Culture
Films d'Asie du Sud

De l'Inde au Népal, le Festival du Film d'Asie du Sud célèbre le cinéma indépendant

L'actrice indienne Kalki Koechlin dans le film "Azmaish" de la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar. (Crédits : Zeeshan Haider ©Vidhi-Films)
L'actrice indienne Kalki Koechlin dans le film "Azmaish" de la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar. (Crédits : Zeeshan Haider ©Vidhi-Films)
Et si on s’intéressait à un autre cinéma que Bollywood dans le sous-continent indien ? Du 12 au 17 février au Grand Rex à Paris, la sixième édition du Festival du Film d’Asie du Sud (FFAST) propose une dizaine de films d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et du Népal. Des productions indépendantes qui reflètent les réalités sociales de la région.
Double-cliquez sur les photos pour les visualiser en plein écran.
Présenter aux cinéphiles français un cinéma qu’ils ont rarement l’occasion de voir, en prise directe sur les réalités de l’Inde et des pays avoisinants, c’est la raison d’être de FFAST. La création de ce festival il y a six ans de cela est venue d’une constatation : le public en France ne connaît le plus souvent du cinéma indien que les films Bollywood et les clichés qui s’y attachent : mélos aussi invraisemblables qu’interminables, truffés de chants et de danses. Or, souligne Floriane Zaslavsky, co-coordinatrice de la programmation, « il existe aussi toute une production indépendante qui casse les clichés de Bollywood » et qui « reflète les réalités sociales » de la région. De fait, le cinéma indien voit sortir depuis quelques années de plus en plus de films réalisés selon des formats beaucoup plus proches du cinéma occidental. Tout en cherchant à atteindre le grand public, ils disséquent les tensions qui affectent l’Inde contemporaine : corruption, statut des femmes, relations communautaires ou castes.
Ce sont donc des films de ce type que les spectateurs français pourront découvrir lors du festival. « Nous ne choisissons pas un thème spécifique, mais une ligne directrice se dégage en général d’elle-même, explique Floriane Zaslavsky. L’année dernière, c’était les femmes, cette année ce sont les tensions entre castes et entre classes. »
L'actrice indienne Kalki Koechlin dans le film "Azmaish" de la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar. (Crédits : Zeeshan Haider ©Vidhi-Films)
L'actrice indienne Kalki Koechlin dans le film "Azmaish" de la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar. (Crédits : Zeeshan Haider ©Vidhi-Films)
Les tensions évoquées par le film d’ouverture du festival vont même bien au-delà puisqu’il s’agit des relations entre l’Inde et le Pakistan. Fruit d’une démarche originale, Azmaish résulte de la collaboration de deux femmes, la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar et l’actrice indienne Kalki Koechlin. Toutes deux ont sillonné ces pays « frères ennemis » résultant de la Partition de 1947. Dans une sorte de road trip, elles multiplient les rencontres avec des interlocuteurs de toutes sortes, villageois comme leaders politiques, pour s’interroger sur les destins croisés de leurs deux nations. Une démarche ambitieuse mais qui « ne vise pas à défendre une thèse politique précise, le film a vocation à interroger », souligne Floriane Zaslavsky. La projection, le mardi 12 février, aura lieu en présence des deux co-réalisatrices.
FFAST donnera l’occasion de voir un film d’un pays peu connu pour sa production cinématographique : le Bangladesh. Komola Rocket met en scène un groupe de personnages issus de toutes les couches de la société, bloqués dans un bateau échoué sur un banc de sable. Un scénario où l’on n’aura guère de mal à reconnaître une métaphore d’un pays en proie à de multiples crises. Les affrontements de castes seront traités à plusieurs reprises dans le festival, en particulier dans Sangharsh, documentaire consacré à la lutte des dalits (« intouchables ») dans les années 1990, ou dans Kalo Pothi, film népalais qui montre deux amis issus de castes différentes dans un village pendant la guerre civile maoïste.
Extrait du film "Azmaish" de la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar. (Crédits : Zeeshan Haider ©Vidhi-Films)
Extrait du film "Azmaish" de la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar. (Crédits : Zeeshan Haider ©Vidhi-Films)
Castes, toujours, avec Mukkabaaz, film du réalisateur vedette Anurag Kashyap (auteur entre autres de Gangs of Wasseypur). Une histoire de boxeur qui permet à Kashyap de développer « ses analyses politiques sur les castes et la corruption », affirme Floriane Zaslavsky, selon qui ce film est à mi-chemin entre le cinéma de Bollywood et le cinéma indépendant. Autre film montrant qu’il n’y a pas de cloison étanche entre le cinéma d’auteurs et les grandes machines commerciales de Bollywood : Round Figure met en scène un acteur vieillissant qui, découvrant qu’il a joué dans 499 films, entreprend d’en faire un 500ème. Un film « qui traite de l’industrie cinématographique indienne et qui montre à quel point elle est cruelle », explique Iva Čápová, elle aussi co-coordinatrice de la programmation du festival.
Signalons enfin deux films qui mettent en avant les problèmes d’identités liés à l’expatriation. Abu : Father traite d’une famille pakistanaise installée au Canada. La mauvaise réputation est centré sur une jeune fille d’origine pakistanaise vivant en Norvège, écartelée entre les deux cultures.
Trois prix seront décernés aux films en compétition, par un jury étudiant, un jury composé de professionnels et le public appelé à voter à la sortie de chaque projection.
Par Patrick de Jacquelot

A voir

La 6ème édition du Festival du Film d’Asie du Sud se déroulera du 12 au 17 février 2019 au cinéma le Grand Rex à Paris (1 boulevard Poissonnière, 75019 Paris, métro Bonne Nouvelle). Informations et réservations sur le site du festival.

Affiche du 6ème Festival du Film d'Asie du Sud-Est (FFAST), du 12 au 17 février au Grand Rex à Paris. (Copyright : FFAST)
Affiche du 6ème Festival du Film d'Asie du Sud-Est (FFAST), du 12 au 17 février au Grand Rex à Paris. (Copyright : FFAST)
A propos de l'auteur
Patrick de Jacquelot
Patrick de Jacquelot est journaliste. De 2008 à l’été 2015, il a été correspondant à New Delhi des quotidiens économiques La Tribune (pendant deux ans) et Les Echos (pendant cinq ans), couvrant des sujets comme l’économie, le business, la stratégie des entreprises françaises en Inde, la vie politique et diplomatique, etc. Il a également réalisé de nombreux reportages en Inde et dans les pays voisins comme le Bangladesh, le Sri Lanka ou le Bhoutan pour ces deux quotidiens ainsi que pour le trimestriel Chine Plus. Pour Asialyst, il écrit sur l’Inde et sa région, et tient une chronique ​​"L'Asie dessinée" consacrée aux bandes dessinées parlant de l’Asie.