : Marion Vercelot)

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A l’image des Marches des fiertés de San Francisco, New York, Paris ou Londres, la Taiwan Pride a aussi le sens de la fête. Elle se distingue par ses nombreux costumes en référence à des cultures venues d’Asie. (Copyright : Marion Vercelot)

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Dans la playlist de la marche, on retrouve Jolin Tsai, Hush ou A-mei, stars mandopop et icônes gay. (Copyright : Marion Vercelot)

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"La démocratie taïwanaise soutient les homosexuels, les homosexuels taïwanais soutiennent Hong Kong." Dans le cortège, il n’est pas rare de croiser des drapeaux venus de toute l’Asie, l’un d’eux est particulièrement visible : Hong Kong. Les messages de soutien aux manifestations dans l’ancienne colonie britannique sont visibles sur l’ensemble du parcours. (Copyright : Marion Vercelot)

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Selon les organisateurs, plus de 100 nationalités ont participé à la marche. Premiers de la liste : les Japonais qui espèrent eux aussi légaliser dans leur pays le mariage des couples du même sexe. (Copyright : Marion Vercelot)

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Dans le cortège, les "mariés" se font plus rares que l’année passée. (Copyright : Marion Vercelot)

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Chi Chia-wei, emprisonné en 1986 pour s'être déclaré publiquement homosexuel, salue la foule du haut d’un balcon. A 61 ans, il est une figure emblématique du mariage pour tous et de la lutte contre le Sida. (Copyright : Marion Vercelot)

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Lin Fei-fan, figure emblématique du mouvement des tournesols en 2014 et secrétaire adjoint du Parti démocrate progressiste, est venu soutenir la marche des fiertés dans une ambiance très médiatisée. (Copyright : Marion Vercelot)

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Malgré les avertissements des organisateurs, qui ont anticipé les 200 000 marcheurs, le département de police de la mairie de Taipei a refusé d’octroyer l’ensemble du boulevard à la Pride. Des véhicules circulaient aux côtés des manifestants. Aucun incident ne s’est produit. (Copyright : Marion Vercelot)

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"Les chrétiens gays veulent un partenaire et une vie !" Les groupes chrétiens organisent d'habitude des manifestations contre l’ouverture de droits aux personnes LGBT. "Je pense que Dieu nous aime, peu importe notre orientation sexuelle", confie l’auteure de cette pancarte venue avec sa petite amie. (Copyright : Marion Vercelot)

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Au départ du cortège, un espace est dédié aux familles homoparentales. (Copyright : Marion Vercelot)

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A gauche : "Les femmes ne sont pas de simples outils de procréation, refusez le référendum sur l’avortement." A droite : "Ko Wen-je, excusez-vous auprès des Tibétains, des gays, des femmes et des suicidaires." Le maire de Taipei est célèbre pour ses propos controversés. La Pride est aussi un espace d’expression pour toutes les luttes sociales. (Copyright : Marion Vercelot)

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"En 2020, je vote Tsai Ing-wen !" En fin de cortège, les manifestants sont accueillis par une gigantesque scène. Les militants de la Taiwan Tongzhi Hotline sensibilisent aux enjeux qui touchent les personnes LGBT et autres minorités. (Copyright : Marion Vercelot)

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"Les homosexuels peuvent s’aimer, mais ils ne devraient pas se marier." Ce militant anti-mariage est venu seul à la Gay Pride. Au lieu de s’énerver, de nombreux marcheurs se sont approchés de lui pour débattre. (Copyright : Marion Vercelot)

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En amont de la Taiwan Pride, la ville de Taipei s’est mise aux couleurs de l’arc-en-ciel. (Copyright : Marion Vercelot)

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Des manifestants devant la tour 101 de Taipei pendant la Gay Pride. L'homme sur le rocher tient une banderole de LesPark, une application pour lesbiennes et bisexuels. (Copyright : Marion Vercelot)

 
 
À Taïwan, le mariage pour tous a un goût amer. L’ambiance, du coup, n’est pas entièrement à la célébration. Visibilisation des minorités, défense des droits des familles homoparentales, appel à soutenir la présidente Tsai Ing-wen et autres slogans écologiques ou pro-Tibet, la marche des fierté 2019 s’est transformée en véritable espace d’expression et exercice de démocratie.
« Si le Kuomintang (KMT) revient au pouvoir, il est sûr que nos droits vont reculer », confie Cheng Chi-wei, principal organisateur de la marche des fiertés 2019. Certains candidats du KMT ont en effet promis d’annuler le mariage pour tous si jamais le parti revenait au pouvoir en 2020. Depuis 2016, la majorité a basculé en faveur du Parti Démocrate Progressiste (DPP), favorable à l’ouverture des droits pour les personnes LGBT. Ces deux dernières années, la présidente Tsai Ing-wen a perdu en popularité. Une tendance qui inquiète les militants, craignant de voir le candidat populiste KMT Han Kuo-yu prendre le pouvoir.
A propos de l'auteur
Alice Hérait
Journaliste, Alice Hérait est spécialisée sur les questions contemporaine en Asie-Pacifique, et plus particulièrement sur le monde sinisé. Elle est titulaire du Master Hautes Etudes Internationales (HEI) à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO). Sinophone, elle a vécu un an à Taïwan, où elle a étudié à l'Université Nationale de Taiwan (國立台灣大學). Elle nourrit un vif intérêt pour les relations entre Pékin et Taipei.
Marion Vercelot
Photographe basée à Paris, Marion Vercelot est passionnée par les questions environnementales, sociétales, d’éducation, de féminisme et de santé. Son approche photographique se veut à la lisière entre le reportage classique et une démarche plus artistique, décalée. Formée au cinéma à l'Université Paris 8, puis en photographie à l'école des Gobelins et enfin au journalisme via La Street School.