Culture
Série - L'Asie dessinée

BD : quand la terre tremble au Népal et au Japon

Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)
Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)
Comment rebondir après le séisme qui a dévasté le Népal en 2015 ? C’est ce que raconte Debout Népal à travers l’histoire d’une école rurale. Dans Geisha, c’est le tremblement de terre qui a détruit Tokyo en 1923 qui fait basculer la vie de l’attachante Setsuko.
Retrouvez ici tous les articles de notre série « L’Asie dessinée ». Double-cliquez sur les diaporamas pour les visualiser en plein écran.
*Debout Népal, Carnet de route d’une école à reconstruire, textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles, 23 euros.
Sans le grand tremblement de terre qui a ravagé le Népal le 25 avril 2015, le livre Debout Népal, Carnet de route d’une école à reconstruire* n’aurait sans doute jamais vu le jour. Pour les auteures, deux Françaises graphistes et illustratrices, il s’agit en effet de décrire les effets du séisme sur une école de village perdue dans les montagnes népalaises, école à la création de laquelle elles avaient participé quinze ans plus tôt : quinze années d’efforts réduits à néant en quelques minutes…
L’histoire racontée dans Debout Népal commence donc en fait en 1998 avec un premier voyage touristique de quelques amies dans le royaume himalayen : le coup de foudre est immédiat et le projet d’un engagement durable dans le pays prend forme. En 2000, une école est créée dans le village de Barati, au nord du pays, un village dépourvu de tout. Les financements sont apportés par une association française, Kalam. Plusieurs voyages et séjours de longue durée permettent de lancer le projet sur de bonnes bases, de construire les bâtiments de l’école avec – élément essentiel – la participation enthousiaste des villageois, et de recruter les enseignants. L’implication de Kalam s’étend à la mise en place d’un système de microcrédit. Le bon fonctionnement de l’école lui vaut l’agrément officiel du gouvernement népalais, avec à la clé salaires d’enseignants et programme alimentaire à destination des élèves.
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Couverture de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)

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Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)

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Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)

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Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)

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Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)

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Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)

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Extrait de la bande dessinée "Debout Népal, Carnet de route d'une école à reconstruire", textes et dessins de Maëlle Joly et Sophie Raynal, 144 pages, La Boîte à Bulles. (Copyright : La Boîte à Bulles)

 
 
Le succès est tel que, début 2015, les organisatrices réfléchissent à se désengager totalement, le village et l’école n’ayant plus vraiment besoin de leur soutien. Une forme de « mission accomplie » que les projets humanitaires ne connaissent que trop rarement. C’était sans compter avec le tremblement de terre : situé tout près de l’épicentre, Barati est frappé de plein fouet. Après une première aide d’urgence, les deux auteures se rendent sur place en 2016 pour étudier les dispositions à prendre. Choc à leur arrivée : non seulement il ne reste rien du village mais elles ne reconnaissent même pas le paysage environnant, transformé par l’effondrement de pans de montagne… Les villageois vivent dans des baraques en tôle, une seule maison a pu être réparée. De l’école et de ses bâtiments annexes, seules les toilettes ont résisté. Les deux jeunes femmes découvrent comment les habitants se sont adaptés, ont organisé leur survie, puis la reconstruction de leur habitat, de leurs activités. La catastrophe va être l’occasion de faire certaines choses en grand : location d’un bulldozer pour ouvrir une route et préparer un nouveau terrain, projet de reconstruction de bâtiments obéissant aux nouvelles normes, etc.
Debout Népal raconte donc toute cette histoire en textes et en images. Il ne s’agit pas d’une bande dessinée mais plutôt d’un carnet de voyage/reportage extrêmement illustré. Maëlle Joly et Sophie Raynal ne s’en tiennent pas, loin de là, aux seules aventures et mésaventures de « leur » école. L’ouvrage fourmille de pages très informatives qui dessinent tout le contexte de la société népalaise contemporaine : histoire politique récente, guérilla maoïste, religions, infrastructures, système éducatif… Plusieurs pages sont consacrées aux destructions causées par le séisme à Katmandou. Le plus intéressant peut-être réside dans la multitude d’informations données sur la vie quotidienne des Népalais, souvent par le biais des nombreux portraits. Au fil des pages sont ainsi distillées nombre de données sur le statut des femmes, le mariage ou la cuisine (avec même quelques recettes).
Bien écrits et extrêmement précis, les textes, brefs, laissent cependant la vedette aux illustrations. La gamme de ces dernières est vaste. Un certain nombre de photos permettent de visualiser précisément des éléments-clés comme les bâtiments et les activités de l’école, ou les acteurs principaux du projet. Surtout, les deux artistes apportent leur vision du pays et de ses habitants en mêlant avec bonheur différentes techniques : aquarelles, croquis, dessins au trait, gouaches sur papier coloré, caricatures, mis en valeur par un beau papier et un agréable format carré. Avec au final un portrait plein de couleurs, de finesse et de vie d’un peuple et d’un pays des plus attachants. Le contenu très informatif du volume lui donne une portée qui dépasse largement la seule histoire de l’école de Barati : des voyageurs préparant une visite du Népal peuvent y trouver une première initiation aux réalités du pays. Debout Népal vient en tout cas confirmer qu’aller à l’école ne va pas de soi pour les enfants du pays, comme le racontait déjà fort bien la jolie BD Le plus long chemin de l’école.
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Couverture de la bande dessinée "Geisha ou le jeu du shamisen, tome 2", scénario de Christian Perrissin, dessin de Christian Durieux, 88 pages, Futuropolis. (Copyright : Futuropolis)

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Extrait de la bande dessinée "Geisha ou le jeu du shamisen, tome 2", scénario de Christian Perrissin, dessin de Christian Durieux, 88 pages, Futuropolis. (Copyright : Futuropolis)

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Extrait de la bande dessinée "Geisha ou le jeu du shamisen, tome 2", scénario de Christian Perrissin, dessin de Christian Durieux, 88 pages, Futuropolis. (Copyright : Futuropolis)

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Extrait de la bande dessinée "Geisha ou le jeu du shamisen, tome 2", scénario de Christian Perrissin, dessin de Christian Durieux, 88 pages, Futuropolis. (Copyright : Futuropolis)

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Extrait de la bande dessinée "Geisha ou le jeu du shamisen, tome 2", scénario de Christian Perrissin, dessin de Christian Durieux, 88 pages, Futuropolis. (Copyright : Futuropolis)

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Extrait de la bande dessinée "Geisha ou le jeu du shamisen, tome 2", scénario de Christian Perrissin, dessin de Christian Durieux, 88 pages, Futuropolis. (Copyright : Futuropolis)

 
 
*Geisha ou le jeu du shamisen, tome 2, scénario de Christian Perrissin, dessin de Christian Durieux, 88 pages, Futuropolis, 18 euros.
Il y a un an de cela paraissait le premier tome de Geisha ou le jeu du shamisen, un album très remarqué. Le second tome* qui vient de sortir et clôt le récit tient toutes les promesses des débuts. Avec cette deuxième partie, nous continuons à suivre la vie de Setsuko, vendue par ses parents à l’âge de dix ans pour devenir geisha. La jeune femme exerce désormais. Ses talents hors pair de musicienne – elle joue sans pareil du shamisen, un instrument à cordes – assurent sa renommée. Mais être artiste n’est qu’une partie des devoirs d’une geisha : il lui faut aussi répondre aux sollicitations des clients, que l’on ne peut se permettre de repousser, au risque qu’ils se rabattent sur les simples prostituées. Le sort de Setsuko s’améliore quand elle se trouve un protecteur fortuné.
Tout bascule avec le grand tremblement de terre de 1923 qui ravage Tokyo. Les établissements ferment et Setsuko se réfugie dans son village d’origine. Elle y retrouve sa famille avec qui elle n’avait plus jamais eu le moindre contact depuis son entrée dans le monde des geishas. Au vu de « la misère crasse » dans laquelle vit sa sœur, elle se jure « de ne plus jamais [se] plaindre ». Car la vie des geishas, avec son mélange de luxe et de sordide, de raffinement et de violence, est encore à bien des égards plus enviable que celle de paysans misérables.
Quand la vie reprend petit à petit, Setsuko connaît un grand coup de chance : elle se fait épouser par un banquier. Mariage sans amour, bien sûr, mais qui lui permet de poursuivre sa carrière musicale avec succès. Cependant, le bonheur, pas plus que l’amour, n’est destiné aux geishas : quand le seul homme que Setsuko ait jamais aimé réapparaît, les choses se gâtent avec son mari. Setsuko terminera ses jours sans son époux ni celui qui aurait pu être son amant, ni même avec son shamisen. Tout juste lui sera-t-il donné « le goût amer de la liberté ».
Pas de happy end, donc, pour cette belle histoire servie par un dessin subtil, qui, avec ses dégradés de gris, évoque à merveille le Japon du siècle passé.
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Couverture de la bande dessinée "La Ptite Lu, Les aventures d’une Française en Chine", scénario et dessin de Lucie Guyard, 96 pages, Éditions du Chêne. (Copyright : Éditions du Chêne)

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Extrait de la bande dessinée "La Ptite Lu, Les aventures d’une Française en Chine", scénario et dessin de Lucie Guyard, 96 pages, Éditions du Chêne. (Copyright : Éditions du Chêne)

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Extrait de la bande dessinée "La Ptite Lu, Les aventures d’une Française en Chine", scénario et dessin de Lucie Guyard, 96 pages, Éditions du Chêne. (Copyright : Éditions du Chêne)

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Extrait de la bande dessinée "La Ptite Lu, Les aventures d’une Française en Chine", scénario et dessin de Lucie Guyard, 96 pages, Éditions du Chêne. (Copyright : Éditions du Chêne)

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Extrait de la bande dessinée "La Ptite Lu, Les aventures d’une Française en Chine", scénario et dessin de Lucie Guyard, 96 pages, Éditions du Chêne. (Copyright : Éditions du Chêne)

 
 
Les BD consacrées au choc culturel ressenti par les Occidentaux s’installant en Asie ou vice versa, pullulent ces derniers temps. Certains analysent avec finesse les difficultés du déracinement ou, plus simplement, de la vie quotidienne, comme Je ne suis pas d’ici, Je suis encore là-bas ou Un pigeon à Paris. D’autres s’en tiennent à des observations beaucoup plus anecdotiques, comme Petite balade et Grande muraille.
*La Ptite Lu, Les aventures d’une Française en Chine, scénario et dessin de Lucie Guyard, 96 pages, Éditions du Chêne, 14,90 euros.
C’est à cette dernière catégorie qu’appartient La Ptite Lu, les aventures d’une Française en Chine*. Réalisé par Lucie Guyard, une Française qui vit à Shanghai depuis 2010, cet ouvrage comprend de multiples saynètes qui évoquent la vie quotidienne en Chine. Au fil des pages, on y apprend qu’étudier le chinois ça n’est pas facile, que les Chinois se couvrent de ponchos en plastique quand il pleut, que la nourriture n’est pas la même, que quand il fait chaud les Chinois remontent leurs T-shirts pour avoir le ventre à l’air ou que l’expatrié vit dans la crainte de perdre son passeport. Gentil mais bien léger tout de même.
A propos de l'auteur
Patrick de Jacquelot
Patrick de Jacquelot est journaliste. De 2008 à l’été 2015, il a été correspondant à New Delhi des quotidiens économiques La Tribune (pendant deux ans) et Les Echos (pendant cinq ans), couvrant des sujets comme l’économie, le business, la stratégie des entreprises françaises en Inde, la vie politique et diplomatique, etc. Il a également réalisé de nombreux reportages en Inde et dans les pays voisins comme le Bangladesh, le Sri Lanka ou le Bhoutan pour ces deux quotidiens ainsi que pour le trimestriel Chine Plus. Pour Asialyst, il écrit sur l’Inde et sa région, et tient une chronique ​​"L'Asie dessinée" consacrée aux bandes dessinées parlant de l’Asie.