Environnement
Analyse

L'Asie fera un peu plus d’enfants que prévu d’ici 2050

En Chine, la fin de l'enfant unique n'a eu qu'un très faible impact sur la fécondité. (Source : WSJ)
En Chine, la fin de l'enfant unique n'a eu qu'un très faible impact sur la fécondité. (Source : WSJ)
C’est l’un des constats du rapport 2019 des Nations Unies sur les perspectives de la population mondiale publié le 17 juin dernier. La progression de la population asiatique serait proche de 20% en 2050 à 5,29 milliards d’habitants, contre 4,42 milliards en 2015, soit 870 millions d’habitants supplémentaires. Une légère accélération par rapport aux prévisions onusiennes en 2017, qui tablaient sur 40 millions d’habitants en plus. C’est là une inversion de tendance : entre les projections de 2015 et 2017, l’ONU avait anticipé un léger freinage (-10 millions d’habitants). Si l’évolution globale de la population asiatique reste somme toute assez stable, les changements par pays et par sous-régions sont plus marqués. La baisse de la population chinoise, anticipée depuis une décennie, est annulée dans les prévisions 2017, alors que la progression de la population indienne ralentit. Le recul démographique des pays développés d’Asie de l’Est (Corée et Japon) s’accentue, tandis que des pays comme l’Iran et le Pakistan voient leur croissance démographique s’accélérer. En Asie du Sud-Est, la stabilité globale des tendances recouvre aussi des situations nationales contrastées.

Le match démographique Inde-Chine évolue

Le rapport des Nations Unies le souligne : la population indienne dépassera celle de la Chine en 2027, mais sa progression globale ralentit alors que la population chinoise ne régresse plus d’ici 2050. Si l’on compare les prévisions démographiques de 2015 et de 2019, la population indienne en 2050 est inférieure de 68 millions d’habitants dans les dernières projections, et celle de la Chine supérieure de 54 millions. Cette tendance s’explique en Inde par le ralentissement continu du taux de fertilité, avec 2,28 enfants par femme en 2018. C’est une bonne nouvelle pour un pays qui doit faire face à l’afflux de 12 millions de jeunes supplémentaires sur le marché du travail chaque année.
En Chine, c’est le contraire : la fin de la politique de l’enfant unique n’a eu qu’un impact très faible sur le taux de fertilité, qui grimpe de 1,62 à 1,64 enfants par femme entre 2015 et 2018. C’est plutôt dans les progrès réguliers de l’espérance de vie que s’expliquent sans doute les prévisions plus optimistes des Nations Unies.
La population indienne dépassera celle de la Chine en 2027, mais sa progression globale ralentit alors que la population chinoise ne régresse plus d'ici 2050. (Source : ONU)
La population indienne dépassera celle de la Chine en 2027, mais sa progression globale ralentit alors que la population chinoise ne régresse plus d'ici 2050. (Source : ONU)

Le recul démographique s’accélère au Japon et en Corée

La population japonaise en 2050 serait ramenée à un peu moins de 106 millions d’habitants contre 126 millions en 2015. C’est trois millions de moins que dans les prévisions de 2017, le taux de fertilité du pays restant obstinément bas (1,42 enfants par femme), malgré les politiques de Shinzo Abe en faveur des femmes.
Le cas de la Corée du Sud est encore plus frappant, avec une population qui baisse de près de 5 millions d’habitants en 2050 (46,8 millions) par rapport à celle de 2015 (50,4 millions). Jusqu’à présent, les démographes des Nations Unies prévoyaient une quasi-stabilité. Cette chute reflète un taux de fertilité catastrophique, qui serait inférieur pour la première fois en 2018 à un enfant par femme (0,97).

Quelques pays défient le ralentissement général des taux de fécondité

Les prévisions des démographes ont été fortement revues à la hausse pour le Pakistan : le pays compterait 338 millions d’habitants en 2050 contre 307 millions dans les projections de 2017. En cause, un taux de fertilité élevé par rapport à la moyenne asiatique (3,55 enfants par femme). De même pour l’Iran, où la prévision de population pour 2050 est revue à la hausse de 10 % avec 103 millions d’habitants contre 93,5 dans les projections 2017, et dans une moindre mesure pour la Turquie, où l’ajustement à la hausse des prévisions est de 2 %.

L’Asie du Sud-Est maintient la progression globale de sa population

Stabilité des prévisions pour l’Asie du Sud-Est dans son ensemble. La population de la région augmente toujours de 25 % à l’horizon 2050. Si l’Indonésie voit sa population croître plus vite que la moyenne régionale (+29 %), la dynamique démographique ralentit au Vietnam (+13 %) et en Malaisie. Elle reste faible en Thaïlande, avec un déclin programmé de 5 %. Les Philippines, qui avaient la dynamique la plus forte de la région dans les prévisions de 2017 (+ 46 %), la voient ralentir nettement (+31 %).
Globalement, l’Asie reste engagée dans une transition démographique qui va peu à peu conduire au plafonnement de sa population vers 2055. Un contraste fort avec l’Afrique, dont la population va presque doubler dans les 30 prochaines années. Hormis l’Afrique du Nord et l’Afrique australe, tous les pays du continent ont des taux de fécondité supérieurs à 4 enfants par femme à la seule exception récente du Kenya. La stabilisation de la population mondiale reste une perspective lointaine.
Par Hubert Testard
A propos de l'auteur
Hubert Testard
Hubert Testard est un spécialiste de l'Asie et des enjeux économiques internationaux. Il a été conseiller économique et financier pendant 20 ans dans les ambassades de France au Japon, en Chine, en Corée et à Singapour pour l'Asean. Il a également participé à l'élaboration des politiques européennes et en particulier de la politique commerciale, qu'il s'agisse de l'OMC ou des négociations avec les pays d'Asie. Hubert Testard enseigne depuis quatre ans au collège des affaires internationales de Sciences Po sur l'analyse prospective de l'Asie. Il a participé à la rédaction d'un livre sur la crise asiatique ("Asie, les nouvelles règles du jeu", éditions Philippe Picquier) et co-rédigé avec Brigitte Dyan un livre intitulé "Quand la Chine investit en France", publié par l'Agence Française pour les Investissements Internationaux. Il est diplômé de l'Ena et de Sciences Po.